Cet article est issu d’une discussion sur notre groupe Telegram « PLF Lectures Bibliques » associé à notre plan de lecture., d’où le style plus léger.
Abraham le premier prophète
Genèse 20:7 (NEG1979) ⁷Maintenant, rends la femme de cet homme; car il est prophète, il priera pour toi, et tu vivras. Mais, si tu ne la rends pas, sache que tu mourras, toi et tout ce qui t’appartient.
Première mention du mot prophète dans la Bible. Fait remarquable : le terme, dans ce premier emploi, ne semble pas tant signifier « porte-parole » que « médiateur entre Dieu et les hommes ». Abraham est celui qui peut intercéder pour les pécheurs. Au chapitre précédent il était déjà celui qui intercédait en faveur des justes de Sodome. C’est quelque chose d’assez étonnant : on s’attendrait à ce que le prophète soit celui qui consulte Dieu. Mais si on prend les chap. 19-20 ensemble, Abraham a plutôt été consulté par Dieu que l’inverse (même si c’est bien sûr en tant que supérieur prenant conseil auprès d’un inférieur, tel le roi avec son plus proche conseiller).
Le défaut d’hospitalité d’Abimélec
Ce passage de Genèse 20 est tout de même étonnant. Le roi des Philistins enlève la sœur d’un étranger puissant (Abraham était un cheikh à la tête d’une troupe d’au moins un millier de personnes, puisqu’il avait au moins 318 serviteurs hommes, sans compter leurs femmes et leurs enfants) de passage dans son pays, et il s’estime intègre. Le plus bizarre, c’est que Dieu concède qu’Abimélek a été intègre (probablement en ce qui concerne l’adultère : il n’avait pas l’intention d’enlever une femme mariée). Mais, tout de même, Abimélek est coupable d’un crime passible de mort. Il n’était pas si intègre que ça. Quand on compare avec les chap. 18-19, où l’on voit Abraham puis Lot offrir un festin et faire ce qu’il faut pour que les pieds d’inconnus soit lavés, et ce que font Pharaon au chap. 12, et Abimélek au chap. 20, il y a un contraste très forts en terme de coutumes concernant l’hospitalité. Il y a ceux qui pratique l’hospitalité : Abraham et Lot, et ceux qui en violent les règles les plus élémentaires : Pharaon, Sodome, Abimélek. Pharaon, Sodome, Abimélek sont des tyrans et des violents qui veulent se saisir de ce qui ne leur appartient pas.
Genèse 20:2 (NEG1979) ²Abraham disait de Sara, sa femme: C’est ma sœur. Abimélec, roi de Guérar, fit enlever Sara
L’innocence d’Abraham
Autre élément intéressant, par rapport à la question du mensonge. Les commentateurs et prédicateurs blâment souvent Abraham pour avoir masquer que Sara était sa femme. Mais je remarque ceci ce matin :
Genèse 20:13 (NEG1979) ¹³Lorsque Dieu me fit errer loin de la maison de mon père, je dis à Sara: Voici la grâce que tu me feras: dans tous les lieux où nous irons, dis de moi: C’est mon frère.
Ce texte indique que ce n’était pas seulement une faiblesse ponctuelle qui a fait recourir Abraham au fait de masquer leur relation maritale là où ils arrivaient. MAIS c’était la règle générale qu’il avait demandé à Sara de respecter PARTOUT où ils allaient : dire seulement qu’Abraham était son frère, et non son époux. Donc, si c’était un péché d’Abraham, c’était un péché permanent. MAIS Abraham révèle cela dans le discours qui suit immédiatement celui où Dieu révèle qu’Abraham est son prophète. Il me semble donc qu’il faut conclure qu’Abraham n’a pas péché en demandant à Sara de faire preuve de prudence dans la délivrance des informations les concernant, et de ne pas tout révéler.
D’ailleurs, on remarque en Gn 12, Gn 20 et Gn 26 que le narrateur lui-même ne blâme jamais Abraham et Isaac. Ce sont Pharaon et Abimélek qui cherchent à mettre la faute sur Abraham (après avoir agi eux-mêmes tyranniquement. On est dans la logique de Genèse 3 : ce n’est pas moi qui suit en faute, c’est celui que tu as placé auprès de moi…) Et, dans ces passages, ce sont Pharaon et Abimélek qui sont châtiés ou menacés par Dieu, et non Abraham, pour son supposé péché de mensonge. Les textes eux-mêmes semblent donc exonérer Abraham d’une faute dans ces affaires, et il faut donc lire ces textes en se retenant de porter un jugement négatif sur Abraham, comme je crois que les lecteurs modernes sont portés assez spontanément à le faire.
Préfiguration de la Pâque.
Dernière remarque pour ce matin sur Genèse 20 : il y a ici , comme dans les chapitres précédents, des préfigurations de la Pâque. Au chap. 19, il y avait les « pains sans levain » que Loth prépare pour le festin qu’il donne à ses hôtes angéliques (19.3) qui signale, narrativement, que Loth va vivre une sorte de Pâque : un exode hors de la proto-Egypte que constituent Sodome et les villes de la vallée. Ici, au chap. 20, il y a des plaies qui s’abattent sur le roi des Philistins (d’ascendance égyptienne d’après le chap. 10) et Abraham qui ressort enrichi de l’épisode, comme les Israélites partiront d’Egypte enrichis des trésors de l’Egypte.





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