Mission

Engagement social, économique et politique du chrétien vs. Évangélisation ?

Pendant un certain temps, je savais bien que l’engagement social du chrétien était une chose bonne mais je n’arrivais pas non plus à m’en convaincre. Je voyais cela comme un danger, un concurrent de l’évangélisation. Ou encore, j’y voyais de l’intérêt uniquement si cela permettait de servir de pont pour évangéliser. Mais pas de valeur en soi. Et cela était encore plus marqué pour l’engagement politique.

Plutôt que de proposer une argumentation abstraite, je vais proposer quelques cas concrets que j’ai vécu ou vu et qui m’ont fait changer d’avis.

Ces salariés sur les bancs de nos églises

Mes études de médecine fonctionnent en alternance. C’est-à-dire que pour un temps je suis en période de cours et pour un temps en période de travail à l’hôpital. Lors des périodes de cours, il est très facile pour moi de lire de la théologie, de m’instruire, d’écrire des articles. Il me faudrait au contraire faire un effort pour arrêter de le faire. Lors des périodes à l’hôpital, la situation s’inverse. En rentrant, je suis souvent fatigué de ma journée et peu disposé à chercher la productivité.

Ce constat m’a amené à réfléchir à la situation des personnes de mon Église. Sur le plan pastoral, comment peut-on se plaindre du manque d’intérêt pour la théologie, de « l’absentéisme » aux réunions de prière, du manque d’engagement dans l’éducation et l’instruction de ses enfants sans prendre en compte ces jobs qui impliquent que la personne passe la majorité de son temps en dehors de sa famille, que les peu de temps passés avec sa famille s’accompagnent de la fatigue accumulée lors du travail et qu’il peut sembler dès lors sage de ne pas ajouter à ce programme une réunion en semaine à l’Église ? Et si la mission de l’Église impliquait aussi un engagement social et économique pour transformer la société en commençant par l’Église, c’est-à-dire en développant, par exemple, des coopératives qui permettent de travailler sans être éloigné de sa famille, d’être plus libre de son emploi du temps, etc. ? Si elle impliquait un soutient financier pour que des pères puissent travailler à 80% et ainsi être plus présents pour leurs familles ? Bref, pourquoi l’Église, pour le bien de ses brebis et de ses familles, ne s’engagerait pas économiquement afin de casser le modèle économique actuel qui dissocie vie professionnelle et vie familiale ? Ce n’est qu’un exemple, mais qui changerait radicalement l’accompagnement pastoral de bien des familles.

Je pense encore à cette infirmière que je connais, qui s’occupe avec une seule collègue de 23 patients, qui travaille sous pression, épuisée et qui aimerait tellement lire, étudier la théologie et s’engager pour son Église. L’Église n’a-t-elle rien à faire ici ? Une tape dans le dos, un mot d’encouragement et c’est tout ? Pourquoi ne pas sensibiliser les chrétiens à la possibilité de s’engager pour créer des structures qui évitent ces situations ? On pourrait penser à une clinique hospitalière privée fonctionnant sur d’autres principes et prenant en compte la vie familiale des personnes. On pourrait penser à revenir à une économie où la maison n’est pas le lieu du « dodo » mais aussi du « boulot ». La famille comme sphère de production comme cela fut le cas dans la majorité des civilisations dans l’histoire.

Que dire encore des fameux « bullshit job » (que l’on pourrait traduire par l’expression « job à la con » c’est-à-dire de ces emplois où le salarié perd totalement le sens de ce qu’il fait, n’a pas l’impression de faire quelque chose d’utile) ? Ne nous y trompons pas : le travail qu’un chrétien fait aura une grande influence sur sa vie spirituelle qui, rappelons le, n’est pas séparée de sa vie familiale ni professionnelle. On est chrétien partout, pas uniquement à la maison.

Ces fossés qui se creusent avec nos contemporains

J’ai pu échanger plusieurs fois avec des personnes engagées dans le mouvement LGBT+, j’en côtoie quasi-quotidiennement. Au fil des discussions avec ces personnes et au cours de débat, j’ai pu constater combien le diable avait pu bâtir de faux raisonnements intellectuels chez plusieurs de ces personnes qui les éloignaient de l’Evangile. Ce que je veux dire par ici, c’est qu’une vision de la sexualité éloignée de celle que Dieu a prévu ne conduit pas simplement à des comportements qui déshonorent Dieu. Cela conduit aussi à des barrières intellectuelles et émotionnelles fortes entre ces personnes et l’Evangile. Le travail devient plus ardu pour faire comprendre l’Evangile à ces personnes. Si elles ont appris qu’il est offensant et irrespectueux de questionner, par exemple, la moralité d’une pratique sexuelle, elles ressentiront différemment l’appel à la repentance qu’une personne qui est déjà convaincue que ce qu’elle fait est mal parce que sa culture le réprouve déjà. Autrement dit, la culture a une influence considérable sur l’ouverture à l’Evangile. Bien entendu, Dieu peut régénérer qui il veut, où il veut. Mais Dieu se plaît souvent à utiliser des moyens naturels pour mener une personnes à cette régénération surnaturelle. Rappelons-nous que Dieu ne force pas l’incroyant à croire : il argumente avec son âme et la convainc efficacement que l’Evangile est vrai. Il réussit toujours à sauver. Mais cela implique bien souvent, encore une fois, un long processus intellectuel pour arriver à cette conviction.

Je pourrais parler de l’influence de 1001 philosophies et pseudo-sciences (darwinisme, matérialisme, idéalisme, individualisme, humanisme, etc.) et de la façon dont elles bâtissent des barrières entre la vérité et nos contemporains, mais je pense que l’exemple ci-dessus est déjà assez clair pour mon propos.

L’éducation et l’instruction

La discipline des Églises Réformées de Genève comprenait, dès son deuxième article, une clause sur l’instruction des enfants. Peut-être que le lien entre instruction et Evangile paraît abstrait à première abord. Je vais prendre un cas d’école (c’est le cas de le dire !) qui clarifiera la situation.

Pensons aux illettrés. Pensons aux peuples illettrés. L’annonce de l’Evangile est compliquée par leur illettrisme. Mais l’édification des croyants aussi est compliquée par cela : lire la Bible, étudier la théologie, avoir accès à nos ressources devient impossible. Bien entendu, l’Evangile peut pénétrer et a pénétré dans de tels peuples (il s’accompagne d’ailleurs bien souvent d’une nette amélioration du niveau d’éducation des peuples). Mais le manque d’éducation est un obstacle et un défi à franchir et il est désirable que le peuple grandisse en instruction pour grandir en compréhension de l’Evangile.

Cela fonctionne pour l’illettrisme à proprement parler mais aussi pour l’illettrisme actuel en philosophie, histoire, arts et littérature de nos contemporains français. Combien de fausses conceptions de l’histoire du christianisme nous rencontrons ! Combien de récits erronés sur l’histoire du monde (je pense au progressisme en particulier) ! Combien de barrières à l’Evangile sont fondées sur l’ignorance et le manque d’instruction en histoire ou en philosophie ! Et ces fausses conceptions, cette ignorance, sont présentes aussi dans l’Eglise et cela peut avoir des effets considérables sur la vie d’Eglises entières et sur la théologie d’un mouvement. Manquer de perspective historique sur l’Eglise et sur notre pays par exemple nous empêche d’apprendre des erreurs du passé, de nous inspirer des idées pertinentes de nos prédécesseurs, de comprendre pourquoi notre contexte est tel qu’il est.

Conclusion

J’espère que ces quelques exemples seront plus éloquents que de longues argumentations. Il suffit d’ouvrir les yeux, en réalité, pour observer l’importance capitale de l’engagement dit culturel pour l’Evangile. Satan veut l’âme de nos contemporains et emploi des stratagèmes aussi dans les sphères politique, économique et sociale pour les éloigner de l’Evangile. Le combat pour leurs âmes doit être mené aussi sur ces fronts et fonctionner main dans la main avec la proclamation courageuse et claire de l’Evangile.

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