Apologétique

Pourquoi j’avais tort au sujet du christianisme – Tom Holland

Cet article est une traduction et adaptation de « Why I was wrong about Christianity » publié dans le NewStatesmanAmerica et écrit par Tom Holland,  historien et biographe britannique. Traduction et adaptation par Jean-Mikhaël Bargy que nous remercions !

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« Il m’a fallu du temps avant de me rendre compte que ma morale n’est pas grecque ou romaine, mais entièrement chrétienne et j’en suis fier. »

C’est ainsi que Tom Holland, écrivain et historien, introduit son article publié en septembre 2016. Il y présente l’évolution de son regard sur le christianisme.

Partant du début, il explique qu’étant enfant, son « éducation chrétienne a été à jamais altérée par la force du souffle » de ses passions. Ça a commencé avec les dinosaures. À l’âge de 6 ans, il fut surpris lors de l’ouverture d’une Bible pour enfants. Il y trouva en effet une illustration d’Adam et Ève à côté d’un brachiosaure, ce qui déjà, pour lui, était une chose impossible, aucun homme n’avait jamais côtoyé de sauropode. C’est ainsi que « pour la première fois, une légère ombre de doute avait été introduite » dans sa foi chrétienne.

Sa passion pour les dinosaures, prédateurs « fascinants, féroces et éteints », s’est étendu jusqu’aux anciens empires. Le peuple d’Israël, lui, ne faisait pas le poids face à la majesté des empires égyptien, assyrien et romain. Dieu lui-même n’était pas non plus épargné. Tom Holland préférait de loin les dieux olympiens et leur vie de plaisir à la rigidité du Dieu chrétien ; « et s’ils étaient vaniteux, égoïstes et cruels, cela ne faisait que leur donner une allure de rock stars. »

Le terrain était ainsi préparé pour que, lorsqu’il commença à lire les écrivains des lumières comme Edward Gibbon, Holland souscrive à leur interprétation de l’histoire : « le triomphe du christianisme avait inauguré une « ère de superstition et de crédulité » et la modernité a été fondée sur le dépoussiérage des valeurs classiques oubliées depuis longtemps. »

Le christianisme avait défait le paganisme ; plus de liberté ni de plaisir. Un nouveau règne de terreur, sans couleur ni excitation, est mis en place, celui de Nobodaddy – un nom dérisoire donné à Dieu par William Blake et formé par les mots « nobody » et « daddy » – et de tous « les croisés, inquisiteurs et puritains à chapeau noir qui l’avaient servi comme acolytes. » Holland cite Algernon Swinburne pour illustrer ce que dorénavant il avait rationalisé et approuvé : « Tu as conquis, Ô pâle Galiléen ; Le monde est devenu gris par ton souffle. »  

Selon lui, c’est cette interprétation qui l’a sûrement amené à s’intéresser davantage à l’antiquité classique. Il chérissait cette période de l’histoire qui ne cessait de l’inspirer et le stimuler. Ce n’est donc pas surprenant que son premier livre, Rubicon, traite de l’époque de Cicéron tandis que Persian Fire, son deuxième ouvrage, se plonge dans les invasions persanes de la Grèce, un thème qui même encore aujourd’hui « est au service d’Hollywood, tout comme il avait servi Montaigne et Byron, en tant qu’archétype du triomphe de la liberté sur le despotisme. »

Sa fascination pour le monde classique n’a pas été entachée par les différentes recherches historiques auxquelles il s’est attelées. Au contraire, des Thermopyles à Alesia, de Léonidas à Jules César, ces enquêtes historiques ne pouvaient que conduire à la conclusion qu’Holland admirait tant : « Sparte et Rome… portaient en elles les qualités d’un prédateur ». 

Mais son étude toujours plus approfondie de l’antiquité classique, l’amenait progressivement à reconnaître le caractère terrifiant de ces prédateurs. Son admiration se heurtait alors aux valeurs de Léonidas, « dont le peuple avait pratiqué une forme particulièrement meurtrière d’eugénisme et entraîné ses petits à tuer de nuit les arrogants Untermenschen (« personnes inférieures », NDLR) » et à celles de César qui « aurait tué un million de gaulois et réduit un autre million en esclavage ». Ces actes de cruauté n’étaient pas les seuls à freiner Holland dans son excitation. Le déni d’une « quelconque valeur intrinsèque des pauvres ou des faibles » faisait aussi partie du lot qui l’amenait à reconnaître : « la conviction fondatrice du Siècle des Lumières – qu’il ne devait rien à la foi dans laquelle étaient nées la plupart de ses plus grandes figures – me parut de plus en plus insoutenable. »

L’historien cite ensuite la fameuse phrase de Voltaire qui introduit la conclusion de son Examen important de Milord Bolingbroke ou le tombeau du fanatisme : « Tout homme sensé, tout homme de bien, doit avoir la secte chrétienne en horreur ». Holland regrette que l’écrivain français n’ait pas reconnu l’origine chrétienne de ses principes éthiques. Au lieu d’essayer de les justifier par une multitude d’autres sources – telles que la littérature classique, la philosophie chinoise et ses facultés rationnelles – il aurait simplement dû reconnaître qu’il a été « durablement marqué par l’empreinte de l’éthique biblique ». Holland continue : « Sa défiance envers le Dieu chrétien, dans un paradoxe qui ne lui était certainement pas propre, s’appuyait sur des motivations qui étaient, en partie au moins, manifestement chrétiennes ».

Citant 1 Cor. 1:23, l’historien acquiesce à l’affirmation de Paul sur le scandale et la folie du message de la Croix. En effet, dans le monde antique, « c’était le rôle des dieux, qui revendiquaient le gouvernement de l’univers, de maintenir son ordre en infligeant un châtiment – et non de subir eux-mêmes ce châtiment ». Si nous n’arrivons pas à percevoir cette radicale nouveauté que représentait le Christ crucifié, cela est dû à notre grande familiarité avec le récit de la Crucifixion.

Tom Holland conclut :

Aujourd’hui, alors même que la croyance en Dieu s’estompe en Occident, les pays qui étaient autrefois connus sous le nom de chrétienté continuent de porter le sceau de la révolution bimillénaire que le christianisme représente. C’est la principale raison pour laquelle, globalement, la plupart d’entre nous qui vivons dans des sociétés postchrétiennes tenons toujours pour acquis qu’il est plus noble de souffrir que d’infliger la souffrance. Cela explique pourquoi nous supposons généralement une valeur identique pour chaque vie humaine. Dans ma morale et mon éthique, j’ai appris à accepter que je ne suis absolument pas grec ni romain, mais profondément et fièrement chrétien.

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