Somme Théologique

La simplicité de Dieu selon Thomas D’Aquin

Nous avons vu ce que disait Thomas d’Aquin sur la théologie, puis sur l’existence de Dieu, il est à présent temps que l’on décrive Dieu, que enfin on fasse de la théologie… Et le premier attribut qui est examiné est la simplicité de Dieu, c’est à dire, la fait que Dieu n’est composé de rien. 

Cette notion est généralement difficile à comprendre parce qu’elle est très peu enseignée. De fait, elle a été aussi le dernier sujet de controverse-éclair chez les théologiens américains, tant l’attribut de simplicité est contesté par une part importante des théologiens chrétiens contemporains (contre l’histoire de l’église toute entière. Pour définir de quoi je parle, je vais me baser sur la définition que donne Kevin deYoung sur Gospel Coalition

La simplicité de Dieu signifie que Dieu n’est pas fait de ses attributs. Il ne consiste pas en bonté, pitié, justice et puissance. Il est la bonté, la pitié, la justice, et la puissance. Tout attribut de Dieu est identique avec son essence, ce qui signifie aussi que bien que les attributs de Dieu nous soient révélés comme variés, ils sont (du côté de la connaissance que Dieu a de lui-même) identiques les uns avec les autres.

On pourrait s’étonner: de tous les attributs de Dieu, pourquoi ne pas avoir commencé par son amour, ou sa puissance? La simplicité semble être une finasserie intellectuelle inutile… A ceci je réponds que la plus ancienne des confessions de foi réformées, la confession de Belgique (1561) dit dès l’article 1: « il y a un seul être simple, que nous appelons Dieu ». Et elle a ce souci d’affirmer la simplicité de Dieu en premier parce qu’elle n’est pas seulement un attribut parmi d’autres: elle est un attribut cadre, c’est elle qui nous permettra de comprendre l’articulation des attributs de Dieu plus tard, d’où la nécessité de commencer par la simplicité.

Article 1: Dieu n’est pas une composition de particules physiques

La Bible utilise tellement de langage corporel quand elle parle de Dieu qu’on fait bien de se poser la question. Après tout, l’idée que Dieu est une composition de particules est également la théologie de base d’une grande partie de l’humanité, sous la forme du panthéisme. Qu’est ce qui me prouve que Dieu n’est pas un corps?

En sens contraire, S. Jean (4, 24) écrit : “ Dieu est esprit. ”

Il faut dire sans aucune réserve que Dieu n’est pas un corps. On peut le démontrer de trois manières – Summa Ia, Q3, a1

Allez, avouez-le: vous avez arrêté de lire après: « Jean 4.24 ». La Bible dit, le débat est clos, ne rajoutons pas d’arguments par dessus… Ce serait méconnaître le tempérament scolastique, qui n’aime pas voir des arguments d’autorité tenir lieu d’explication. Voici un résumé des arguments: je ne joins pas les citations par crainte de trop rallonger l’article.

Thomas rappelle d’abord sa « première voie » pour expliquer l’intégralité des mouvements dans le monde, il faudra qu’en bout de chaîne il y ait un Moteur Premier. Cela veut dire qu’il faut que Dieu soit un moteur (il met en mouvement) immobile (il n’est pas mis en mouvement par un autre, sinon il n’est pas premier). Or un corps par définition ne peut pas être moteur premier, parce qu’il reçoit toujours son mouvement d’un autre: soit d’un autre corps s’il est inanimé, soit d’une âme s’il est animé.

Le deuxième argument part de l’idée que « l’être premier doit nécessairement être en acte et d’aucune manière en puissance. » Cela veut dire que Dieu n’a pas de potentiel à réaliser: pour créer et maintenir l’univers en existence, il doit être pleinement en acte lui-même. Or, un corps ne saurait être en acte de cette façon: si l’Univers physique est Dieu, alors quelle partie de l’univers est Dieu? Tout ce que nous avons c’est un nombre infini d’atomes, toutes parties de Dieu, mais Dieu lui-même dans toute sa plénitude n’est nulle part. Thomas le formule ainsi:

On a montré plus haut que Dieu est l’être premier. Il est donc impossible qu’en Dieu il y ait rien en puissance. Or tout corps est en puissance, car le continu, en tant que tel, est divisible à l’infini. Il est donc impossible que Dieu soit un corps.

Ensuite, le troisième argument part de l’idée que « Dieu est, comme on l’a dit, ce qu’il y a de plus noble parmi les êtres. » C’est à dire le plus abouti, le plus « existant ». Le problème c’est qu’un corps ne peut pas être le plus existant de tous les êtres: il y a des corps vivants et des corps inanimés, et il est évident que la vie est une forme d’existence supérieure à la matière inanimée. Or, la vie n’est pas dans tous les corps, il faut donc que les corps reçoivent cette vie de quelque chose d’autre (leur âme) et cela ne saurait être le cas de Dieu: il est la vie, il ne la reçoit pas.

Donc, contrairement à ce que disent les panthéistes et les animistes, Dieu n’est pas un corps.

Article 2: Dieu n’est pas composé d’un esprit et d’un corps

C’est l’idée des mormons, qui affirment que Dieu est un composé d’âme-corps semblable aux humains, mais beaucoup plus avancés qu’eux. C’est aussi l’idée qu’il y a derrière la figure commune du « vieux géant à barbe blanche » qui représente souvent Dieu le Père dans les caricatures. Thomas dit:

Tout composé de matière et de forme est un corps ; car l’étendue est le premier attribut que revêt la matière. Or, on vient de montrer que Dieu n’est pas un corps : donc il n’est pas composé de matière et de forme.  – Summa Ia, Q3, a2

Et encore:

Il est impossible qu’il y ait en Dieu aucune matière

Voici les trois arguments qu’il donne:

En premier, Dieu est acte pur (cf point précédent) dans lequel il n’y a rien de potentiel. Or un corps est par définition en puissance: il reçoit potentiellement la vie, il est divisible à l’infini ou presque… Il ne peut donc pas y avoir de matière en lui.

En deuxième, un composé esprit-corps, ou forme-matière, n’est parfait (=pleinement conforme à ce qu’il est censé être) que si le corps est uni à l’esprit. Mais ce n’est pas de cette façon que Dieu est parfait. Dieu n’est pas parfait parce que son corps est uni à son esprit, il est parfait de façon absolue! Il est parfait parce qu’il est toute beauté, toute gloire, tout amour, pas parce qu’il est « bien fait ». Donc il ne peut pas y avoir de matière en lui.

En troisième, Thomas dit: « Tout agent agit en raison de sa forme : il y a donc stricte corrélation entre ce que la forme est pour lui et la manière dont il est agent. » Cette phrase énigmatique veut dire la chose suivante. Le caillou a une forme inanimée, qui ne dépasse pas ses caractéristiques physiques. L’animal a une forme animée (= »âme-ée ») et agit comme un être vivant parce que son âme est de nature différente du caillou, qu’elle a des capacités en plus. La forme de l’homme est encore différente de celle de l’animal, puisqu’elle a des capacités spirituelles et rationnelles en plus, et les actions de l’homme sont en fonction de ce que sa forme est: il est moral parce que sa forme (=son esprit) est morale, il est rationnel parce que sa forme est rationnelle etc.

Qu’en est-il de Dieu? A ce stade, on sait que Dieu est l’Agent (=celui qui agit) Premier, celui qui précède tout autre. Donc sa façon d’exister fait qu’il précède même tout corps qu’il pourrait avoir. Un homme devient un homme parce qu’il agit dans un corps, tandis que Dieu agit « purement ». Il n’y a donc pas de matière en lui.

Article 3: Dieu n’est pas composé d’un individu et de Divinité

C’est à partir de ce moment qu’on rentre dans les détails techniques, puisque la formulation originelle de Thomas est: « Dieu est-il une composition de nature et de sujet? » Cette question obscure se comprend facilement quand on lit:

Il est dit de Dieu qu’il est la vie, et non pas seulement qu’il est vivant, comme on le voit en S. Jean (14, 6) : “ Je suis la voie, la vérité et la vie. ” Or la déité est dans le même rapport avec Dieu que la vie avec le vivant. Donc Dieu est la déité elle-même.

Dieu est identique à son essence ou nature. – Summa Ia, Q3, a3

Voici comment il le soutient: Chez les composés de forme-matière, il est possible de distinguer les individus (Charles Ingalls) de leur nature (Nature humaine). Mais ce qui permet justement cette différenciation, c’est la matière qu’ils ont: ainsi Charles Ingalls est la composition d’un individu particulier et d’une nature générale parce qu’il a des cheveux bouclés, qu’il est localisé à Walnut Grove, et qu’il porte un chapeau fatigué… en plus des propriétés générales de l’être humain (sa nature).

Mais nous venons de dire qu’il n’y a pas en Dieu de matière, il n’y a donc pas en lui quelque chose qui le distinguerait d’autres Divinités-grands D. Donc Dieu n’est pas composé d’un sujet et d’une nature, il est la Divinité elle-même.

Article 4: Dieu est l’Existence même

En langage thomiste, on dira: « Dieu n’est pas une composition entre essence et existence ». Pour expliquer cela, je vais devoir expliquer rapidement les deux termes, et surtout présenter une particularité du système thomiste: la distinction entre essence et existence.

L’essence est le « quoi-est » d’une chose, sa définition formelle. L’existence est le fait qu’elle existe.

Par exemple Pikachu a une essence – animal jaune doté de capacités électriques – mais il n’a pas d’existence. Le Dodo de l’île maurice a une essence -gros oiseau incapable de voler qui habite à l’ïle Maurice- mais il n’a plus d’existence (il a disparu au XVIIIe siècle). A l’inverse, mon ordinateur a une essence et de l’existence.

Il y a donc dans les objets existants une composition d’essence et d’existence, mais cela ne convient pas pour Dieu. Voici la thèse de Thomas:

Hilaire de Poitiers écrit : “ L’être n’est pas en Dieu quelque chose de surajouté, mais vérité subsistante. ” Donc ce qui subsiste en Dieu, c’est son être.

Il ne suffit pas de dire que Dieu est identique à son essence, comme nous venons de le montrer ; il faut ajouter qu’il est identique à son être, ce qui peut se prouver de maintes manières. – Ia, Q3, a4

Il le prouve de trois manières:

Premièrement, quand il y a composition d’essence et d’existence, à un moment ou un autre il a fallu que l’essence reçoive l’existence par quelque chose. Ainsi, Jacob a reçu l’existence par Isaac et Rebecca. Mais il ne peut pas en être ainsi pour Dieu: comme on l’a vu quand on prouvait son existence, il est la Cause Première, il est lui-même incausé. Il ne peut donc pas être un Dieu qui aurait de l’existence, car sinon qu’est ce qui lui donne de l’existence? Il faut donc comprendre qu’il est la définition même de l’existence.

Deuxièmement, par définition Dieu est acte pur, il est pleinement réalisé et il est impossible qu’il soit potentiellement Dieu. Or, si l’on distingue son essence et l’existence, alors cela voudrait dire qu’il est concevable que le Dieu qui ne peut pas ne pas exister puisse en fait ne pas exister. Cela est contradictoire. On ne peut donc pas considérer l’existence comme quelque chose que Dieu a, mais comme quelque chose que Dieu est.

Troisièmement, si l’on distingue Dieu d’un côté et l’Existence (absolue) de l’autre, alors cela voudrait dire que l’Existence précède Dieu, ce qui est contraire à ce qu’on a dit: Dieu est l’être premier, il n’y a rien avant ou au dessus de lui. Il est donc son existence même.

Quand j’ai compris cela, j’ai éclaté d’admiration: Dieu n’est pas un être parmi tous les autres: il est l’Existence même! Si une chose existe, même une chaussure, cette existence qu’elle a est une chose que Dieu lui donne! C’est probablement la chose que j’admire le plus en Dieu. Il Est. Il est l’Être.

Article 5: Il n’y a qu’un seul Dieu possible, notre Dieu

En langage thomiste on dira: « Dieu n’est pas une composition de genre et de différence ».

Un genre est une « famille » d’espèces. Ainsi, le genre « quadrilatères » abritent des losanges, des carrés, des rectangles, des trapèzes… Un carré est une composition de genre -quadrilatères- et de différences -angles droits contrairement aux losanges, côtés de même longueurs contrairement aux rectangles etc-.

Quand on parle de Dieu, on pourrait se dire qu’il y a un « genre » de Divinité-grand D. Il y a le Dieu Trinitaire, le Dieu Unitaire (Allah), le Dieu des Déistes… Mais il ne saurait en être ainsi. Dieu n’est pas une composition de genre (Être premier, le plus parfait qui puisse exister) et de différence (Trinitaire et incarné).

En sens contraire, pour l’esprit, le genre précède ce qui est contenu dans ce genre. Mais rien n’est antérieur à Dieu, ni dans la réalité, ni pour l’esprit. Dieu n’est donc pas un genre. -Ia, Q3, a5

Bien entendu, Thomas soutient longuement cette affirmation, mais le temps manquant, je vais faire un résumé très lapidaire de ses arguments:

D’une, pour faire un genre, il faut qu’il y ait des espèces variées. Mais quelle variation est possible avec un Dieu qui est acte pur, où si vous enlevez ne serait-ce qu’une propriété, il n’est plus la même chose du tout?

De deux, on vient de dire que Dieu est l’Être même, l’Existence avec un grand E. Ceci ne peut pas être un genre: l’Existence-grand E est la base de tous les genres d’êtres, pas l’inverse!

De trois, il y a un genre « quadrilatère » parce qu’il existe plusieurs espèces de quadrilatères (rectangles, losanges, carrés…). Mais ce n’est pas le cas pour Dieu: il n’y a qu’un seul Dieu!

Article 6: Dieu n’est pas un Dieu d’Amour qui a de la colère, ou autre variation

La formulation thomiste est: « Dieu n’est pas une composition de sujet et d’accident ». Derrière cette phrase technique, c’est ce que nous exprimons quand nous disons: « Dieu est un Dieu d’Amour (sujet) qui a de la colère (ou n’en a pas = accident) ». Car oui précisons le en toute lettre: un accident est une propriété qu’un être se trouve avoir, mais qu’il peut ne pas avoir sans changer sa substance. Je peux être avoir une Ferrari, mais cette relation est accidentelle dans le sens où si je n’en ai pas, je suis toujours Etienne Omnès. Par contre, si mon père n’est pas F. Omnès, je ne suis pas le même: ma filiation est essentielle.

On peut multiplier les exemples, et je pense que dans notre époque nous concevons souvent Dieu comme une composition de sujet et d’accidents: Dieu Juste qui a de la colère, Dieu jaloux qui a de la bonté etc… Mais une telle conception n’est pas vraie:

Tout accident est dans un sujet ; or Dieu ne peut pas être un sujet, car une forme simple ne peut être un sujet, dit Boèce. – Ia, Q3, a6

Trois raisons très faciles à comprendre, au point où nous en sommes arrivés.

Un, Dieu est acte pur, il n’y a rien en lui de potentiel. Autrement dit, il n’est pas potentiellement en colère, jaloux, ou tout autre attribut que vous voudriez lui attribuer: il l’a/l’est déjà.

>>Lire aussi : 7 arguments pour la simplicité de Dieu – Thomas D’Aquin

Deux, Dieu est l’Être même. Mais on ne peut rajouter aucun accident à l’Être-grand E, ou alors je vous mets au défi d’essayer. Il est possible pour un être-petit E d’être à la fois chaud et blanc (deux accidents). Mais l’Être-grand E, impossible.

Trois, Dieu est la cause première. Quelle autre cause viendrait lui ajouter des accidents?

Donc tout ce que Dieu a, il l’a de façon essentielle.

Article 7: Dieu est absolument simple

Cette fois, Thomas semble vouloir résumer ce qu’il a dit et traiter de la simplicité non plus sous des cas particuliers de compositions, mais la simplicité en général. Voici ce qu’il écrit:

Objections :

  1. Il semble que Dieu ne soit pas absolument simple. En effet, les choses qui procèdent de Dieu lui ressemblent ; ainsi du premier être dérivent tous les êtres, et du premier bien tous les biens. Or, parmi les choses que Dieu a faites, aucune n’est absolument simple. Donc Dieu n’est pas absolument simple.
  2. Tout ce qui est le meilleur doit être attribué à Dieu. Or, chez nous, les choses complexes sont meilleures que les simples ; ainsi les mixtes valent mieux que les éléments, et les éléments que leurs parties. Il ne faut donc pas dire que Dieu est absolument simple.

En sens contraire, S. Augustin affirme que “ Dieu est vraiment et souverainement simple ”. – Ia, Q3, a7

Il donne cinq arguments:

  1. Nous venons de réfuter cinq compositions particulières: composition de particules physiques, composition esprit-corps, composition de sujet et de nature, de genre et de différence, d’essence et d’existence, de sujet et d’accident… quelle autre composition pourrait donc encore exister en Dieu?
  2. Un être composé est second par rapport à ses composants. Par exemple, la brique et le mortier sont premiers par rapport à un mur en briques. Or Dieu est l’être premier. Il ne peut donc pas être composé, puisque rien ne le précède.
  3. Un être composé a une cause unifiante. Par exemple le mur en brique a besoin d’un maçon pour unir les composants de briques et de mortiers. Mais Dieu est la cause première. Il ne peut donc pas être composé.
  4. Un être composé a forcément en lui de la puissance et de l’acte. Un mur en brique selon les endroits soit en brique en puissance et mortier en acte, ou alors brique en acte et mortier en puissance. Mais il ne saurait en être ainsi pour Dieu, qui est acte pur. Il ne peut pas être Dieu d’Amour en acte et de Justice en puissance, puis Justice en acte et Amour en puissance. Il est pleinement, tout le temps, Dieu d’Amour et Dieu de Justice à la fois.
  5. Si Dieu était composé, qu’est ce qui serait Dieu? Prenons le mur en brique: la partie en brique n’est pas un mur en brique, et la partie en mortier n’est pas non plus un mur en brique. Si Dieu était composé d’amour et de justice (par exemple), alors ni l’amour ni la justice ne serait Dieu, ce qui contredirait les paroles de Jean « Dieu est Amour » par exemple, ou d’autres semblables.

Article 8: le monde ne fait pas partie de Dieu

En vrai la question est: « Dieu entre-t-il en composition avec les autres êtres? » Nous venons de prouver que Dieu à l’origine est absolument simple, mais rien ne semble l’empêcher plus tard de devenir composé avec autre chose par exemple… le monde crée. C’est l’idée du panenthéisme oriental.

En sens contraire, Denys a dit : “ Il n’y a de sa part (de Dieu) ni contact, ni aucun autre mélange avec des parties. ” Il est dit aussi au Livre des Causes que “ la cause première régit toutes choses sans se mêler a elles ”.

A ce sujet, il y a eu trois erreurs. Certains ont dit : Dieu est l’âme du monde, comme le rapporte S. Augustin dans la Cité de Dieu, et à cela se ramène ce que certains affirment, à savoir que Dieu est l’âme du premier ciel. D’autres ont dit que Dieu est le principe formel de toutes choses, et telle fut, dit-on, l’opinion des partisans d’Amaury. Enfin, la troisième erreur fut celle de David de Dinant, qui stupidement faisait de Dieu la matière première. Mais tout cela est manifestement faux, et il n’est pas possible que Dieu vienne d’aucune manière en composition avec quelque chose, soit comme principe formel, soit comme principe matériel. – Ia, Q3, a8

Principe formel= la « matière première spirituelle » des êtres, ou plutôt de leurs formes
Principe matériel= la « base de la matière », « les êtres sont tissés de divin »

Trois arguments contre:

  1. Ce n’est pas parce que l’Univers est issu de Dieu qu’il est comme Dieu, ou qu’il a du divin en lui. En langage thomiste on dira:
    Or, la cause efficiente ne coïncide pas avec la forme de son effet selon l’identité numérique, mais seulement selon l’identité spécifiqueAvec un exemple: Le sculpteur (cause efficiente) ne coïncide pas avec la statue (effet) selon une identité numérique (=le sculpteur se sculpte une extension de lui-même, mais en pierre) mais selon identité spécifique (le sculpteur crée une forme-matière de statue distincte de lui). Appliqué à la création et le Créateur: Oui, l’univers est un effet de Dieu, mais cela ne l’empêche pas d’être entièrement séparé et différent de lui.
  2. Dieu est cause première, ce qui veut dire que c’est lui qui agit, à partir de lui-même. Le problème c’est qu’un être composé agit en entier, par tous ses composants. Ce n’est pas la main qui agit, c’est l’homme + sa main. Ce n’est pas le feu qui réchauffe, c’est les flammes+chaleur. Si Dieu entre en composition avec le monde, il n’est plus la cause première, ce qui est impossible.
  3. Si Dieu entre en composition avec le monde, alors il n’est plus l’être premier. En effet, dans un composé, aucun des composants ne saurait être premier l’un sur l’autre. Dans un mur en briques, la brique n’est pas première sur le mortier. Dans l’eau (H20) l’oxygène n’est pas premier sur l’hydrogène. Dans le composé Dieu-Univers, Dieu ne serait plus premier sur l’univers ce qui est impossible.

Et cela clôt tout l’enseignement de Thomas sur la simplicité. Concluons au plus vite par une synthèse:

Synthèse

1. Dieu est-il un corps?

Non, Dieu ne peut pas être un tas de particules physiques

2. Dieu est-il un composé esprit-matière?

Non, Dieu ne peut pas avoir en lui de matière.

3. Dieu est-il composé d’un sujet et d’une nature?

Non, Dieu n’est pas un individu qui a de la divinité.

4. Dieu est-il composé d’essence et d’existence?

Non, Dieu est l’Existence même

5. Dieu est-il composé de genre et de différence?

Non, le Dieu de Jésus-Christ n’est pas un « modèle » parmi d’autres de Dieu-grand D possible. Il est la seule Divinité possible.

6. Dieu est-il composé de sujet et d’accident?

Non, tout ce que Dieu a, il l’a nécessairement.

7. Dieu est-il composé de quelque manière que ce soit?

De manière générale, il est impossible qu’il soit composé.

8. Dieu peut-il devenir composé?

Non, Dieu ne peut pas être par exemple « l’âme du Monde ».

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