J’ai imposé le calme et le silence à mon âme (Psaume 131)
11 janvier 2026

Le texte suivant est celui de la prédication donnée ce jour à l’Église évangélique baptiste de Marseille.

Introduction

Nous vivons dans un monde qui nous pousse constamment à nous engager dans des réalités trop grandes pour nous. Tout nous sollicite, tout nous appelle à réagir, à comprendre, à analyser, à prendre position. L’actualité, les crises politiques, économiques, sociales, internationales, nous donnent souvent l’impression que notre lucidité se mesure à notre niveau d’inquiétude, et que notre responsabilité se prouve par notre agitation intérieure. Ne pas être affecté, ne pas être tendu, ne pas être préoccupé, serait presque une faute morale.

Beaucoup d’entre nous vivent ainsi avec une âme encombrée. Non pas forcément parce qu’ils manquent de foi, mais parce qu’ils portent des fardeaux qu’ils n’ont jamais reçus. Nous nous engageons intérieurement dans des questions qui nous dépassent, comme si notre vie, notre paix, notre fidélité dépendaient de notre capacité à les maîtriser. Et cela finit par produire une fatigue profonde, un trouble intérieur persistant, une agitation qui ne se tait jamais vraiment.

C’est dans ce contexte que le psaume 131 prend toute son épaisseur. Il ne nie ni les épreuves, ni les crises, ni les abîmes. Il vient d’ailleurs immédiatement après le psaume 130, un psaume de détresse, de cri, d’attente douloureuse. Le psaume 131 ne raconte pas comment on sort de l’abîme. Il montre ce qui devient possible devant Dieu après l’abîme. Il ne donne pas une méthode pour aller mieux. Il décrit une posture devant Dieu lorsque nous reconnaissons que tout ne dépend pas de nous.

Ce psaume est un cantique des montées, chanté sur la route qui monte vers Jérusalem, au milieu d’autres croyants, en direction des fêtes et du culte. Il décrit une manière de marcher dans cette vie, avec ses contrariétés et ses épreuves, sans laisser l’agitation extérieure devenir agitation intérieure. Le calme qu’il évoque est un repos intérieur vécu en chemin.

La question centrale du psaume 131 n’est pas d’abord : comment atteindre le repos, comme s’il s’agissait d’une technique spirituelle à acquérir ? Sa vraie question est plutôt : comment vivre devant Dieu lorsque nous ne pouvons pas maîtriser ce qui advient ?

Pour méditer ce psaume 131, je vous propose de lire à plusieurs niveaux de lecture, successivement. Nous l’entendrons d’abord comme la parole de David, un homme placé dans une histoire concrète, marqué par l’attente et la retenue. Puis nous l’entendrons comme une exhortation adressée à Israël, un peuple appelé à espérer au cœur de son histoire. Nous verrons ensuite comment ce psaume trouve son accomplissement en Jésus-Christ, le nouveau et plus grand David, le véritable Israël, le Fils doux et humble de cœur. Enfin, nous entendrons comment cet appel s’adresse aujourd’hui à nous, Église unie au Christ, appelée à attendre l’Éternel dès maintenant et pour toujours.

Ce psaume très bref nous conduira ainsi, lecture après lecture, d’une expérience personnelle à une espérance communautaire, d’une sagesse ancienne à une parole vivante pour aujourd’hui.

Première lecture : le sens du psaume par son auteur, David

1 Cantique des montées. De David.

Éternel ! je n’ai ni un cœur arrogant, ni des regards hautains ; je ne m’engage pas dans des questions trop grandes et trop merveilleuses pour moi.

2 Loin de là, j’ai imposé le calme et le silence à mon âme, comme un enfant sevré auprès de sa mère ; mon âme est en moi comme un enfant sevré.

3 Israël, attends-toi à l’Éternel, dès maintenant et à toujours.

Le psaume 131 est expressément attribué à David. Cette indication n’est pas secondaire. Elle nous oblige à entendre ce psaume comme la parole d’un homme historiquement situé. Et l’histoire de David est, de manière presque paradigmatique, une histoire d’attente. David a été choisi par Dieu, appelé, oint par Samuel. La promesse divine a été très clairement formulée. Et pourtant, pendant longtemps, cette promesse n’a été qu’une promesse. David connaît la fuite, la clandestinité, la persécution, l’humiliation. Il vit dans un décalage constant entre ce que Dieu a dit et ce que les circonstances semblent imposer.

Quand on sait ce que Dieu a promis, quand l’injustice est manifeste, quand l’attente se prolonge, il devient facile de vouloir accélérer les choses. De transformer la promesse divine en droit à se faire justice. David avait toutes les raisons humaines de tomber dans ce piège.

Il connaissait les fautes de Saül. Il savait qu’il était destiné à lui succéder. Et surtout, il a eu l’occasion concrète de mettre fin lui-même à cette attente. À deux reprises, il se trouve en position de tuer Saül sans risque immédiat. Dans l’un de ces épisodes, il s’exclame : L’Éternel me garde de porter la main sur mon seigneur, car il est l’oint de l’Éternel. (1 S 24,7)

C’est précisément là que se révèle le sens profond du psaume 131. David refuse. Il s’arrête. Il impose une limite à son action. Lorsque David affirme donc, dans notre psaume Éternel ! je n’ai ni un cœur arrogant, ni des regards hautains ; je ne m’engage pas dans des questions trop grandes et trop merveilleuses pour moi, il ne parle pas d’une humilité abstraite. Il parle d’un choix concret. Il refuse de se saisir de ce que Dieu n’a pas encore remis entre ses mains. Il reconnaît que la promesse ne lui donne pas le droit de forcer l’histoire.

L’arrogance qu’il rejette ici est profondément théologique. C’est l’arrogance qui consiste à se croire autorisé à gouverner le déroulement du dessein de Dieu. Les regards hautains ne consistent pas seulement à mépriser les autres, mais aussi à regarder la réalité comme si elle devait se plier à notre impatience et à notre calendrier.

C’est dans ce cadre qu’il faut entendre le verset 2 : Loin de là, j’ai imposé le calme et le silence à mon âme, comme un enfant sevré auprès de sa mère. David décrit ici un travail intérieur réel. Il ne dit pas qu’il est naturellement calme, par tempérament. Il dit qu’il a imposé le calme à son âme. Et pour rendre visible ce combat intérieur, il utilise une image très concrète.

Le nourrisson, lorsqu’il est contre le sein de sa mère, sent le lait. Il fouit, il cherche, il s’agite. Il ne peut pas se reposer paisiblement, parce que le désir le travaille sans cesse. Il est tendu vers son but : le lait.

L’enfant sevré, quant à lui, a déjà passé l’étape du renoncement. Il ne fouisse plus. Il ne réclame plus ce qui lui donnait auparavant une satisfaction immédiate. Il peut demeurer contre le sein de sa mère sans agitation, paisible, dans la simplicité de la relation mère-fils.

David se reconnaît dans cette image-là. Il a appris à renoncer à une prise immédiate sur la royauté. Il a appris à demeurer devant Dieu sans exiger que la promesse s’accomplisse selon son propre rythme. Son calme est une confiance disciplinée. Il reste proche de Dieu, mais sans fouissement intérieur, sans revendication impatiente.

David ne garde pas pour lui ce qu’il a appris par l’expérience. Nous le voyons au v. 3 : Israël, attends-toi à l’Éternel, dès maintenant et à toujours.

David appelle son peuple à vivre, à sa suite, cette même imposition du calme et du silence. Le roi devient ainsi le prototype et le modèle d’une paix intérieure à laquelle tout le peuple est appelé.

Ce passage du « je » à « Israël » ouvre naturellement la lecture suivante du psaume, non plus seulement comme l’expérience d’un homme, mais comme une sagesse offerte à tout le peuple de Dieu.

Deuxième lecture : le sens du psaume pour l’Israël de l’ancienne alliance

1 Cantique des montées. De David.

Éternel ! je n’ai ni un cœur arrogant, ni des regards hautains ; je ne m’engage pas dans des questions trop grandes et trop merveilleuses pour moi.

2 Loin de là, j’ai imposé le calme et le silence à mon âme, comme un enfant sevré auprès de sa mère ; mon âme est en moi comme un enfant sevré.

3 Israël, attends-toi à l’Éternel, dès maintenant et à toujours.

Pour lire ce texte à ce second niveau, comme prière du peuple de l’ancienne alliance, il faut se souvenir qu’Israël est un peuple appelé à vivre dans l’attente. Son existence est rythmée par des promesses reçues et par des accomplissements différés. Entre la parole de Dieu et sa réalisation visible, il y a souvent des périodes longues, instables, marquées par l’incertitude, la menace ou l’épreuve. C’est précisément dans ces intervalles que surgit la tentation de se charger de ce qui dépasse l’appel reçu, de vouloir maîtriser le cours de l’histoire, ou de chercher sa sécurité ailleurs que dans la fidélité de Dieu.

L’exhortation attends-toi à l’Éternel signifie dès lors pour Israël de repousser la tentation de vouloir prendre le contrôle de sa destinée. Attendre l’Éternel, pour Israël, c’est apprendre à vivre sous la promesse sans chercher à en imposer l’accomplissement. C’est demeurer fidèle sans exiger de voir immédiatement comment Dieu va agir. C’est accepter que certaines réalités soient trop grandes et trop merveilleuses pour être portées par le peuple lui-même.

Cette sagesse est formulée de manière particulièrement claire dans une parole adressée par Dieu à Baruch, le secrétaire du prophète Jérémie, à un moment où Juda s’approche de la catastrophe. Dieu lui dit : Et toi, chercherais-tu de grandes choses pour toi-même ? Ne les cherche pas. Car voici, je vais faire venir le malheur sur toute chair, dit l’Éternel ; mais je te donnerai ta vie pour butin, partout où tu iras. (Jr 45,5) Cette parole est un appel à vivre de manière appropriée aux circonstances du moment. Baruch est invité à rester à sa place devant Dieu, dans une fidélité humble et confiante.

Le psaume 131 joue le même rôle pour Israël. Il apprend au peuple à ne pas s’engager dans des grandes choses comme si son avenir dépendait de sa capacité à les maîtriser. Il enseigne une forme de retenue spirituelle, indispensable à la survie de la foi dans les temps troublés. Israël est appelé à attendre l’Éternel non seulement dans l’urgence du moment, mais dès maintenant et à toujours, c’est-à-dire comme un mode de vie constant, caractérisé par la confiance en Dieu en toutes circonstances.

Il est significatif que cet appel soit chanté dans le cadre des cantiques des montées, au cœur du pèlerinage et du culte. Israël apprend cette attente non pas en se retirant de la vie réelle, mais en continuant à marcher, à célébrer, à se tenir devant Dieu avec son peuple. Le calme auquel le psaume appelle n’est pas un retrait hors de l’histoire, mais une manière juste d’habiter le monde.

Ainsi, pour l’Israël de l’ancienne alliance, le psaume 131 devient une école d’attente et de fidélité. Il forme un peuple capable de vivre sous la promesse sans se substituer à Dieu, d’espérer sans exiger, de demeurer dans la relation sans vouloir forcer l’issue. Et cette attente collective, façonnée dans l’histoire d’Israël, ouvre déjà vers l’accomplissement plus grand encore qui va maintenant se révéler.

Troisième lecture : le sens du psaume accompli en Jésus-Christ

1 Cantique des montées. De David.

Éternel ! je n’ai ni un cœur arrogant, ni des regards hautains ; je ne m’engage pas dans des questions trop grandes et trop merveilleuses pour moi.

2 Loin de là, j’ai imposé le calme et le silence à mon âme, comme un enfant sevré auprès de sa mère ; mon âme est en moi comme un enfant sevré.

3 Israël, attends-toi à l’Éternel, dès maintenant et à toujours.

Après avoir été la prière d’un roi et l’exhortation adressée à Israël, le psaume 131 appelle naturellement une troisième lecture. Pour nous lecteurs chrétiens, ce psaume ne peut pas être entendu sans être mis en relation avec Jésus-Christ. Jésus est en effet à la fois le nouveau et plus grand David et le véritable Israël. En lui se rejoignent la figure du roi qui attend et celle du peuple appelé à espérer.

Ce que David ne peut dire que de manière relative, Jésus peut le dire absolument. David a appris à ne pas devancer Dieu. Jésus, lui, n’a jamais devancé le Père. Tout au long de son ministère, il manifeste cette même retenue, mais de façon parfaite. À plusieurs reprises, il refuse d’agir avant l’heure. Lorsqu’on le presse, lorsqu’on voudrait qu’il se révèle plus vite, plus clairement, plus puissamment, il répond simplement : Mon temps n’est pas encore venu (Jn 7,6). Il attend patiemment son heure.

Jésus se décrit lui-même comme doux et humble de cœur (Mt 11,29). Cette parole décrit sa relation au Père. Le Fils ne cherche pas à se saisir de ce qui ne lui est pas donné. Il vit entièrement dans la réception. Il ne s’engage pas dans des grandes choses avec une ambition démesurée, même lorsque ces grandes choses pourraient sembler justifiées. Il reste dans une obéissance filiale, patiente, confiante.

Cette posture apparaît avec une clarté particulière au moment de sa passion. Lors de son arrestation, Jésus rappelle qu’il pourrait appeler son Père à l’aide, et que des légions d’anges interviendraient immédiatement, s’il le voulait (Mt 26,53). Il a le pouvoir de se délivrer. Il a les moyens de forcer l’issue. Et pourtant, il ne le fait pas. Il refuse de se saisir de cette possibilité. Il choisit de demeurer dans la volonté du Père.

Ce refus devient encore plus visible lorsqu’il est conduit devant Pilate. Accusé, injustement condamné, Jésus se tait. L’Évangile précise qu’il ne répondit rien aux accusations portées contre lui, au point que le gouverneur en fut profondément étonné (Mt 27,12–14). Ce silence n’est pas la marque d’une résignation passive, mais un silence assumé, libre, volontaire. Jésus impose le silence, non seulement à ses lèvres, mais à toute tentative de détourner l’histoire de la volonté du Père.

Ici, le psaume 131 prend une profondeur nouvelle. Ce que David exprimait comme un travail intérieur, Jésus le manifeste publiquement. Le calme imposé à l’âme devient un silence visible devant le pouvoir romain qui peut le faire condamner à mort. Le refus de s’engager dans ce qui dépasse son appel devient le refus de se sauver lui-même. Comme l’annonce le prophète : Maltraité et opprimé, il n’a point ouvert la bouche ; semblable à un agneau qu’on mène à l’abattoir. (És 53,7).

L’image de l’enfant sevré trouve ici son accomplissement ultime. Jésus est le Fils par excellence. Il demeure auprès du Père sans exiger autre chose que la relation elle-même. Il ne réclame pas d’autre sécurité que la fidélité du Père. Il ne cherche pas à éviter la croix par une saisie prématurée. Il repose dans la volonté de Dieu, même lorsque cette volonté le conduit dans les profondeurs de la souffrance. Il est ainsi celui qui a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes, suivant le langage de Hb 5,8.

Ainsi, en Jésus-Christ, le calme du psaume 131 devient une réalité accomplie dans l’homme parfait, Jésus-Christ. Le calme du Fils est paix suprême au cœur de la plus grande épreuve. Et c’est à partir de ce calme christique que l’appel du psaume peut maintenant être entendu d’une manière nouvelle. Car Jésus-Christ ne s’est pas imposé suprêmement le calme et le silence pour lui-même, afin d’accomplir ce pour quoi il était venu, il se l’est aussi imposé pour que nous puissions devenir maîtres de nous-mêmes.

Quatrième lecture : le sens du psaume pour nous, le nouvel Israël en Christ

1 Cantique des montées. De David.

Éternel ! je n’ai ni un cœur arrogant, ni des regards hautains ; je ne m’engage pas dans des questions trop grandes et trop merveilleuses pour moi.

2 Loin de là, j’ai imposé le calme et le silence à mon âme, comme un enfant sevré auprès de sa mère ; mon âme est en moi comme un enfant sevré.

3 Israël, attends-toi à l’Éternel, dès maintenant et à toujours.

Si le psaume 131 trouve son accomplissement en Jésus-Christ, alors ceux qui sont unis au Christ deviennent, en lui, le peuple de Dieu, le nouvel Israël appelé à vivre de ce qu’il est et de ce qu’il donne. L’appel adressé autrefois à Israël nous concerne désormais directement : Attends-toi à l’Éternel, dès maintenant et à toujours.

C’est Jésus lui-même qui formule cet appel de la manière la plus explicite. Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. (Mt 11,28–29)

Le calme que David a appris, le repos qu’Israël a été appelé à recevoir, Jésus ne se contente pas de le vivre : il nous les offre. Le repos n’est plus seulement une posture à apprendre de la sagesse biblique, il devient un don reçu dans la relation avec le Christ.

Cela change profondément la manière de comprendre la vie chrétienne. Le calme n’est pas quelque chose que nous produisons par discipline morale ou par maîtrise de soi. Il n’est pas le résultat d’un effort spirituel supplémentaire. Il est le fruit d’une communion. Jésus ne dit pas : « Méritez votre repos par votre labeur ». Il dit : Venez à moi. Le repos dont il est question est un repos qu’il nous donne.

C’est pourquoi Jésus peut dire à ses disciples : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne (Jn 14,27). La paix du Christ n’est pas conditionnée par les circonstances. Elle n’est pas suspendue à la stabilité politique, économique ou sociale. Elle ne provient pas de ce que le monde irait bien. Cette paix est au contraire la condition pour traverser un monde en souffrance. Cette paix est donnée, transmise, confiée à l’Église par le Christ.

L’apôtre Paul en tire une conséquence très concrète : Ne vous inquiétez de rien… et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. (Phil 4,6–7) Il ne nie pas l’existence des sujets d’inquiétude. Il ne minimise pas les raisons objectives d’angoisse. Il affirme simplement que ces réalités ne doivent plus gouverner le cœur du croyant. La paix de Dieu devient un poste-frontière spirituel intérieur qui empêche l’agitation du monde de devenir agitation de mon âme.

Cette paix n’est pas seulement individuelle. Que la paix du Christ règne dans vos cœurs, à laquelle vous avez été appelés en un seul corps. (Col 3,15) L’Église est appelée à être un lieu où cette paix est vécue ensemble. Un peuple qui apprend, collectivement, à ne pas se laisser gouverner par l’urgence, la peur ou la surenchère émotionnelle.

Cela a des implications très concrètes pour notre rapport à l’actualité. Nous vivons dans un monde saturé d’informations, de crises, d’alertes permanentes. Tout nous pousse à réagir, à nous indigner, à nous inquiéter, comme si notre vigilance constante pouvait changer le cours de l’histoire. Le psaume 131, relu à la lumière du Christ, nous rappelle que tout ce qui se passe ne nous est pas confié. Nous ne sommes pas appelés à porter le poids du monde. Nous sommes appelés à attendre l’Éternel.

Cela signifie refuser de laisser l’agitation extérieure devenir agitation intérieure. Cela signifie apprendre, en Christ, à imposer le calme et le silence à notre âme, afin de vivre lucidement, fidèlement, paisiblement, dans ce monde agité.

Conclusion

Le psaume 131 nous laisse avec une parole simple, presque dépouillée. Il ne nous demande pas d’expliquer le monde, ni de résoudre ce qui nous dépasse. Il nous appelle à une posture. À apprendre, en Christ, à ne pas porter ce que Dieu ne nous a jamais confié. À recevoir le calme du Fils, plutôt qu’à tenter de le produire par nos propres forces.

Dans un monde bruyant, instable, saturé d’inquiétudes, cette parole nous ramène à l’essentiel. S’attendre à l’Éternel, dès maintenant et à toujours, ce n’est pas se retirer de la réalité. C’est choisir de vivre devant Dieu avec un cœur désarmé, confiant, disponible. C’est remettre entre ses mains ce que nous ne pouvons pas maîtriser, et recevoir de lui la paix dont nous avons besoin pour marcher fidèlement.

C’est dans ce silence et ce calme reçus de Dieu que nous pouvons maintenant nous tourner vers lui pour lui confier ce que nous ne savons pas porter. Prions.


Illustration de couverture : C.D. Friedrich, Le Moine au bord de la mer, huile sur toile, 1808-1810 (Berlin, Alte Nationalgalerie).

Pierre-Sovann Chauny

Pierre-Sovann est professeur de théologie systématique à la Faculté Jean Calvin, à Aix-en-Provence. Il s'intéresse particulièrement à la doctrine des alliances, à l'interprétation des textes eschatologiques, à la scolastique réformée, aux prolégomènes théologiques et aux bons vins. Il est un époux et un père heureux.

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