Baptême des enfants,  Sacrements

Le pédobaptême vs. la Didaché ?

Comme je l’ai dit plus tôt, l’histoire n’est pas un argument en soi. Elle peut simplement être utile dans le débat en ce qu’elle questionne et rend probable l’origine apostolique du pédobaptême. Ici, certains objecteront sur la base de la Didaché, un écrit de l’Église primitive. Les objections peuvent être de deux types. Soit contre le pédobaptême, soit en faveur de l’immersion.

La Didaché dit que celui qui va être baptisé doit se préparer par quelques jours de jeûnes. Ainsi, dira-t-on, puisqu’un nourrisson ne peut pas jeûner, les enfants étaient exclus. Ce raisonnement ne tient que si l’on a un présupposé baptiste. Il est en effet possible de lire la Didaché et de penser que seuls les adultes étaient baptisés. J’avoue sans soucis que la Didaché ne mentionne pas de baptêmes d’enfants, mais elle ne les exclut pas non plus. Si je dis, comme l’apôtre Paul, que celui qui ne travaille pas ne doit pas manger non plus, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas donner à manger aux nourrissons sous prétexte qu’ils ne travaillent pas ! Le bon sens nous guide ici. De la même manière, il est possible que les chrétiens qui ont écrit la Didaché soient en faveur du baptême des enfants, tout en disant que celui qui se fait baptiser doit jeûner, les nourrissons étant dispensés du jeûne par le bon sens. Par ailleurs, je rappelle que les réformés aussi placent des conditions (que nous pensons instituées par Dieu) différentes quand il s’agit de baptiser un adulte ou un enfant. Un adulte doit confesser la foi, un enfant est baptisé avec ses parents même s’il ne peut pas confesser avec eux en raison de son âge. La raison en est simple : la promesse de Dieu est faite à celui qui confesse et ses enfants et c’est sur la base de cette promesse que le baptême est administré.

Venons-en donc à la question de l’immersion. J’ai déjà dit que c’était une question secondaire car on peut très bien immerger un enfant ou asperger un adulte. Toutefois, je ne pense pas que la Didaché soit un argument en faveur de l’immersion totale. En effet, elle semble plus concernée par la nature de l’eau dans laquelle se pratique le baptême (eau vive, eau froide, eau chaude, un peu d’eau) que par le mode du baptême en soi. Je pense, et je ne développerai pas ici, que les croyants étaient amenés dans de l’eau vive, que celui qui baptisait prenait de cette eau et en versait sur la tête du baptisé. Si cela n’était pas possible, le croyant allait dans de l’eau froide, ou dans de l’eau chaude et « subissait le même traitement ». S’il n’était pas possible d’emmener le croyant dans de l’eau, on se contentait de lui verser l’eau sur la tête. Voici l’extrait de la Didaché en question[1] :

Au sujet du baptême, baptisez ainsi : après avoir enseigné tout ce qui précède, baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit dans de l’eau courante. S’il n’y a pas d’eau vive, qu’on baptise dans une autre eau, et à défaut d’eau froide, dans de l’eau chaude. Si tu ne disposes ni de l’une ni de l’autre, verse trois fois de l’eau sur la tête au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Que le baptisant, le baptisé et d’autres personnes qui le pourraient, jeûnent avant le baptême ; du moins au baptisé ordonne qu’il jeûne un jour ou deux auparavant.

Par ailleurs, et c’est peut-être le plus important, l’Église des siècles suivant a aussi prescrit à ceux qui devaient être baptisé de jeûner et pour autant elle baptisait les enfants. Cela confirme que notre lecture de la Didaché est non seulement possible mais probable, surtout à la lumière de tous les autres éléments historiques que nous avons avancés.

[1] La Didaché ou enseignement des douze apôtres, Paragraphe 7, traduction par patristique.org

Étudiant en médecine, passionné de théologie et marié à la meilleure femme du monde. Vous entendrez souvent dans ma bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique".

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