Que faudrait-il pour vous convaincre du pédobaptisme ?
18 mars 2020

Que faudrait-il pour vous convaincre de l’existence de Dieu ? C’est une question qui est souvent posée aux athées. Richard Dawkins, Talk Heathen, Keith Parsons, The Atheist Evidence, Hemant Mehta et d’autres encore, ont dû y répondre. C’est une question courte mais elle crée une réflexion intéressante chez l’interrogé : Quel est le dossier de preuves que vous voulez ? 

De la même manière, la question peut être posée aux baptistes au sujet  du baptême des enfants. Ainsi, chers amis baptistes, cette question vous est posée : “Que faudrait-il pour vous convaincre du pédobaptisme ?” 

Est-ce suffisant ?

Prenons du recul sur toutes les affirmations apportées de part et d’autre du débat et de voir si nos attentes sont raisonnables. Si un pédobaptiste vous présentait le dossier de preuves inébranlable, seriez-vous prêts à changer d’avis ?

Vous savez comme moi qu’un bon dossier de preuves ne convainc pas automatiquement. Un dossier solide ne suffit pas toujours. Et c’est Dawkins lui-même qui nous le montre. À la question « Que faudrait-il pour vous convaincre de l’existence de Dieu ? », le célèbre biologiste et éthologiste répond :

J’avais l’habitude de dire que ce ne serait pas difficile. Ce serait la seconde venue de Jésus ou une grande voix grave et profonde de Paul Robeson qui dirait : « Je suis Dieu et j’ai créé ». Mais je suis maintenant persuadé… que même s’il y avait cette voix retentissante dans les nuages de gloire lors de la seconde venue, l’explication la plus probable serait qu’il s’agit d’une hallucination, ou d’un tour de prestidigitation de David Copperfield, ou quelque chose comme ça… Une explication surnaturelle pour quoi que ce soit est incohérente. Cela ne peut pas être une explication pour quoi que ce soit.

L’interviewer poursuit alors en lui demandant : « Alors, qu’est-ce qui vous convaincrait ? » Dawkins répond alors :

Eh bien, je commence à penser que rien ne le ferait, ce qui, d’une certaine manière, va à l’encontre du but recherché, car j’ai toujours soutenu du bout des lèvres l’idée qu’un scientifique devrait changer d’avis lorsque des preuves sont disponibles.

Dawkins a le mérite d’être honnête. Ses présupposés matérialistes l’empêcheraient de confesser l’existence de Dieu même devant un dossier écrasant de preuves. Il continuerait de chercher une explication matérialiste à un phénomène surnaturel. De même, William Lane Craig avait souligné les présuppositions inébranlables de Keith Parsons :

Keith Parsons : Que se passerait-il si demain matin, juste après le petit déjeuner il y avait un tremblement de terre, une lumière dans le ciel, si les feuilles tombaient de arbres et si je me ruais dehors en voyant au-dessus de moi une silhouette géante semblable à cent monts Everest, avec des bruits de tonnerres et son visage de Michel-Ange en train de me dire : « Sache Parsons que j’existe réellement et que j’en ai marre de ta logique pourrie. » Docteur Craig, je vous rejoindrais le prochain dimanche avec vos amis dans l’Église.

William Lane Craig : Ne pensez-vous pas que vous auriez dit : « J’avais une hallucination. » ?

Notre bagage

Ces deux exemples et notre expérience montrent que d’autres facteurs ont aussi leur mot à dire dans l’examen des arguments adverses. Ces facteurs constituent ce que l’on peut appeler notre « bagage culturel et intellectuel ». Ce bagage est hérité de nos expérience familiales, religieuses, sociales et civiles. Nous héritons et nous entretenons ce bagage de par nos relations et nos réflexions. Personne n’échappe à sa présence permanente malgré le flux perpétuel d’informations. Il nous accompagne dans nos pensées et nos actes et reste fixe même si nous ne le remarquons pas. 

Je ne le dénonce pas, au contraire de notre société qui a tendance à le pointer du doigt en criant, quand ça lui est utile, « présupposés ! » ou « préjugés ! ». Elle a tort de ne pas reconnaître que notre bagage culturel et intellectuel peut être excellent et qu’il permet d’équiper comme il se doit notre intellect (et notre foi).  C’est notamment pour cela que nous défendons sur ce blog l’utilisation de catéchismes pour les enfants et le respect d’une confession de foi détaillée.

Je ne le dénonce pas mais je fais remarquer sa présence. Sa présence doit déranger quand il rend la réflexion imperméable à la vérité.  Nous ne pouvons pas nous en débarrasser, mais nous pouvons en avoir conscience.

En fait, il s’exprime lorsque nous estimons que notre réflexion ne doit pas aller bien loin. Dans ces cas-là, ce bagage apporte une solution toute faite. « Bien sûr que le baptême doit être un choix volontaire ! » Mais c’est une fois que notre interlocuteur, parvient à attirer notre attention, que notre réflexion va regarder plus loin. Nous voudrons aller plus loin que nos préjugés – qui, je le rappelle, peuvent être très bons – et réfléchir à la question. « En fait, le baptême n’est peut-être pas nécessairement un choix volontaire… » 

C’est là qu’intervient  une articulation semblable à celle entre la systématique et l’exégèse. D’un côté les arguments adverses peuvent parvenir à renverser ce bagage culturel et intellectuel. Ils peuvent y parvenir totalement ou en partie, pour le meilleur ou pour le pire. À l’inverse, ces arguments peuvent se heurter à un mur. 

L’ordinaire

Veillons aussi à nos propres arguments. En effet, il est possible que notre bagage surestime les arguments que nous avons emmagasinés pour soutenir telle ou telle position. Nous exagérons alors la puissance de nos arguments et notre dossier nous apparaît inébranlable. À l’inverse, nos arguments peuvent surestimer la solidité de notre bagage. Nous exagérons alors la puissance de notre bagage et il les arguments adverses s’y heurteront plus facilement. Mais, dans les deux cas, ce n’est peut-être que de la gonflette. 

Notre bagage culturel, intellectuel montre à notre intellect ce qu’est l’ordinaire. C’était ordinaire pour moi de ne pas soupçonner la présence d’enfants dans les baptêmes de maison. Ça m’était assez naturel lorsque je lisais Actes. Ça ne l’est plus. Une fois encore, l’ordinaire que le bagage montre peut être bon et constituer un rempart nécessaire à l’erreur. Mais ce n’est pas forcément le cas et il faut veiller à l’alliance qu’il va constituer avec nos arguments. 

Or, c’est parce que notre position nous semble ordinaire que nous considérons la position adverse comme extra-ordinaire. Et c’est parce que la position adverse est extraordinaire que notre intellect réclame des preuves extraordinaires. Notre raison proclame haut et fort à notre adversaire : « Une affirmation extraordinaire demande des preuves extraordinaires ! » 

L’ordinaire biblique

Il est alors possible que nous demandions à tort des preuves extraordinaires à notre adversaire. Ce n’est peut-être pas à lui de fournir un dossier de preuves bien plus solide que ce que nous sommes en mesure de lui présenter. C’est peut-être à nous de reconsidérer notre ordinaire, de voir s’il l’est vraiment. En faisant cela, il est possible que nous réalisions que notre ordinaire est en fait extraordinaire. 

Si alors nous tenons à garder notre position, c’est à nous de nous démener pour réunir des preuves extraordinaires à présenter à notre adversaire et à notre intellect. Si nous y parvenons, il semble raisonnable de conserver notre position et de rejeter celle de notre adversaire. Notre défense sera plus ardue que celle de notre adversaire mais elle doit être faite. Si nous n’y parvenons pas, il semble raisonnable d’abandonner notre position pour adopter celle de notre adversaire. 

Et là, certains se disent sûrement “ Tu es bien gentil mon petit Jeanmi mais je suis prêt à changer de position si tu me montres un seul verset où la Bible nous dit de baptiser les enfants. Je ne demande pas une preuve extraordinaire, un seul verset suffira”. Cette demande semble légitime, puisque nous désirons fonder notre doctrine sur des passages bibliques clairs. Nous ne voulons pas nous tromper. Cependant, vous le savez, nos doctrines ne se construisent pas nécessairement sur un verset explicite. Nous devons considérer l’ensemble de la Révélation spéciale et de son évolution afin de statuer sur une doctrine. Les exemples donnés habituellement sont la Trinité et la prise de la Cène par les femmes. Il y en a d’autres mais ces deux -là suffisent à montrer aux derniers réticents qu’ils peuvent facilement accepter l’absence d’un verset explicite pour construire un point doctrinal. 

Prenons alors du recul, cherchons à considérer l’ensemble de la Révélation. En faisant cela, nous en ferons ressortir son ordinaire. Nous pourrons alors le comparer au nôtre et voir ce qu’il est raisonnable de faire.

Remarquons d’abord que les alliances de l’Ancien Testament incluaient systématiquement les enfants. Dieu faisait alliance avec la tête de la postérité et la postérité elle-même. Et cette inclusion systématique n’est pas seulement biblique, elle est créationnelle. Joseph Minich affirmait ainsi :

Le principe généalogique n’est pas enraciné en Abraham, mais dans la création. Dieu a appelé Adam et sa postérité au travail dans la création. Toute la famille d’Adam fait un sacrifice à Dieu. Dieu a sauvé Noé et ses enfants du déluge. Dieu appela Abraham et tout ce qui appartenait à Abraham à sortir d’Ur. Et les promesses de la nouvelle alliance continuent d’être pour nous et nos enfants (Actes 2:39). Dans l’histoire des actes rédempteurs de Dieu, Dieu s’est toujours lié à son peuple en respectant les structures qu’il avait créé. Pourquoi ? Parce que Dieu sauve la création ! Quand Dieu appelle un homme à une tâche ou donne une identité à un homme, Il appelle en même temps la famille de cet homme à cette tâche. Quand IL fait des promesses, les promesses appartiennent à tout ce qui est à cette personne. Et les choses sont ainsi car Dieu est en relation avec la création exactement comme IL l’a faite.

Nous pouvons ensuite considérer le contexte néotestamentaire. Ce dernier est fait de juifs mais aussi de païens, les romains et les grecs. Demandons-nous comment ces cultures considéraient les enfants, si elles les incluaient dans le culte religieux. Maxime a montré, à partir d’un article de Steven A. Nicoletti, que les enfants participaient à la vie religieuse de leurs parents après avoir passé des rites. 

Voilà donc le contexte, l’ordinaire depuis lequel a émergé le Nouveau Testament : l’inclusion des enfants dans l’alliance. Pour qu’il en soit autrement dans celle nouvelle alliance, il faudrait une déclaration forte de l’arrêt de cet ordinaire. Il faudrait une déclaration extraordinaire. C’est généralement là que vous, baptistes, nous rappelez Jérémie 31. Vous nous rappelez les propos forts de ce passage qui montrent que la nouvelle alliance ne sera plus constituée que de régénérés. Or, Pierre-Sovann Chauny nous a montré que ce n’était pas le cas. Joseph Minich aussi :

Le passage, en lui-même, ne dit rien sur un quelconque changement dans la structure de la communauté de l’alliance. Il mentionne les « pères », les « frères » et les « prochains » (Jr 31,31-34). Un saint de l’Ancien Testament, tourné vers l’avenir, aurait anticipé une communauté qui ressemblait un peu à la sienne (c’est-à-dire une vraie communauté humaine) mais qui était entièrement rachetée. Le fait que nous n’en fassions pas encore l’expérience suggère une seule chose : cela ne s’est pas encore produit. L’absence de « caractère mixte » est un aspect du ciel que nous attendons avec impatience. Même l’utilisation de Jérémie 31 dans Hébreux 8 et 10 est une utilisation qui souligne la finalité du pardon et la présence de l’Esprit eschatologique. L’auteur des Hébreux ne souligne tout simplement pas la fin d’une communauté à « caractère mixte » dans la nouvelle alliance. En effet, Hébreux 3, 6 et 10 (sans parler de 1 Corinthiens 10 et des lettres aux Eglises dans Apoc. 1-3) parlent à l’Eglise d’une manière très « mixte » – précisément parce que la nouvelle communauté d’alliance n’est pas complètement purifiée

Jérémie 31 n’est ainsi pas une preuve extraordinaire. La fin de l’ordinaire n’émerge pas avec la nouvelle alliance. Et c’est notamment le livre des Actes qui confirme sa permanence. Les baptêmes de maison y représentent une part importante des baptêmes pratiqués par les apôtres et leurs disciples. De plus, la signification du mot “oikos”, traduit par “maison” a quelque chose à nous dire. Joachim Jeremias en a fait une belle étude qu’il conclut ainsi :

Dans les passages du Nouveau Testament concernant le salut, la conversion ou le baptême d’une maison, les enfants de tout âge doivent être inclus, tout d’abord parce que le mot « maison » peut être remplacé par « et tous les siens » ou « et avec toute sa famille » ; ensuite parce que dans plusieurs passages on trouve la formule habituelle « lui et (toute) sa maison », qui dans l’usage de l’Ancien Testament inclut en effet les enfants, et les a même particulièrement en vue.

Conclusion

Chers amis baptistes, j’ai débuté cette réflexion en vous posant cette question : « Que faudrait-il pour vous convaincre du pédobaptisme ? » Je vous y ai invité car je crois qu’en réunissant ces arguments potentiellement fatals, vous vous demanderez naturellement pourquoi vous désirez ces preuves-là. Et si vous prolongez le raisonnement, vous réaliserez comment votre bagage culturel et intellectuel, allié à vos arguments peut former une belle union. Vous réaliserez aussi comment cette alliance peut amener à de mauvaises positions sur certains sujets. L’ordinaire qu’elle crée n’est pas nécessairement le vrai ordinaire. 

Ainsi et enfin, chers amis baptistes ce n’est pas à nous de vous présenter des preuves extraordinaires. Tout simplement parce que notre ordinaire est celui de la Bible. C’est à vous de venir avec de l’extraordinaire pour renverser notre position. Et c’est à vous de commencer, la nécessité de la preuve incombe à celui qui affirme quelque chose d’extraordinaire, d’inédit.   

Jean-Mikhaël Bargy

Ingénieur de formation, pèlerin de la vérité et mari d’une graphiste exceptionnelle. Court après une connaissance toujours plus grande de son Sauveur et de la réalité dans laquelle il l'a placé.

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