Judaïsme,  Théologie

Les juifs antiques croyaient-ils en la Trinité ?

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La Trinité, ce Dieu que les chrétiens aiment et adorent, est un des aspects de leur foi les plus souvent attaqués, déformés et critiqués. Une des critiques que l’on peut faire envers les chrétiens et qu’ils auraient inventé cette doctrine, soit en la volant aux païens, soit pour expliquer la façon dont Jésus s’est révélé.

Un article ne suffit pas à traiter toute cette question, nous nous concentrerons donc ici sur ce que les Juifs de l’époque pré-chrétienne et du début de l’ère chrétienne croyaient au sujet de Dieu, avant de changer leur opinion à partir du deuxième siècle. En concluant cet article, nous verrons que nous n’avons fait que gratter la surface, mais cela permet déjà d’apporter une réponse à la question posée.

Il est vrai que la doctrine de la Trinité a été précisée et précisément définie uniquement par les chrétiens car ils ont reçu une révélation plus claire par l’Incarnation du Fils. Mais il est faux de penser que cette doctrine s’opposait aux attentes juives au sujet du Messie. Nous montrerons ainsi que ceux-ci attendaient un Messie qui est Dieu d’un côté, et de l’autre que ceux-ci croyaient en un Dieu multi-personnel. Nous remercions ici la chaine Youtube Inspiring Philosophy qui nous a permis de nous servir librement de ses travaux à ce sujet.

 

Un aveu des spécialistes Juifs

 

Le Docteur Juif Benjamin Sommer, dans sa conférence au sujet des corps de Dieu affirme que les Juifs ont tort de se moquer des chrétiens trinitaires puisque cette doctrine tire son origine du judaïsme antique. Celui-ci donne des exemples de textes Juifs qui confessent un Dieu en trois personnes. Il admet même que lorsqu’il faisait ses recherches pour écrire son livre à ce sujet, il n’avait pas du tout pour but de prouver que les juifs étaient trinitaires mais c’est la conclusion auquel il dit être forcé par soucis d’honnêteté intellectuelle. Ainsi, il dit :

Nous, juifs, n’avons aucune objection théologique à la doctrine de la Trinité.

Et encore :

Le concept de Trinité est présent dans le Tanakh ainsi que dans le mysticisme juif.

Nous présenterons donc ici des anciens textes juifs qui appuient les affirmations de ce docteur et invitons nos lecteurs à écouter sa conférence en entier.

 

Le Métatrôn ou Ange de l’Éternel

 

Commençons donc par le Talmud Babylonien. Dans ce Talmud Babylonien 38b, en commentant Exode 24:1, le rabbin signale que quand Dieu dit « monte vers l’Éternel » (et non « monte vers moi »), il parle du Métatrôn et non de Lui-même. Le Métatrôn est un titre du messager le plus élevé de Dieu, celui que l’Ancien Testament appelle « Ange de l’Éternel ». Ainsi, le rabbin attribue à ce Messager le nom YHWH, le Nom que Dieu a révélé à Moïse comme étant Son Nom propre.

Et nous ne devons pas nous tromper ici, ce n’est pas parce que le titre d’ange lui est donné qu’il est considéré comme un être créé. Le mot Mlak en hébreu que nous traduisons par Ange signifie simplement Messager ou Représentant. Ainsi quand Jacob envoie des messagers à son frères Esau en Genèse 32:3, le mot hébreu utilisé est le pluriel de Mlak, le pluriel d’ange. C’est ainsi que le rabbin pouvait dire que le Messager de Dieu est YHWH, l’Éternel.

Le spécialiste Juif Nahum Sarna reconnait ainsi :

Il est clair que dans plusieurs textes, la distinction entre Dieu et son Ange s’estompe. (Gen. 16:7-9, 11; 22:11-12, 15-18; Exod. 3:2, 4; Jug. 6:11-23). Lors de l’Exode hors d’Egypte, c’est tantôt Dieu (Exod. 13:21), tantôt son Ange (14:9) qui mène le camp des Israélites.

Nahum Sarna, Genesis, The JPS Torah Commentary, page 383.

 

La Memra ou Parole de Dieu

 

De même, le Targum juif parle d’une certaine entité appelée Memra (ou Parole) de Dieu qui est une personne distincte de Dieu, mais qui partage les attributs de Dieu. Ainsi le Targum, en expliquant de nombreux passages de la Bible qui décrivent une action de Dieu, dit que c’est en fait la Parole de Dieu qui est à l’oeuvre. Le tableau suivant, réalisé par biblestudying.net, fournit quelques exemples. La première colonne donne la référence, la deuxième le texte biblique et la troisième la paraphrase du Targum de Pseudo-Jonathan :

Genèse 1:27 Dieu créa l’homme. La Parole de Dieu créa l’homme.
Genèse 6:6-7 Et Dieu regretta d’avoir créé l’homme sur la terre. Et par sa Parole, Dieu regretta d’avoir créé l’homme.
Genèse 9:12 Et Dieu dit : « Voici le signe de l’alliance que je place entre vous et moi. » Et Dieu dit : « Voici le signe de l’alliance que je place entre vous et ma Parole. »
Genèse 15:6 Et Abraham cru en Dieu. Et Abraham cru en la Parole de Dieu.
Genèse 20:3 Alors Dieu vint vers Abimélek. Alors la Parole en face de Dieu vint vers Abimélek
Genèse 31:49 Que l’Éternel veille sur toi et sur moi ! Que la Parole de l’Éternel veille sur toi et sur moi !
Exode 14:31 Et ils crurent en Dieu Et ils crurent en la Parole de Dieu.
Exode 20:1-2 Alors Dieu prononça toutes ces paroles en disant : Je suis l’Éternel, ton Dieu… (les 10 commandements) Alors la Parole de Dieu prononça toutes ces paroles en disant : Je suis l’Éternel, ton Dieu…
Exode 25:22 Je te rencontrerai du haut du propitiatoire… Je mettrai ma Parole en haut du propitiatoire…
Lévitique 26:9 Je me tournerai vers vous… Et je me tournerai par ma Parole vers vous…
Nombres 10:35 Lève-toi , Éternel ! Lève-toi, Parole de l’Éternel !
Nombres 10:36 Reviens, Éternel ! Reviens, Parole de l’Éternel !
Nombres 11:23 La main de l’Éternel serait-elle trop courte ? La Parole de l’Éternel serait-elle retenue ?
Nombres 14:35 Moi, l’Éternel, j’ai parlé Moi, L’Éternel, j’ai décrété par ma Parole
Deutéronome 1:30 L’Éternel, votre Dieu, qui marche devant vous, combattra Lui-même pour vous. L’Éternel, votre Dieu, marche devant vous et sa Parole combattra pour vous.
Deutéronome 18:19 C’est Moi qui lui en demanderai compte. Ma Parole lui en demandera compte.
Deutéronome 31:3 L’Éternel, ton Dieu, passera Lui-même devant toi. L’Eternel, ton Dieu, sa Parole, passera lui-même devant toi.
Josué 1:5 Comme j’étais avec Moïse, je serai avec toi. Comme ma Parole venait en aide à Moïse, ma Parole te viendra en aide.
Juges 11:10 L’Éternel est témoin entre nous… La Parole de l’Éternel est témoin entre nous…
Ésaie 45:17 Israel sera sauvée par l’Éternel. Israel sera sauvée par la Parole de l’Eternel.

Ainsi, le Targum affirme que la Memra de Dieu crée l’homme, révèle les 10 commandements, sauve Israël, assiste Moïse, etc. lui attribuant ainsi des actions divines tout en la distinguant de YHWH. Il est clair aussi que la Parole de Dieu est une personne pour les Juifs antiques. L’Ange (ou la Parole) de Dieu sont ainsi, dans le Targum, ce qui permet d’être en relation avec Dieu.

 

Le Saint-Esprit

 

Mais le Targum connait aussi une troisième entité, appelée Saint-Esprit, intercédant entre l’Éternel et Israël. Ainsi le Docteur Michael Brown dit :

Lamentations Rabbah 3:60,9 rapporte qu’après que l’empereur romain Hadrien ait exécuté deux Juifs, le Saint-Esprit se mit à crier « Tu as vu, Ô Éternel, le mal qui m’est fait. Prends en main ma cause ! Tu vois leur vengeance, leurs complots contre moi ». Voilà un exemple du Saint-Esprit intercédant. Selon Lévitique Rabbah 6:1, le Saint-Esprit est un conseiller-avocat qui parle de la part du Seigneur à Israël et de la part d’Israël au Seigneur… Dans toutes ces citations, qui peuvent être facilement multipliées (voyez par exemple, Genèse Rabbah 84:11; Cantique des cantiques Rabbah 8:16, Lamentations Rabbah 1:48), il est clair que le Saint-Esprit est considéré comme un personne, un « qui » et non un « quoi », avec une dimension personnelle et non simplement un pouvoir impersonnel. Il est considéré comme Dieu Lui-même et toutefois comme une entité distincte de Dieu qui peut intercéder entre Dieu et l’homme.

Dr. Michael Brown, Answering Jewish Objections to Jesus, volume 2, Page 55-56.

La suite de l’article éclairera encore la question de l’Esprit dans le judaïsme antique.

Philon d’Alexandrie

 

Philon d’Alexandrie un juif Alexandrin dit aussi, dans ses écrits, qu’il existe trois Figures Divines dans l’Ancien Testament qui font ce que Dieu seul fait. Il parle premièrement, comme le Targum, de la Parole.

… par la Parole, la cause de toutes choses, par qui tout a été créé.

Philon d’Alexandrie, Les sacrifices d’Abel et de Cain, 8

Philon d’Alexandrie appelle la Parole de Dieu, Premier-né (Sur les Rêves, Livre I, 37.215), Gouverneur et Administrateur de toutes choses (Questions et Réponses sur Genèse, 4.110), Grand-Prêtre (Sur la Fuite et les Trouvaille, 10.108-109), Fils de Dieu de qui Adam a été fait l’image (Sur la Création 40.139).

Il suggère aussi que le Messie, dont il est question en Zacharie, ne serait pas un simple homme, mais une personne divine :

… »Voici, un homme dont le nom est Orient ! » (Zacharie). Voilà une appellation nouvelle, si vous considérez que cela est dit d’un homme fait d’un corps et d’une âme; mais si vous considérez que cela concerne un être incorporel qui ne diffère en rien de l’Image Divine, vous reconnaitrez que le nom d’Orient fut donné à celui qui est bienheureux. Car le Père de l’univers l’a causé à apparaitre comme Fils Ainé, celui qu’il appelle ailleurs le Premier-né, qui, étant ainsi né, imitant les voies de son Père, a formé telle et telle espèce.

Philon d’Alexandrie, Sur la Confusion des Langues, 14.62-63

Il fait donc un lien entre les prophéties de Zacharie sur le Messie et la figure de l’Image, du Premier-né, du Fils, c’est-à-dire de la Parole.

Philon affirmait par ailleurs que Dieu apparait à son peuple sous la forme de l’Ange de l’Éternel dans des visions. Pour lui, l’Ange était une manifestation de Dieu apparent sous cette forme (Philon, Som. I 234-237).

Le spécialiste juif Alan F. Segal remarque au sujet de Philon :

Philon affirme que le logos (la Parole) était le partenaire de Dieu dans la création. Ainsi, il appelait le logos, « Le Commencement », « le Seigneur des anges », et plus significativement, « le Nom de Dieu ». Puisqu’il voyait le logos comme une émanation de Dieu, il pouvait en parler comme de sa descendance, ou comme le premier-né de Dieu. Il était considéré comme immortel, un homme céleste, vrai père de l’humanité.

(Alan F. Segal, Two Powers in Heaven, [Brill Academic, 2002], p. 173 quoting Leg. All. Iii, 96; Conf. 146; Agr. 51; Fug. 72, etc.)

Des rabbins du second siècle rapportent des croyances similaires venant de la période du Second Temple et de la période Tannaïtique.

De même, pour Philon, le Saint-Esprit est Divin (Sur les Géants, chapitre 11), il viendra demeurer dans des personnes pour les aider à faire la volonté de Dieu (Les Lois spéciales, I, 54), il sera répandu sur des personnes (Sur les Vertus, 39), il conduira les personnes à chercher Dieu et à l’adorer (Les Lois spéciales, I, 48).

… il veut dire par cela que le Divin Esprit, procédant de l’Être bienheureux et béni, fut envoyé pour demeurer sur terre, pour le bien de notre race.

Philon d’Alexandrie, Sur la Création, 134

Enfin, Philon rapporte, au sujet de Genèse 18:2 où l’Éternel apparait à Abraham et celui-ci en levant les yeux voit 3 hommes, une tradition juive disant que ces trois sont Dieu. Il dit :

Il est raisonnable que l’un soit trois et que les trois soient un.

Philon d’Alexandrie, Sur Abraham 199-122

 

Le Messie s’appelle YHWH (l’Éternel)

 

Des spécialistes modernes Juifs comme Daniel Boyarin et Alan F. Segal ont prouvé dans leurs livres que les Juifs pré-Chrétiens et non-Chrétiens au début de l’ère chrétienne affirmaient que le Dieu unique était constitué de multiples personnes, rapporte Reformed Apologetics Ministries.

Boyarin conclue au sujet des anciens Juifs :

(Ils) croyaient que Dieu avait un Adjoint ou Emissaire ou même un Fils divin, exalté au-dessus des anges, qui agissait comme intermédiaire entre Dieu et le monde dans la création, la révélation et la rédemption.

Daniel Boyarin, The Jewish Gospels, The New Press, 2012.

Les recherches d’Alan F. Segal, un Juif non-Chrétien, se résument ainsi :

Les anciens Israélites connaissaient deux YHWH – l’un invisible, un esprit, l’autre visible, souvent sous forme humaine. Parfois les deux YHWH apparaissent ensemble dans le texte, parfois ils sont distincts, parfois non. (…) Ils ne voyaient pas cela comme une violation du monothéisme car les deux étaient YHWH. Il n’y avait donc pas de second dieu distinct gérant le cosmos. Durant la période du Second Temple, les théologiens et écrivains juifs ont spéculé sur l’identité du second YHWH. (…) Ces spéculations n’étaient pas vues comme non-orthodoxes. Toutefois, les choses changèrent lorsque certains Juifs, les premiers Chrétiens, ont fait la connection entre Jésus et ce concept juif orthodoxe. Cela explique pourquoi ces Juifs, les premiers convertis à suivre Jésus le Christ, pouvaient adorer simultanément le Dieu d’Israel et Jésus tout en refusant de reconnaître un autre dieu. Jésus était le second YHWH, le YHWH incarné. En réponse à cela, comme le montre Segal, le judaïsme a rejeté comme hérésie l’idée des deux pouvoirs (célestes) au second siècle après Jésus-Christ.

Michael S. Heiser, Two Powers in Heaven.

En appellant le Messie YHWH, ils ne faisaient en fait que reprendre ce que les prophètes eux-mêmes avaient annoncé :

Je susciterai à David un germe juste; il règnera en roi et prospérera, il pratiquera le droit et la justice dans le pays. En son temps, Juda sera sauvé, Israël aura la sécurité dans sa demeure. Et voici le nom dont on l’appellera : YHWH notre Justice.

Le Prophète Jérémie 23:5-6

Ce passage de Jérémie 23:6 n’est pas appliqué au Messie par les Chrétiens uniquement mais ce sont les Juifs eux-mêmes qui appliquaient ce verset au Messie :

Dieu appellera le Roi-Messie par son Nom, comme il est dit « Voici le nom dont on l’appellera : Yahvé, notre Justice »

Midrash Rabba sur les Psaumes, chapitre 21

Et encore, dans le livre kabbalistique par excellence :

Nous le savons de Booz qui dit à Ruth « YHVH est vivant ! Reste couchée jusqu’au matin. » Grâce à cette adjuration, il vainquit sa passion, et comme il préserva l’alliance, il mérita d’être le géniteur de rois plus puissants que tous les autres et même du Roi-Messie, qui est appelé par le nom du Saint, béni soit-Il.

Le Zohar, 93b-94a.

Et encore :

Quel est le nom du Roi-Messie ? Rabbi Abba Bar-Kahana a dit : « YHWH est son Nom, ainsi qu’il est écrit : voici le Nom dont on l’appellera, YHWH, notre Justice. »

Midrash Rabba sur les Lamentations, chapitre 1, verset 16.

Cela est confirmé par le Talmud :

Concernant le Messie, voici le nom dont il sera appelé : YHWH notre Justice.

Talmud de Babylone, Baba Bathra75b

Ainsi que par le Midrashei Ge-oula :

Et le Messie fils de David s’assiéra dans la Yéchiva d’en haut, par le Saint, béni soit-Il, et il sera appelé YHWH, comme est d’habitude appelé son Possesseur (le possesseur du Nom), ainsi qu’il est écrit, « et voici le Nom dont il sera appelé : YHWH notre Justice ».

Pirqei Mashiah, Midrashei Ge-oula

Dans la tradition Talmudique, le Messie a plusieurs noms. L’un de ces noms est Yinon (Engendré). En commentant ce nom, le MaHarSHA dit :

Le sens est que, du temps du Messie, le Tétragramme (YHWH), Nom du Saint, béni soit-Il, sera fréquent dans la bouche de tout le monde. Car le Messie portera ce Nom. Ainsi qu’il est enseigné « Le Messie sera appelé du Nom du Saint, béni soit-Il, selon qu’il est écrit  « et voici le nom dont on l’appellera : YHWH, notre Justice. »

Shmuel Eliezer Edeles, MaHarSHA, sur le traité Nédarim 39b.

Dans le Midrash des Psaumes, il est écrit que Dieu appelle le Messie de Son Nom, et quel est Son Nom ? La réponse donnée est : « YHWH, Homme de guerre » (Exode 15:3)

Le nom d’un individu fait référence à son identité-même, sa personne, son être. Dire que le Nom de Dieu est en quelqu’un ou que quelqu’un porte le Nom, c’est dire qu’il est Dieu. C’est comme si un musulman disait que le Messie s’appelle Allah.

Ce fait est entièrement reconnu dans le domaine académique. Par exemple, Ephraïm E. Urbach dans son livre les sages d’Israël, en parlant des souffrances du Messie selon Esaie 53 dans la littérature juive rabbinique, analyse les textes juifs cités par Justin Martyr. Il note au sujet des affirmations de Justin :

Comme nous l’avons vu, il n’y a rien d’étrange dans son assertion, pas même dans le témoignage que le Messie sera appelé Adonaï (substitut du tétragramme) et recevra le qualitatif de Saint (qui est un nom de Dieu). (…) Et voici le nom dont il sera appelé : YHWH, notre Justice.

Les sage d’Israël, p 985.

Ainsi, il est reconnu que les textes Juifs attribuaient le Nom, et par cela l’identité de Dieu, au Messie.

Mais, là encore, laissons la parole à un rabbin très apprécié des prosélytes musulmans, Moïse Ben Maimoun, aussi appelé Maïmonide. Ici, nous rapportons ce que Fidelis Verax, sur Youtube, cite de ses ouvrages :

Dans les Pirqei de Rabbi Eli’ézer, au chapitre 3, on lit : Avant la création du monde, il n’y avait que le Très-Saint et son Nom seul. Remarque bien comme il est dit clairement que ses noms dérivés ne sont tous nés qu’après la naissance du monde. Et cela est vrai, car ce sont tous des noms qui ont été établis par rapport aux actions de Dieu et que l’on trouve dans l’univers (Note : l’auteur fait ici référence aux noms tels que El, Elohim, El-Shaddaï, etc.). Mais si l’on considère son essence, dénuée et dépouillée de toute action, il n’a absolument aucun nom dérivé mais un seul nom improvisé pour indiquer son essence. Nous ne possédons pas de chem (nom) qui ne soit pas dérivé, si ce n’est celui-là, c’est-à-dire, Yod Hé Vav Hé (YHWH). Il est le Nom explicite (chem ha-meforach) absolu.

Maïmonide, Guide des égarés, p. 296-297

Maïmonide dit donc que le Nom YHWH est le seul qui fait explicitement référence à l’essence de Dieu, son Être-même, sa nature. Et ce nom est celui du Messie. Tous les autres noms ne sont que relatifs ou dérivés, c’est-à-dire lié à une action divine. Par conséquent, la manière la plus explicite de dire que le Messie est Dieu c’est de dire que son nom est YHWH. Même si l’on dit « le Messie est Dieu (Elohim) », cela est un nom dérivé, moins explicite que si l’on dit « le Messie est YHWH ». Maïmonide rajoute :

En somme, ce qui fait que ce Nom a une si haute importance et qu’on se garde de le prononcer, c’est qu’il indique l’Essence-même de Dieu de sorte qu’aucun être créé ne participe à ce qu’il indique. Comme l’ont dit les docteurs au sujet de ce Nom : « Mon Nom, qui m’est particulier ».

Maïmonide, Guide des égarés, chapitre 61.

Si aucun être créé ne participe à ce Nom et que le Messie le porte, permettez-nous de conclure que le Messie n’est pas créé. Encore une fois, le tétragramme désigne exclusivement l’essence divine, les Juifs l’ont bien compris. Et les anciens textes Juifs donnent ce Nom au Messie, en accord avec le témoignage des prophètes.

Mais confirmons encore Maïmonide par un autre rabbin, David Kimchi toujours selon Fidelis Verax. Il analyse Esaie 42:8 quand il est dit « Je suis YHWH, c’est là mon Nom et je ne donnerai pas ma gloire à un autre ni mon honneur aux idoles » et paraphrase :

« C’est là mon Nom », qui est approprié à Moi seul, non pas comme le nom des images gravées car, bien que leurs adorateurs les associèrent avec Moi dans les applications du nom Elohim, ils ne peuvent pas les associer avec Moi dans ce Nom. Car Je suis YHWH au-dessus de tout.

David Kimchi, Commentaire sur les prophéties de Zacharie.

Ainsi, pour ce rabbin, des idoles ont pu être associée aux noms « dérivés » comme Elohim mais personne, si ce n’est Dieu, ne peut s’approprier le Nom YHWH. Ce Nom est approprié à Dieu seul, celui qui porte ce Nom est Dieu. Il poursuit au sujet du titre « Dieu des armées » :

« Dieu des armées » exprime ce degré dans lequel se trouvent les anges et les orbes avec leurs étoiles, appelés El ou Elohim et par lesquels Dieu est associé avec eux. Mais, dans ce Nom (YHWH), il est associé à nul autre que Lui-même.

David Kimchi, Commentaire sur Osée.

Si personne, si ce n’est Dieu, ne peut être porteur de ce Nom et que le Messie le porte, cela ne nous laisse que peu d’options quant à l’identité du Messie.

Nous pouvons encore citer à ce sujet Sukkah 45b :

Quiconque associe le nom de Dieu à quelque chose d’autre est retranché de ce monde.

Ou Sanhédrin 63a :

R. Simeon b. Yohai a dit : Quiconque associe le Nom céleste à quelque chose d’autre est entièrement détruit, car il est écrit : « Celui qui sacrifie à tout dieu, sauf au Seigneur seul, doit être complètement détruit » (Exode 22:19)

Et pourtant le Messie s’appelle YHWH, toujours selon les rabbins. Il apparait alors clairement que pour ces rabbins le Messie n’est pas « quelque chose d’autre » que Dieu. Il est Dieu.

C’est ainsi que le Rabbi Simeon Ben Jochai, en commentant le Zohar dit :

Il existe un homme parfait, qui est un Messager. Ce Messager est le Metatrôn, le Gardien d’Israël; Il est à l’Image du Saint, béni soit-Il, qui est une émanation de Lui. Oui, il est YHWH; de lui on ne peut pas dire qu’il est créé, ni formé, ni fait; mais il est une émanation de Dieu. Cela s’accorde avec ce qui est dit par Jérémie. (…) Il est « YHWH notre Justice ». (Jérémie 23:5-6)

Rabbi Simeon ben Jochai. The Propositions of the Zohar. cap. 38, Amsterdam edition.

 

D’autres témoignages juifs anciens

 

Un juif Alexandrien nommé Ezéchiel le Tragique affirme qu’il y a une deuxième figure divine sur le trône de Dieu. (Howard Jacobson, The Exagoge oh Ezekiel, Cambridge University Press, 1983, p.55)

Dans le livre d’Enoch, le Messie est décrit comme pré-existant et adoré par l’humanité (I Enoch, 48, 3-5). Dans le même livre aux chapitres 70-71, le Messie est expressément identifié comme Dieu et « non compté parmi eux (les humains) ».

Dans le livre 4 Esdras, il est fait mention d’un homme divin qui combat les armées mauvaises à la fin des temps et est présenté comme recevant des offrandes de la part des croyants (4 Esdras 13, 2-13). 4 Esdras dit cela au sujet d’Esaie 66:20, qui dit pourtant que les offrandes seront apportées à Dieu. Ainsi cette figure est bien considérée comme divine, comme Dieu.

Une tradition préservée dans le Midrash Mekhilita du livre d’Exode (Alan F. Segal, Two Powers in Heaven, Brill Academic, 2002, p.54) rapporte une ancienne vue juive au sujet de Dieu le considérant comme multi-personnel selon plusieurs textes de l’Ancien Testament (Bahodesh, 5, Shirta 4).

Le livre juif appelé Apocalypse d’Abraham présente une figure nommée Yahoel comme un second pouvoir céleste qui a le nom de Dieu en lui (Apocalypse d’Abraham, 10.). Avoir le nom de Dieu en soi signifie avoir l’essence divine (comparer avec Ex 23:21).

Dans une portion du livre la Prière de Joseph, l’ange Uriel mentionne un second Yahweh pré-existant appelé aussi Ange de l’Éternel qui apparaissait aux hommes dans l’Ancien Testament. (The Prayer of Joseph, cité par Alan F. Segal, Two Powers in Heaven, Brill Academic, 2002, pp. 199-200).

C’est dans ce contexte religieux que le Christianisme est apparu et c’est pour cela que les premiers chrétiens ont identifié Jésus comme étant ce deuxième qui est Yahweh (Jean 1:1-3, 10; Colossiens 1:15-17, Hébreux 1:8, 10-12).

Le spécialiste J. C. O’Neill écrit donc :

Il n’y a aucun doute quant au fait qu’ils existaient des Juifs avant Christ qui reconnaissaient que, bien que Dieu soit Un, il est aussi Trois

J. C. O’Neill, Who Did Jesus Think He Was ? , Brill 1995, p. 94

De plus, le livre juif pré-chrétien 1 Baruch contient une formule trinitaire :

J’attends de l’Eternel votre délivrance, et la joie me vient de la part du Saint pour la miséricorde que vous enverra bientôt votre Sauveur éternel.

1 Baruch 4.22

De même, 1 Enoch 62:1-2 contient une formule trinitaire en mentionnant l’Éternel et son Esprit étant répandu sur l’Élu qui est le Fils de l’homme pré-existant de 1 Enoch, 48, 3-5; 70-71.

La Romance de Joseph et Aseneth dit qu’il y a Dieu le Père, que Jospeh représente le Fils de Dieu (6.2,6; 14.9), et que quand Joseph embrasse Aseneth il envoie sur elle l’Esprit de vérité (19.11).

Conclusion

 

En regardant les sources juives ainsi que leurs analyses faites par des spécialistes et docteurs tant Juifs que Chrétiens, une conclusion s’impose : la notion d’un Dieu multi-personnel n’est pas une idée inventée par les chrétiens ni volée aux païens.

Comme nous l’avons dit, ce sont eux qui ont formulé précisément la doctrine trinitaire, mais ils ont derrière eux une longue tradition juive reconnaissant un Ange/Parole/Fils/Sagesse et un Esprit appelés, avec le Père, Yahweh et accomplissant des oeuvres divines. Leur relation avec le Père étant décrit comme « procédant de » Lui ou « émanant de » Lui. Ainsi, sans confesser explicitement la Trinité, ils allaient dans le sens de celle-ci, la formulaient comme en balbutiant.

Une formulation imprécise qui essaye de rendre cohérentes les données de l’Ancien Testament. L’éclairage du Nouveau Testament permettra aux Chrétiens de confesser avec une précision admirable ces vérités. Et c’est en réaction aux chrétiens que les Juifs ont changé leurs interprétations, progressivement, tout au long du Moyen-Âge, comme en témoignent les pères de l’Église comme Justin Martyr, contemporain des premiers changements d’interprétation.

Post Scriptum : En rédigeant cette article, en consultant les diverses sources ci-dessous, j’ai assez vite remarqué qu’un article ne pourrait pas contenir toutes les citations juives sur le sujet. Aussi, cet article sera éventuellement complété par d’autres articles ou modifié pour être encore plus exhaustif. Un grand nombre de citations, en particulier sur l’idée d’un Dieu en Trois peuvent être retrouvées ci-dessous dans les sources de la section « à consulter ».

 

Sources

 

Inspiring Philosophy

Reformed Apologetics Ministries

Le Messie est Yahvé à la lumière des midrashim – Fidelis Verax

http://podcast.foundjs.org/the-bodies…

The Bodies of God and the World of Ancient Israel – Dr. Benjamin Sommer

http://www.biblestudying.net/trinity9…

Genesis, The JPS Torah Commentary – Nahum Sarna

Answering Jewish Objections to Jesus – Dr. Michael Brown

The Works of Philo – Translated by C. D. Yonge

À Consulter sur le sujet :

Le Messie est Yahvé : Exode 17,5 contre Jérémie 23,6 – Fidelis Verax

Sefaria, une bibliothèque en ligne des écrits juifs

Dr. Michael Heiser – Two Powers of the Godhead

Dr. Michael Heiser – The Jewish Trinity

Dr. Nabeel Qureshi – The Trinity is One God and is Jewish

Trinity Apologetics – Trinitarian Jews ?

D’autres citations trinitaires chez les anciens juifs

Cet article pourrait aussi vous intéresser : Justin Martyr et l’engendrement éternel du Fils.

 

 

 

 

 

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