Commentaires sur : La distinction entre dulie et latrie est spécieuse https://parlafoi.fr/2025/10/23/dulie-latrie/ Blog de théologie réformée Thu, 23 Oct 2025 14:42:00 +0000 hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.5 Par : Petrovski https://parlafoi.fr/2025/10/23/dulie-latrie/#comment-22751 Thu, 23 Oct 2025 14:42:00 +0000 https://parlafoi.fr/?p=43429#comment-22751 Bonjour Maxime Georgel,

Je me permets d’apporter une réponse à la citation que vous partagez pour illustrer la thèse que vous défendez je cite :  » Cette distinction (dulie/lâtrie), sur laquelle insistent fortement les catholiques romains, ne repose sur aucun fondement sinon la volonté ou l’imagination de ceux qui l’ont inventée. »

La citation que vous exhibez est-elle censée révéler que les catholiques romains (et l’ensemble des théologiens catholiques donc) ne connaissaient ni le latin ni le grec et ignoraient le double usage biblique ? Ce serait réellement révolutionnaire ! Il est vrai que dans la Septante et le Nouveau Testament, les racines latreuo (λατρεύω) et douleuo (δουλεύω) peuvent se chevaucher, toutes deux signifiant “servir”. MAIS prétendre que la distinction est une invention PARCE que non biblique ça ne tient pas sinon on pourrait en dire autant de la Trinité. Le mot n’est pas Biblique mais elle est pourtant bien réelle.

Premièrement la vénération et le respect dû au corps des martyrs existent réellement, on en a trace au IIè siècle :
« Nous avons recueilli ses os, plus précieux que les pierres de prix, et plus estimés que l’or, et nous les avons déposés en un lieu convenable. Là, le Seigneur nous permettra de nous rassembler, dans la joie et l’allégresse, pour célébrer l’anniversaire de son martyre. »
(Martyr de Polycarpe, 18)
On vénère bien ici les restes du saint (« plus précieux que les pierres de prix etc »), mais on n’adore pas Polycarpe. C’est un acte de mémoire et de communion dans le Christ.
C’est bien la dulie en acte, sans le mot et sans latrie.
Saint Augustin nous rappelle cette tradition qui distingue bien la vénération de l’adoration lorsqu’il dit :
« Nous érigeons des autels à la mémoire des martyrs, non pour leur rendre le culte dû à la divinité, mais au seul vrai Dieu, dont ils sont les témoins. »
La Cité de Dieu, VIII, 27
Ou encore Jérôme (qui je le rappelle a traduit la Bible) :
« Nous n’adorons pas, nous ne rendons pas un culte aux reliques des martyrs, mais nous honorons leurs reliques pour mieux adorer Celui dont ils sont les martyrs. »
Contre Vigilance, 8.
Le vocabulaire ne sort donc pas de nulle part ni de l’imagination. La distinction entre latrie et dulie n’est pas un artifice tardif, mais l’expression théologique d’une pratique continue depuis les origines, depuis Polycarpe au moins.

Enfin, si la distinction n’est pas explicite dans les exemples énoncés, cela ne signifie pas pour autant qu’elle n’aurait pas le sens unique de dulie (excluant la lâtrie) dans toute la Bible. Par exemple en Rom 6,16-17, le termes « douloi » est utilisé pour signifier esclave du péché excluant l’idée même « d’adoration du péché ». Ce n’est pas utilisé si « indistinctement » que vous nous le faîtes croire. Ici, le verbe employé est δουλεύειν (douleuein), et non λατρεύειν (latreuein). C’est donc bien une relation de servitude morale ou volontaire, sans aucune connotation cultuelle.
A contrario, en Hébreux 9,1-6, où latreia désigne le culte du Temple, les “offices liturgiques” (latreiai). Là, on a clairement la notion de service sacré, réservé à Dieu. Le terme δουλεύειν (douleuein) n’aurait aucun sens.
Paul lui-même distingue donc le service moral (douleia) du service cultuel (latreia). Mais les deux peuvent très bien s’opérer envers Dieu en fait.

Donc bon. Bof bof votre citation.

Merci de m’avoir lu

Bien cordialement,
Jean Charles

Merci

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