Enseigne-nous à bien compter le nombre de nos jours (Psaume 90)
22 juillet 2020

Le temps passe si vite ! Ce temps qui passe est le sujet central du psaume 90 où nous trouvons une forte insistance sur le caractère transitoire de la vie humaine. C’est vrai, soixante-dix ou quatre-vingts ans d’existence terrestre, ça peut paraître beaucoup aux yeux d’un enfant. Mais lorsqu’on y réfléchit, c’est si court ! Le temps passe si vite !

Comment vivre nos vies à la lumière du temps qui file ainsi ? Devons-nous dire : « mangeons et buvons, cueillons le jour et prenons du plaisir, car demain nous mourrons » ? Surtout pas ! Ce n’est en tout cas pas la conclusion à laquelle veut nous conduire l’auteur de cette prière. Moïse, « l’homme de Dieu », dans le seul psaume qui lui est attribué (v. 1), nous enjoint à prendre conscience de la fragilité de la vie humaine, du temps qui passe et de la mort qui vient. Cette méditation de Moïse sur la vie et la mort nous est proposée sous la forme d’une prière au Seigneur de l’alliance — un Seigneur qui a été le refuge, le « chez soi » d’un peuple de voyageurs et d’étrangers sur la terre.

Que demandons-nous donc au Seigneur Dieu lorsque nous nous approchons de lui avec la prière de Moïse à la bouche ? Trois choses principalement : (i) la sagesse divine qu’il nous faut pour vivre à la lumière de l’éternité (v. 2-12) ; (ii) la miséricorde divine qu’il nous faut pour vivre réjouis (v. 13-15) ; et (iii) la bénédiction divine sur l’œuvre de nos mains (v. 16-17). Nous commençons immédiatement avec la première requête :

I. Accorde-nous, Seigneur, la sagesse qu’il nous faut pour vivre à la lumière de l’éternité (v. 1-12)

Cette première demande est formulée tardivement, au v. 12 : « Enseigne-nous à bien compter nos jours, que nous conduisions notre cœur avec sagesse. » Il ne faut toutefois pas s’y tromper : tout ce qui précède — les onze premiers versets — servent à préparer cette première demande, même si le cheminement de la pensée de Moïse peut nous paraître au premier abord un peu long. Nous allons essayer de le décortiquer ensemble.

Le point de départ de la réflexion — et de la prière — se situe dans la fidélité de Dieu. Au v. 1, vous lisez ceci : « Seigneur, toi, tu as été pour nous un refuge, de génération en génération. » Le mot traduit ici par « refuge » signifie littéralement « demeure » : tu as été pour nous une demeure, autrement dit le lieu où nous résidons, notre « chez nous ». Le peuple dont Moïse avait la charge était un peuple de voyageurs et d’étrangers sur la terre : depuis l’époque d’Abraham (soit plus de quatre siècles) le peuple issu d’Abraham n’avait pas eu de « chez soi » physique. Ce peuple, néanmoins, de génération en génération, avait bien eu un refuge, une demeure, un « chez soi » : le Dieu de l’alliance conclue avec Abraham, Isaac et Jacob.

Moïse remonte cependant bien plus haut dans le temps. Il ne se contente pas de réfléchir à la fidélité de Dieu telle qu’elle est démontrée en Gn 12 à 50 (qui rapporte l’histoire d’Abraham, d’Isaac et de Jacob) mais il revient bien plus tôt encore à la création du monde, et même avant la création du monde : « 2Avant que les montagnes soient nées, et que tu aies donné le jour à la terre et au monde, depuis toujours et pour toujours tu es Dieu. » Moïse remonte ainsi à Genèse 1:1 : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. » Avant que les montagnes naissent, Dieu était là ! C’est ce Dieu-là, qui est là depuis toujours, qui est la demeure et le refuge de ce peuple dans toutes les générations. Quel privilège et quel honneur !

En remontant ainsi aux origines (Genèse 1-2), Moïse se rappelle alors ce qui vient juste après le récit de la création (Genèse 3). Le Seigneur a certes donné naissance au monde, et créé la vie humaine, mais il est aussi celui qui y met un terme. Faisant allusion à la malédiction de Gn 3:19 (« C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre, puisque c’est d’elle que tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras à la poussière »), Moïse s’exclame : « 3Tu fais retourner l’homme à la poussière, et tu dis : Êtres humains, retournez ! » Et c’est pourquoi le temps passe si vite ! Notre existence est tendue vers sa fin. Nous allons mourir !

Les versets suivants insistent sur la brièveté de la vie humaine : « 4Car mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d’hier quand il passe et comme une veille de la nuit. 5Tu les emportes ; ils sont comme un instant de sommeil, qui, au matin, passe comme l’herbe : 6elle fleurit au matin et elle passe, on la coupe le soir, et elle se dessèche. » Moïse, en constatant le caractère éphémère de la vie humaine, dénonce toutefois la mort humaine comme une chose profondément anormale. Les versets suivants lient en effet sans aucune équivoque la mort humaine à la colère divine :

7Nous défaillons à cause de ta colère, ta fureur nous épouvante. 8Tu mets devant toi nos fautes et à la lumière de ta face ce que nous dissimulons. 9Car tous nos jours déclinent à cause de ton courroux ; nous achevons nos années comme un murmure. 10La durée de nos jours s’élève à soixante-dix ans ; — pour les plus vigoureux, à quatre-vingts ans — et leur agitation n’est qu’oppression et mal, car cela passe vite, et nous nous envolons. 11Qui connaît la force de ta colère et le courroux qui te fait craindre ?

Est sous-entendue ici une faute de l’homme — la faute d’abord commise par Adam dans le jardin qui fait peser sur le genre humain le poids de la colère de Dieu. La mort humaine n’est donc pas naturelle. C’est un accident tragique qui ne faisait pas partie du destin initial de l’humanité. Et c’est pourquoi la mort est si choquante et si douloureuse pour nous tous : nous savons tous au fond de nous que ce n’est pas ainsi que cela devrait être. Il en est cependant bel et bien ainsi : nous avons péché, nous nous sommes séparés de Dieu, nous vivons sans lui. La conséquence en est que nous nous attirons sa colère, que nos jours raccourcissent, que la mort nous attend à cause de notre rébellion contre Dieu.

Au terme de ce cheminement, qui part de la fidélité alliancielle de Dieu pour remonter à la création du monde et finalement en venir à la mort qui nous atteint tous du fait de la colère de Dieu qui pèse sur nous par notre propre faute, Moïse formule alors enfin sa première demande : « 12Enseigne-nous à bien compter nos jours, que nous conduisions notre cœur avec sagesse. »

Moïse demande donc la sagesse. Qu’est-ce que la sagesse ? Au moment où Moïse écrit cette prière, le terme n’est pas encore défini bibliquement. Ce n’est que plus tard que les livres bibliques de sagesse – comme celui des Proverbes, de Job ou de l’Ecclésiaste – seront écrits. Ce n’est que plus tard qu’il sera donc énoncé que « le commencement de la sagesse, c’est de révérer le Seigneur » de l’alliance. Le fond de l’idée de sagesse est toutefois bien connu, même avant que les auteurs bibliques en donnent une définition : la sagesse, c’est vivre la vie avec la bonne perspective et en faisant les bons choix. Pour Moïse, demander à Dieu qu’il nous enseigne la sagesse est équivalent à lui demander de nous apprendre à compter nos jours. Être sage, c’est donc apprendre à faire de notre vie terrestre une méditation sur l’immortalité, parce que la vie est éphémère…

Est-ce ainsi que nous vivons ? Vivons-nous avec cette pensée de la brièveté de notre vie ? Pas toujours ! Est-ce ce que nous demandons à Dieu dans nos prières qu’il nous l’enseigne ? Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je ne le dis presque jamais, sauf en lisant ou en chantant ce psaume… Cependant, si cette prière a été consignée dans les Écritures saintes, c’est pour qu’elle nous soit encore utile aujourd’hui. Il nous faut apprendre à méditer sur la brièveté de la vie pour vivre tous les jours de notre vie devant Dieu, à la lumière de l’éternité, en lui demandant pardon pour nos fautes, en lui disant merci pour ses bienfaits, en lui faisant connaître tous nos besoins par des prières et des supplications. Bien compter nos jours et entraîner notre cœur par la sagesse commence par avoir une humble vie de prière devant Dieu. Est-ce ainsi que nous vivons ? Pas toujours, malheureusement ! Nous pouvons toutefois demander cela aussi à notre Père céleste : lui demander de transformer nos cœurs pour faire de nous des hommes et des femmes qui prient. Un autre élément peut nous y aider : non seulement que l’existence humaine est éphémère, mais encore qu’elle ait remplie d’affliction : « l’agitation de nos jours n’est qu’oppression et mal, car cela passe vite, et nous nous envolons. » (v. 10) Le verset 15 parle même des nombreux jours où Dieu nous a affligés ! Il ne faut pas chercher à nier les souffrances dont nos vies sont remplies — même si cela va contre les dogmes de la pensée positive ! Accepter de voir l’existence humaine également comme difficile, pénible et remplie de tourments à cause de l’irruption du péché qui fait peser sur le genre humain la colère de Dieu, c’est aussi cela la sagesse !

Heureusement, le psaume ne s’arrête pas à cette première demande de sagesse qui, à cause de la dureté de la vie humaine, pourrait nous conduire au désespoir… Puisque la personne sage est celle qui sait que le monde ne tourne pas rond parce que l’humanité a péché contre Dieu et qui sait que nos afflictions sont la conséquence du poids de la colère de Dieu qui pèse sur nous, alors elle sait aussi que le remède à nos afflictions ne peut être trouvé qu’en Dieu lui-même. Il faut que Dieu nous revienne, qu’il nous redevienne favorable, comme au temps où l’homme et la femme vivaient en communion avec lui dans le jardin. C’est pourquoi Moïse formule alors une deuxième requête :

II. Accorde-nous, Seigneur, ta miséricorde pour que nous vivions réjouis (v. 13-15)

« 13Reviens, SEIGNEUR ! Jusqu’à quand… ? Aie pitié de nous, tes serviteurs ! » Le verbe hébreu employé dans ce verset est le même que celui qui est employé au verset 3. Dieu dit donc d’abord à l’homme : « reviens dans la poussière » (v. 3). Moïse, et nous avec lui, plaidons alors avec hardiesse : « Reviens, Seigneur ! »

Moïse est un habitué des faits… Rappelez-vous : dans l’épisode du veau d’or, lorsque le peuple s’est vautré dans l’idolâtrie pendant que Moïse était sur la montagne avec Dieu, voici ce que nous lisons en Exode 32:11-13 : 

11Moïse chercha à apaiser le SEIGNEUR, son Dieu ; il dit : SEIGNEUR, pourquoi te mettre en colère contre ton peuple, alors que tu l’as fait sortir d’Égypte par une grande puissance, par une main forte ? 12Pourquoi les Égyptiens diraient-ils : « C’est pour leur malheur qu’il les a fait sortir : c’est pour les tuer dans les montagnes et pour les exterminer, pour les faire disparaître de la terre ! » Reviens de ta colère ardente, renonce au mal que tu voulais faire à ton peuple !

Moïse emploie là encore ce même verbe, traduit par retourner (v. 3) et revenir (v. 13) dans notre psaume. Quelle audace ! Moïse demande à Dieu de revenir de sa colère ! Qui est-il pour oser dire cela ? Qui peut apaiser la colère du Dieu infiniment juste ?

Voyez alors comment Moïse continue en Exode 32:13 : « 13Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs, auxquels tu as dit, en faisant un serment par toi-même : ‘Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel, je donnerai à votre descendance tout ce pays dont j’ai parlé, et ce sera son patrimoine pour toujours.’ » Autrement dit, Moïse dit en Exode 32:13 à Dieu ce qu’il déclare aussi au psaume 90 : Seigneur, tu as toujours été notre demeure, de génération en génération, continue donc à l’être !

Et cette plaidoirie a fonctionné : « 14Alors le SEIGNEUR renonça au mal qu’il avait parlé de faire à son peuple. » (Ex 32:14)

Moïse, dans le psaume 90, demande donc non seulement la sagesse qui vient de Dieu, mais aussi la miséricorde qui vient de Dieu. Certes, le péché nous sépare de Dieu et nous attire son juste jugement ! Et c’est pourquoi il faut demander : « Seigneur, reviens vers nous et aie pitié de nous, que nous fassions à nouveau partie de ta vie, et que nous nous réjouissions de toi, parce que tu es celui qui nous sauve ». Ou encore : « 14Rassasie-nous dès le matin de ta fidélité, nous crierons de joie durant tous nos jours. 15Réjouis-nous autant de jours que tu nous as affligés, autant d’années que nous avons vu le malheur. » Ce que demande ici Moïse, c’est la prolongation de notre vie. Certes, nous ne méritons pas de vivre, car nous sommes pécheurs, et nos péchés nous attirent la colère de Dieu, et sa colère raccourcit nos jours ; mais si le Seigneur revient vers nous, nous fait miséricorde, nous redevient favorable, alors tout ira mieux — et nous vivrons longtemps. Et d’ailleurs, Moïse a, à titre personnel, été exaucé : il a largement dépassé l’âge des quatre-vingts ans dont il est question dans le psaume, puisque nous lisons en Deutéronome 32:7 que « Moïse avait cent vingt ans lorsqu’il mourut » et que « son œil ne s’était pas affaibli, et sa vigueur n’avait pas disparu. »

Cette demande de miséricorde divine débouche sur une ultime requête :

III. Accorde-nous, Seigneur, ta bénédiction sur l’œuvre de nos mains (v. 16-17)

« 16Que ton action nous apparaisse, à nous, tes serviteurs, et ta magnificence sur nos fils ! 17Que la beauté du Seigneur, notre Dieu, soit sur nous ! Affermis pour nous l’œuvre de nos mains, oui, affermis l’œuvre de nos mains ! » Si Dieu daigne revenir vers nous, s’il se déclare pour nous malgré toutes nos fautes, qui sera contre nous ? Personne bien sûr. Cette prière pourrait servir d’introduction à toutes nos journées : « 16Que ton action nous apparaisse, à nous, tes serviteurs, et ta magnificence sur nos fils ! » Là encore, est-ce ainsi que nous prions ? Est-ce que nous demandons à voir le Seigneur dans notre vie ? Est-ce que nous demandons que nos enfants voient la magnificence, la beauté, la main du Seigneur dans leur vie ? C’est assurément ce que nous devrions apprendre à faire, le psaume 90 bien en main.

Alors, comment conclure ? En notant que Moïse nous offre ici un très beau modèle de prière pour demander à Dieu sagesse divine, miséricorde divine et bénédiction divine — alors même qu’il n’était qu’un serviteur selon ce qu’en dit Hébreux 3:5 : « Pour ce qui est de Moïse, il a été digne de confiance dans toute sa maison comme serviteur, pour rendre témoignage à ce qui allait être dit. » Dans notre psaume, au v. 16 que nous venons de lire, Moïse se qualifie d’ailleurs très exactement ainsi : « 16Que ton action nous apparaisse, à nous, tes serviteurs. »

Il y a néanmoins quelqu’un de plus grand que Moïse selon ce qu’énonce Hébreux 3:6 : « Mais le Christ est digne de confiance comme Fils, sur sa maison. Or sa maison, c’est nous, si nous conservons l’assurance et l’espérance dont nous sommes fiers. »

Moïse a donc intercédé en tant que serviteur pour que Dieu ne détruise pas son peuple au jour de l’idolâtrie. Ce serviteur de Dieu a plaidé avec lui pour qu’il revienne de sa colère. De même Jésus, lui aussi, plaide pour nous auprès du Père, tous les jours de notre vie, afin que nous ayons un plein accès au trône de la grâce. Mais lui le fait en tant que Fils, et il plaide sur le fondement de son sacrifice offert pour nous une fois pour toute. Moïse est l’image et l’ombre de celui qui devait venir — celui qui devait vivre la vie que nous devrions tous vivre, souffrir la mort dont nous devrions tous souffrir, et vaincre la mort par sa résurrection afin, comme le dit Hébreux 2:14-15 de « réduire à rien, par sa mort, celui qui détenait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et délivrer tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient retenus dans l’esclavage toute leur vie. »

Alors, oui ! La sagesse consiste toujours à savoir que la vie est trop brève et que la mort de l’homme trouve son origine dans son péché. Notre espérance va toutefois bien plus loin que celle qui était accessible au peuple de Dieu au temps de Moïse. Nous n’avons plus à demander que Dieu nous accorde une vie longue et prospère (même si nous pouvons le faire, bien sûr, sans certitude d’être exaucé automatiquement toutefois), mais notre espérance réside dans le fait que la vie éternelle nous est donnée, car la vie éternelle, c’est de connaître Dieu le Père, et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ, par la foi que suscite en nous son Saint-Esprit.

Et voici la plus grande sagesse, celle de Dieu lui-même, qui surpasse le fait de seulement savoir que la vie est brève, et que nous devrions vivre notre vie devant Dieu :

Dieu a choisi ce qui est vil dans le monde, ce qu’on méprise, ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est, de sorte que personne ne puisse faire le fier devant Dieu. Or c’est grâce à lui que vous êtes en Jésus-Christ, qui a été fait pour nous sagesse venant de Dieu — mais aussi justice, consécration et rédemption, afin, comme il est écrit, que le fier mette sa fierté dans le Seigneur. C’est cela la sagesse aujourd’hui pour nous : c’est nous jeter dans les bras de Jésus-Christ, nous confier en lui parce qu’il est notre justice, notre sanctification, notre salut, notre sagesse.

1 Co 1:28-31

Et c’est ainsi que demander avec Moise à bien compter nos jours pour entraîner notre cœur à la sagesse reviens finalement à demander à Dieu que le sujet de notre méditation sur l’immortalité soit notre Seigneur Jésus-Christ lui-même puisque « c’est grâce à lui que vous êtes en Jésus-Christ, qui a été fait pour nous sagesse venant de Dieu. »

Ainsi confiants dans le Seigneur et reconnaissants à son égard, nous pouvons désormais nous attacher à accomplir les bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour nous afin que nous les pratiquions, en lui apportant à notre tour cette requête : « Affermis pour nous l’œuvre de nos mains, oui, affermis l’œuvre de nos mains ! »

Pierre-Sovann Chauny

Pierre-Sovann est professeur de théologie systématique à la Faculté Jean Calvin, à Aix-en-Provence. Il s'intéresse particulièrement à la doctrine des alliances, à l'interprétation des textes eschatologiques, à la scolastique réformée, aux prolégomènes théologiques et aux bons vins. Il est l'heureux époux d'une femme extraordinaire et père de deux enfants formidables.

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Le dévoilement de cette institution de grâce commune qu’est la cité devait trouver son expression la plus accomplie (pour autant que le livre de la Genèse en retrace l’histoire) dans la révélation divine accordée à Noé, au moment où l’humanité allait prendre un nouveau départ après le jugement du vieux monde par le Déluge. La mise en place de cette institution prit alors la forme d’une alliance, dans laquelle la cité était l’objet à la fois d’un commandement de Dieu et de sa bénédiction (Gn 8 :21-9:7). Dieu avait toutefois déjà, dans sa grâce commune, institué la cité dans l’ancien monde, bien avant le Déluge. En effet, certaines des composantes nécessaires à l’élaboration de cette cité de grâce commune avaient été énoncées dès la Chute. Car, comme nous l’avons vu, la parole de la malédiction de Dieu adressée à l’ensemble de l’humanité lors du jugement en Eden (Gn 3 :16 ss.) comportait implicitement l’indication que l’institution du mariage et la tâche d’assujettir la terre devaient se perpétuer. Et, peu après, la structure de l’autorité judiciaire de la cité allait être établie dans une communication divine digne d’attention, donnée à celui-là même qui allait devenir le fondateur de la cité des hommes. Genèse 4:15 rapporte en effet la réaction divine à la plainte que Caïn lui a adressée. Cette déclaration divine constitue l’origine, par oracle divin, de l’institution de la cité, c’est-à-dire de l’État.

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