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Jésus était-il pacifiste ? (2/7) : Les arguments pacifistes

Avec les principes que l’on retrouve dans le droit, ainsi que les trois contextes mentionnés ci-dessus (Et en particulier le contexte du droit naturel, que le droit republie essentiellement à ce sujet), nous pouvons revenir à notre sujet central du pacifisme. La première chose qu’il faut reconnaître quand on analyse une chose comme le pacifisme, c’est qu’il n’y a pas qu’un seul type de pacifisme. Au contraire, de nombreuses raisons sont avancées par des individus et des traditions différents pour finalement en arriver à une pratique commune, celle de la non-violence. Cela signifie que toute tentative de déterminer si une position est pacifiste ou de réfuter le pacifisme est plus compliquée qu’il n’y parait. Toutefois, une façon utile de classifier la position est fondée sur les types de loi scolastique. Thomas d’Aquin est connu pour avoir divisé la loi en quatre catégories : éternelle, naturelle, humaine et divine. La première catégorie n’est pas pertinente pour notre question, car elle est trop large : elle fait référence à l’ordre auquel participe l’univers tout entier, y compris les créatures inanimées et sous-rationnelles. De plus, le droit humain n’est pas pertinent, puisque nous cherchons la réponse à une question morale, et que le droit humain n’a manifestement pas été pacifiste dans de nombreux cas. Au contraire, les types de pacifisme qui nous intéressent se divisent en deux catégories principales : ceux qui reposent sur un appel à la loi naturelle, et ceux qui font appel à la loi divine positive. [i]

Dans mes discussions avec les défenseurs du pacifisme, j’ai rencontré six arguments récurrents en faveur de la non-violence absolue qui entrent dans la catégorie des arguments de droit naturel. Les voici :

  1. Le cycle de la violence
  2. Les limites de la connaissance humaine
  3. L’immoralité de la punition et de la vengeance
  4. Le caractère malveillant de la violence
  5. Le caractère utopique de la violence
  6. La hiérarchie comme étant intrinsèquement dominatrice

Le premier argument est que la violence provoque toujours plus de violence et donc qu’elle ne résout jamais vraiment rien. Le deuxième argument prétend que les êtres humains ne peuvent jamais véritablement déterminer la culpabilité d’une autre personne, de sorte que le jugement coercitif ne peut jamais être corroboré comme juste. La troisième approche attaque directement l’idée de punition, affirmant que l’idée même de châtiment et de vengeance est immorale et barbare. Le quatrième type de critique affirme que la violence est incompatible avec la vertu de l’amour. Le cinquième argument tente de montrer que la violence ne peut jamais vraiment aboutir à une véritable justice ou au bien commun, même lorsqu’elle prétent qu’elle le peut. Enfin, le sixième argument allègue que toute forme de hiérarchie est intrinsèquement injuste, et qu’il en va de même pour une personne qui punit quelqu’un qui est sous son autorité. Une caractéristique commune à chacun de ces arguments est qu’ils impliquent tous que le pacifisme est obligatoire du point de vue transhistorique. En d’autres termes, parce qu’ils font référence à des aspects de la réalité qui restent vrais à travers l’histoire de la rédemption, ils impliquent forcement que la non-violence a toujours été obligatoire sur le plan éthique.

Et puis il y a l’autre type de justification du pacifisme, celle fondée sur la loi positive cérémonielle ou divine. Dans ce genre de position, la raison pour la non-violence n’est pas strictement morale ; elle est plutôt basée sur le décret divin, une subversion de l’ordre naturel en faveur d’une grâce transcendante. La raison de l’interdiction de la violence ne découle pas de la nature des êtres humains, ni de l’état actuel de l’ordre créé (y compris la présence du mal), en tant que tel, mais découle strictement d’un commandement divin supplémentaire donné dans l’histoire, la nouvelle loi de l’Evangile. Avec ce type de raisonnement, le pacifisme n’a pas besoin d’être obligatoire d’un point de vue éthique à chaque époque, mais il est néanmoins une obligation pour les chrétiens et un élément essentiel de la Nouvelle Alliance.

Tous ces arguments ont en commun une conclusion spécifique. Ils impliquent tous, au minimum, qu’aucun chrétien ne peut participer à l’usage de la violence par l’État, en particulier sous la forme de la mise à mort d’une autre personne. Les approches morale/naturelle impliquent une conclusion plus forte : qu’absolument personne ne peut participer à juste titre à une telle activité.

Le prochain article se penchera sur la façon dont l’Ancien et le Nouveau Testament affirment tous deux le contenu du contexte mentionné dans l’article précédent, puis déterminera si certains de ces arguments pacifistes, et donc le pacifisme en général, sont conformes à ce contenu.


[i]Bien qu’il n’utilise pas cette classification, Néanmoins de John Howard Yoder : The Varieties of Religious Pacifism (Waterloo, Ontario : Herald Press, 1992) est probablement le meilleur ouvrage pour mettre en lumière les justifications très variées que les traditions ont apportées tout au long de l’histoire à la pratique pacifiste. Les différentes saveurs dont il parle pourraient être divisées en deux catégories, mais par souci de concision, je vais éviter de le faire. ↩

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