Baptême des enfants

Un enfant peut-il avoir la foi ? Et un nourrisson ? (Peter Leithart)

Voici une réflexion intéressante sur la nature de la foi de Peter Leithart. La tradition chrétienne a plus d’une fois parlé de la foi des enfants et de l’habitus (ou disposition) de la foi qui peut exister dans le coeur d’un enfant. Nous sommes souvent réticent à ce sujet. En effet, nous assimilons et unissons foi et intellect. Mais, ce faisant, nous éloignons Dieu des enfants car c’est par la foi qu’on s’approche de Dieu. Nous ne l’éloignons pas seulement des enfants mais aussi de toutes les personnes limitées intellectuellement par un handicap. Si nous poursuivions cette logique un peu plus loin, cela nous conduirait même à penser que plus on est intelligent, plus on peut croire en Dieu. Par ailleurs, la différence d’intelligence entre Dieu et le plus intelligent des hommes est bien supérieure à celle entre un adulte accompli et un nourrisson. Or, si la foi se base sur ce que nous savons de Dieu, elle ne se limite pas à cela mais est avant tout une confiance en sa Personne. Je vous laisse lire cette réflexion. Merci à Ulisses de Sousa Mendes pour la traduction.


Est-ce absurde de parler de la foi des nourrissons ? 

La « foi » est la réponse humaine de confiance envers Dieu, une réponse d’allégeance, dans une relation personnelle, et cela a de grandes conséquences pour notre compréhension de la foi des nourrissons.

La question de la foi des nourrissons n’est pas : « Les enfants en bas âge sont-ils capables de recevoir cette impulsion de puissance divine ? » La question est la suivante : « Les nourrissons peuvent-ils répondre à d’autres personnes ? Les nourrissons ont-ils des relations personnelles ? »

Et la réponse à cette question est évidemment oui. Les nourrissons apprennent rapidement (même in utero) à répondre à la voix de la mère ; les nourrissons manifestent rapidement la « confiance » en leurs parents ; les nourrissons distinguent rapidement les étrangers des membres de la famille. Si les nourrissons peuvent faire confiance ou se méfier des personnes humaines, pourquoi ne peuvent-ils pas faire confiance à Dieu ? Derrière le déni de la foi des nourrissons se cache, clairement, le postulat que Dieu serait moins disponible pour un enfant que pour les autres êtres humains. 

Mais c’est tout à fait faux, car au contraire aucun être humain n’est plus proche de Dieu qu’un autre. La présence de Dieu est rendue palpable par Son peuple. Quand les parents disent à leur nouveau-né : « Jésus t’aime et prendra soin de toi », ils parlent des promesses de Dieu.

De plus, les parents établissent des relations avec leurs enfants par le biais de symboles. Nous parlons à nos enfants en bas âge, et nous montrons notre amour par des gestes – des câlins et des baisers. S’il n’y a rien d’irrationnel ou d’absurde à ce que les humains établissent une relation personnelle avec les nourrissons par des symboles, il n’y a rien d’irrationnel à ce que Dieu fasse de même. 

De même que nous établissons des relations d’amour et de confiance avec nos enfants par des symboles, de même Dieu parle aux enfants et établit une relation avec eux par la « parole visible » du baptême (Rappel : dans la théologie réformée, le baptême est compris comme un moyen visible de symboliser une promesse de Dieu et non pas comme un moyen de symboliser la réponse de l’homme). Ainsi, la question « Devrions-nous baptiser les bébés ? » est équivalente à se demander  « Devrions-nous parler aux bébés ? » Le pédobaptême n’est ni plus ni moins étrange et miraculeux que de parler à un nouveau-né. En fait, c’est exactement ce qu’est le pédobaptême : Dieu parlant dans l’eau à un nouveau-né.

Si l’enfant ne comprend pas ce qu’un parent dit, est-il rationnel que le parent lui parle ? Les parents baptistes ainsi que d’autres personnes parlent à leurs enfants et ne s’attendent pas à ce que l’enfant comprenne ou réponde pendant plusieurs mois. Ils ne voient rien d’irrationnel là-dedans. Ils parlent à leurs enfants, c’est-à-dire qu’ils utilisent des symboles, non pas parce qu’ils pensent que l’enfant comprend tout ce qui se dit ou parce qu’ils attendent une réponse immédiate. Ils parlent à leurs enfants pour qu’ils apprennent à comprendre et à répondre. De même, nous baptisons les enfants en bas âge, et nous leur rappelons constamment leur baptême et ses implications, afin qu’ils arrivent à la compréhension et à la maturité de leur foi. 

Nous les nommons pour qu’ils grandissent et qu’ils répondent à ce nom ; nous leur parlons pour qu’ils commencent à répondre ; nous les nommons dans le baptême pour qu’ils commencent à vivre dans et à partir du baptême.

Le baptiste sociologiquement cohérent devrait, me semble-t-il, permettre aux enfants de se nommer eux-mêmes. Sinon, ils « imposent » inévitablement une identité à leurs petits garçons et filles. Karl Barth, qui a protesté haut et fort contre la « violence » d’imposer une identité chrétienne à un enfant par le baptême du nourrisson, en serait sans doute heureux. En fait, les baptistes ne font pas cela, et malgré eux, ils imposent un langage à leurs enfants aussi. Malgré eux, ils traitent souvent leurs enfants comme des chrétiens, leur apprenant à chanter « Jésus m’aime » et à prier le Notre Père. Et s’ils font tout cela, quelle raison reste-t-il de résister à l’imposition du signe de l’alliance ?

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