Sacrements

C'est quoi, un sacrement ?

Cet article se veut un résumé systématique de la doctrine des sacrements en général.

Le mot « sacrement » est-il approprié ?

Le mot sacrement dérive du latin sacramentum, traduisant le grec mysterion (mystère) que nous trouvons dans le Nouveau Testament.

Dans les églises de la Réforme, il s’est posé la question du caractère approprié du mot « sacrement », étant donné qu’il a été entaché de nombreuses erreurs. La question n’est pas de savoir si nous pouvons utiliser un autre mot que ceux qui sont dans la Parole mais de savoir si cela est utile et nécessaire. Même les plus frileux à utiliser ce terme, les évangéliques, ne se privent pas d’utiliser couramment des expressions que l’on ne trouve pas dans la Bible comme « recevoir Jésus comme son Sauveur et Seigneur personnel ». Et, tous les théologiens chrétiens admettent des mots comme « Trinité », « substance » ou « essence » dans leur théologie.

Le mot sacrement a été conservé par les théologiens réformés car (1) il est d’usage universel depuis longtemps dans le christianisme, (2) la Bible ne nous propose pas d’autres mots pour unir sous un même nom ce dont nous allons parler, (3) les autres mots proposés tels que « ordonnance » sont des mots à caractère légal qui sont plus appropriés pour les ordonnances du culte mosaïque que pour l’administration des mystères de la Nouvelle Alliance.

Qu’est-ce qu’un sacrement ?

Le sacrement est la réunion de trois choses. (1) Un signe visible, (2) la grâce invisible et (3) l’union du signe avec la grâce.

Le signe visible est matériel (eau, pain, vin) et le sacrement consiste à utiliser ces éléments sur ou par le fidèle (appliquer l’eau, manger le pain, boire le vin).

La grâce jointe au sacrement n’est autre que Jésus-Christ lui-même, dans toutes les richesses de sa rédemption, pour la régénération, la purification, la consolation et la nourriture de son peuple.

L’union entre le signe et la grâce est objective et réalisée par l’Esprit de Dieu.

Quelle est la fonction du sacrement ?

Le sacrement est, comme son étymologie le laisse entendre, un serment. C’est Dieu lui-même qui prête serment et qui se sert de ces signes visibles pour affermir la foi de son peuple. Les sacrements sont comme des sceaux de cire en bas d’une lettre d’un grand roi : ils certifient la promesse et l’alliance de Dieu. Dieu, par son Esprit, renforce l’assurance et la foi de son peuple quand ils font un droit usage de ces sacrements et l’Esprit confère réellement la grâce signifiée quand ils sont ainsi utilisés.

Ainsi, nous disons que les sacrements ont pour fonction d’être des signes (symboles) et des sceaux (confirmations) de la grâce de Dieu en Jésus-Christ (Cf. Genèse 17:13, Romains 4:11, Colossiens 2:11-12, Exode 24:8, Matt 26:28).

Combien y a-t-il de sacrements ?

La Parole et les Églises de Jésus-Christ ne reconnaissent unanimement que deux sacrements : le Saint Baptême et la Sainte Cène.

Il existe d’autres cérémonies valides au sein de l’Église telles que l’imposition des mains (Héb 6:2) ou l’onction d’huile (Jacques 5:14) mais elles ne sont pas à proprement parler des sacrements car elles n’ont pas pour but de confirmer la promesse de l’Alliance de Grâce.

Ainsi, nous pourrions donner un sens plus large au mot sacrement pour inclure ces cérémonies et tous les mystères bibliques (comme la verge d’Aaron, la nuée du Temple ou le mariage). Mais si nous parlons dans un sens strict, il n’y a que ces deux sacrements, qui suffisent amplement pour l’édification du corps de Christ, puisqu’il a jugé bon de nous prescrire ces deux-là seuls.

En magnifiant la grâce de Dieu, les réformés magnifient aussi les sacrements. En rabaissant la grâce de Dieu, ceux qui sont pris dans la tyrannie du pape rabaissent aussi les sacrements institués par notre Seigneur et se sont vus obligés de les compléter par des cérémonies de leur invention. De même, quand certains mouvements évangéliques déprécient la place des sacrements dans la vie de l’Église et leur importance, ils sont aussi poussés à chercher d’autres moyens de grâce pour les compléter. La confiance en Dieu exige que nous nous confiions en Lui en utilisant les moyens qu’il a prescrit et en ne nous pensant pas plus sages que Lui pour en établir selon notre volonté. Le Baptême et la Cène suffisent pour notre édification car c’est le Christ lui-même qui y est communiqué.

Puisque les sacrements signifient et scellent la grâce de Dieu et sa promesse pour toute son Église, les mystères tels que le mariage ou les cérémonies comme l’ordination ne peuvent proprement être appelés sacrements, car (1) ils ne signifient pas cette promesse directement et (2) ne s’adressent pas à tout le peuple de Dieu puisqu’il est évident que tous ne sont pas appelés au mariage ni au ministère ordonné.

Comment jouit-on des bénéfices du sacrement ?

Le croyant jouit de la grâce signifiée par le sacrement par la foi (Rom 4:11, Col 2:11-12). C’est l’instrument par lequel la grâce jointe par l’Esprit au sacrement est reçue ensuite personnellement et subjectivement par le croyant. Sans la foi, le sacrement contribue bien plutôt au jugement de celui qui en use (1 Corinthiens 11:29).

Il ne s’agit pas de dire que la foi doit précéder le sacrement dans un sens chronologique, mais que le sacrement, étant le signe d’une promesse, nécessite une réponse de foi.

Il est vrai qu’il existe, au-delà de cette grâce signifiée, des bénéfices extérieurs que Dieu fait souvent concourir au salut de ses élus tels que l’incorporation dans l’Église visible, la communion des croyants et tous les bénéfices qui y sont rattachés. Mais, sans la foi, ces bénéfices tourneront encore à l’endurcissement des réprouvés.

Y a-t-il une grâce sacramentelle propre ?

La question est posée : le sacrement, quel qu’il soit, communique-t-il une grâce qui ne peut être reçue autrement ? Ici, l’Écriture nous montre clairement que cela n’est pas le cas. En effet, en croyant à la Parole, nous recevons le Christ tout entier en qui se trouvent toutes les bénédictions spirituelles et les grâces célestes (Ephésiens 1:3-14). De même, le sacrement signifie et scelle cette même grâce du Christ se donnant entièrement pour son peuple.

Si le sacrement communiquait une grâce particulière, alors soit il s’agirait d’une grâce qui s’ajouterai au Christ (ce qui est un blasphème puisqu’il est la source de tous les biens) soit nous recevrions le Christ par morceau, une fois dans la Parole reçue avec foi, une autre fois dans le sacrement, ce que l’Écriture réprouve.

C’est donc le Christ tout entier qui est communiqué et nous voyons ainsi pourquoi l’Écriture attribue tantôt à l’écoute de la foi, tantôt aux sacrements les mêmes bénéfices (Ephésiens 2:8, 1 Pierre 1:23, Tite 3:5, Jean 6:47, Jean 6:54, etc.).

Quel est le rapport entre le sacrement et la foi du fidèle ?

Le sacrement n’est pas créé par la foi du fidèle. Comme nous l’avons dit, l’union entre le signe et la grâce est objective et dépend de la vertu du Saint-Esprit de Dieu et non des dispositions ou de la foi du fidèle. Ainsi, il faut distinguer l’union objective réalisée par l’Esprit et la foi subjective qui s’empare du bénéfice. Bien-sûr, le Saint-Esprit est encore l’auteur de cette foi.

Si nous parlons de la Cène, l’union entre le Christ, dans sa vraie divinité et sa vraie humanité, et les éléments utilisés est objective et spirituelle. « Spirituelle » désigne ici la vertu du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est la Personne qui, depuis l’ascension du Christ et en attendant son retour, permet au Seigneur Jésus d’être présent dans son humanité parmi son peuple, tout en restant corporellement aux cieux. L’Esprit est capable de rendre et rend effectivement le Christ présent dans la prédication de la Parole et les sacrements.

Ainsi, il y a sacrement même sans la foi. La foi donc ne rend pas le Christ présent et la validité du sacrement ne dépend de la foi. Pour celui qui prend le sacrement sans la foi, toutefois, ce n’est pour son salut qu’il reçoit le Christ, mais pour son jugement. Ou plutôt, comme le dit Augustin, il ne reçoit pas le Christ mais un poison. Ces deux aspects – objectif et subjectif – ne doivent pas être opposés mais tenus ensemble. Comme le dit Calvin, bien que la pierre ne soit pas amollie par la pluie qui tombe sur elle, cela ne veut pas dire que la pluie ne tombe pas. De même, le Christ est réellement et objectivement présent, dans sa divinité qui est en tout temps omniprésente et dans son humanité par le don du Saint-Esprit, en particulier dans les sacrements, bien que l’incrédule n’en bénéficie pas, lui qui reste endurci à la grâce de Dieu comme ce rocher l’est à la pluie.

Si nous parlons de la fonction du sacrement, puisque celui-ci est signe de la promesse, il est clair que la promesse ne dépend pas de la foi pour exister mais c’est la foi qui est suscitée et renforcée par la promesse et ses symboles. La promesse et ses sacrements précèdent logiquement la foi, bien que la foi puisse précéder chronologiquement l’administration du sacrement. Toutefois, même si la foi précède le sacrement, c’est encore avec foi qu’il doit être reçu ou, pour le dire plus clairement, c’est encore la foi qu’il exige comme réponse.

Quel est le lien entre sacrements et Parole ?

Puisque la Parole proclame les promesses de Dieu au peuple de Dieu et que les sacrements scellent ces promesses, cette Parole a prééminence sur ces derniers. La Parole communique le Christ tout entier sans les sacrements, mais les sacrements ne sont qu’une trompette rendant un son flou sans la Parole. Sans la Parole, les sacrements sont comme un cachet de cire au bas d’une lettre vide. Ainsi, ils doivent être administrés avec la Parole qui leur donne leur sens et permet de les recevoir avec foi. Ces sacrements sont, en quelque sorte, des paroles visibles.

C’est pour cette raison que Saint-Augustin a très justement dit :

« Maintenant vous êtes purs par la parole que je vous ai dite ». Pourquoi ne dit-il pas: vous êtes purs à travers le baptême par lequel vous avez été lavé, mais par la parole que je vous dite, sinon que, même à travers l’eau, c’est la parole qui purifie ? Otez la parole, et l’eau n’est ni plus ni moins que l’eau. La Parole est ajoutée à l’élément, et il en résulte le sacrement, constituant lui-même une sorte de parole visible. Car il a dit également dans le même sens, quand il lava les pieds des disciples, celui qui est lavé n’a besoin que de se laver les pieds, car il est pur en tout son être.

Et d’où l’eau tient-elle une si grande efficacité, qu’en touchant le corps elle purifie l’âme, sinon par l’opération de la parole; et cela non pas parce que serait prononcé seulement, mais parce qu’elle est crue ? Car y compris dans la parole elle-même, le son entendu est une chose, l’efficacité qui y demeure en est une autre. C’est la parole de la Foi que nous prêchons, dit l’apôtre, de sorte que si tu confesses de ta bouche que Jésus est le Seigneur, et que tu crois dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car c’est en croyant du cœur que l’on parvient à la justice, et en confessant de la bouche la confession que l’on parvient au salut. (Romains 10:10).

(Tractates 80)

Augustin dit donc clairement que, sans la Parole, l’eau du baptême n’est que de l’eau et s’appuie pour cela sur les paroles du Christ qui témoigne que les disciples étaient purs par la foi en sa parole. Augustin précise qu’il ne suffit pas que la Parole soit prononcée mais il faut encore qu’elle soit crue pour purifier.

C’est encore ainsi que s’exprime Jean Calvin :

La principale chose recommandée par notre Seigneur est de célébrer l’ordonnance avec une véritable compréhension. D’où il s’en suit que l’essentiel réside dans la doctrine. Que cela vienne à manquer et ce n’est plus qu’une cérémonie inutile et glaciale. Cela est non seulement démontré par l’Écriture, mais attesté par les canons du Pape, (Can., Detrahe, I, 4,1,) dans un passage de Saint-Augustin, (Tract 80, dans Joan.), et dans lequel il demande – « Qu’est-ce l’eau du baptême sans la parole sinon uniquement un élément corruptible ? La parole (ajoute-il immédiatement) pas seulement prononcée mais aussi comprise »

Par cela il veut dire que les sacrements tirent leur vertu de la Parole quand elle est prêchée intelligiblement. Sans cela, ils ne méritent pas le nom de sacrements. Or, loin s’en faut que l’on reçoive une doctrine intelligible à la Messe, au contraire, il semble que le mystère soit considéré comme gâché si tout n’est pas dit et fait à voix basse, de sorte que rien n’est compris.

>>Lisez : Les sacrements comme paroles visibles : les racines patristiques de la Réforme.

Les sacrements de la Nouvelle Alliance ont-ils des précédents ?

Le Baptême est le rite qui admet dans la communauté de la Nouvelle Alliance tandis que la Cène est la nourriture du croyant pour son accroissement dans la communauté. Sous l’Ancienne Alliance, c’est par la circoncision, qui était aussi « le sceaux de la justice reçue par la foi » (Romains 4:11) que l’entrée dans le peuple de Dieu était signifiée et c’est par la Pâque et d’autres repas que le peuple se nourrissait « de la même nourriture spirituelle que nous […], le Christ » (1 Corinthiens 10:3,4).

Les sacrements des deux alliances diffèrent en clarté mais signifient les mêmes réalités. Ils diffèrent aussi dans la direction qui est prise : les sacrifices de l’Ancienne Alliance annonçaient le sacrifice à venir, le mémorial de la Nouvelle Alliance, en tant que mémorial, pointe vers l’oeuvre accomplie du Christ. De même, la circoncision annonce la descendance à venir qui sera retranchée du peuple tandis que le baptême parle de la croix que le Christ appelle « son baptême » (Luc 12:50).

Comment la transsubstantiation annule le sacrement ?

La transsubstantiation, doctrine des papistes et non de Jésus-Christ, détruit le sacrement en attaquant chacun de ses éléments.

En soutenant, contre le témoignage de la Raison et des sens, que la substance du pain disparaît après la consécration, elle détruit le signe du sacrement, l’élément visible puisqu’il ne reste, selon eux, plus de pain mais uniquement un fantôme constitué des accidents du pain.

>>Lisez : La transsubstantiation : un problème philosophique.

En affirmant que le Christ vient se retrouver dans ce fantôme de pain, corporellement, elle annule la grâce car nous sommes pauvres et pécheurs spirituellement. C’est donc une grâce spirituelle qu’il nous faut. Quel bénéfice tirera-t-on d’avoir pu mâcher le corps du Christ, si notre âme demeure affamée et ne s’est pas nourrie de lui par la foi ? « La chair ne sert de rien » nous dit le Christ en Jean 6, après avoir parlé de la manducation spirituelle de son corps par la foi. Comme le dit très justement Augustin en commentant ce passage « pourquoi préparez-vous le ventre et les dents ? Croyez et vous avez mangé ». Ainsi, cette grave erreur annule le signe et la grâce.

>>Lisez : La Cène : Manger le corps de Christ ?!

Mais en insistant sur le fait que le pain disparaisse et soit remplacé par le corps du Christ, elle annule encore l’union sacramentelle. Si je remplace un homme à son poste, qui dira que nous nous sommes unis ? Il ne s’agit pas d’une union mais d’une substitution. L’union ne se fait pas par le remplacement du pain ou par l’accompagnement de celui-ci mais par une véritable union faisant qu’alors que le corps reçoit le pain, l’âme reçoit le Christ.

>>Lisez : La Cène et la tradition réformée et La Cène selon Calvin

Finalement, la transsubstantiation annule le sacrement car, alors que celui-ci a été institué pour tourner les yeux de nos coeurs vers le Christ et affermir notre foi, cette doctrine imaginaire pousse à adorer du pain, croyant y voir présent le Christ et détourne ainsi de l’adoration véritable, finalité du sacrement.

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