Somme Théologique

Christ en tant que prêtre – Thomas d’Aquin

Dans les œuvres de Christ, il y a celles qu’il a en tant que prêtre. Alors que nous venons tout juste de voir ce que signifie « prier » quand il s’agit de Christ, il est logique de voir la suite : sa fonction de prêtre et intercesseur. Voici la Somme Théologie IIIe partie, Question 22

  1. Convient-il au Christ d’être prêtre ? Oui.
  2. Le Christ a-t-il été à la fois le prêtre et la victime ? Oui.
  3. Le sacerdoce du Christ a-t-il expié les péchés ? Oui.
  4. A-t-il pardonné seulement lui-même ou tous les autres hommes ? Tous les autres hommes.
  5. Ce sacerdoce est-il éternel ? Oui.
  6. Mérite-t-il d’être appelé « prêtre selon l’ordre de Mélchisédek » ? Oui.

Article 1 : Convient-t-il à Christ d’être prêtre ?

Il y a l’affirmation de l’épître aux Hébreux : « Nous avons un grand prêtre qui a pénétré dans les cieux : Jésus, le Fils de Dieu. »

Je ne saurais mieux dire que le docteur universel lui-même :

L’office propre du prêtre est d’être médiateur entre Dieu et le peuple en tant qu’il transmet au peuple les biens divins, d’où son nom de sacer-dos, c’est-à-dire sacra dans : « qui donne les choses saintes « ; selon Malachie (2, 7) : « C’est de sa bouche qu’on attend l’enseignement. »

De plus, le prêtre est médiateur en tant qu’il offre à Dieu les prières du peuple et satisfait à Dieu en quelque manière pour les péchés; de là cette parole (He 5, 1) : « Tout grand prêtre, pris d’entre les hommes, est établi en faveur des hommes dans ce qui a rapport à Dieu, afin d’offrir des oblations et des sacrifices pour les péchés. »

Or cela convient parfaitement au Christ. Par lui en effet, les dons de Dieu sont transmis aux hommes, selon S. Pierre (2 P 1, 4) : « Par lui nous avons été mis en possession de grandes et précieuses promesses, afin de devenir ainsi participants de la nature divine. » De même le Christ a réconcilié avec Dieu le genre humain, comme il est écrit aux Colossiens (1, 19) : « Il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute la Plénitude, et par lui de tout se réconcilier. »

Il convient donc souverainement au Christ d’être prêtre.

Article 2 : Le Christ a-t-il été à la fois prêtre et victime ?

Il y a cette parole de l’Apôtre (Ep 5, 2) : « Le Christ nous a aimés et s’est livré pour nous en oblation et en victime d’agréable odeur. »

Thomas d’Aquin part d’une citation très intéressante d’Augustin d’Hippone : « Augustin écrit : « Tout sacrifice visible est le sacrement ou signe sacré d’un sacrifice invisible. » Or le sacrifice invisible consiste pour l’homme à offrir son esprit à Dieu, selon le Psaume (51, 19) : « Le sacrifice à Dieu, c’est un esprit broyé. » C’est pourquoi tout ce qui est offert à Dieu en vue de porter l’esprit de l’homme vers Dieu, peut être appelé sacrifice. »

Rien qu’avec ces mots, vous avez de quoi relire le Lévitique. Mais restons en à notre question : L’homme a besoin d’un sacrifice pour :

  1. La rémission des péchés (Hébreux 5.1)
  2. Pour rester en union avec Dieu (le sacrifice de paix dans Lévitique 3)
  3. Pour que notre esprit soit complètement uni à Dieu, comme cela arrivera après la résurrection (cf l’holocauste de Lévitique 1).

Or, c’est grâce à la nature humaine de Christ que nous avons obtenu ces trois bienfaits.

  1. Le sacrifice de l’humanité de Jésus nous as acquis la rémission des péchés « Jésus, notre Seigneur, qui a été livré pour nos fautes et réveillé pour notre justification. » Romains 4.25
  2. Nous recevons la grâce qui nous fait rester en union avec Dieu. « Il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent l’auteur d’un salut éternel » Hébreux 5.9
  3. Nous obtenons la perfection de la gloire « Nous avons l’assurance d’un libre accès au sanctuaire par le sang de Jésus » Hébreux 10.19

Christ a donc été à la fois le prêtre et la victime immolée, méritant son titre de « Agneau de Dieu ».

Article 3 : Le sacerdoce du Christ a-t-il pour effet d’effacer les péchés ?

 l’Apôtre écrit (He 9, 14)  » Le sang du Christ qui, par l’Esprit Saint s’est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera nos consciences des oeuvres mortes pour servir le Dieu vivant. » Or les oeuvres mortes sont les péchés. C’est donc que le sacerdoce du Christ a la puissance de purifier les péchés.

Pour purifier les péchés, il faut :

  1. Supprimer « la tâche de la faute », c’est-à-dire, la résistance naturelle de l’homme à Dieu et sa détermination à haïr Dieu et son prochain. Elle disparaît par la grâce qui tourne l’homme vers Dieu.
  2. Supprimer « l’obligation à la peine », c’est-à-dire, le verdict qui nous condamne à la mort éternelle à cause de notre péché. Elle disparaît quand notre dette judiciaire est satisfaite.

Or, Christ a bien supprimé les deux aspects :

  1. Il nous donne de tourner nos cœurs vers Dieu. «  C’est gratuitement qu’ils sont justifiés par sa grâce, au moyen de la rédemption qui est en Jésus–Christ. C’est lui que Dieu s’est proposé de constituer en expiation, au moyen de la foi, par son sang, pour montrer sa justice » – Romains 3.24
  2. Il a satisfait à la Justice de Dieu. « Ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’était chargé » – Esaïe 53.4

Donc il a effacé nos péchés, en tant que prêtre.

Article 4 : Cet effet concerne-t-il le Christ, ou tous les autres hommes ?

Nous lisons dans les actes du concile d’Éphèse : « Si quelqu’un dit que le Christ a offert son oblation pour lui, et non pas seulement pour nous (car celui qui n’a pas péché n’a pas besoin de sacrifice), qu’il soit anathème. »

Thomas d’Aquin propose deux arguments pour renforcer cela :

  1. Un prêtre est un intermédiaire entre Dieu et les hommes, et il n’y a pas besoin d’intermédiaire pour l’intermédiaire. Or Christ est cet intermédiaire (Hébreux 7.25). DONC il ne reçoit pas l’effet de son expiation, mais la communique.
  2. Une source ne reçoit pas, mais communique directement son effet (par ex. Le soleil chauffe sans être chauffé). Or le Christ est la source du sacerdoce (Hébreux 10.1 ; 2 Corinthiens 2.10) Donc il ne reçoit pas l’effet de son expiation, mais la communique.

Article 5 : L’éternité du sacerdoce du Christ

Il est écrit dans le Psaume (110, 4)  » Tu es prêtre pour l’éternité. »

L’office du sacrifice comprend deux choses :

  • La réalisation (=oblation) du sacrifice. Ce que les réformés appellent : « l’unique sacrifice de Christ à la croix »  sous-entendu : « et non la multiple « réactualisation » du sacrifice entre les mains du prêtre ».
  • La consommation du sacrifice.

Si Thomas d’Aquin semble –dans cette question – confirmer que le sacrifice de Christ fut unique et non réactualisé (IIIa, Q22, a5, r3), il fait porter l’éternité du sacerdoce de Christ dans la consommation du sacrifice.

  • Par le passé, les sacrifices étaient faits en vue du Christ qui viendrait donner le Sacrifice parfait.
  • Maintenant et à jamais, nous bénéficions en permanence des effets du sacrifice de Christ qu’il a apporté à Dieu en entrant au Ciel.

Article 6 : Le Christ doit-il être appelé prêtre selon l’ordre de Mélchisédek ?

Il est écrit dans le Psaume (110, 4) : « Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech. »

L’ordre d’Aaron n’était qu’une ombre d’une prêtrise supérieure, comme le montre Hébreux 9.13. Or on voit dans la Bible un exemple de cette prêtre « supérieure » quand Mélchisédek vient bénir (et donc avoir une ascendance spirituelle sur) Abraham, qui est l’ancêtre de Lévi et Aaron !

Donc il est convenable de dire que Christ est prêtre selon l’ordre de Mélchisédek, parce que sa prêtrise est supérieure et antécédente à celle d’Aaron, comme l’était celle de Mélchisédek.

Mari, père, j'appartiens à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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