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Non, les Israélites ne croyaient pas que le ciel était un dôme céleste surmonté d’une mer – Vern Poythress

Cet article est traduit et adapté d’un article de Justin Taylor au sujet d’un des derniers livres de Vern Poythress. Merci à Jean-Mikhaël Bargy pour la traduction.

Justin Taylor est le vice-président de Crossway Publications.

Vern Poythress est diplômé d’un Ph.D en mathématiques de l’Université d’Oxford, il étudia la linguistique et les versions bibliques à l’Université Oklahoma et au Summer Institute of Linguistic, il est encore diplômé d’un Master of Divinity du Westminster Theological Seminary, d’un Th.M en Apologétique, d’un Master en littérature de Cambridge et d’un Th.D en Nouveau Testament de l’Université de Stellenbosch. Il fut professeur de mathématiques, linguistique et Nouveau Testament dans diverses universités et fait partie du Comité de traduction de la version ESV.


Nous savons tous que :

  1. Les peuples du Proche-Orient ancien croyaient que le ciel était un dôme solide ou un firmament qui soutenait les eaux célestes au-dessus de lui.
  2. Cet enseignement est repris dans Genèse 1:6-8 :

“ Dieu dit: Qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux. Et Dieu fit l’étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue d’avec les eaux qui sont au-dessus de l’étendue. Et cela fut ainsi. Dieu appela l’étendue ciel. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le second jour.”

(Genèse 1.6–8, NEG)

Dans son nouveau livre, Interpreting Eden, Vern Poythress affirme que ces deux prémisses sont fausses.

  1. Nous n’avons aucune preuve que les habitants du Proche-Orient ancien tenaient réellement cette position.
  2. Et Genèse 1:6-8 n’enseigne ni ne présuppose cette position.

Voici un résumé de l’interprétation qu’il fait de ce passage :

L' »étendue » (רָקִיעַ) dans Gen. 1:6-8 est le même mot que « ciel » (שָׁמִםַיִם, verset 8). Les deux mots se réfèrent, avec une certaine flexibilité, à ce qu’il y a au-dessus de nous. (Le mot ciel peut aussi se référer à la demeure invisible de Dieu avec ses anges). Selon le contexte et le climat et l’heure du jour ou de la nuit, nous pouvons y voir des nuages (de jour), le soleil dans un ciel bleu, des étoiles et parfois la lune dans un ciel nocturne sombre, et un ciel noir quand il y a une couverture nuageuse la nuit. Dans de nombreux contextes, le mot ciel (ַיַישָׁמַיִם) est à peu près équivalent au mot anglais moderne « ciel ». On peut parler sans problème d’un ciel nuageux, d’un ciel bleu, d’un ciel flamboyant (au coucher du soleil) et d’un ciel nocturne. De même, le terme hébreu pour le ciel couvre le même spectre (1 Rois 18:45 ; Gen. 1:14-15).

L’expression « eaux qui sont au-dessus de l’étendue » désigne principalement l’eau au-dessus d’un ciel nuageux, c’est-à-dire l’eau dans les nuages, dont la face inférieure est le ciel.

Tout cela a du sens, aussi bien pour un Israélite ancien que pour un lecteur moderne, avec une compréhension appropriée du point de vue et du genre de description que Gen. 1:6-8 offre. Gen. 1:6-8 nous donne une description ordinaire, phénoménologique, une description des apparences, et n’offre aucune « théorie » détaillée sur l’étendue (« ciel ») ou l’eau au-dessus.

Genèse 1:6-8 devient compréhensible quand nous réalisons que cela marche avec des analogies entre la création et notre expérience présente de la providence divine quand Dieu nous fait tomber la pluie.

A partir de là, il examine en détail les textes parallèles proposés dans la littérature du Proche-Orient ancien qui sont censés montrer ce que les anciens croyaient, et montre comment une interprétation physicaliste a été anachroniquement importée en eux, en particulier la Genèse.

Si une personne s’attend à trouver des éléments physicalistes dans des textes mythiques anciens ou dans la Bible, elle peut  » trouver  » ce à quoi elle s’attend. Mais si l’on ne s’attend pas à trouver une explication en termes de mécanismes physiques, on peut aborder les mêmes passages d’une manière différente : ce sont des images riches en illustration, colorées. Ces passages font partie d’un modèle plus large, selon lequel l’Ancien Testament utilise des analogies entre le cosmos et une maison ou une tente.

Poythress propose alors neuf principes qui sont en jeu pour nous guider dans l’interprétation d’une phrase telle que « les eaux au-dessus » :

  1. On peut s’attendre à ce que les Israélites aient une certaine connaissance de la pluie.
  2. Les passages de l’Ancien Testament montrent que les Israélites savaient que la pluie venait des nuages.
  3. D’autres matériaux du Proche-Orient ancien confirment que les gens de l’époque étaient familiers avec l’idée que la pluie venait des nuages.
  4. La Bible décrit parfois la pluie comme venant du « ciel ».
  5. La Bible parle d’un ciel  » fermé  » pour décrire une situation où la pluie manque.
  6. D’une manière analogue aux cieux « fermés », l’Ancien Testament peut décrire la pluie comme tombant quand les cieux sont « ouverts ».
  7. Les Israélites considéraient la rosée comme une autre forme d’apport d’humidité « du ciel », plus ou moins parallèle à la pluie.
  8. En général, l’Ancien Testament instruit les Israélites sur les choses qui affectent leur vie.
  9. Genèse 1 parle de choses pertinentes pour les Israélites.

Poythress conclut :

Dans Genèse 1 dans son ensemble et dans Genèse 1:6-8 en particulier, Dieu parle d’actes de création qui, non seulement évoquent la louange, mais ont aussi un intérêt pratique pour les êtres humains. Ainsi, Genèse 1:6-8 parle de l’eau d’en haut, celle que les Israélites reçoivent des nuages. La prétendue mer céleste est hors de propos, et doit donc être rejetée comme n’étant pas pertinente pour l’interprétation de 1:6-8.

En fait, l’introduction d’une mer céleste crée des problèmes d’interprétation plutôt que de les résoudre. Une fois que nous reconnaissons que les Israélites savaient que la pluie venait des nuages, une théorie moderne sur la mer céleste doit postuler non pas deux masses d’eau, mais trois : la mer sur terre, l’eau dans les nuages, et la mer céleste. En effet, Gen. 1:6-8 mentionne bien la première et la troisième masse d’eau – bien que la troisième ne soit pas pertinente – en omettant la seconde, qui est toujours pertinente pour les cultures et les troupeaux. Cette interprétation est-elle plausible ?

Enfin, nous pouvons observer qu’une interprétation de Gen. 1:6-8 défendant une référence à une mer céleste viole le principe clé que Gen. 1 enseigne sur la création en utilisant des analogies sur la base de l’expérience providentielle. Il n’y a pas d’expérience providentielle d’une mer céleste, alors qu’il y a une expérience providentielle de pluie tombant des nuages. L’invraisemblance de l’interprétation de la mer céleste croît en raison de son manque de proximité avec l’expérience ordinaire. En réalité, l’interprétation de la mer céleste impose au texte une prétendue ancienne théorie physicaliste quasi-scientifique de la mer céleste, ce qui est tout aussi mauvais que d’imposer au texte l’exigence moderne de précision scientifique et technique.

Comme nous ne pouvons pas retourner en arrière et interviewer des Israélites anciens, les interprètes modernes peuvent toujours postuler que les Israélites avaient des croyances étranges sur une mer céleste. De tels postulats sont susceptibles d’exister pendant longtemps. Les postulats se sont enracinés dans la tradition de l’érudition de l’Ancien Testament. Ils semblent à première vue soutenus par divers textes du Proche-Orient ancien, du moins si ces textes sont lus d’un point de vue physicaliste. Les postulats sont en outre soutenus par les mythes modernes qui nous rendent complaisants quant à notre supériorité par rapport aux anciens et condescendants envers leur prétendue naïveté primitive. Mais, si nous sommes vigilants, nous pouvons avoir des doutes. Que les Israélites aient ou non des croyances étranges, Dieu n’aborde pas directement ces croyances, et il ne les présuppose pas non plus. Il enseigne qu’il y a de l’eau en haut, séparée de l’eau en bas par une étendue. Le langage est laconique. Si les anciens Israélites ou les interprètes modernes n’arrivent pas à réaliser que la pluie vient de l’eau d’en haut, c’est leur problème.

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