Commentaires sur : Du postmillénarisme théopolitain – Lettre à MM. Blocher et Denault https://parlafoi.fr/2025/02/02/du-postmillenarisme-theopolitain-lettre-a-mm-blocher-et-denault/ Blog de théologie réformée Thu, 27 Feb 2025 14:41:04 +0000 hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.5 Par : Paulin Bédard https://parlafoi.fr/2025/02/02/du-postmillenarisme-theopolitain-lettre-a-mm-blocher-et-denault/#comment-21643 Thu, 27 Feb 2025 14:41:04 +0000 https://parlafoi.fr/?p=41461#comment-21643 Merci Pierre-Sovann. J’attendrai la suite.

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Par : Pierre-Sovann Chauny https://parlafoi.fr/2025/02/02/du-postmillenarisme-theopolitain-lettre-a-mm-blocher-et-denault/#comment-21631 Mon, 24 Feb 2025 23:20:37 +0000 https://parlafoi.fr/?p=41461#comment-21631 Bonjour Paulin,

Pour une raison qui m’échappe, je n’ai pas reçu de notification de votre commentaire, et je ne le vois que tardivement, maintenant.

Vu l’heure tardive ici (minuit passé) et la longueur du commentaire, ainsi que la période dans laquelle je me trouve, je ne vais pas pouvoir vous répondre immédiatement.

Je vais prendre le temps de réfléchir à vos questions, d’abord dans leur globalité, car il me semble qu’elles font système, mais il est probable que je vous répondrai peut-être de manière un peu dispersée, en sélectionnant d’abord les questions auxquelles il m’est plus facile de répondre.

Une remarque pour préciser mon état d’esprit sur ce point de discussion : la question du millénium n’est pas importante pour moi, et il se trouve que j’ai été convaincu par la proposition de Jordan & Leithart de manière un peu fortuite, au fur et à mesure de mes écoutes et de mes lectures. Aujourd’hui, leur proposition me convient qu’aucune autre avant elle que j’ai adopté (et comme je l’ai sans doute expliqué dans l’enregistrement, je suis passé par BEAUCOUP de positions, y compris, j’imagine, certaines relativement proche de celle que vous devez tenir, et qui est certainement assez proche de celle de M. Blocher, dans une veine amillénariste avec interprétation de type idéaliste-symbolique de l’ensemble de l’Apocalypse). Pour ma part, je suis d’abord convaincu par le type d’interprétation prétériste déployé par Jordan et Leithart, qui mettent en parallèle en partie avec ce qu’on a dans le livre des Actes lla période 30-62) et en partie avec ce qui se passe juste après (la période 63-70), et c’est seulement par ricochet, parce que la lecture prétériste des chap. 6-19 qu’ils en font me convainc tellement que j’adopte aussi leur lecture d’Apocalypse 20, dans la mesure où Apoc 19.11-21.8 forme une unité littéraire liée par la reprise à de multiples reprises et de manière très rapprochés de l’expression « je vis ». Il ne me paraît pas naturel de dire que 19.11-21 décrit une période comme la parousie, et qu’ensuite Apoc 20.1-10 décrivent ensuite une période antécédente : rien, littérairement, ne semble indiquer un « flash-back ».
Malgré les difficultés possibles que vous indiquez dans la position que j’ai exposée (et je ne suis pas sûr de pouvoir répondre convenablement à toutes vos objections), il me semble que l’idée d’un « reboot » chronologique au début du chap. 20 pour ramener au moment de la crucifixion ou de l’ascension n’est justifié par aucun marqueur littéraire. Un contraste, ici, peut être dressé, par ex., avec la transition entre le chap. 11 et le chap. 12, où il apparaît assez clairement que le chap. 11 décrit en résumé l’ensemble de la vision qui va être détaillé en 12-16, et que les sept trompettes se terminent alors, avec un certain nombre d’éléments (assez récurrents dans le livre) qui apparaissent à la fin du chap., et qui font une césure littéraire assez nette entre le chap. 11 et le chap. 12. Rien de tout ça entre le chap. 19 et le chap. 20.
Enfin, et je m’arrêterai ici pour ce soir, l’argument de M. Blocher me paraît minimiser le contraste à mon avis manifeste entre la formulation d’Apoc 12 et d’Apoc 20 : les deux chap. disent formellement une chose et son contraire, et il me paraît peut convaincant de dire que sous un angle le diable a le pouvoir de séduire les nations, et sous un autre il n’a plus le pouvoir de les séduire, et que ces deux expressions contraires désignent en fait ensemble une réalité complexe. Il est possible que ma compréhension des choses ne soient pas justes, mais je ne crois pas qu’une compréhension qui minimise la différence manifeste de formulation puisse être meilleure.
Je reviendrai plus tard à cette conversation fraternelle,
Bien à vous, en Christ,
Pierre-Sovann

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Par : Maxime Georgel https://parlafoi.fr/2025/02/02/du-postmillenarisme-theopolitain-lettre-a-mm-blocher-et-denault/#comment-21569 Wed, 12 Feb 2025 20:49:43 +0000 https://parlafoi.fr/?p=41461#comment-21569 En réponse à Paulin Bédard.

Bonnes questions ! Hâte de voir ce que PSC en dit !

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Par : Paulin Bédard https://parlafoi.fr/2025/02/02/du-postmillenarisme-theopolitain-lettre-a-mm-blocher-et-denault/#comment-21568 Wed, 12 Feb 2025 14:15:23 +0000 https://parlafoi.fr/?p=41461#comment-21568 Cher Pierre-Sovann,

Je viens de terminer d’écouter la discussion amicale que vous avez eue avec Henri Blocher et Pascal Denault. J’ai aussi lu votre réponse à mes questions. Merci beaucoup pour toutes ces explications. Je crois que c’est utile et bien présenté, et je comprends beaucoup mieux maintenant.

Ces explications soulèvent toutefois en moi plusieurs questions et difficultés. Dans le but d’alimenter la réflexion et en toute amitié, j’aimerais vous en soumettre ici quelques-unes (numérotées de 1 à 14) :

Concernant votre compréhension d’Apoc. 12:9 où Satan est décrit comme « celui qui séduit toute la terre habitée », vous dites ceci :
« Ce dont il est question, spécialement pour Leithart, dans tout Apoc 12 à 19, c’est pas seulement que le diable séduit les nations en empêchant l’Évangile d’y aller, mais […] c’est spécialement une coalition… » (1:24:42 à 1:25:12).
Q-1 : Voulez-vous dire que la période apostolique (30-70) est quand même caractérisée par (au moins) le fait que le diable a séduit les nations en empêchant l’Évangile de s’y propager?
À la lumière du mandat missionnaire donné juste avant l’ascension (fondé sur « tout pouvoir » qui a été donné au Christ « dans le ciel et sur la terre »), puis à la lumière du NT en général et du travail missionnaire de Paul en particulier, j’aurais plutôt cru le contraire, c’est-à-dire que, dès la Pentecôte, il apparaît que le diable ne peut justement plus séduire les nations comme autrefois (dans ce sens relatif) et que l’Évangile a au contraire toute liberté de se répandre : aux Juifs d’abord, puis aux Grecs, « ils annonçaient la parole de Dieu avec assurance » (Ac 4:31); « la parole de Dieu se répandait » (Ac 6:7); « la parole du Seigneur se répandait et progressait » (Ac 12:24); « la parole du Seigneur se répandait dans le pays tout entier » (Ac 13:48); « c’est ainsi que, par la force du Seigneur, la parole se répandait efficacement » (Ac 19:20); « il prêchait le royaume de Dieu et enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ, en toute assurance et sans empêchement », et ce, jusqu’au cœur de Rome (Ac 28:31); et même cet Évangile « porte des fruits et fait des progrès dans le cosmos entier » (Col 1:6), et « a été prêché à toute créature sous le ciel » (Col 1:23). Comme c’est à l’oral, au milieu d’un échange libre, que vous avez prononcé cette phrase citée plus haut, et que vous vouliez souligner surtout la seconde partie de la phrase, je veux simplement m’assurer de vous avoir bien compris.

Puis, dans la même phrase, dans la partie que vous vouliez souligner, vous continuez en disant : « … mais c’est spécialement une coalition de toutes les forces présentes susceptibles de s’opposer à l’Évangile qui s’oppose effectivement » (1:25:10 à 1:25:17).
Q-2 : Où voit-on la notion de « coalition de toutes les forces présentes » dans Apoc 12?
Q-3 : Si c’est une coalition de toutes les forces présentes, pourquoi, dans la réponse écrite que vous m’avez donnée ci-haut, limitez-vous ces forces présentes à « une coalition contre nature des Juifs et des Romains contre les chrétiens sur la période 63-70 »? Pourquoi ne pas inclure également une coalition avec d’autres peuples de cette époque susceptibles d’être rapidement rejoints par l’Évangile, que ce soient des peuples « barbares » variés annexés à l’Empire romain (comme les Juifs qui avaient été annexés) ou d’autres peuples ou royaumes qui étaient extérieurs à l’Empire romain (ex. : les régions des Parthes, des Mèdes, des Élamites, des Arabes, de Mésopotamie, mentionnées en Ac. 2:9-11, ou de l’Éthiopie, dont on voit un représentant en Ac 8:26-40, régions qui n’étaient pas si loin du point de départ de la mission à Jérusalem)?
Q-4 : Le sens de « oikouménè » dans le NT exige-t-il de limiter ses contours au monde gréco-romain? Je conçois que ça peut être le cas dans certains passages, mais dans Matt 24:14, Luc 4:5, Ac 17:31, Rom 10:18 et Hé 2:5, le mot semble désigner un ensemble bien plus vaste, partout où l’Évangile devait être annoncé.

Toujours à propos de cette « coalition entre Juifs et Romains », je pensais que les événements précédant et menant à la prise de Jérusalem, à la destruction du temple et à la prise de Massada étaient avant tout une guerre entre Juifs et Romains (Flavius Josèphe : « La Guerre des Juifs contre les Romains »).
Q-5 : Pouvez-vous m’expliquer comment on peut établir sur le plan historique que ce conflit majeur opposant Juifs et Romains (la première des trois grandes révoltes des Juifs contre les Romains, en fait) était en réalité une coalition entre Juifs et Romains contre les chrétiens?

Enfin, je ne comprends pas ce que vous voulez dire lorsque vous affirmez que cette coalition de toutes les forces présentes susceptibles de s’opposer à l’Évangile « s’oppose effectivement » à l’Évangile.
Q-6 : Voulez-vous dire que cette coalition s’est opposée réellement à l’Évangile, mais sans nécessairement avoir eu le succès escompté, ou bien qu’elle s’est opposée efficacement à l’Évangile, empêchant réellement sa progression?
Je veux bien reconnaître qu’il y a eu des oppositions multiples à l’annonce de l’Évangile durant la période apostolique (coalition ou pas), comme nous le voyons dans le livre des Actes ou dans des épîtres, et comme il y en a eu encore maintes fois après l’an 70, mais chaque fois, dans les Actes par exemple, ces oppositions ont été renversées et utilisées par le Seigneur pour que l’Évangile continue de progresser. Par exemple, la persécution des chrétiens de Jérusalem a forcé leur dispersion, ce qui a favorisé la propagation de l’Évangile vers d’autres territoires (Ac 8:1-4). L’arrestation de Paul lui a permis de se rendre jusqu’à Rome pour y annoncer le royaume « sans empêchement » (Ac 28:31). Même plus tard, vers la fin de sa vie, quand l’apôtre Paul souffrait pour l’Évangile jusqu’à être lié comme un malfaiteur, « la parole de Dieu n’est pas liée », a-t-il dit (2 Tim 2:2). Avec cette deuxième lettre à Timothée, nous ne sommes pas loin de l’an 70. La parole de l’Évangile était et demeure sans entrave! Je crois pouvoir affirmer avec foi et confiance qu’aucune coalition de quelque force ennemie que ce soit ne pouvait au temps apostolique ni ne peut encore aujourd’hui être une entrave à l’Évangile! Je crois que les textes plus clairs du NT devraient éclairer notre compréhension de textes moins clairs comme Apoc 12, et non l’inverse.

J’ai aimé les interventions de M. Blocher à propos d’Apoc. 12:9 et Apoc. 20:1-6. Le millénium d’Apoc. 20 est effectivement décrit sous deux angles : terrestre (Satan est lié pendant mille ans afin qu’il ne séduise plus les nations) et céleste (les âmes de ceux qui étaient morts… revinrent à la vie et ils régnèrent avec Christ pendant mille ans). Sauf erreur, il semble bien que vos interventions ont porté essentiellement sur l’aspect terrestre, où vous avez comparé l’aspect terrestre d’Apoc 20 à l’aspect terrestre d’Apoc 12. Je ne sais pas pourquoi vous vous êtes limité à cet aspect. Par manque de temps, peut-être. Je serais intéressé d’en savoir davantage sur votre compréhension de l’aspect céleste de ce millénium.
Q-7 : Si le millénium a effectivement commencé en l’an 70 (ou 73), quels bienfaits plus riches ce millénium a-t-il procuré aux chrétiens morts après l’an 70, comparés à ce que les chrétiens morts avant l’an 70 ont pu recevoir à leur décès (ex : Étienne, Jacques, les Thessaloniciens « endormis » de 1 Th 4, les attentes en tension de Paul en Phil 1:21-23, etc.)? Quels bienfaits supplémentaires les chrétiens morts après 70 ont-ils obtenu à leur mort en vertu de leur règne de mille ans avec le Christ qui n’existait présumément pas auparavant et qui venait supposément de commencer en 70?

Je remarque qu’à l’instar d’Apoc 20, Apoc 12 parle aussi du règne du Christ, mais sous un angle différent, en déclarant son arrivée décisive, et ce, dans le contexte où le Christ venait de monter au ciel et que Satan venait d’être délogé du ciel : « Maintenant est arrivé le salut, ainsi que la puissance et le règne de notre Dieu, et l’autorité de son Christ » (Apoc 12:10). Cela nous rappelle Matthieu 28 où Jésus avait bien précisé à ses apôtres que toute autorité lui avait été donnée non seulement au ciel, mais également sur la terre.
Q-8 : Comment comprenez-vous le rapport logique et théologique entre la dimension céleste et la dimension terrestre qui sont décrites côte à côte en Apoc 12? Autrement dit, comment est-il possible que l’arrivée du salut, de la puissance et du règne de notre Dieu et de l’autorité de son Christ ait été annoncée d’une voix forte venant du ciel (et donc entendue sur la terre, avec des conséquences terrestres qui s’en suivent), mais que le millénium, quant à lui, avec son incidence sur terre comme au ciel, n’aurait débuté qu’une quarantaine d’années plus?

J’ai l’impression que si l’on établit bien ce rapport entre la dimension terrestre et la dimension céleste d’Apoc 12, cela pourrait en même temps donner un meilleur éclairage sur le lien étroit qui peut exister entre Apoc 12 et Apoc 20. Autrement dit, si Apoc 12 parle de la venue décisive du règne du Christ, mais sous un angle différent du règne des chrétiens avec le Christ pendant mille ans décrit en Apoc 20, on pourrait, je crois, mieux comprendre qu’Apoc 12 parle des mêmes réalités terrestres qu’Apoc 20, mais sous un angle également différent. Ce qui permettrait de mieux voir que les deux passages traitent de la même période, mais sous deux angles différents. La clé, toutefois, réside, me semble-t-il, à commencer la réflexion par le ciel et non par la terre.

Q-9 : Pourquoi ne pas commencer la réflexion et même fonder entièrement la réflexion sur cette réalité nouvelle et décisive de l’arrivée du règne du Christ à son ascension pour éclairer ensuite ce qu’Apoc 12 nous dit sur les réalités terrestres? Cette nouvelle réalité glorieuse célébrée en Apoc 12, fondée sur des événements rédempteurs décisifs qui venaient de se produire au ciel, ne peut-elle pas jeter un meilleur éclairage sur le sens et la portée (relative) des actions mauvaises de Satan sur la terre?
Il me semble que nos yeux devraient demeurer rivés sur le Christ au ciel, et non sur ce qui se passe visiblement sur la terre, et cela, afin de mieux saisir le sens spirituel de ce qui se passe sur la terre, mais aussi afin de mieux communiquer aux croyants en lutte sur terre une parole certaine d’encouragement et de persévérance. À mon humble avis, il me semble que cela nous éviterait de tomber dans de multiples spéculations d’ordre géopolitiques hypothétiques et improuvables. Après tout, quel est le but du livre de l’Apocalypse? N’est-ce pas de consoler et d’encourager les chrétiens au milieu de leurs épreuves et persécutions?

Comme vous savez, il existe d’autres textes dans le NT qui décrivent les chrétiens comme étant déjà ressuscités spirituellement avec le Christ et comme régnant déjà spirituellement avec lui, et cela, pendant qu’ils vivaient encore sur terre entre 30 et 70 (par exemple, les chrétiens de Rome, Rom 5:17, d’Éphèse, Éph 2:6-7, et de Colosses, Col 2:12, Col 3:1-3).
Q-10 : Comment expliquer que ces chrétiens ont pu, bien des années avant l’an 70, bénéficier richement de cette résurrection spirituelle et de ce règne spirituel avec le Christ pendant leur vie sur terre, alors que, s’ils sont morts avant l’an 70, leur résurrection spirituelle et leur règne spirituel avec le Christ au ciel auraient dû être reportés à plus tard, si toutefois l’on croit que le millénium a commencé seulement en l’an 70? Comment comprendre ce décalage entre le moment où les chrétiens ont déjà pu vivre et régner spirituellement avec le Christ sur la terre et le moment où les chrétiens ont pu, seulement plus tard, commencer à vivre et régner spirituellement avec le Christ au ciel?

La même question se pose aussi à propos du règne du Christ lui-même.
Q-11 : Si le Christ est entré dans son règne à son ascension, quand il s’est assis à la droite du Père, comment se fait-il que les bienfaits qui en découlent pour les chrétiens décédés n’aient commencé à être reçus qu’une quarantaine d’années plus tard? Qu’est-ce qui manquait au règne du Christ au ciel pendant ces 40 ans pour l’empêcher d’associer à son règne les chrétiens décédés?

Je crois utile ici de mettre en contexte. Étant donné que j’ai le grand bonheur d’enseigner depuis de nombreuses années le Catéchisme de Heidelberg aux adultes comme aux jeunes, j’ai développé le réflexe (bon? mauvais?) d’associer étroitement les actes rédempteurs du Christ (conception, naissance, souffrance, mort, résurrection, ascension, session à la droite du Père, retour en gloire) aux bienfaits qui en découlent pour ceux qui sont unis à lui. Le Catéchisme est réputé pour son ton chaleureux et personnel, avec ses multiples questions du genre : « Quel profit te revient-il de…? » Dans ce contexte de responsabilité pastorale et catéchétique, je ne peux pas m’empêcher de me poser ce genre de question que je viens de soulever à propos des bienfaits qui découlent de son règne pour les chrétiens vivants et décédés. Je ne peux pas m’empêcher de noter, très étonné, que, si l’on croit que le millénium n’a commencé qu’en l’an 70, les bienfaits du règne du Christ, quant à eux, au moins pour les chrétiens décédés, sont déphasés de 40 ans par rapport au fait de l’entrée du Christ dans son règne. J’ai de la compassion pour les catéchètes de la période apostolique qui – si votre position est correcte – ont dû faire face à de grands défis pour expliquer la chose à leurs catéchumènes ébahis (et peut-être craintifs à l’idée de mourir avant l’arrivée du millénium, dont ils ne pouvaient qu’ignorer, eux, la future date d’inauguration)… Je vois ces catéchumènes lever la main et je les entends poser la question : « Notre Seigneur a promis au vainqueur de le faire asseoir avec lui sur son trône, comme lui a vaincu et s’est assis avec son Père sur son trône (Apoc 3:21), mais, si nous mourons aujourd’hui, quand allons-nous pouvoir enfin régner avec le Christ au ciel? »

Un dernier point. Le NT contient des marqueurs de temps eschatologiques bien connus : D’une part, les expressions « le dernier jour » (Jn 6:39-40,44,54; 11:24; 12:48) ou « les derniers temps » (1 Pi 1:5) désignent le moment du retour du Christ (résurrection corporelle, jugement dernier, salut final pleinement révélé). D’autre part, les expressions semblables « les derniers jours » (Ac 2:12; Hé 1:2; Jc 5:3; 2 Pi 3:3; Jude 1:18), « la fin des temps » (1 Pi 1:20), « les derniers temps » (1 Tm 4:1), « les temps accomplis » (Ga 4:4; Ép 1:10) et « l’heure dernière » (1 Jn 2:17) désignent aussi la période qui a commencé avec la première venue du Christ et qui s’est poursuivie durant la période apostolique. On pourrait de la même façon relever des passages qui annoncent l’arrivée « déjà » inaugurée du royaume de Dieu par la venue même du Roi (« eschatologie réalisée »), et sa consommation future « pas encore », attendue au moment du retour en gloire du Roi. Or, si je comprends bien, le millénium, dans la perspective biblique, a sans doute une profonde signification eschatologique et est sans doute en lien étroit avec le royaume de Dieu.
Q-12 : Dans la perspective où le millénium aurait commencé seulement vers l’an 70, comment comprendre alors que le début du millénium ne coïncide pas avec le début des « derniers temps » et l’arrivée du Roi et du royaume? Comment comprendre que les contours du millénium (au moins son début) ne cadrent pas avec la structure eschatologique du NT?

À la fin des siècles, le péché (ce qui donne de la force au diable) a déjà été définitivement aboli une fois pour toutes par le sacrifice du Christ à la croix (Hé 9:26). Celui qui « a paru une seule fois » pour abolir le péché et qui « s’est offert une seule fois » pour porter les péchés d’un grand nombre, apparaîtra « une seconde fois » (deux temps forts) pour ceux qui l’attendent en vue de leur salut (Hé 9:28). Le dernier Adam était déjà ressuscité à Pâques pour inaugurer la nouvelle création et devenir « un esprit vivifiant » (1 Co 15:45). Le Christ ressuscité était déjà les prémices annonçant et garantissant la grande récolte de la résurrection à venir (1 Co 15:20-23). Le Messie était déjà entré dans son règne à l’ascension. Les chrétiens pouvaient déjà, dans cette vie de misère et de corruption, être ressuscités avec lui et être assis avec lui au ciel (Ép 2:6). Ils pouvaient être assurés que leur Seigneur, désormais assis à la droite du Père dans les lieux célestes, pouvait non seulement déployer « la grandeur surabondante de sa puissance envers nous qui croyons selon l’action souveraine de sa force », mais qu’il était également placé « au-dessus de toute principauté, autorité, puissance, souveraineté [j’ajouterais : coalition], au-dessus de tout nom qui peut se nommer, non seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle à venir » (encore deux temps forts, Ép 1:19-22). Notre souverain Sacrificateur avait déjà traversé les cieux pour que nous puissions nous approcher du trône de la grâce avec assurance et y trouver et grâce compassion (Hé 4:14-16). Ce souverain Sacrificateur s’était déjà définitivement assis à la droite du trône de la majesté divine dans les cieux afin d’instaurer la nouvelle alliance et d’être ministre du véritable sanctuaire céleste, ayant « maintenant » (un autre mot eschatologique important dans le NT) obtenu un ministère d’autant supérieur qu’il était devenu médiateur d’une alliance meilleure (Hé 8:1-2,6). Les ombres des choses à venir avaient laissé place à la réalité du Christ (Col 2:17). Le début du siècle à venir avait déjà commencé dans le présent par la puissance du Saint-Esprit déversé à la Pentecôte. La nouvelle création avait déjà surgi dans l’ancienne (2 Co 5:17), le Christ avait déjà établi l’ordre nouveau à sa première venue en attendant sa consommation finale. Au milieu de la tribulation, de l’angoisse, de la persécution, de la faim, du dénuement, du péril ou de l’épée, rien ne pouvait séparer les chrétiens de l’amour du Christ, et même que « dans toutes ces choses » atroces, ces chrétiens étaient déjà « plus que vainqueurs » par celui qui les avait aimés (Rom 8:35-37). Et je pourrais continuer encore longuement la litanie de tout ce que le début des derniers temps, proclamé par les apôtres, avait apporté. C’est ce que j’appellerais une « eschatologie réalisée optimiste », optimiste non à cause de ce que nos yeux charnels pourraient ou espéreraient détecter, mais optimiste grâce aux yeux de la foi, car « la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi » (1 Jn 5:4).

Et pourtant, le millénium, dites-vous, n’avait pas encore commencé. Je ne comprends pas. Puis-je me permettre, en tout respect : je vous trouve bien pessimiste par rapport à la période apostolique…
Q-13 : Au fond, qu’est-ce que l’arrivée du millénium, en l’an 70, aurait réellement ajouté à toute l’immense richesse que les chrétiens de la période apostolique possédaient déjà en Jésus-Christ? Qu’est-ce qui manquait tant à ces chrétiens que le millénium serait plus tard venu combler? Et enfin :
Q-14 : Où trouve-t-on, dans tout le NT, l’attente fébrile, dans une espérance vivante et joyeuse, de la venue du millénium?

Je conçois bien que mon intervention est longue et mes questions nombreuses, pouvant exiger temps et réflexion. Je me m’attends pas à une réponse immédiate ni complète. Je ne souhaite pas non plus entrer plus avant en débat. Je présente simplement mes questions et commentaires dans le but de stimuler la réflexion. Vous en faites ce que vous voulez, selon le temps, l’énergie et la volonté que vous aurez.

Je vous remercie simplement d’avoir été patient à me lire et de considérer mes questions et commentaires.

En toute amitié en Jésus-Christ,

Paulin Bédard

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Par : Regards croisés sur le millénium [#CoramDeo 363] – Un Héraut dans le net https://parlafoi.fr/2025/02/02/du-postmillenarisme-theopolitain-lettre-a-mm-blocher-et-denault/#comment-21531 Tue, 04 Feb 2025 09:01:34 +0000 https://parlafoi.fr/?p=41461#comment-21531 […] et le professeur Chauny, quant à lui, défend depuis peu une compréhension postmillénariste(https://parlafoi.fr/2025/02/02/du-postmillenarisme-theopolitain-lettre-a-mm-blocher-et-denault/). Nous comparerons ces deux conceptions afin d’en faire ressortir de manière utile les […]

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Par : Pierre-Sovann Chauny https://parlafoi.fr/2025/02/02/du-postmillenarisme-theopolitain-lettre-a-mm-blocher-et-denault/#comment-21529 Mon, 03 Feb 2025 19:58:55 +0000 https://parlafoi.fr/?p=41461#comment-21529 Cher Paulin,

Je distingue trois période entre l’Ascension et la Parousie :
1. De l’Ascension à la destruction de Jérusalem. Il s’agit de la période racontée en partie dans le livre des Actes (de l’Ascension à 62), mais également, suivant ma lecture de l’Apocalypse à la suite de Jordan et Leithart, dans Apocalypse 6-19. Durant cette période, la nouvelle alliance a été inaugurée, mais l’ancienne alliance est encore là, quoique vieillie et en passe de disparaître. Satan est jeté sur la terre (Apoc 12) à peu près au moment où l’Esprit-Saint est donné à l’Eglise au moment de la Pentecôte. Il a durant cette période le pouvoir de liguer la terre contre le Christ et son Eglise, et c’est ce qui se passera à la fin de cette période, avec une coalition contre nature des Juifs et des Romains contre les chrétiens sur la période 63-70.
2. Le millénium, qui commence avec la destruction de Jérusalem en 70, et qui couvre l’immense majorité de la période entre la première et la seconde venue. Le diable est durant cette période empêché de séduire les nations dans le sens de ce qui est décrit au milieu de l’apocalypse (chap. 6-19) : la coalition des nations, juifs et non-juifs, contre le Christ et son Eglise. Cela ne signifie pas que le diable ne peut pas empêcher la progression de l’Evangile localement, mais qu’il ne peut l’empêcher de progresser en tous lieux. Nous vivons donc dans ce millénium depuis 70, et cette période durera quasiment jusqu’au retour du Christ.
3. Il y aura enfin une période à durée indéterminée, mais apparemment brève, à la fin de la période du millénium, durant laquelle le diable pourra de nouveau coaliser les nations contre le Christ et son Eglise, et ne se privera pas de le faire. Cela aura lieu durant les dernières années, ou peut-être seulement les derniers mois, de l’histoire humaine avant la parousie.

Dans cette lecture de l’Apocalypse et cette compréhension de l’histoire entre les deux venues, c’est le rôle de la destruction du Temple comme terminaison de l’ancienne alliance qui est particulièrement souligné. Je ne sais pas si cela mériterait une fête liturgique de la destruction du Temple (mais pourquoi pas : la fête de la fin de l’ancienne alliance ?), mais il faut admettre que l’importance théologique de cet événement est sous-estimé dans de très nombreux milieux chrétiens.

Je ne réponds pas à toutes vos questions ce soir. Je préfère vous laisser visionner la discussion amicale avec Pascal Denault et Henri Blocher disponible en ligne avant de répondre plus à vos questions si vous le souhaitez : https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=x91Jo53RLQ0&list=PLtdR9542LkZZbxw8W74mteOLRQp7w8pG5&index=1

Je vous envoie mes chaleureuses salutations en Christ et en toute amitié réformée,

Pierre-Sovann

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Par : Paulin Bédard https://parlafoi.fr/2025/02/02/du-postmillenarisme-theopolitain-lettre-a-mm-blocher-et-denault/#comment-21528 Mon, 03 Feb 2025 14:28:39 +0000 https://parlafoi.fr/?p=41461#comment-21528 Bonjour à l’équipe de Par la foi. Je viens de lire cet article: https://parlafoi.fr/2025/02/02/du-postmillenarisme-theopolitain-lettre-a-mm-blocher-et-denault/. J’aurais des questions dans le but de mieux comprendre.

(A) Pierre-Sovann Chauny commence par dire qu’il y aurait trois périodes entre la première et la seconde venue du Christ: la période apostolique (30 à 70 ap. J.-C.), le millénium (ou temps de l’Église) et la période finale de crise.
(B) Puis, quand il compare Apocalypse 12 et Apocalypse 20, il dit qu’il faut distinguer deux périodes: avant le millénium (où Satan égare toute la terre habitée, Apoc. 12; cette période serait décrite en Apoc. 6 à 18) et le millénium lui-même (où Satan est lié, incapable d’égarer les nations, Apoc. 20; cette période serait décrite en Apoc. 19 à 22). Il affirme ainsi que « le millénium correspond à une autre époque que celle décrite au centre de l’apocalypse, à une époque ultérieure ».
(C) Enfin, il conclut en disant: « C’est donc que le millénium commence après le ministère terrestre du Christ, et même après son ascension, puisqu’Apocalypse 12 décrit une période qui commence au moment où l’enfant est enlevé au ciel – lorsque le Christ monte donc au ciel, une période où le diable peut encore égarer toute la terre. »

Mes questions:
1. Quand le millénium commence-t-il? Après l’an 70 (d’après A)? Quand Satan est lié décrite en Apoc. 19 à 22 (d’après B)? Ou après l’ascension du Christ, période où le diable peut encore égarer toute la terre (d’après C)?
2. À quoi correspond la période où Satan peut encore égarer toute la terre? De l’an 30 à l’an 70 ap. J.-C.? (semble-t-il d’après A)? À une époque décrite au centre de l’Apocalypse (Apoc. 6 à 18), d’après B)? De l’ascension à une période indéterminée (d’après C)?
3. À quoi correspond la période où Satan est lié? S’étend-elle à la période décrite en Apoc. 19 à 22 (d’après B)? Commence-t-elle en l’an 70 ap. J.-C. (d’après A)? Commence-t-elle plus tard dans l’histoire de l’Église? A-t-elle déjà commencé ou devons-nous l’attendre encore à l’avenir?
4. En ce moment, sommes-nous dans le millénium? Oui (d’après A et C)? Il semble que non (d’après B)?
5. Sommes-nous dans la période où le diable peut encore égarer toute la terre (Apoc. 6 à 18), ou dans la période où Satan ne peut plus égarer les nations (Apoc. 19 à 22)?
6. Sur le plan de l’histoire de la rédemption, si nous sommes encore dans la période où Satan peut encore égarer toute la terre, quel acte rédempteur nouveau devons-nous attendre pour établir l’inauguration de la période où Satan ne pourra plus égarer les nations? Si par contre nous sommes déjà dans la période où Satan ne peut plus égarer toutes les nations, quel acte rédempteur nouveau a été accompli après l’ascension, la Pentecôte et la destruction du temple en l’an 70 pour inaugurer cette nouvelle période? Bref, qu’est-ce qui nous permet de dire que nous sommes passés (ou que nous serons passés) d’une période à l’autre? Pour le dire autrement, quelle fête manque-t-il au calendrier liturgique chrétien?

Merci de m’éclairer, car j’avoue ne pas avoir compris…

Paulin Bédard

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