Baptême des enfants,  Sacrements

Les baptêmes du Nouveau Testament

Le livre des Actes suit une structure qui est indiquée dès le premier chapitre : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans la Judée et la Samarie et jusqu’au extrémités de la terre. » (Actes 1 :8). Ainsi, les mentions de baptêmes suivent cette expansion.

  1. La première occasion de baptême est la Pentecôte à Jérusalem. Il nous est dit que des « hommes pieux » étaient rassemblés (2 :5), des « hommes de Judée » (2 :14), des « hommes d’Israël » (2 :22), etc. Ainsi, il semble qu’uniquement des hommes furent baptisés à cette occasion. « Ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés, et en ce jour-là, furent ajoutées environ trois milles âmes » (Actes 2 :41). Cet évènement était l’accomplissement de la promesse de Jean 15 :26. Le contexte nous rapporte que cette promesse était donnée « pour vous et pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Actes 2 :39).
  1. L’Évangile arrive ensuite en Samarie, selon la structure indiquée au début (1 :8). Philippe « prêchait la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du nom de Jésus-Christ » et « hommes comme femmes se firent baptiser » (8 :12). Il s’agit du premier passage où le baptême d’une femme est explicitement mentionné. Luc met l’emphase sur le fait que non seulement les hommes mais aussi les femmes furent baptisés. Peut-être est-ce parce que seuls des hommes avaient été baptisés à la Pentecôte. Toutefois, le cœur du passage se concentre en fait sur la personne de Simon le Magicien, qui a offert aux apôtres de l’argent pour obtenir le Saint-Esprit. Selon Justin Martyr, ce Simon est devenu un grand hérétique et opposant du christianisme (Première Apologie, chapitre 26).
  1. La personne suivante qui fut baptisée est l’eunuque éthiopien, « venu à Jérusalem pour adorer » (8 :27). Après avoir exposé Esaïe 53, Philippe a dû mentionner le baptême et le fait qu’il était aussi ouvert aux nations, ce qui a poussé l’eunuque à demander le baptême. D’ailleurs, le contexte d’Esaïe est intéressant à ce sujet : « [Mon serviteur] purifiera par l’aspersion beaucoup de nations» (52 :15) et « Que l’étranger qui s’attache à l’Éternel ne dise pas : l’Éternel me séparera sûrement de son peuple ! Et que l’eunuque ne dise pas : Je ne suis qu’un arbre sec ! » (56 :3). Cet épisode prend toute sa pertinence quand on se souvient que, dans l’ancienne alliance, les eunuques étaient retranchés de l’assemblée de l’Éternel (Dt. 23 :1).
  1. Le chapitre 9 nous raconte la conversion de l’apôtre des Gentils. Paul, après avoir été rendu aveugle par l’apparition de Jésus-Christ, se « leva et fut baptisé » (9 :18) par le timide Ananias. Paul est un « instrument choisi » pour annoncer l’Évangile aux Gentils, aux rois et aux fils d’Israël (9 :15-16). Ainsi, avant que l’Évangile n’atteigne les païens, l’apôtre des païens est converti et baptisé.
  1. Au chapitre dix, et pour la première fois, l’Évangile atteint un « territoire païen » par la conversion de Corneille. La famille de Corneille est baptisée (10 :48). Actes nous dit au sujet de ce même Cornelius, « tu seras sauvé, toi et ta famille » (11 :14). L’emphase est ici mise sur le fait que même les païens peuvent être sauvés, tout comme les Juifs. Les « impurs » peuvent recevoir le Saint-Esprit. Souvenons-nous qu’en raison de l’arrière-plan juif de Pierre, le Seigneur a du lui présenter une vision pour lui faire comprendre que les croyants d’origine païenne doivent être reçsu. « Ce que Dieu a déclaré pur, ne le considère plus comme impur » (10 :15).
  1. Lydie, de la ville de Thyatire, fut sauvée par la grâce de Dieu, alors que « le Seigneur ouvrit son cœur pour qu’elle soit attentive aux paroles de Paul » (16 :14). Le verset 15 nous dit qu’après « avoir été baptisée, elle et sa famille, elle nous invita en disant : Si vous me jugez fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison et demeurez-y ». Le verset 40 nous informe qu’après l’emprisonnement de Paul et Silas à Philippes, ils se sont rendus à la maison de Lydie pour voir les frères et les encourager.
  1. Dans le même chapitre (Actes 16), le geôlier de Philippes fut baptisé avec sa famille. Luc s’arrête sur cet évènement pour nous expliquer ce qui se passe. Pourquoi ? Car le geôlier est le premier païen au sens propre qui fut baptisé (Corneille et Lydie « craignaient Dieu » et étaient certainement déjà informés sur le judaïsme, cf. 10 :2, 16 :14). L’attitude du geôlier était bien différente : il était à deux-doigts de se suicider quand Paul et Silas l’ont appelé. Cela indique qu’il avait des valeurs bien romaines, dans lesquelles le suicide est considéré comme un acte noble dans certaines situations.
    Dans la crainte, il leur dit « que dois-je faire pour être sauvé ? », « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta famille » (16 :31). Le texte poursuit ainsi, « ils lui annoncèrent la parole du Seigneur ainsi qu’à tous ceux qui étaient dans sa maison » (16 :32). Il « fut baptisé aussitôt, lui et tous les siens ». Puis, il monta dans sa maison et « se réjouit avec toute sa famille d’avoir cru en Dieu » (16 :34).
  2. Beaucoup de Corinthiens furent baptisés. Actes 18 :8 nous dit que « Crispus, le chef de la synagogue, crut au Seigneur avec toute sa famille. Et beaucoup de Corinthiens, qui écoutaient Paul, crurent et furent baptisés ». Actes ne nous livre pas les noms de ceux qui furent baptisé. Mais en 1 Corinthiens, Paul nous dit qu’il a baptisé Crispus, Gaius (1 :14), et « la famille de Stéphanas » (1 Cor. 1 :16). En Actes nous voyons que Crispus « crut au Seigneur avec toute sa famille » et, puisque 1 Corinthiens nous dit que Crispus fut baptisé, il semble valide d’en déduire que sa famille aussi le fut avec lui.
  1. En Actes 19, nous apprenons qu’un groupe de disciples à Éphèse ont été baptisés du baptême de Jean. Toutefois, ils ne semblent pas connaître le message fondamental de Jean car ils ignorent l’existence du Saint-Esprit que Jean annonçait pourtant clairement. Ces hommes étaient « douze environ » (19 :7). Puisqu’ils ne connaissaient pas le Saint-Esprit, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus (19 :5) après avoir été instruits par Paul. L’emphase est ici sur la relation entre ces groupes de disciples de Jean mal instruits et la prédication des apôtres.

Si nous résumons ces informations, nous trouvons : (1) La promesse de la nouvelle alliance a été accomplie à la Pentecôte pour « vous et vos enfants » (2 :39). Seuls les hommes furent baptisés, environ 3000. (2) En Samarie, les « hommes tout comme les femmes » (8 :12) furent baptisés, incluant Simon le magicien apostat. (3) l’eunuque, qui n’avait donc pas de famille, fut baptisé (Actes 8 :38). (4) Paul, qui n’avait pas de famille, fut baptisé (9 :18 ; cf. 1 Cor 7 :7-8). (5) La famille de Cornelius fut baptisée (10 :48, 11 :14). (6) La famille de Lydia fut baptisée (16 :15). (7) La famille du geôlier fut baptisée (16 :33). (8) Plusieurs Corinthiens furent baptisés, y compris la famille de Crispus et celle de Stéphanas, et Gaius (18 :8, 1 Cor 1 :14, 16). (9) Les disciples de Jean, des hommes adultes, furent baptisés (19 :5).

Ainsi, parmi les 9 narrations de baptême dans les Actes, 4 sont des baptêmes de maison, 4 sont des cas d’hommes adultes (Pentecôte, l’eunuque, Paul, 12 disciples de Jean), et un est un cas où des hommes comme des femmes sont baptisés, incluant Simon. Ici, Luc insiste en grec sur le fait que des femmes aussi ont été baptisées (8 :12 andres te kai gunaikes). Il s’agit en effet de la première fois qu’il est dit que des femmes furent baptisées.

Si l’on considère les 9 occurrences d’individus baptisés, on constate que 5 parmi eux eurent leur famille baptisée avec eux (Cornelius, le geolier, Lydie, Crispus et Stéphanas), deux n’avaient pas de famille pour des raisons évidentes (l’eunuque et Paul). Ce qui nous laisse avec Simon l’apostat, et Gaius, que Paul a baptisé (1 Cor. 1 :14). Pour ce qui est de Simon, il parait raisonnable qu’il fût un cas atypique, un magicien de la région qui ne semblait pas être chef d’une famille.

Pour ce qui est de Gaius, nous savons qu’il était un homme d’une certaine richesse, puisqu’il accueillait l’Église entière chez lui (Romains 16 :23). Il est donc probable qu’il soit un chef de famille. En Actes, il est dit que Crispus crut avec sa famille (Actes 18 :8) et il fut donc baptisé avec elle. Pourtant, en 1 Corinthiens 1 :14, Paul dit « je n’en ai pas baptisé d’autres, excepté Crispus et Gaius ». Autrement dit, il n’a pas jugé nécessaire de préciser « Crispus, et sa famille » alors que nous savons qu’elle fut baptisée. Il est donc raisonnable de penser qu’il a fait la même chose avec Gaius et que, si celui-ci avait une famille, elle fut aussi baptisée avec lui. Cela était parfaitement compréhensible pour n’importe quel Juif du premier siècle. Paul considère les personnes ici non pas comme des individus isolés mais comme des chefs de famille.

Ainsi, comme nous l’avons dit plus haut, les Actes nous informent que tous ceux qui sont mentionnés comme ayant une famille furent baptisés avec elle et que dans les cas où seuls des individus sont baptisés, nous avons de bonnes raisons de croire qu’ils n’avaient pas de famille (Paul et l’eunuque) ou qu’elle n’était pas présente (les hommes venant adorer à la Pentecôte et les disciples réunis à Éphèse). Le récit des Samaritains fait exception, mais il met surtout l’emphase sur la personne de Simon et sur le fait que des femmes aussi furent baptisées. Autrement dit, il s’agit d’un silence chez les Samaritains, puisque Luc se concentre sur d’autres éléments.

Résumons une fois de plus ces données :

Baptêmes d’adultes convertis Baptêmes de maison
3000 hommes, à la Pentecôte
(familles absentes)
Cornélius et sa famille
Les Samaritains, hommes et femmes et Simon. (silence sur les familles) Lydie et sa famille
L’eunuque éthiopien (sans famille) Le geôlier et sa famille
Paul (sans famille) Les Corinthiens :
Crispus et sa famille
Stéphanas et sa famille
Les 12 disciples de Jean (familles absentes)
Gaius (et sa famille ?)

Je tiens à passer un peu de temps sur le témoignage des Actes car, quand j’étais baptiste, je le voyais un peu comme l’argument faible des réformés. Comme si ces évènements pouvaient être lus dans les deux sens, qu’il ne s’agissait que de présupposés.

Mais la lecture baptiste de ces évènements devient encore moins probable quand nous regardons le contexte plus large du livre des Actes. Souvenons-nous de la structure du livre : Jérusalem, la Judée et la Samarie, et les extrémités de la terre. Luc cherche à instruire ses lecteurs sur ce que Jésus a continué de faire alors que son Église atteignait les nations (Actes 1 :1). Or, quand l’Évangile a atteint les païens, en commençant par Cornelius, tous les baptêmes dont il est question sont des baptêmes de maison– sauf quand il est indiqué expressément qu’il ne se trouvait là que 12 hommes, disciples de Jean, qui n’étaient pas des païens de toute façon (Actes 19 :7). Les familles païennes de Cornélius, Lydie, Stéphanas, du geôlier et probablement de Gaius furent toutes baptisées.

Structure des Actes Baptêmes
Jerusalem et la Judée 3000 hommes à la Pentecôte
La Samarie L’eunuque, les Samaritains, Simon.
Les extrémités de la terre
Transition : Paul (Actes 9)
Premier païen : Cornélius (Actes 10)
Craignant Dieu : Lydie (Actes 16)
Convertis du paganisme : le geolier (Actes 16) et les Corinthiens (Actes 18).
Paul (apôtre des païens)
La famille de Cornélius
La famille de Lydie
La famille du geolier
Les Corinthiens :
La famille de Crispus
La famille de Stéphanas
Gaius (et sa famille ?), 12 Juifs à Éphèse

Ceux qui nient la validité du baptême de maison ne rendent pas compte de ces faits. Nous devons nous demander si le nombre impressionnant de baptêmes de maison concentrés dans la période de l’expansion de l’Évangile aux nations n’est qu’une bizarrerie de l’époque apostolique. Est-ce une coïncidence que toutes les familles païennes atteintes par l’Évangile soient baptisées ? Luc n’a-t-il pas choisi des raconter cela pour donner ici un sens théologique à l’avancée de l’Evangile en terre païenne ? Dieu attire à lui toutes les familles de la terre.

Actes est une histoire sélective de ce qu’il s’est passé dans les premières décennies de l’histoire de l’Église. Il serait impensable de prétendre que Luc aurait rapporté les seuls baptêmes de maison de cette période ! Au contraire, nous voyons que Luc ne présente pas les baptêmes de maisons comme quelque chose d’extraordinaire. Il semble qu’il s’agisse d’une routine dans l’Église apostolique de baptiser une famille entière quand l’Évangile atteint celle-ci. Cela est tellement routinier que Paul ne prend même pas le temps de mentionner la famille de Crispus mais nomme uniquement le chef de famille en 1 Corinthiens 1, alors que nous avons vu qu’elle a aussi été baptisée. Ne serait-ce pas parce que la promesse et les bénédictions de Dieu étaient adressées à des familles que le signe de ces promesses leur était aussi destiné ? N’est-ce pas parce que l’Évangile est l’accomplissement de « l’alliance que Dieu a traitée avec nos pères, en disant à Abraham : Toutes les familles de la terre seront bénies en ta descendance » (Actes 3 :25), c’est-à-dire en Jésus-Christ (Gal. 3 :16) ?

Avec l’arrière-plan de l’Ancien Testament, et les nombreuses promesses dont nous parlerons plus tard concernant les familles et en considérant la structure du livre des Actes, il me parait clair que lire les cas de baptêmes de façon « individualiste » plutôt que familiale est impensable. Ainsi, l’objection évoquée « mais tous les membres de la famille ont cru, » n’est pas convaincante aux yeux de celui qui considère les particularités exégétiques des deux cas où il est question d’une maison croyante (16 :31-34 et 18 :8). Nous devons ici oublier les présupposés de notre culture individualiste et considérer, avec l’arrière-plan biblique en tête, s’il est plus probable de lire ces textes avec la compréhension individualiste (tous les individus ont cru) ou avec une compréhension familiale et alliancielle (les membres de la famille ont suivi le chef de famille selon leur capacité).

J’en viens donc aux particularités exégétiques mentionnées. Dans le cas du geôlier (16 :31-34) et de Crispus (18 :8), le grec utilise un verbe au singulier, non pas au pluriel, pour décrire l’acte de croire. Ces textes ne disent pas que le geôlier (ou Crispus) et (kai) sa maison ont cru (au pluriel). Luc aurait pu utiliser cela pour indiquer que chaque individu a cru. C’est quelque chose qu’il aurait certainement fait s’il avait voulu indiquer clairement que le baptême ne fonctionnait plus comme les autres signes allianciels que Dieu avait donné pendant plusieurs millénaires d’histoire biblique. Au contraire, ces textes enseignent, comme l’aurait attendu toute personne familière avec l’Ancien Testament que le geôlier, la tête de la famille, se « réjouit (singulier) beaucoup, avec sa maison (panoikei, un adverbe), ayant cru (participe au singulier, pepisteukos) en Dieu » (Actes 16 :34) ; et Crispus, la tête de famille « crut (verbe singulier, episteusen) au Seigneur avec (sūn) toute sa famille » (18 :8). Toutefois, nous voyons que Luc procède différemment quand il parle des baptêmes administrés où il précise cette fois-ci que chaque membre de la famille du geôlier le reçoit : « il fut baptisé, lui et (kai) toute sa famille » (16 :33).

Comme nous l’avons dit, nous ne pouvons pas nous limiter à ce que le Nouveau Testament mentionne sur le baptême mais aussi à ce que toute la Bible enseigne sur la famille, le baptême, etc. Toutefois, même si nous nous limitons à ce que le Nouveau Testament mentionne, nous voyons apparaître un motif absent des églises baptistes : à chaque fois qu’une famille est atteinte par l’Évangile, tous reçoivent le baptême.

Étudiant en médecine, passionné de théologie et marié à la meilleure femme du monde. Vous entendrez souvent dans ma bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique".

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