Apprendre le latin

Apprendre le latin avec les Colloques de Mathurin Cordier (1)

Introduction à la série

Je rencontre et j’entends beaucoup de personnes qui désirent apprendre le latin pour diverses raisons. L’une d’elles, surtout dans le milieu réformé, est de pouvoir profiter de l’immense réservoir de littérature théologique que nos pères antiques, médiévaux et modernes nous ont laissé. Imaginez-vous qu’en apprenant cette langue, vous vous donnez les moyens d’accéder aux 161 volumes de la Patrologia Graeca (traduite en latin), de même que les 221 volumes de la Patrologia Latina. Quant aux écrits des réformateurs et des figures de l’Orthodoxie réformée, vous pourrez les scruter sur des sites tels que Post-Reformation Digital Library !

Bien sûr, je ne prétends pas vous offrir une méthode complète tels que les ouvrages de Hans Ørberg, de Monique Goullet ou de Jean-Michel Fontanier (que je vous conseille d’ailleurs). Néanmoins, je pense que se nourrir de petites doses de latin, ici et là pendant la semaine, est une manière tout à fait digeste et agréable d’accroître gentiment mais sûrement vos connaissances (vocabulaire, conjugaison, style etc.).

Couplé aux superbes vidéos de LatinPerDiem, vous aurez de quoi vous instruire pendant vos pauses de midi, les trajets de métro ou que sais-je !

Mais finalement, qui est l’auteur de cette méthode que je vous propose ? Mathurin Cordier (1479-1564) est un théologien humaniste réformé et l’un des pionniers de la pédagogie académique moderne. Il enseigne les arts libéraux à Paris au Collège de la Marche, où il a Jean Calvin pour élève. En 1545, il enseigne au Collège de l’Académie de Lausanne, soit la première académie réformée en territoire francophone ; Cordier y dirige aussi un internat où sont logés et formés des étudiants (boursiers) dont la République de Berne finance les études. En 1559, il quitte Lausanne avec Pierre Viret et Théodore de Bèze pour rejoindre Calvin à Genève et y fonder une nouvelle Académie. C’est à Genève qu’il meurt et est enterré près de Calvin.

Ses Colloques, inspirés d’Érasme et de Jean Louis Vivès, sont des dialogues qui enseignent le latin de manière progressive, amusante et élégante, tout en donnant des leçons morales. L’ouvrage est divisé en 4 livres et se compose au total de 204 colloques.

Livre I, Colloque I

Bernardus & Claudius
B. Salve Claudi.Bonjour Claude.
C. Tu quoque salvus sis Bernarde.Bonjour à toi aussi Bernard.
B. Ludamus paulisper.Jouons un peu.
C. Quid ais inepte, vix Scholam ingressus es, et jam de ludo loqueris.Que distu malencontreusement, tu es à peine entré en classe, que tu parles déjà de jouer.
B. Ne irascaris quaeso.Ne te fâche pas s’il te plaît.
C. Non irascor.Je ne me fâche pas.
B. Quid ergo sic exclamas ?A quoi bon donc faire tant de bruit ?
C. Accuso tuam stultitiam.Je blâme ton imprudence.
B. Non licet igitur ludere ?Est-ce qu’il n’est pas permis de jouer ?
C. Immo licet, at cum tempus est.C’est permis, mais quand il est temps.
B. Vah ! tu nimium sapis.Ah ! Tu es trop sage.
C. Utinam tantum saperem satis ; sed mitte me quaeso, ut repetam quae mox reddenda erunt Praeceptori.Plût à Dieu que je le fusse seulement assez. Mais laisse-moi, je te prie, répéter ce qu’il faudra plus tard présenter au maître.
B. Aequum dicis ; volo ego quoque tecum repetere, si tibi placet.C’est bien dit (lit. Tu dis juste) . Je souhaite aussi répéter avec toi, si cela te convient.
C. Eho, quid hoc est ! quid sibi vult ista tam subita mutatio, nonne tu modo loquebaris de lusu ?Haha, qu’est-ce [donc] ! Que signifie un si prompt changement, n’est-ce pas toi qui parlais de jouer tout à l’heure ?
B. Loquebar quidem, sed non serio.Oui, j’en parlais, mais pas de manière sérieuse.
C. Cur simulabas ?Pourquoi faisais-tu semblant ?
B. Ut paucis tecum fabularer.Afin de causer un peu avec vous.
C. Quid illud prodest ?A quoi bon cela ?
B. Etiam rogas ? Nunquam audivisti ex Praeceptore ?Tu m’interroges encore ? Ne l’as-tu jamais entendu dire de la part du maître ?
C. Nunc mihi non occurrit ; quid, inquam, prodest confabulari ?Cela ne me vient pas à la mémoire pour l’instant. Mais à quoi bon causer, je te prie ?
B. Ad nos in Latina lingua exercendos.Afin de nous exercer en la langue latine.
C. Profecto recte putas, et ego te nunc magis amo.Tu as vraiment raison, et je t’aime donc de plus en plus.
B. Habeo tibi gratiam ; age, repetamus praelectionem, nam brevi Praeceptor aderit.Je t’en remercie. Allons, récitons notre leçon car le maître viendra bientôt.

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Sauvé, mari, père, historien et passionné de théologie.

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