Somme Théologique

La puissance de Jésus – Thomas d’Aquin

Après avoir considéré ce que Christ en tant qu’homme savait (spoiler alert : tout) il faut se pencher sur ce qu’il pouvait faire –toujours en tant qu’homme.

  1. Christ était-il tout puissant de façon absolue ? Non.
  2. Pouvait-il accomplir toute transformation sur les créatures ? Non.
  3. Pouvait-il faire tout ce qu’il voulait de son corps ? Non.
  4. Pouvait-il faire tout ce qu’il voulait ? Oui.

Voyons comment Thomas d’Aquin traite le sujet.

Article 1 : L’âme du Christ était tout-puissant de façon absolue ?

Ce qui est propre à Dieu ne saurait convenir à la créature. Mais la toute-puissance appartient en propre à Dieu, selon cette parole de l’Exode (15, 2) : « C’est lui qui est mon Dieu, et je le glorifierai », parole suivie de cette autre : « Son nom est le Tout-Puissant. » L’âme du Christ, étant une créature, ne possède donc pas la toute-puissance.

Thomas rappelle que le modèle de l’incarnation est une union dans la personne, et non une quelconque union de nature. Ce qui signifie qu’il est juste de dire que Jésus est tout-puissant, si nous parlons de lui comme Dieu. Mais si nous parlons de Jésus en tant qu’humain, sa nature humaine ne se « mélangeait » pas avec la nature divine. Donc Christ-l’homme n’était pas tout puissant de façon absolue.

Article 2 : L’âme du Christ a-t-elle possédé la toute-puissance pour transformer les créatures ?

Changer les créatures appartient à celui qui les conserve. Or cela est l’œuvre de Dieu seul, selon l’épître aux Hébreux (1, 3) : « Il soutient l’univers par sa parole puissante. » Dieu seul possède donc la toute-puissance pour changer les créatures. Cela ne convient donc pas à l’âme du Christ.

Thomas commence d’abord par distinguer trois types de changement :

  • Les changements naturels, quand un agent naturel respecte l’ordre naturel. Le chat mange la souris etc.
  • Les changements miraculeux, quand un agent surnaturel dépasse l’ordre naturel. Le bâton de Moïse changé en serpent par exemple.
  • L’anéantissement des créatures.

Il fait ensuite une distinction dans l’âme du Christ :

Reprenons maintenant les trois types de changement possibles pour répondre à la question :

  • Les changements naturels pouvaient être accomplis par la simple nature humaine de Christ, comme n’importe quel autre humain.
  • Les changements surnaturels étaient accomplis par sa nature humaine par le fait qu’elle était l’instrument du Logos.
  • Pour l’anéantissement des créatures, c’est un pouvoir spécifique au Créateur, qui est aussi celui qui maintient en existence. De ce pouvoir, la nature humaine de Christ n’a aucun partage, même en tant qu’instrument.

Article 3 : L’âme du Christ a-t-elle possédé la toute puissance relativement à son propre corps ?

Jésus pouvait-il se faire pousser des ailes sur le dos ? Pouvait-il supprimer sa propre faim sans manger ? (en langage ordinaire)

On lit dans l’épître aux Hébreux (2, 17) : « Il a dû devenir en tout semblable à ses frères », et principalement en ce qui regarde la condition de la nature humaine. Or, dans cette condition, la santé du corps, sa nutrition, sa croissance, ne sont pas soumis aux décisions de la raison ni de la volonté; car les propriétés naturelles ne dépendent que de Dieu, auteur de la nature. Elles ne pouvaient donc dépendre du Christ; et par suite son âme ne fut pas toute-puissante sur son propre corps.

Thomas reprend la distinction faite à l’article précédent :

  • Selon sa nature propre, Jésus-humain ne pouvait bien évidemment pas avoir la puissance sur son propre corps. Il n’était qu’un humain parmi les hommes.
  • En tant qu’instrument de la divinité, la nature humaine de Jésus ne pouvait pas non plus : agir sur le corps fait partie du pouvoir de Dieu en tant que Créateur, et cela ne relève en aucune façon de la nature humaine.

Article 4 : L’âme du Christ a-t-elle possédé la toute-puissance pour l’exécution de sa volonté ?

Augustin écrit : « Il est impossible que la volonté du Sauveur ne s’accomplisse pas; et il ne peut pas vouloir ce qu’il sait ne devoir pas se réaliser. »

Thomas répond par l’affirmative selon la même distinction faite plus haut :

  • La nature humaine de Jésus peut faire tout ce qu’il voulait de naturel, selon les limites de sa nature propre.
  • La nature humaine de Jésus peut faire tout ce qu’il veut de surnaturel, en tant qu’instrument de la Divinité.

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