Prédestination/Élection

Oui, Luther croyait à la prédestination

Récemment sur Facebook, je suis tombé sur un post opposant le point de vue de Calvin et celui de Luther sur la prédestination, comme si Luther proposait une position entre-deux et qu’il était moins « augustinien » que Calvin. J’ai répondu, comme le dit l’historien Carl Trueman, que cette opposition était artificielle puisque, dans son traité sur le Serf-Arbitre, Luther se montre en fait plus dur que Calvin !

Je citerai ici quelques unes des thèses de Luther sur le pélagianisme, pour montrer qu’il se situe bien dans la ligne de la Réforme (et de l’Apôtre Paul !) qui ont toujours maintenu l’élection de grâce :

« Il est vrai que l’homme, qui est devenu au mauvais arbre, ne peut que vouloir et faire ce qui est mal.

Il est faux que la volonté laissée à elle-même puisse faire le bien comme le mal, car elle n’est pas libre, mais captive.

Il n’est pas au pouvoir de la volonté de l’homme de vouloir ou de ne pas vouloir tout ce qui lui est offert.

L’homme ne peut de sa nature vouloir que Dieu soit Dieu. Il préférerait être lui-même Dieu, et que Dieu ne fût pas Dieu.

L’excellente, l’infaillible, l’unique préparation à la grâce, est l’élection et la prédestination éternelle de Dieu.

Il est faux de dire que si l’homme fait tout ce qu’il peut, il dissipe les obstacles à la grâce.

En un mot, la nature ne possède ni une raison pure, ni une volonté bonne.

Du côté de l’homme il n’y a rien qui devance la grâce, si ce n’est l’impuissance et même la rébellion.

Il n’y a point de vertu morale sans orgueil ni sans tristesse, c’est-à-dire sans péché (chez l’homme naturel).

Du commencement jusqu’à la fin, nous ne sommes pas les maître de nos actions, mais nous en sommes les esclaves.

Nous ne devenons pas justes en faisant ce qui est juste; mais étant devenus justes, nous faisons ce qui est juste.

L’homme est plus ennemi de la grâce de Dieu qu’il ne l’est de la loi elle-même.

Celui qui est hors de la grâce de Dieu pèche, sans cesse, quand même il ne tue, ni ne vole, nie ne commet adultère.

Il pèche, car il n’accomplit pas la loi spirituellement.

Ne pas tuer, ne pas commettre adultère, extérieurement seulement et quant aux actions, c’est la justice des hypocrites.

La loi de Dieu et la volonté de l’homme sont deux adversaires qui, sans la grâce de Dieu, ne peuvent être réconciliés.

Ce que la loi veut, la volonté ne le veut jamais, à moins que par crainte ou par amour elle ne fasse semblant de le vouloir.

La loi est le bourreau de la volonté, mais celle-ci ne reçoit pour maître que l’enfant qui nous est né (Esaie 9:6).

La loi fait abonder le péché, car elle irrite et repousse la volonté.

Mais la grâce de Dieu fait abonder le justice par Jésus-Christ, qui fait aimer la loi.

La volonté, quand elle se tourne vers la loi sans la grâce de Dieu, ne le fait que pour son intérêt propre.

La grâce n’est pas donnée pour que l’oeuvre se fasse plus souvent et plus aisément, mais parce que sans la grâce il ne peut se faire aucune oeuvre d’amour. »

(Luther, Op. (Lips.), XVII, p.143, et Op. lat., I.)

Quoi de plus clair ? Luther attribue à Dieu tout le bien que l’homme peut faire, y compris de croire en lui. Luther ne propose pas une vue entre Calvin et les arminiens, il n’a que faire de ce débat, il est au contraire plus virulent que Calvin. Toutefois, pour ne rien exagérer, Luther reconnaissait, comme Calvin :

« Il ne résulte pas de là que la volonté soit de sa nature mauvaise, c’est-à-dire que sa nature soit celle du mal même, comme les manichéens l’ont enseigné »
(« Nec ide sequitur quod sit naturaliter mala, id est natura mali, secundum manechaeos. » Luther, Op. (Lips.), XVII, p.143, et Op. lat., I.)

Étudiant en médecine, passionné de théologie et marié à la meilleure femme du monde. Vous entendrez souvent dans ma bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique".

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