Catholicisme Romain,  Histoire de l'Église,  The Calvinist International

L'Église catholique romaine est-elle une Église ? – Jean Calvin

Article du Calvinist International, par Steven Wedgeworth, traduction.


La question de savoir si les protestants doivent considérer les Églises catholiques romaines comme de « vraies Églises » est très importante pour tous les efforts oecuméniques. Habituellement, en réaction à ces protestants endurcis qui disent simplement que Rome est apostate et donc « pas une Église du tout », les protestants à l’esprit œcuménique, qui se disent généralement « catholiques » à un degré ou à un autre, veulent dire que oui, bien sûr Rome est une vraie Église. Et ils affirment souvent que cette position était celle des Réformateurs.

La question de l’œcuménisme est compliquée, je n’entrerai pas dans le vif du sujet. Mais je voulais examiner la réponse de Jean Calvin à la question: « Rome est-elle une vraie Église? » En réalité, c’est compliqué. Rome, considérée de la manière dont elle se définit – comme une Église singulière unie dans sa tête épiscopale (le pape)- n’est pas une Église pour Calvin, mais plutôt un antichrist. Néanmoins, il reconnaît les baptêmes des Églises catholiques romaines, et il permet que des « vestiges » de la vraie Église apparaissent dans leurs congrégations. Ainsi, il y a des manières desquelles Calvin peut dire que les Églises catholiques romaines particulières sont des Églises, même imparfaites.

Non pas une vraie Église

La perspective générale de Calvin est que Rome n’est pas une véritable Église. Elle est comme le royaume du nord d’Israël après le schisme, et les protestants sont comme les prophètes. Rome possède une histoire d’alliance, conserve certaines marques extérieures de l’Église, et peut même avoir beaucoup de vrais croyants au milieu d’elle, mais elle est néanmoins tombée dans l’idolâtrie.

Calvin utilise cette polémique pour faire valoir que Rome n’a aucune compétence juridictionnelle sur un vrai croyant et que les fidèles devraient se séparer d’elle. « Nous ne pouvons guère avoir de réunion avec eux dans laquelle nous ne nous polluons pas d’idolâtrie manifeste » (Inst. IV.II.9). Il ajoute à cela l’argument selon lequel le catholicisme romain a effectivement perdu « le ministère de la parole » à cause de leurs hérésies multiples et de leurs traditions artificielles. Puisque c’est le cas, on ne peut pas les appeler Églises ou bien, »Il ne restera aucune marque pour distinguer les congrégations légitimes de croyants des assemblées de Turcs (musulmans) » (Inst. IV.II.10). C’est une opposition assez farouche. C’est pourquoi la Confession de foi genevoise de 1536 peut rejeter « les Églises régies par les ordonnances du pape » comme « synagogues du diable plutôt que des Églises chrétiennes ».

En quelque sorte une Église

Tout cela pourrait suggérer que l’affaire est classée. Les Églises catholiques romaines ne sont pas de vraies Églises. Ce ne sont pas du tout des Églises. Mais pour autant, Calvin permet des nuances. Bien qu’elles existent d’une manière dangereusement déformée, et n’ayant donc aucun droit de juridiction légitime, les congrégations au sein de la confédération catholique romaine ont un lien historique avec l’alliance et possèdent certains vestiges et formes de l’Église. Il y a même, sans aucun doute, beaucoup de vrais croyants parmi eux. Il y a donc certains sens dans lesquels on peut les appeler des « Églises « .

Pour mieux comprendre cela, consultons ce que Calvin dit dans son Institution au chapitre II du livre IV :

10. À propos de la seconde chose exigée, nous avons encore plus de raisons de résister aux papistes. Comme il nous est demandé de respecter l’Église, de considérer son autorité, de recevoir ses exhortations, de subir son jugement et d’être en accord avec elle, nous ne pouvons donner le nom d’Église aux papistes sans être dans l’obligation de leur être soumis et de leur obéir.

Je leur accorderai volontiers ce que les prophètes ont donné aux Juifs et aux Israélites de leur temps, quand la situation était semblable ou meilleure que la nôtre. Nous observons que les prophètes déclarent partout que leurs assemblées sont des assemblées sans religion, dans lesquelles il ne serait pas plus admissible d’adorer que de renier Dieu (Ésaïe 1.14-15). Si de telles assemblées avaient été des Églises, Élie, Michée et les autres prophètes semblables d’Israël auraient été étrangers à l’Église; de même, en Juda, Ésaïe, Jérémie, Osée et les autres étaient les plus exécrés tant des prophètes et des prêtres de leur temps que du peuple, comme s’ils étaient des païens. De même, si de telles assemblées avaient été des Églises, l’Église de Dieu ne serait pas « la colonne de la vérité» (1 Timothée 3.15), mais l’appui de l’erreur; elle ne serait pas le sanctuaire de Dieu, mais un lieu plein d’idoles. Les prophètes ne devaient donc avoir aucun lien avec de telles assemblées, car cela aurait été trahir Dieu.

Pour la même raison, si quelqu’un considère comme des Églises les assemblées qui sont sous la tyrannie du pape et qui sont atteintes par l’idolâtrie, par diverses superstitions et par une fausse doctrine, et que cette personne pense qu’il lui faut persister dans leur communion jusqu’à adhérer à leur doctrine, elle se trompe grandement. En effet, si elles sont des Églises, elles ont le pouvoir des clefs. Or celui-ci est étroitement lié avec la Parole, qui y est rejetée.

De même, si ce sont des Églises, cette promesse de Jésus-Christ que tout ce qu’elles auront lié sur la terre sera lié au ciel… (Matthieu 16.19; 18.18; Jean 20.23) leur appartient. Or tous ceux qui font loyalement profession d’être serviteurs de Jésus-Christ en sont exclus. C’est pourquoi ou la promesse de Jésus- Christ est vaine, ou ce ne sont pas des Églises, du moins sous cet angle.

Enfin, au lieu d’avoir chez les papistes le ministère de la Parole, on ne trouve que des écoles d’impiété et un abîme plein d’erreurs. C’est pourquoi, selon ces observations, ou ce ne sont pas des Églises, ou il n’en restera aucun signe qui permette de distinguer les saintes assemblées des croyants des réunions de musulmans.

11. De même qu’il y avait encore quelques prérogatives dans l’Église qui restait aux Juifs, nous ne nions pas que les papistes aient encore aujourd’hui, dans l’état actuel de l’Église, quelques traces de la grâce de Dieu.

Dieu a, une fois, fait alliance avec les Juifs, alliance qui persistait chez eux appuyée sur le Seigneur plutôt que sur leur propre fidélité. De plus, leur impiété était un obstacle qui devait être surmonté. Aussi, bien que leur impiété ait mérité que Dieu mette un terme à l’alliance faite avec eux, comme il est constant et persévérant dans l’exercice de sa bonté, il a toujours maintenu sa promesse à leur égard. La circoncision ne pouvait pas être souillée par leurs mains impures au point de ne plus être signe et sacrement de l’alliance de Dieu. Telle est la raison pour laquelle Dieu a qualifié de siens les enfants de ce peuple-là (Ézéchiel 6.20-21), qui ne lui auraient en rien appartenu, sauf par une bénédiction spéciale.

Ainsi, puisque Dieu a mis, une fois, son alliance en France, en Italie, en Allemagne et en d’autres pays, bien que tout ait été bousculé, ensuite, par la tyrannie de l’antichrist, il a voulu, afin que son alliance demeure inviolable, que le baptême y demeure comme témoignage de cette alliance; ce témoignage, qui a été ordonné et consacré par le Seigneur, conserve sa puissance malgré l’impiété des êtres humains.

Le Seigneur a veillé, de même, par sa providence, à ce qu’il demeure dans l’Église d’autres restes, afin qu’elle ne périsse pas totalement. Comme il arrive, parfois, lorsque des bâtiments sont démolis qu’il en demeure les fondements et quelques ruines, de même notre Seigneur n’a pas permis que son Église soit rasée ou détruite par l’antichrist au point qu’il n’en reste rien. Et bien que, pour se venger de l’ingratitude des hommes qui avaient méprisé sa Parole, il ait permis une terrible catastrophe, il a cependant voulu qu’il demeure un reste en témoignage et signe que tout n’était pas aboli.

12. En refusant d’accorder simplement le titre d’Église aux papistes, nous ne nions pas qu’il n’y ait des Églises parmi eux. Nous discutons, seulement, de ce qui constitue le véritable état de l’Église, qui se manifeste dans une communion tant de doctrine que de tout ce qui caractérise la profession de la foi chrétienne.

Daniel et Paul ont prédit que l’antichrist s’assoirait dans le temple de Dieu (Daniel 9.27; 2 Thessaloniciens 2.4). Nous disons que le pape est le capitaine de ce royaume maudit et exécrable, du moins dans l’Église d’Occident. Puisqu’il est dit que l’antichrist siégera dans le temple de Dieu, cela signifie que son règne sera tel qu’il n’abolira pas le nom de Christ ni celui de son Église. Il apparaît de là que nous ne contestons pas que les Églises qu’il domine par sa tyrannie ne demeurent des Églises, mais nous disons qu’il les a profanées par son impiété, qu’il les a affligées par son autorité inhumaine, qu’il les a trompées avec des doctrines erronées et ignobles et ruinées au point que Jésus-Christ ne s’y aperçoit presque plus, que l’Évangile y est étouffé, le christianisme éliminé et le service de Dieu quasi aboli. Bref, tout est si troublé dans cette Église qu’on y voit plutôt une image de Babylone que de la sainte cité de Dieu.

Les Églises romaines sont des Églises, d’abord, parce que Dieu y conserve miraculeusement un peuple, bien qu’il soit tristement dispersé; ensuite, parce qu’il y reste des marques de l’Église, principalement celles dont la qualité ne peut pas être abolie, ni par la rouerie du diable, ni par celle des hommes. Mais, comme, par ailleurs, les signes que nous avons à retenir avant tout, dans ce débat, sont effacés, je pense qu’il n’y a pas une manifestation correcte de l’Église, ni en ses membres individuels, ni dans l’ensemble du corps.

 
Quelques points principaux ressortent:

  1. L’Église catholique romaine, considérée comme une corporation ministérielle unifiée, ne peut être admise comme Église. Ses ordres ne peuvent être légitimes, du moins pas selon les termes de Rome, et on ne peut pas non plus dire que Rome ait juridiction ou autorité sur un croyant.
  2. Les propres revendications de Dieu sur les Églises dans le catholicisme romain continuent cependant à être vraies, et ainsi leurs baptêmes peuvent être acceptés comme valides. Ce n’est pas tant un point de bénédiction pour Rome, cependant, mais plutôt un témoignage permanent du véritable Évangile qu’ils répriment.
  3. Il est possible pour les congrégations individuelles d’être de véritables Églises au sein de la confédération catholique romaine, ce qui se révélerait être le cas en préservant l’enseignement et la prédication proprement dits de la Parole de Dieu, ainsi qu’une compréhension plus fidèle (moins abominable) des sacrements. Selon les propres normes de Rome, ces Églises devraient être de « mauvais catholiques », non conformes au magistère, mais leur existence est en fait possible – en effet, dans le monde chaotique moderne, leur existence est moins improbable qu’à bien des époques antérieures de l’histoire de l’Église. Il est également possible qu’un grand nombre de vrais croyants existent au sein des congrégations catholiques romaines. Ce sont comme les restes fidèles du passé que le Seigneur a voulu préserver.

Ce sont les principaux moyens par lesquels Calvin permettra aux Églises catholiques romaines d’être des Églises. Que cela soit utile ou non à des initiatives œcuméniques, nous en doutons. Mais l’explication met en lumière les critères de Calvin pour déterminer ce qui fait d’une entité une Église. Il doit posséder les signes de la parole et du sacrement, et ceux-ci doivent être préservés de toute grave erreur. Rome ne peut pas être admise comme Église selon sa propre définition, mais peut-être qu’une partie peut l’être selon l’ecclésiologie protestante.

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