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Réponse à Science et Foi sur les récits mythologiques diluviens

Dans une série de 2 articles sur le site Science et Foi, intitulée « Les récits traditionnels de déluge chez de nombreux peuples prouvent-ils qu’un déluge universel a bel et bien eu lieu ? », Benoit Hébert entend répondre aux « créationnistes » qui utilisent ces mythes pour confirmer l’existence d’un déluge universel.

Nous n’entendons pas ici tirer un argument de ces récits mythologiques en faveur d’un déluge universel, nous entendons simplement analyser si l’interprétation de ces récits par Science et Foi est crédible et avancer des données en faveur d’une origine commune (monogénèse) et préhistorique de ces mythes.

L’article avance l’explication suivante :

La découverte de plus de 300 histoires de déluge réparties sur toute la planète nous permet d’éclaircir l’origine ultime du récit biblique du déluge. Il est important de remarquer que beaucoup apparaissent sur les berges de fleuves ou de rivières importantes qui sortent régulièrement de leur lit (Tigre, Euphrate, Mississippi), dans des régions soumises à des inondations très rapides (les côtes ouest montagneuses de l’Amérique du Sud et du Nord), et dans des endroits souvent dévastés par des tsunamis (Asie du sud est et les îles du Pacifique). Dans la compréhension d’une perspective ancienne, il n’est donc pas étonnant que de tels épisodes traumatisant aient produit des récits de déluges destructeurs dans ces endroits. De la même façon que beaucoup de cultures anciennes croyaient que les dieux/Dieu leur envoyaient des boules de feu pendant les orages, les inondations catastrophiques étaient aussi associées à la colère divine… 

Denis Lamoureux, Evolutionary Creation

Autrement dit, les différents récits de déluge que l’on retrouve sur toute la terre s’expliqueraient par les inondations que ces différents peuples ont connu. Ces peuples ont alors expliqué ces phénomènes naturels par une référence à la colère de leur dieu local.

L’interprétation de ces récits semblent dans une impasse : soit un même récit se trouve être universel car il a une origine commune, soit parce que divers peuples ont connu des catastrophes locales similaires. Comment savoir ?

Pour savoir laquelle de ces interprétations est la plus probable, il faut voir s’il existe d’autres points communs entre ces récits et si ces points communs peuvent s’expliquer aussi par des « épisodes traumatisants » ou si l’idée d’une origine commune à ces mythologies est plus probable.

Les 7 sages et le Maître : mythologie comparée

Dans de nombreux mythes diluviens, il existe d’autres éléments que simplement un dieu en colère qui envoie une inondation (d’ailleurs la colère des dieux n’est pas toujours la cause du déluge).

Un des motifs qui se répète souvent est l’existence d’un bateau ou d’un oeuf cosmique dans lequel se trouve 7 dieux sous la tutelle d’un dieu céleste (ce dieu est appelé, en fonction des peuples Nun, Nu, Anu, Manus, Vish-Nu, maNu, Num, ah-Mun, paNu, ouraNus, Nuach…)

Ces 8 dieux forment 4 couples à partir desquels la terre est repeuplée depuis une montagne où le bateau a accosté et qui ont une influence civilisatrice sur le monde (ils inventent divers arts et traditions…).

Dans la vidéo suivante, l’équipe d’Archeodoxa qui travaille depuis 25 ans sur la mythologie comparée parle de ces similitudes et des 7 sages avec leur dieu céleste.

Des chiffres et des lettres

Pour comprendre les origines d’un peuple, il est primordial d’étudier sa langue, ses mythes et ses symboles. L’étymologie des mots, mise en parallèle avec les mythes fondateurs d’une civilisation peuvent nous apporter des données importantes pour comprendre ces mythes.

Les 8 dieux dans leur bateau sont souvent représentés comme étant au milieu des ténèbres et du chaos, dans la nuit et dans les vagues. C’est en émergeant hors du chaos que le bateau de Nun laisse sortir le soleil et poindre un jour nouveau.

Ainsi, dans la plupart des langues, le mot 8 est relié au mot pour désigner la nuit et le mot 9 est lié aux mots pour nouveauté (« c’est tout neuf ! »), bateau et au nom du « héros du déluge », celui à la tête des 7. Le mot 7 est aussi lié au mot pour sagesse, les 7 étant représentés comme des sages civilisateurs. Illustrons cela par 2 tableaux sur les chiffres 8 (qui représente la fin d’un cycle) et 9.

FrançaisHuitNuit
AnglaisEightNight
AllemandAcht
Nacht
SuédoisÅttaNatt
CeltiqueOchdNochd
LatinOctoNoctis
Espagnol OchoNoches
PortuguaisOitoNoit
GrecOctoNouks
AlbanaisTetëNate
VediqueHataNak
SanskritAstáNakti
PerseAshtaNashj
LituanienAshtuoniNaktis
RusseVósemVecher (soirée)
FrançaisNeufNeufNavireNoé
Allemand (ancien)NewnNewnNowaNoah
SuédoisNioNyNoah
CeltiqueNoi, nawNovio, nueNau, noeNoah – Noé
LatinNovemNovusNavisNoe
EspagnolNueveNuevoNavioNoe
PortuguaisNoveNovoNavioNoé
Grec AncienNukhesNeoNausDeucalion
Vieux HindiNavaNavaNavaMaNu
Perse AvestaNavaNavaNavaYima
Proto Indo-européenNewemNewuosNaw-

Une deuxième vidéo d’Archéodoxa détaille ces similitudes linguistiques chez les peuples indo-européens :

Une prochaine vidéo analysera les langues du Proche-Orient et de l’Asie.

Conclusion

Les données de la mythologie comparée semblent indiquer des similitudes frappantes entre les divers récits de déluge. Ces similitudes ne peuvent s’expliquer simplement par des évènements traumatisant locaux attribués aux dieux. Ces similitudes concernent le nom du héros du déluge, l’existence d’un bateau (dans les versions dites historiques des mythes) ou d’un oeuf (dans les versions dites symboliques des mythes), un chaos et des ténèbres primordiaux, 8 personnes dans l’embarcation, une montagne primordiale et souvent un ou plusieurs oiseaux libérés pour contrôler le niveau de l’eau. Certaines de ces corrélations (entre les peuples nord-américains et les vikings) ne peuvent s’expliquer par des échanges commerciaux ou des contacts, même indirects, entre ces civilisations.

De plus, l’étymologie semble indiquer que ces mythes sont si anciens qu’ils ont influencé la construction des langues des peuples qui rapportent ces mythes.

Tous ces éléments rendent probable une origine commune et préhistorique à ces différents mythes et l’explication avancée par Denis Lamoureux doit être rejetée car elle manque de pouvoir explicatif pour l’ensemble des éléments.

Étudiant en médecine, passionné de théologie et marié à la meilleure femme du monde. Vous entendrez souvent dans ma bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique".

4 commentaires

  • MishiMisha

    Excellent comme d’habitude.
    Il me semble qu’il existe aussi la mention du sauvetage d’animaux dans quelques uns de ces mythes ?
    Sinon, je crois qu’il manque quelques mots à « (d’ailleurs la colère des dieux n’est pas toujours la cause du déluge, le ). » ou un de trop.

  • Francis Esteve

    On ne prouve que ce qu’on cherche à démontrer.
    Ce genre d’études « linguistiques » était très à la mode au XIXe, et je vois que ça n’a guère progressé. Une étude basée sur quelques mots choisis (et bien (?) choisis, navire pour barque ou bateau n’a pas beaucoup de lien ave Noah/Noé dont le sens hébreu n’a rien avoir avec la marine, même en le faisant remonter au latin navis il n’y a aucun lien avec le latin Noe, soyons sérieux).
    C’est très étonnant d’aller chercher des mythes en orient lointain et en oubliant (volontairement ?) les mythes du Proche Orient bien plus anciens (au moins les écrits) et bien plus proches de la Bible qui justement ne mentionnent pas du tout ces cas de numérologie, ni de divinités sur le bateau ni de jeux de mots. Et que dire de tous les autres mythes de déluge, bien plus nombreux, qui n’ont aucun rapport avec cette pseudo hypothèse ?

    D’autres commentaires sur « le » financement des évangéliques non créationistes semblent aussi relever du dénigrement.

    S’il vous plait répondez « scientifiquement » à des questions scientifiques, toute autre tentative de réponse ne fera que disqualifier votre point de vue.

    • Maxime N. Georgel

      Je vois que vous ne répondez pas à l’article dans votre commentaire à savoir au fait que les corrélations relevées rendent improbable la lecture proposée sur S&F.

      De plus, vous semblez n’avoir pas compris son but. Il se concentre sur les peuples indo-européens, il est donc naturel que les textes du Proche Orient ne s’y trouvent pas ! Un prochain article se penchera sur ces langues. Quelle approche charitable dès lors de juger partial un article que l’on a mal lu !

      Jugez cela comme vous voulez, en attendant certaines découvertes d’Archeodoxa sont vues pour être publiées avec Oxford. Mon article étant de la vulgarisation, il n’a pas le sérieux académique de leurs recherches.

      Vous semblez par ailleurs soit n’avoir pas visionné les vidéos soit ne les avoir pas comprises, sinon vous ne diriez pas ce que vous dites sur les corrélations avec le mot Noé. Nous ne prétendons nulle part en effet que Noé serait associé étymologiquement au marin ! Encore une fois, il vaut mieux lire l’article dans son ensemble avant d’en entreprendre une critique.

      En effet, certains érudits au XIXe nous précèdent ici dont Müller le fondateur de la mythologie comparée.

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