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Qu'est-ce que la Scolastique Protestante ? – Partie 4

Le contexte de la Scolastique

La théologie réformée possédait beaucoup des centres d’éducation qui étaient chargés de former les théologiens. Comme le fait remarquer Muller, « le développement de l’orthodoxie scolastique réformée se trouve en grande partie dans la culture intellectuelle des académies et universités protestantes qui prospéraient alors »[1]. Dans ce contexte académique, nous trouvions un phénomène historique complémentaire et non pas opposé : l’humanisme. Comme l’explique Dolf Te Velde, « les mouvements apparemment opposés, intitulés « humanisme » et « scolastique », ont puisé dans les mêmes ressources et se sont heurtés aux mêmes questions méthodologiques et substantielles, leur donnant un terrain d’entente »[2].

Si le terme « scolastique » a plusieurs sens, « humanisme » n’a pas non plus de définition nette. Le lieu et l’époque déterminent grandement le type d' »humanisme » qui a émergé dans certaines parties de l’Europe. Le terme « humaniste » est apparu au XVe siècle, décrivant celui qui pratiquait les sciences humaines (umanista) (note : à ne pas confondre, donc, avec ce que nous appelons aujourd’hui humanisme). Une telle personne étudiait la grammaire, la rhétorique, la poésie, l’histoire et l’éthique. La formation humaniste comprenait l’étude rigoureuse du latin et souvent du grec classique. Le latin est la langue des éduqués, non pas du « barbare ». La connaissance du latin ouvre tout un monde de théologie que la plupart des pasteurs réformés d’aujourd’hui ne connaissent pas. La facilité avec laquelle certains diplômes sont décernés aujourd’hui serait une obscénité au XVIIe siècle.

L’humanisme qui a influencé les réformateurs, comme Calvin, était l’humanisme nord-européen. Selon van Asselt, « l’humanisme de l’Europe du Nord est d’abord allé de pair avec la Réforme primitive et, en prêtant attention aux écrivains de l’antiquité classique, a tenté d’établir un lien entre l’étude des classiques et l’étude de la Bible »[3].

Par le passé, les universitaires ont essayé de faire de la scolastique et de l’humanisme des ennemis, et non des amis : Calvin l’humaniste contre De Bèze le scolastique. Cependant, l’humanisme chrétien n’est pas du tout un ennemi des méthodes scolastique médiévales. Ils ont coexisté pacifiquement dans de nombreuses universités à l’époque de la Réforme. En effet, la capacité d’utiliser la langue (le latin et le grec classique) ne peut qu’aider les scolastiques réformés, dont certains se réunissent (autour d’un café !) pour discuter de théologie en grec classique plutôt que dans leur langue maternelle (par exemple, le néerlandais) ou en latin (leur seconde langue).

Non seulement les universités, mais aussi les académies réformées, liées aux Eglises, étaient des viviers pour les scolastiques réformés. Les étudiants ont souvent voyagé pour trouver les meilleurs professeurs dans ces académies. Peut-être l’académie la plus célèbre était à Genève où Théodore De Bèze enseignait. Caspar Olevianus, Franciscus Junius et Jacob Arminius ont tous fréquenté l’académie de Genève et ont reçu une éducation scolastique réformée approfondie. Ces deux derniers ont fini à l’Université de Leyde, avec Arminius satisfaisant ses examinateurs réformés sur des sujets comme le pactum salutis. Au moment de la mort de Calvin, plus de trois cents étudiants étaient inscrits à l’académie de Genève, dont quatre-vingt pour cent venaient de l’extérieur de Genève.[4]Des académies réformées ont été créées en Allemagne, en Angleterre, en Écosse, en France et aux Pays-Bas. Puisque presque tous les grands travaux théologiques de l’époque étaient écrits en latin, nous ignorons aujourd’hui en grande partie la somme impressionnante de connaissance qui est sortie de ces académies (note : une bonne raison de se mettre au latin 😉 !).

 
[1]PRRD, 1:34.
[2]“Reformed Theology of Scholasticism” in … 223
[3]Introduction to Reformed Scholasticism, 76.
[4]ibid, 112

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