Baptême des enfants,  Sacrements

Baptême et circoncision en Colossiens 2

Pour cet aparté, je m’inspirerai surtout de l’article Baptême et Circoncision en Colossiens 2 de Donald Cobb, paru dans la Revue Réformée (numéro 277).

Tout d’abord, voici la traduction proposée par Donald Cobb de Colossiens 2 :10-12 :

Et vous êtes parfaitement comblés en lui, lui qui est la tête de toute principauté et autorité, en qui vous avez été circoncis, d’une circoncision faite sans mains humaines – par le dépouillement du corps charnel, par la circoncision du Christ – en étant ensevelis ensemble avec lui par le baptême ; en qui aussi vous avec été relevés au moyen de la foi en l’action de Dieu, qui l’a relevé d’entre les morts. Et vous, qui étiez morts dans les fautes et dans l’incirconcision de votre chair, il vous a fait vivre ensemble avec lui, vous ayant fait grâce de toutes vos fautes.

Donald Cobb rappelle, comme je l’ai fait plus haut, que l’argument de la circoncision ne consiste pas premièrement à souligner les parallèles entre ces deux sacrements, ces deux signes d’alliance. Il s’agit avant tout de dire que les enfants appartiennent à l’alliance de Dieu avec leurs parents. Toutefois, le parallèle entre les deux sacrements est un argument supplémentaire venant appuyer l’argument fondé sur l’alliance.

L’importance de la question est reconnue par les baptistes, Martin Salter dira même :

Si le baptême remplace la circoncision et qu’il renvoie aux mêmes réalités, alors, en tant que signe de l’alliance, il devrait être administré aux enfants membres de l’alliance.[1]

Arrêtons-nous donc premièrement sur le contexte et la structure du passage, en présentant la traduction proposée par Donald Cobb.

Contexte et structure du passage

Paul, comme souvent, écrit pour régler des problèmes d’erreur doctrinale ou de pratique. Ici, les Colossiens semblent avoir des tendances judaïsantes (Col 2 :16), ascètes (2 :20-21) et mystiques (2 :18).

Cette tendance judaïsante explique pourquoi Paul pense qu’il est nécessaire d’apporter un enseignement sur la circoncision.

Voici comment Donald Cobb structure le texte :

v. 10 Et vous êtes parfaitement comblés en lui, lui qui est la tête de toute principauté et autorité.
v. 11a En qui aussi
Vous avez été circoncis, d’une circoncision faite sans mains humaines,
v. 11ba                                           par le dépouillement du corps charnel
v. 11bb                                           par la circoncision du Christ,
v. 12aaen étant ensevelis avec lui     par le baptême
v. 12abEn qui aussi
v. 12ba     Vous avez été relevés au moyen de la foi
en l’action de Dieu qui l’a relevé d’entre les morts.
v. 12bb                    Et vous, qui étiez morts dans les fautes et dans l’incirconcision de votre chair, il vous a fait vivre ensemble avec lui, vous ayant fait grâce de toutes vos fautes.

Le texte est donc structuré par la répétition de l’expression « en qui aussi » (en hô kai) qui fait référence au Christ et par les deux aoristes passifs perietmêthête (« vous avez été circoncis ») et sunêgerthête (« vous avez été relevés ») qui contiennent les deux affirmations principales de ce passage. Le versets 12bb est une phrase indépendante.

Donald Cobb note ensuite que cette structure montre que le texte n’établit pas tellement un parallèle entre foi et baptême comme on peut le constater mais entre baptême et circoncision. En quelque sorte, les énoncés principaux du texte peuvent être résumé ainsi : « Vous êtes parfaitement comblés en Christ, en qui vous avez été circoncis et relevés. » le reste du texte développe comment le Christ a opéré cela.

Le parallèle qui nous intéresse surtout ici est le suivant :

« En qui vous avez été circoncis, […] par la circoncision du Christ,
En étant ensevelis avec lui, par le baptême. »

Avant de nous arrêter plus loin sur ce que Paul peut vouloir dire aux Colossiens par ce parallèle, considérons rapidement ce que la Bible nous apprend sur la circoncision.

La circoncision selon la Bible

Bien souvent, la circoncision est quelque peu dénigrée dans les discussions théologiques, comme si elle n’était qu’un signe physique par opposition au sens spirituel du baptême. J’ai déjà dénoncé le présupposé philosophique anti-biblique derrière cette opposition physique-spirituel sur mon blog, je me contenterai ici surtout de rectifier cette erreur courante quand nous considérons la circoncision premièrement en expliquant rapidement le langage du Nouveau Testament puis en poursuivant par ce que dit l’Ancien Testament.

Le Nouveau Testament parle parfois négativement de la circoncision (Rm 2 :25-29, Ep 2 :11) ce qui pourrait nous laisser croire que Paul ne voyait aucune signification spirituelle dans celle-ci. En réalité, Paul ne s’oppose pas à la circoncision telle que Dieu la conçoit mais à ce que les Juifs en avaient fait : un privilège national qui les mettrait d’emblée dans une situation favorable vis-à-vis de Dieu et de son jugement (Rm 2 :12-13, 17-24). Ailleurs, Paul montre bien qu’il a une idée plus noble qu’eux de la circoncision (Rm 3 :1-2).

Cela dit, nous pouvons nous tourner vers l’Ancien Testament pour découvrir qu’elle était l’intention divine et le sens rattaché à la circoncision.

Il est clair que Dieu donne la circoncision à Abraham comme signe de la promesse de la descendance. C’est la raison pour laquelle ce gage divin se trouve sur l’organe qui produira cette progéniture. Toutefois, il ne faut pas en déduire que la circoncision ne symbolisait qu’une continuité biologique. En effet, Genèse 17 :3 nous signale déjà qu’elle est rattachée à l’ensemble de l’alliance. Le cœur de cette alliance est la relation avec Dieu : « Je confirmerai mon alliance entre toi et moi, et avec ta descendance après toi dans toutes leurs générations : ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de tes descendants après toi. » (Gn 17 :7). La circoncision est donc aussi un signe que Dieu s’attache à nous pour être notre Dieu et un signe d’inclusion dans le peuple de Dieu (Ex 12 :43-49).

Mais la circoncision est aussi le signe de la réponse qui est exigée des membres de l’alliance ainsi favorisés par Dieu. C’est-à-dire de la repentance, du renoncement au péché, etc. : « Soyez circoncis pour l’Éternel, circoncisez vos cœurs, hommes de Juda et habitants de Jérusalem, de peur que ma fureur n’éclate comme un feu et ne s’enflamme, sans qu’on puisse l’éteindre, à cause de la méchanceté de vos agissements » (Jr 4 :4 ; Cf. Dt 10 :16, Jr 9 :24-25). Pour Jérémie, il s’agit d’une contradiction inacceptable et méritant un jugement sévère que de se conduire en incirconcis de cœur quand on est circoncis de chair, au point qu’il nomme les Israélites « circoncis qui ne le sont pas vraiment » (9 :24-25). Nous le voyons donc, la circoncision est très fortement attachée à la repentance et, ici, même les femmes sont concernées par ce que symbolise la circoncision bien que seuls les hommes soient circoncis.

La circoncision, enfin, est le signe de la délivrance que Dieu va accorder à son peuple, en œuvrant spirituellement en eux, ce qui s’est accompli par la nouvelle alliance mais était promis dès l’alliance avec Moïse : « L’Éternel ton Dieu te circoncira le cœur, à toi et à ta descendance, pour que tu aimes l’Éternel ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, afin que tu vives. » (Dt 30 :6). Impossible, dès lors, de nier la portée spirituelle du signe, et c’est bien pour cette raison que Paul lui donne lui aussi un sens tout spirituel : elle est le sceau de la justice reçue par la foi (Rm 4 :11).

En résumé donc, la circoncision est (1) le signe de la promesse divine d’être notre Dieu et celui de notre descendance, (2) le signe de la réponse exigée chez tous les circoncis, c’est-à-dire la repentance et la foi, et (3) le signe de la promesse que c’est Dieu lui-même qui circoncira le cœur de son peuple.

Ainsi, encore une fois, la circoncision a avant tout un sens spirituel et non pas ethnique ou biologique. Ce dernier aspect est à l’arrière-plan et ce sont les Juifs qui ont déformé le sens de la circoncision pour en faire une fierté nationale.

Maintenant que nous avons ces éléments bien en tête, nous pouvons revenir à notre texte, Colossiens 2.

Retour au texte

Pour faire simple, en réponse à un enseignement qui voulait revenir aux pratiques juives, Paul montre qu’en Christ, les croyants ont reçu tout ce que la circoncision symbolisait.

Quelle que soit notre interprétation de l’expression « la circoncision du Christ » au verset 11b, le sens de la circoncision comme dépouillement de la chair, siège du péché, est relié ici au baptême par Paul. En fait, le texte grec désigne le baptême comme moyen par lequel cela s’opère : « Vous avez été circoncis […] en étant ensevelis avec lui par le baptême. »

Je précise ici qu’il est évident que Paul ne fait pas un lien automatique et magique entre baptême et purification des péchés comme peuvent le penser les catholiques romains puisque Paul relie ailleurs ces mêmes bénéfices à la foi[2]. Comme le souligne Donald Cobb, il est plus exact de dire que la réalité que représentait la circoncision dans l’Ancien Testament est reçue dans l’union au Christ que représente le baptême. Paul ici n’insiste pas sur un quelconque aspect magique du baptême ou de la circoncision mais sur la signification spirituelle de l’un et de l’autre. Il en découle logiquement que les deux signes ont la même signification et représentent les mêmes réalités spirituelles.

Est-ce à dire qu’il n’y a pas de différence du tout dans leur signification ? Non. Comme le montre D. Cobb, la différence entre les deux signes n’est pas ce vers quoi ils pointent mais la direction qu’ils prennent. Les deux pointent vers la relation d’alliance avec Dieu, la régénération du cœur et l’œuvre du Christ mais la circoncision le fait de manière prospective : elle pointe vers le Christ, la descendance qui vient tandis que le baptême pointe rétrospectivement vers ce que le Christ a déjà accompli : sa mort et sa résurrection.

Ce point est appuyé par le fait que Paul, dans la phrase indépendante du verset 12bb, nomme incirconcision la situation spirituelle des païens avant la venue du Christ, symbolisée par leur incirconcision physique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé ? Leur union avec le Christ ! Et ce qui le montre visiblement est leur baptême ! Notons bien cela : (1) les païens étaient incirconcis spirituellement, (2) ils ne le sont plus (3) car ils sont unis au Christ et (4) cette union est signifiée par la baptême. Comme l’a reconnu Florent Varak au cours du Séminaire Evangile 21 de 2017, baptême et circoncision ont donc la même signification spirituelle. Ainsi, les réformés ont raison de conclure à un parallèle entre circoncision et baptême et peuvent s’approprier les mots de l’exégète allemand E. Lohse :

La circoncision du Christ, que tous les membres de la communauté ont expérimentée, n’est rien d’autre que le baptême en la mort et la résurrection du Christ.[3]

Un dernier point que nous mentionnerons simplement est le fait que Christ institue la Cène pendant la Pâque et établisse ici un certain parallèle entre les deux repas. Ce parallèle entre Cène et Paque renforce l’évidence de celui entre Baptême et Circoncision.

La Bible établit donc un fort parallèle entre baptême et circoncision. Je rappelle ici que cela ne constitue pas en soi un argument pour le baptême des enfants mais renforce l’argument tiré des alliances bibliques et de l’appartenance des enfants à ces alliances. Ce parallèle aide aussi à clarifier le lien entre foi et baptême et répond à beaucoup des objections au pédobaptême.

Pour conclure, nous rapporterons en quelque ligne ce que dit J.P. Sartelle dans un petit livre à destination des parents[4], tel que le cite Donald Cobb :

–      Lorsque, au temps de l’Ancien Testament, une personne mettait sa foi en le Dieu d’Abraham, elle recevait la circoncision.

–      Le signe extérieur du cœur purifié, dans l’Ancien Testament, était la circoncision.

–      Le rite attestant l’entrée au sein du peuple de Dieu dans l’Ancien Testament était la circoncision.

Remplaçons maintenant Ancien par Nouveau et constatons le résultat :

–      Lorsque, au temps du Nouveau Testament, une personne mettait sa foi en le Dieu d’Abraham, elle recevait le baptême.

–      Le signe extérieur du cœur purifié, dans le Nouveau Testament, était le baptême.

–      Le rite attestant l’entrée au sein du peuple de Dieu dans le Nouveau Testament était le baptême.

[1]M. Salter, « Does Baptism Replace Circumcision ? », Themelios35/1 (2010), p.16.

[2]Cf. H.N. Ridderbos, Paul. An Outline of his Theology, Grand Rapids, Eerdmans, 1975, p. 410-412.

[3]E. Lohse, Colossians and Philemon (coll. Hermeneia), Minneapolis, Fortress Press, 1972, p. 103 ; cité par D. Cobb.

[4]J.P. Sartelle, What Christian Parents Should Know About Infant Baptism, Phillipsburg, Presbyterian and Reformed, 1985, p. 10-11.

Étudiant en médecine, passionné de théologie et marié à la meilleure femme du monde. Vous entendrez souvent dans ma bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique".

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