Apologétique

L’incohérence du LGBT

Traduit par Jean-Mikhaël Bargy. L’article original se trouve ici.


L’argument que je vais faire valoir ici n’est pas nouveau, mais il est suffisamment important pour être réaffirmé et rediffusé.

Je ne suis pas si vieux que ça, mais je suis encore assez vieux pour me rappeler qu’auparavant, l’acronyme était simplement LGB. D’un point de vue chrétien, le mouvement LGB était malencontreux, mais au moins il était cohérent dans sa conception. Même si vous n’étiez pas d’accord avec les défenseurs LGB, vous compreniez au moins ce avec quoi vous étiez en désaccord. Je ne sais pas quand le T est devenu un ajout définitif (ce Google Ngram suggère le milieu des années 90), mais ce fut à ce moment-là que l’acronyme devint un composé instable.

Et voilà pourquoi. L, G et B ont été initialement compris en termes de catégories sexuelles naturelles (et normatives) d’hommes et de femmes. L désigne les femmes qui sont sexuellement attirées par les femmes. G désigne les hommes qui sont sexuellement attirés par les hommes. B désigne les personnes qui sont sexuellement attirées par les hommes et les femmes. (Rappelez-vous que « bi » signifie deux; « bisexuel » présuppose une catégorisation sexuelle binaire.) Ces définitions sont compréhensibles même pour ceux qui s’en tiennent aux normes sexuelles traditionnelles.

Mais T subvertit tout cela en exigeant que nous détachions ces catégories sexuelles des réalités physiques (anatomiques). Selon l’idéologie transgenre, les catégories « homme » et « femme » doivent être comprises en termes d’identité de genre (qui est non physique) plutôt que de sexe biologique (qui est physique). Pourtant, dès que nous faisons cela, le L, le G et le B deviennent vides de sens.

À titre d’exemple, prenons l’exemple de la Licorne du Genre, sujet de beaucoup de discussions, qui a été mise au point par une organisation connue sous le nom de Trans Student Educational Resources. (La critique suivante peut tout aussi bien s’appliquer au Genderbread Person; je la propose en exercice au lecteur.) La Licorne du Genre est une aide visuelle qui est censée nous aider à comprendre et à naviguer sur le terrain complexe et semé d’embûches de la sexualité et de l’identité sexuelle modernes. Selon la Licorne, il faut distinguer cinq dimensions : (1) identité de genre, (2) expression de genre, (3) sexe attribué à la naissance, (4) attraction physique, et (5) attraction émotionnelle. Examinons maintenant le premier et le quatrième point. Notre identité de genre peut être « homme » ou « femme » (entre autres options), mais cela n’a rien à voir avec l’anatomie (notez comment l’icône de l’arc-en-ciel apparaît dans une bulle de pensée ; c’est une question de perception de soi interne). Simultanément, notre attirance physique, nous dit la Licorne, peut être pour les « hommes » ou les « femmes » (encore une fois, parmi d’autres options). Pourtant, on ne peut avoir une attirance physique que pour ce qui est physique. Ainsi, les significations des termes « hommes » et « femmes » sur l’axe de l’attraction physique doivent être définies par rapport à l’anatomie.

D’où l’incohérence : T (qui concerne l’identité de genre) exige que nous définissions « homme » et « femme » en termes non physiques, mais L, G et B (qui concernent au moins partiellementl’attraction physique) exigent que nous définissions « homme » et « femme » en termes physiques.

Maintenant, quelqu’un pourrait soutenir que l’incohérence peut facilement être résolue en établissant une distinction entre deux types de masculinité et de féminité : entre le « genre » (masculin/féminin non physique) et le « sexe » (masculin/ féminin physique). Mais cette manœuvre ne sauvera pas la Licorne. Tout d’abord, rien dans le diagramme lui-même n’indique que les termes « homme » et « femme » sont utilisés de manière équivoque. En fait, c’est tout le contraire qui se produit : on nous informe qu’une personne pourrait être attirée physiquement par les « femmes », les « hommes » ou les « autres genres », ce qui signifie que les « femmes » et les « hommes » doivent être compris comme des genres (c’est-à-dire, comme on les utilise lorsque l’on parle d’identité de genre).

De plus, les défenseurs des transgenres ont beaucoup insisté sur le fait qu’il ne peut y avoir d’équivoque ou de discrimination : « les femmes trans sont des femmes, point final. » (Googlez les expressions « les hommes trans sont des hommes » et « les femmes trans sont des femmes » pour d’innombrables autres exemples). Ce point n’est pas sujet à débat, nous dit-on.

Considérons cette expérience de pensée pour en faire ressortir l’absurdité. Dan est biologiquement mâle et il pense qu’il est hétéro. Il est présenté à une personne appelée Jessie qu’il croit être une femme, d’après son anatomie. Dan est physiquement attiré par Jessie. Il apprend rapidement, cependant, que Jessie s’identifie en fait comme un homme. Ainsi, comme Jessie voit les choses – et c’est ainsi que Danest censé voir les choses, étant donné que Jessie est la seule autorité sur l’identité sexuelle de Jessie – Jessie est réellement un homme et Dan est donc attiré physiquement par un homme. Il s’avère que Dan, contrairement à ce qu’il pensait, est en fait gai ou bisexuel. Surprise !

Mais les choses ne font qu’empirer à partir d’ici. Supposons que Jessie décide qu’elle est influencée par son sexe. Son identité de genre n’est pas fixe mais varie dans le temps. Certains jours, Jessie est un homme, d’autres jours, Jessie est une femme. Il s’ensuit que l’orientation sexuelle de Dan doit aussi être fluide, en raison de son attirance physique pour Jessie. Certains jours, Dan est gai ou bisexuel ; d’autres jours, Dan est hétéro. Fini le « je suis né comme ça » !

Le problème de l’idéologie LGBT peut être formulé comme un dilemme. Soit (1) « homme » et « femme » sont liés à la forme physique, auquel cas le concept d’orientation sexuelle (LGB) est intelligible mais l’idéologie du transgenderisme (T) est indéfendable, soit (2) « homme » et « femme » ne sont pas liés à la forme physique, auquel cas le concept d’orientation sexuelle (LGB) n’est plus intelligible. (Je ne pense pas que le T soit intelligible dans les deux cas, puisque la partie « trans » n’a de sens qu’en référence au sexe anatomique, mais passons.)

Il me semble donc que ceux qui adoptent le terme LGBT font face à un formidable défi : fournir des définitions de L, G, B et T qui (1) satisfont aux exigences de l’idéologie transgenre et (2) correspondent aux sens conventionnels de L, G, et B.

Note complémentaire #1 : J’ai remarqué cette semaine qu’un érudit évangélique bien connu qui s’identifiait auparavant comme un « chrétien gay célibataire » a maintenant adopté l’étiquette LGBT (en fait, LGBTQ). Je me demande s’il a bien réfléchi à ce que le T signifie pour son G.

Note complémentaire #2 : Rien de ce qui précède n’implique que la dysphorie de genre n’est pas une condition réelle qui afflige certaines personnes. Il me semble que la dysphorie de genre (ce que l’on appelait autrefois le « trouble de l’identité de genre ») peut être définie, diagnostiquée et traitée sans adhérer à l’agenda transgenre. En effet, la dysphorie de genre était une condition médicale reconnue bien avant que le T ne soit annexé au LGB.

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