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On retrouve l’idée vu à la fin du chap. 13 que Dieu n’a pas rejeté les Israélites (le chap. 13 précisait : « jusqu’à présent »). D’ailleurs, à propos du chap. 13, la solution que j’ai trouvé depuis avant-hier est la suivante :
L’expression hébraïque « Jusqu’à présent » ne désignerait pas, dans la compréhension que j’en ai, l’époque du narrateur du livre des Rois (qui vivait en exil), mais l’époque de Joachaz. L’expression hébraïque dit simplement « jusqu’à ce jour ». Elle ne dit pas que « ce jour » est le jour du narrateur (même si « ce jour » peut AUSSI désigner le jour du narrateur), mais « ce jour » peut aussi bien être celui dont parle le narrateur lorsqu’il relate ce qui est arrivé à l’époque du roi Joachaz.
Et DONC, je comprends que le narrateur souligne que « jusqu’ICI » Dieu n’avait pas encore rejeté Israël. Cela n’arrivera que plus tard, au chap. 17. Mais « jusqu’à ce jour », celui de Joachaz, le sort des Israélites n’était pas encore scellé. Et un chap. plus tard, au chap. 14, ce n’est toujours pas le cas : malgré les péchés de Jéroboam, Dieu n’avait TOUJOURS PAS décidé d’effacer le nom d’Israël de dessous les cieux… mais cela n’allait pas tarder à venir (plus que 3 chapitres).
Bref, « jusqu’à présent » me paraît une traduction trompeuse (même si c’est un sens POSSIBLE de l’expression, mais pas le seul, et pas celui qui convient dans le contexte). Contre cette conclusion, on peut faire valoir qu’il y a pas de précédent biblique à prendre l’expression « jusqu’à ce jour » pour dire « jusqu’à ce point du récit ».
L’expression ʿad hayyôm hazzeh en 2 Rois 8.22 ne doit probablement pas être comprise dans son sens habituel de « jusqu’à aujourd’hui », c’est-à-dire en référence au temps du narrateur, mais comme une borne interne au récit signifiant « jusqu’à ce point de l’histoire ». En effet, le contexte rend la lecture traditionnelle difficile : le texte rapporte d’abord la révolte d’Édom contre Juda, puis la contre-attaque victorieuse de Joram, avant de conclure, de manière apparemment contradictoire, qu’« Édom se révolta jusqu’à ce jour ». Si le narrateur voulait dire que l’indépendance d’Édom perdure à son époque, la mention immédiate de la victoire de Joram rendrait cette remarque incohérente, et les données historiques ultérieures (2 R 14.7 ; 2 Ch 25.11-12) montrent d’ailleurs qu’Édom redevint sujet de Juda. Il faut donc comprendre la formule comme un résumé rétrospectif marquant la fin d’un cycle : ʿad hayyôm hazzeh signale ici non la durée d’une rébellion encore en cours, mais la clôture des soulèvements répétés d’Édom. L’expression joue un rôle de ponctuation narrative analogue à ʿad hennāh (« jusqu’ici ») en 1 Samuel 7.12 : elle indique que, jusqu’à ce moment du récit, le processus de révoltes est désormais achevé.
Et le rédacteur du livre des Rois reprendrait la même expression, dans le même sens, 5 chapitre plus tard.
Dans les livres de Josué, des Juges et de Samuel, l’expression ʿad hayyôm hazzeh (« jusqu’à ce jour ») sert principalement d’ancrage historique ou mémoriel : elle désigne la persistance d’un fait observable (un monument, un nom de lieu, une coutume, une situation politique) jusqu’au temps de la rédaction. Ces formules, typiques du style historiographique ancien, inscrivent le récit dans une mémoire collective encore visible : « les pierres sont encore là » (Jos 4.9), « les Jébusiens habitent encore Jérusalem » (Jg 1.21), etc.
Mais dans les Livres des Rois, et particulièrement dans les récits de la monarchie divisée, ʿad hayyôm hazzeh ne fonctionne plus comme un repère empirique, mais comme un marqueur narratif et théologique. L’expression ne renvoie plus à une réalité encore observable, mais à une période désormais close de l’histoire sainte. En 2 Rois 8.22, elle sert à clore le cycle des révoltes d’Édom ; en 2 Rois 13.23, à signaler la fin du sursis de la grâce divine envers Israël. Dans ces cas, ʿad hayyôm hazzeh ne situe pas le narrateur par rapport à son présent, mais le lecteur par rapport au déroulement du récit : elle signifie « jusqu’à ce point de l’histoire », non « jusqu’à maintenant dans notre temps ».
Autrement dit, le sens de la formule s’est déplacé : d’une valeur documentaire (témoignage d’une mémoire vivante) vers une valeur rhétorique (balisage interne du récit). Cette évolution s’explique sans doute par la main du rédacteur final de Rois, qui a intégré des expressions anciennes présentes dans le Deutéronome, mais qu’il configure dans une autre direction.
Jérémie 49:39 (NEG1979) ³⁹Mais dans la suite des temps, je ramènerai les captifs d’Elam,
Dit l’Eternel.
La NEG1979 traduit ce verset « dans la suite des temps », tandis que La Colombe (une autre révision de la Louis Segond, paru l’année précédente) indique : « à la fin des temps ». Il faut noter que l’oracle se rapporte plutôt clairement à ce qui arrive durant l’époque de Jérémie lui-même.
L’oracle date du début du règne de Sédécias, donc vers 597. L’histoire ancienne permet de localiser une « stratégie d’endiguement d’Elam » (notes de la Bible d’étude de la théologie réformée) par les Babyloniens en 595, à très court terme donc. Jérémie prophétise que cette stratégie d’endiguement sera victorieuse et que les Babyloniens domineront sur les Elamites (et que les Israélites ne peut donc espérer en une résurgence durable d’Elam pour permettre un effondrement rapide de Babylone). Les Élamites seront eux aussi déportés par les babyloniens, comme les Israélites. Mais leur mise à l’écart et leur humiliation est temporaire : ils reviendront d’exil au terme du temps assigné (70 ans) à la domination babylonienne.
« La fin des temps » dans ce passage est donc bien plutôt « la suite des temps » qui désigne dans ce cas la fin de l’époque babylonienne et le début de l’époque suivante : l’époque perse.





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