Oui, Luther croyait à la prédestination
22 juin 2018

Récemment sur Facebook, je suis tombé sur un post opposant le point de vue de Calvin et celui de Luther sur la prédestination, comme si Luther proposait une position entre-deux et qu’il était moins “augustinien” que Calvin. J’ai répondu, comme le dit l’historien Carl Trueman, que cette opposition était artificielle puisque, dans son traité sur le Serf-Arbitre, Luther se montre en fait plus dur que Calvin !

Je citerai ici quelques unes des thèses de Luther sur le pélagianisme, pour montrer qu’il se situe bien dans la ligne de la Réforme (et de l’Apôtre Paul !) qui ont toujours maintenu l’élection de grâce :

“Il est vrai que l’homme, qui est devenu au mauvais arbre, ne peut que vouloir et faire ce qui est mal.

Il est faux que la volonté laissée à elle-même puisse faire le bien comme le mal, car elle n’est pas libre, mais captive.

Il n’est pas au pouvoir de la volonté de l’homme de vouloir ou de ne pas vouloir tout ce qui lui est offert.

L’homme ne peut de sa nature vouloir que Dieu soit Dieu. Il préférerait être lui-même Dieu, et que Dieu ne fût pas Dieu.

L’excellente, l’infaillible, l’unique préparation à la grâce, est l’élection et la prédestination éternelle de Dieu.

Il est faux de dire que si l’homme fait tout ce qu’il peut, il dissipe les obstacles à la grâce.

En un mot, la nature ne possède ni une raison pure, ni une volonté bonne.

Du côté de l’homme il n’y a rien qui devance la grâce, si ce n’est l’impuissance et même la rébellion.

Il n’y a point de vertu morale sans orgueil ni sans tristesse, c’est-à-dire sans péché (chez l’homme naturel).

Du commencement jusqu’à la fin, nous ne sommes pas les maître de nos actions, mais nous en sommes les esclaves.

Nous ne devenons pas justes en faisant ce qui est juste; mais étant devenus justes, nous faisons ce qui est juste.

L’homme est plus ennemi de la grâce de Dieu qu’il ne l’est de la loi elle-même.

Celui qui est hors de la grâce de Dieu pèche, sans cesse, quand même il ne tue, ni ne vole, nie ne commet adultère.

Il pèche, car il n’accomplit pas la loi spirituellement.

Ne pas tuer, ne pas commettre adultère, extérieurement seulement et quant aux actions, c’est la justice des hypocrites.

La loi de Dieu et la volonté de l’homme sont deux adversaires qui, sans la grâce de Dieu, ne peuvent être réconciliés.

Ce que la loi veut, la volonté ne le veut jamais, à moins que par crainte ou par amour elle ne fasse semblant de le vouloir.

La loi est le bourreau de la volonté, mais celle-ci ne reçoit pour maître que l’enfant qui nous est né (Esaie 9:6).

La loi fait abonder le péché, car elle irrite et repousse la volonté.

Mais la grâce de Dieu fait abonder le justice par Jésus-Christ, qui fait aimer la loi.

La volonté, quand elle se tourne vers la loi sans la grâce de Dieu, ne le fait que pour son intérêt propre.

La grâce n’est pas donnée pour que l’oeuvre se fasse plus souvent et plus aisément, mais parce que sans la grâce il ne peut se faire aucune oeuvre d’amour.”

(Luther, Op. (Lips.), XVII, p.143, et Op. lat., I.)

Quoi de plus clair ? Luther attribue à Dieu tout le bien que l’homme peut faire, y compris de croire en lui. Luther ne propose pas une vue entre Calvin et les arminiens, il n’a que faire de ce débat, il est au contraire plus virulent que Calvin. Toutefois, pour ne rien exagérer, Luther reconnaissait, comme Calvin :

“Il ne résulte pas de là que la volonté soit de sa nature mauvaise, c’est-à-dire que sa nature soit celle du mal même, comme les manichéens l’ont enseigné”
(“Nec ide sequitur quod sit naturaliter mala, id est natura mali, secundum manechaeos.” Luther, Op. (Lips.), XVII, p.143, et Op. lat., I.)

Maxime N. Georgel

Maxime est étudiant en médecine en 4ème année (FASM1) à la Faculté de Médecine et Maïeutique de l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde avec laquelle il vit sur Lille.

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Dans les Églises où est récité le Symbole des Apôtres, les chrétiens récitent d’une traite qu’ils croient « à l’Église, à la communion des saints, à la rémission des péchés… » Et s’il est vrai que le croyant protestant perçoit assez intuitivement comment le thème de l’Église et celui de la communion des saints peuvent être traités ensemble (puisque la théologie protestante définit précisément l’Église comme la communauté des saints ou des fidèles, c.-à-d. des croyants), il lui est en revanche difficile à première vue de voir un lien immédiat entre l’Église et la communion des saints d’une part, et la rémission des péchés d’autre part.
Ce n’était pas le cas de Jean Calvin. Celui-ci, dans l’un de ses premiers écrits, sa Brève Instruction Chrétienne (1537), à la fin de son explication de ce qu’il faut comprendre par la clause « Je crois à la rémission des péchés », lie ensemble ces trois expressions de la manière suivante : « nulle rémission des péchés n’est donnée d’ailleurs ni par autre moyen, ni à d’autres [que ceux qui en font partie], vu qu’hors de cette Église et communion des saints, il n’y a point de salut. » Calvin énonce ici le caractère ecclésial de la rémission des péchés : c’est dans l’Église seulement que les péchés sont pardonnés. Une telle affirmation peut étonner de la part d’un des pères fondateurs du protestantisme. Comment la comprendre ?

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