Commentaires sur : Comment résoudre les divisions politiques dans nos Églises évangéliques ? https://parlafoi.fr/2023/04/26/comment-resoudre-les-divisions-politiques-dans-nos-eglises-evangeliques/ Blog de théologie réformée Thu, 22 Jun 2023 15:59:21 +0000 hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.5 Par : Du nationalisme chrétien – Par la foi https://parlafoi.fr/2023/04/26/comment-resoudre-les-divisions-politiques-dans-nos-eglises-evangeliques/#comment-15968 Thu, 22 Jun 2023 15:59:21 +0000 https://parlafoi.fr/?p=35422#comment-15968 […] s’est développée vers davantage de laïcité, quitte à se rapprocher d’une approche anabaptiste de […]

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Par : Charles NICOLAS https://parlafoi.fr/2023/04/26/comment-resoudre-les-divisions-politiques-dans-nos-eglises-evangeliques/#comment-15833 Sat, 29 Apr 2023 15:50:00 +0000 https://parlafoi.fr/?p=35422#comment-15833 Merci à Etienne Omnès d’aborder cette question.

Après plus de 40 ans de ministère pastoral, notamment au sein des Eglises réformées évangéliques, c’est un des constats qui s’impose à moi (depuis longtemps) : la majorité des clivages entre chrétiens, entre pasteurs, entre églises et pasteurs, est liée aux accointances ‘politiques’, on devrait dire idéologiques, de manière d’autant plus pernicieuse que cela n’est jamais dévoilé.

“On ne fait pas de politique”, autrement dit : Laissez-moi penser ce que je veux en termes de présupposés, quand bien-même ceux-ci colorent tout ce que je vois, tout ce que j’entends, tout ce que je pense. La lecture de la Bible, la prédication, vont glisser sur un fondement antérieur, intouchable, celui de mes présupposés. [J’ai écrit un article sur ce sujet sur le site d’Evangile 21 : Nous portons tous des lunettes. evangile21.thegospelcoalition.org/article/nous-portons-tous-des-lunettes/]

Force est de constater que ces présupposés sont, dans la majorité des cas, de gauche ou de droite. Comment cela se fait-il ? C’est en partie mystérieux. C’est le fruit de nos héritages, parfois de nos lectures ou de nos expériences. Ce qui est singulier, c’est que cela vient s’inscrire au plus profond, en amont de tout le reste, comme une forme de foi. A de rares exceptions près, c’est indéboulonnable. Et cela est au préjudice du rayonnement de l’Evangile et de l’édification de l’Eglise.

Je dirais que la pensée de gauche est plus dangereuse car elle ressemble davantage à l’Evangile. Elle y ressemble, mais elle en diffère aussi radicalement. Elle tend à se substituer, c’est là le subterfuge. Ce péril serait limité si la théologie tenait la place qu’elle doit prendre, c’est-à-dire si les grandes doctrines scripturaires nous tenaient lieu de présupposés et orientaient notre compréhension du monde et de la vie. C’est trop rarement le cas. La place est prise par la philosophie. L’homme d’abord. Même quand cela est corrigé par des affirmations bibliques, ce n’est que partiellement corrigé. Pas fondamentalement.

A partir de là tout est coloré autrement. Un exemple : Suite à l’attentat contre 3 Kurdes le 24 décembre à Paris, la Fédération protestante de France (FPF) a diffusé un communiqué qui commence ainsi : Les Protestants sont en communion fraternelle avec la communauté kurde et avec tous les étrangers, etc. Je me suis pincé et j’ai pris la plume pour m’adresser au président de la Coordination évangélique au sein de la FPF, Vincent Miéville. Sa réponse : Il faut l’entendre, évidemment, sous l’angle de la fraternité humaine et non de la fraternité chrétienne (…). Est-ce que c’est grave que (cette) formule soit utilisée ici ? Je ne pense pas, parce qu’on comprend bien quand même le sens derrière la formule. 

M’étais-je alarmé pour rien ? Jusqu’à présent, je considère que si nous sommes en communion fraternelle avec les Kurdes et tous les autres, il n’y a plus besoin de l’Evangile. Celui-ci n’est qu’une manière – certes remarquable mais un peu datée – de dire les choses.

Pour revenir à l’article d’Etienne O., la compréhension de la vocation du magistrat et de la double citoyenneté du chrétien sont révélateurs, en effet. Cependant, il ne me semble pas que ce soit le point de départ ou le point central. On pourrait parler aussi de l’égalité-complémentarité entre l’homme et la femme, de l’éducation des enfants, etc. qui affectent le quotidien, dans les maisons puis logiquement dans les Eglises et partout ailleurs.

A mes yeux, le hiatus, le clivage, la bifurcation, se situent ailleurs, plus en amont, dans le refus de la corruption totale qui met par terre toute prétention, toute revendication, toute autonomie de l’homme. Cela qui est insupportable aujourd’hui. Dans le triptyque Création – Chute – Rédemption, les conséquences de la Chute sont généralement amoindries. C’est pour cela, je présume, que les 5 points du Synode de Dordrecht ne sont jamais évoqués dans les Eglises réformées (y compris réformées évangéliques) en grande partie imprégnées par la pensée gauchiste. Et surtout pas l’affirmation de la corruption totale qui passe pour insultante, d’un autre âge. Dès lors, tout est gauchi.

Concernant le magistrat et les deux gouvernements (celui de l’Eglise et celui de l’Etat), je dois dire que je ne me reconnais ni dans la compréhension ‘anabaptiste’ ni dans la compréhension ‘réformée’ présentées ici. Ou plutôt je considère qu’elles ne sont pas antagonistes : les deux soulignent une part de la vérité, les deux ont leur faiblesse et présentent un risque si elles ne sont pas corrigées. Nous n’avons pas à choisir, mais à rappeler tantôt que Dieu est souverain sur toutes choses, y compris sur les magistrats et les gouvernements qui reçoivent de lui leur légitimité, et que rien ne devrait être regardé comme étant indépendant de Dieu et de sa grâce ; tantôt que la grâce générale et la grâce de rédemption, tout en ayant une origine commune, ne devraient en aucun cas être confondues, chacune ayant sa finalité propre, qui n’est pas du même ordre. Confondre les deux, c’est le choix du régime de chrétienté ou du césaropapisme : les fondements bibliques manquent…

La doctrine de la Chute et le rapport entre la grâce générale et la grâce de rédemption pourraient, selon moi, être les deux points à travailler et sur lesquels s’accorder pour que les clivages idéologiques cessent de devenir prépondérants.
Charles NICOLAS

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