L'élection et la prédestination – Benedict Pictet
18 octobre 2019

1. Dieu na pas voulu que tous les hommes périssent;
mais il en a destiné quelques-uns auxquels il a destiné sa gloire, et il a laissé les autres dans leur corruption

« Dieu nous a élus avant la fondation du monde en Jésus-Christ, afin que nous fussions saints et irrépréhensibles en charité. » (Éphésiens 1:4).

Dieu, de toute éternité, nous a tellement aimés qu’il a résolu de nous donner le salut par Jésus- Christ son Fils; il nous a ainsi séparés des autres hommes pour nous communiquer ses grâces en ce Fils, et pour nous appeler dans sa communion, et il l’a fait, afin que renonçant à la corruption de ce présent siècle, nous travaillions à notre sanctification; en sorte que notre vie soit sans reproche, et qu’on y voie briller une pure et ardente charité envers Dieu et les hommes.

« Réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms sont écrits dans le livre de la vie. » (Luc 10:20).« Car Dieu ne nous a point destinés à la colère; mais à l’acquisition du salut, par notre Seigneur Jésus. » (1 Thessaloniciens 5:9).

Car Dieu ne nous a point destinés à la perdition éternelle, comme les méchants qui sont exposés à la colère de Dieu; mais il nous a destinés à obtenir le salut qui nous a été acquis par notre Seigneur Jésus-Christ.

« Et qu’est-ce, si Dieu en voulant montrer sa colère, et donner à connaître sa puissance, a toléré en grande patience les vaisseaux de colère, préparés pour la perdition. Et afin de donner à connaître les richesses de sa gloire dans les vaisseaux de miséricorde qu’il a préparés pour la gloire. » (Romains 9:22-23).

Saint Paul ayant comparé Dieu à un potier; qui d’une même masse, fait divers vaisseaux, les uns pour des usages honorables, les autres pour des usages vils, fait voir, qu’ayant considéré tous les hommes dans une masse de corruption, il ne fait tort à personne s’il déploie, sur les uns, les effets de sa juste colère, après les avoir supportés longtemps, et s’il punit un jour éternellement des gens qui se sont endurcis, comme Pharaon, dans leur corruption et s’il déploie sur les autres, les richesses de sa miséricorde, après les avoir mis en état de recevoir la gloire qu’il leur a préparée.

2. Cest par son pur bon plaisir que Dieu en a élu quelques-uns

« Il a donc compassion de celui qu’il veut et il endurcit celui qu’il veut. » (Romains 9:18).

Dieu n’est point prévenu par la volonté ni par les services des hommes, pour aimer l’un plutôt que l’autre; c’est uniquement par sa liberté souveraine, qu’il fait miséricorde aux uns, et qu’il amollit leurs cœurs; et qu’il laisse les autres dans leur corruption, et dans leur endurcissement au mal.

« Nous ayant prédestinés pour nous adopter à soi par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté. À la louange de la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a rendus agréables en son bien- aimé. » (Éphésiens 1:5-6).

Dieu, en nous destinant au salut, nous a aussi destinés aux moyens, qui conduisent à ce salut. Il a donc résolu de nous amener à soi, et de nous rendre participants des fruits de sa communion, en nous introduisant dans la communion de son Fils Jésus-Christ, et en nous adoptant par lui, pour être du nombre de ses enfants, en quoi il n’a point eu d’égard à aucune chose qui fût en nous, plutôt que dans les autres hommes. C’est son seul bon plaisir qui l’a porté à nous faire cette grâce, afin que nous en rapportions toute la louange à sa grande et glorieuse charité, qu’il nous a témoignée, par laquelle il nous a rendus agréables à ses yeux, en nous donnant son Fils, qui par sa mort nous a réconciliés avec lui, et par lequel toutes les grâces descendent de Dieu jusqu’à nous.

3. Ceux que Dieu a élus seront infailliblement glorifiés

« Car ceux qu’il a préconnus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin qu’il soit le premier-né entre plusieurs frères. Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. »(Romains 8:28-29).

Ceux que Dieu a aimés de toute éternité, et à qui il a destiné le salut, ont été aussi destinés à être rendus semblables au Fils de Dieu qui leur a acquis ce salut; semblables dans la sainteté, dans les souffrances, et dans la gloire, afin qu’ils soient regardés comme ses frères, et qu’il soit leur premier-né, leur Chef et leur Roi : Ceux qui ont été ainsi prédestinés sont appelés chacun dans leur temps, efficacement, et introduits dans la communion du Fils de Dieu. Ceux qui sont ainsi appelés ont part à sa justice, ils obtiennent la rémission de leurs péchés, et le droit à la vie éternelle; et ils sont si certains d’obtenir leur glorification qu’on peut dire qu’ils sont déjà glorifiés, parce qu’ils ont les prémices et les commencements de la gloire.

De cette manière dans cette chaîne du salut tous les chaînons sont liés très étroitement, le dernier dépend du premier, et le premier de la pure volonté de Dieu, qui de sa nature est immuable. Ainsi rien n’en peut empêcher l’accomplissement; et comme tous ceux qui sont glorifiés ont dû être nécessairement justifiés, appelés, prédestinés, et préconnus, aussi tous ceux qui ont été préconnus, prédestinés, appelés, et justifiés, doivent être glorifiés.

Maxime N. Georgel

Maxime est étudiant en médecine en 4ème année (FASM1) à la Faculté de Médecine et Maïeutique de l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde avec laquelle il vit sur Lille.

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Dans les Églises où est récité le Symbole des Apôtres, les chrétiens récitent d’une traite qu’ils croient « à l’Église, à la communion des saints, à la rémission des péchés… » Et s’il est vrai que le croyant protestant perçoit assez intuitivement comment le thème de l’Église et celui de la communion des saints peuvent être traités ensemble (puisque la théologie protestante définit précisément l’Église comme la communauté des saints ou des fidèles, c.-à-d. des croyants), il lui est en revanche difficile à première vue de voir un lien immédiat entre l’Église et la communion des saints d’une part, et la rémission des péchés d’autre part.
Ce n’était pas le cas de Jean Calvin. Celui-ci, dans l’un de ses premiers écrits, sa Brève Instruction Chrétienne (1537), à la fin de son explication de ce qu’il faut comprendre par la clause « Je crois à la rémission des péchés », lie ensemble ces trois expressions de la manière suivante : « nulle rémission des péchés n’est donnée d’ailleurs ni par autre moyen, ni à d’autres [que ceux qui en font partie], vu qu’hors de cette Église et communion des saints, il n’y a point de salut. » Calvin énonce ici le caractère ecclésial de la rémission des péchés : c’est dans l’Église seulement que les péchés sont pardonnés. Une telle affirmation peut étonner de la part d’un des pères fondateurs du protestantisme. Comment la comprendre ?

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