Philosophie

L’article qui contient le plus de fois le mot « chaise ».

Etienne a publié hier un article sur le coupe Forme/Matière, je me suis dit qu’il serait chouette de le compléter par des articles exposant les couples Substance/Accident, Acte/Puissance et Essence/Existence. Ces articles se veulent volontairement vulgarisés pour être accessibles au plus grand nombre et piquer la curiosité de nos lecteurs. Pour une introduction plus complète, se référer au volume I d’Éléments de Philosophie de Jacques Maritain.


Substance et accident en philosophie : une définition

Qu’est-ce qu’une chaise ? Lors que j’observe la chaise devant moi, je vois un objet blanc, en bois, d’une certaine masse, qui émet un certain son si je frappe dessus. Pourtant, même si elle n’était pas blanche, ni en bois, ni plus lourde ou émettant un autre son, elle demeurerait une chaise.

Ces propriétés qui compose cette substance individuelle face à moi que j’appelle chaise, celles que je viens d’énoncer, sont des accidents de la chaise car ils peuvent être absents sans changer la nature de la chaise. C’est-à-dire que la substance pourrait manquer d’une de ces caractéristiques sans être une chaise. Ces propriétés sont ce qu’on appelle l’accident. On dit qu’elles sont des propriétés accidentelles.

Par opposition, on appellera substance ce qui fait que tel objet s’appelle chaise, à savoir le fait que l’objet soit conçu pour que l’on s’assoit dessus.

Un peu plus loin : Entre Platon, Aristote et Augustin

Si l’on est attentif, on remarque que la substance de la chaise est une idée que nous nous en faisons. On fait abstraction des propriétés accidentelles et nait alors dans notre esprit l’idée de la chaise.

On peut se poser une question qui rejoindra notre sujet : pourquoi toutes les chaises s’appellent-elles chaises ? Pour Platon, qui avait vu une partie de la vérité, elles s’appellent ainsi car elles sont toutes liées à l’idée de la chaise. Mais Platon va plus loin : il existe un monde des idées où réside la chaise parfaite, le triangle parfait, l’homme parfait, etc. Le monde matériel lui n’est qu’un pale reflet de ce monde des idées. Ainsi, pour Platon, la « substance chaise » se localise dans le monde des idées. On accède à ce monde par la philosophie et c’est donc dans le monde intellectuel qu’il faut concentrer ses efforts car c’est que se trouve la réalité, la substance des choses.

Pour Aristote, l’élève de Platon qui a explicité ce couple Substance/Accident, Platon fait erreur. Certes, il existe une idée de la chaise, mais cette idée ne se situe pas dans le monde des idées, elle se situe dans notre pensée. En fait, la substance chaise n’existe pas de manière universelle. On ne va jamais rencontrer (ni ici ni dans le monde des idées) « LA chaise ». On ne fait que rencontrer des chaises. Ainsi, les substances des choses n’existent de manière universelle que dans notre esprit une fois que nous avons fait l’abstraction des accidents et de manière individualisée dans les choses que nous rencontrons. Chaque chaise porte de manière individualisée la substance chaise associée à des accidents et chaque chaise peut, par abstraction, nous faire remonter vers l’idée universelle de la chaise.

Nous pouvons aller plus loin encore (merci Saint-Augustin). En créant l’homme comme animal rationnel, Dieu lui a donné accès à sa propre pensée. C’est Dieu qui a créé un monde de natures individualisées. Autrement dit, c’est lui qui a conçu dans sa pensée les substances « homme », « oiseau », « plante » et qui les a individualisées avec des propriétés accidentelles. En faisant abstraction et en accédant ainsi à la nature intime des choses, nous accédons à la pensée divine. Si le monde des idées existe quelque part, c’est dans la pensée de Dieu. C’est en raison de cette unité fondamentale entre toutes les choses qui portent la même substance que Christ a pu revêtir la « nature humaine ». C’est Dieu le garant de l’unité et de l’intégrité du monde créé. Sans sa pensée créatrice, tout serait désordre mais il a créé des natures bien individualisées pour que le monde soit intelligible pour nous.

Mais revenons à notre question : qu’est-ce qu’une chaise et pourquoi s’appelle-t-elle ainsi ? C’est une substance individualisée qui correspond à la définition (ou, à l’idée) de la chaise (à savoir, un objet servant à s’asseoir) et qui ajoute à cela des propriétés accidentelles comme la masse, la couleur, le matériau la composant, etc.

Un peu d’art

Je vous ai parlé d’Aristote et de Platon. Ces deux bonhommes sont ceux au centre du tableau en en-tête de l’article. Platon lève le doigt vers le haut, pointant le monde des idées qu’il faut étudier par l’intellect. Aristote pointe le doigt vers le bas, montrant le monde et répondant à Platon que pour étudier la réalité, nul besoin d’aller chercher un spéculatif monde des idées mais que la réalité se trouve sous nos pieds. Aristote, par son emphase même, nous lègue une philosophie qui honore le monde matériel et, comme la Bible, le déclare bon. De plus, son intérêt pour ce monde créé l’a poussé à étudier les animaux, les plantes et bien d’autres choses, en faisant le père de nombreuses sciences.

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