Baptême des enfants

"La Bible ne donne jamais d'exemple d'enfants baptisés"

Là-dessus, nous sommes plutôt d’accord. Mais prenons un peu de recul avant d’en tirer des conclusions hâtives.

À quoi ressembleraient les Actes et la vie des chrétiens si les pédobaptistes avaient raison ? Et à quoi cela ressemblerait si les baptistes avaient raison ?

Si les pédobaptistes avaient raison, nous verrions des activités missionnaires, des conversions. Les convertis seraient baptisés après avoir confessé la foi et ils seraient baptisés eux et leur famille quand celle-ci est présente.

Si les baptistes avaient raison, nous verrions aussi des activités missionnaires, des conversions. Les convertis seraient baptisés après avoir confessé la foi. Leurs enfants ne seraient pas baptisés tout de suite mais le seraient plus tard, quand ils seraient en âge de confesser la foi, s’ils le veulent.

Il est vrai que nous n’avons pas d’exemples explicites d’enfants baptisés. Mais nous n’avons pas non plus d’exemples explicites d’enfants ayant grandi dans une famille chrétienne et n’étant été baptisés que des années plus tard. Nous n’avons pas non plus un seul exemple de personne ayant une famille et dont la famille n’a pas été baptisée avec elle quand elle était présente. À chaque fois que les Actes mentionnent une famille avec un parent converti, la famille entière est baptisée.

J’aimerai apporter ici une courte citation de l’auteur Douglas Wilson dans le livre The Case for Covenantal Infant Baptism:

Pendant les années où j’étais un baptiste convaincu, mon approche de la question était sensiblement la même que celle que j’ai entendu de nombreuses fois dans la bouche d’autres. Si vous voulez comprendre le baptême chrétien, me disais-je, il suffit de regarder à toutes les fois où la Bible en parle. Il suffit de consulter une concordance et de rechercher le mot baptême, baptisé, etc. […] En réalité, nous devons aussi considérer ce que la Bible nous dit sur les enfants, les générations, les alliances, la famille, les descendances, etc.

Wilson a vu juste, pour bien comprendre la question du baptême, il ne suffit pas de regarder les déclarations explicites de la Bible au sujet du baptême. Il ne faut pas limiter l’autorité de la Bible à ses seules déclarations explicites. Par exemple, dirons-nous que l’avortement est permis parce que la Bible ne l’interdit pas explicitement ? Est-ce que la doctrine de la Trinité peut être rejetée parce que le mot ne s’y trouve pas ? Évidemment que non. La Parole de Dieu fait autorité dans ce qu’elle enseigne et non seulement dans ce qu’elle mentionne (2 Timothée 3 :16[1]).

Par ailleurs, comme je l’ai dit plus tôt, la doctrine réformée ne consiste pas à dire que les enfants « tout court » doivent être baptisés mais que les familles de parents confessants doivent l’être. Or, comme je l’ai aussi souligné plus haut, nous avons des mentions explicites de baptêmes de maisons. Et il parait improbable qu’aucun enfant ne se trouve dans ces familles.

Ainsi, pour résumer (1) Oui, il n’y a pas de mentions explicites de baptêmes d’enfants mais il n’y en a pas non plus d’enfants ayant grandi dans une famille chrétienne et étant baptisé plus tard ou de famille dont les parents sont convertis et baptisés sans les enfants, (2) nous ne devons pas nous limiter à ce que la Bible mentionne sur le baptême mais à ce qu’elle enseignesur le baptême, la famille, l’alliance, l’Église, etc. (3) la Bible mentionne des baptêmes de maison et c’est exactement ce que nous défendons.

Je peux encore apporter en passant une quatrième remarque à ce sujet, que Jean Calvin formule ainsi dans son Institution de la Religion Chrétienne, IV, XVI, 8 :

L’objection suivante que font certains ne tient pas debout : il serait impossible de montrer Bible en main qu’un enfant a été baptisé par les apôtres. Nous reconnaissons que cela n’est pas dit de façon explicite, mais cela ne veut pas dire qu’ils n’en aient pas baptisé, puisque les enfants ne sont jamais exclus quand il est question d’un baptême de famille (Actes 16.15, 33). Avec cette objection, on pourrait argumenter que les femmes ne doivent pas être admises à la cène de notre Seigneur, puisqu’il n’est jamais spécifié dans le Nouveau Testament qu’elles ont pris la cène du temps des apôtres. En cela, nous suivons, comme il convient, l’analogie de la foi. Nous regardons si l’institution de la cène les concerne et si, selon l’intention de notre Seigneur, elle doit leur être donnée. Nous faisons de même pour le baptême des enfants. Car, en considérant pour qui le baptême a été institué, nous trouvons qu’il ne concerne pas moins les enfants que les adultes. C’est pourquoi ce serait interpréter malhonnêtement l’intention du Seigneur, s’ils en étaient écartés.

Calvin résume ici plusieurs points déjà mentionné : les baptêmes de maisons et la nécessité de considérer ce que la Bible enseigne. Mais il utilise aussi un raisonnement par l’absurde : la Bible ne mentionne pas non plus que des femmes ont pris la Cène. Or il est évident que la Cène les concerne. De même les réformés disent que nous avons des raisons certaines de penser que le baptême concerne les enfants de confessants, même s’il n’y a pas d’exemples explicites.

Ainsi, là encore, le débat ne peut pas être conclu sur cette question.

[1]Cf. Infant Baptism : Does the Bible Teach It ?, Gregg Strawbridge, p. 14.

Étudiant en médecine, passionné de théologie et marié à la meilleure femme du monde. Vous entendrez souvent dans ma bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique".

3 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *