Le faux culte au vrai Dieu (Exode 32) – Notule d’exégèse
7 novembre 2025

Cet article est issu d’une discussion sur notre groupe Telegram « PLF Lectures Bibliques » associé à notre plan de lecture., d’où le style plus léger.

Exode 32:4-5 (NEG1979) ⁴Il les reçut de leurs mains, jeta l’or dans un moule, et fit un veau en métal fondu. Et ils dirent: Israël! voici ton dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte. ⁵Lorsque Aaron vit cela, il bâtit un autel devant lui, et il s’écria: Demain, il y aura fête en l’honneur de l’Eternel!

Un fait à la fois assez connu, et en même temps pas assez : le veau d’or est conçu, par Aaron et par Israël, comme une représentation de l’Eternel. Autrement dit, le péché d’idolâtrie rapporté dans ce chapitre ne concerne pas le fait d’adorer un autre dieu que l’Eternel, mais d’adorer une image de l’Eternel.

Dit autrement encore, il y a deux manières d’être idolâtre :

  • adorer de faux dieux
  • adorer faussement (suivant des instructions qu’il n’a pas donné) le vrai Dieu.

Exode 32:6 (NEG1979) ⁶Le lendemain, ils se levèrent de bon matin, et ils offrirent des holocaustes et des sacrifices d’actions de grâces. Le peuple s’assit pour manger et pour boire; puis ils se levèrent pour se divertir.

Il y a ici les ingrédients des cultes sacrificiels de l’AT : holocaustes et sacrifices de communion (dans cette traduction d’action de grâces). Les holocaustes sont entièrement brûlés, les sacrifices de communion sont en partie brulés pour Dieu, en partie pour le prêtre, en partie pour la famille qui l’offre. Voir Lévitique 1 et Lévitique 3.

« Ils mangèrent et ils burent ».

On a déjà vu ça il y a quelques jours :

Exode 24:10-11 (NEG1979) ¹⁰Ils virent le Dieu d’Israël; sous ses pieds, c’était comme un ouvrage de saphir transparent, comme le ciel lui-même dans sa pureté. ¹¹Il n’étendit point sa main sur l’élite des enfants d’Israël. Ils virent Dieu, et ils mangèrent et burent.

Exode 32 rapporte un culte qui est une imitation perverse d’Exode 24. Il y avait déjà les mêmes sacrifices lors du repas d’Ex 24 :

Exode 24:5 (NEG1979) ⁵Il envoya des jeunes hommes, enfants d’Israël, pour offrir à l’Eternel des holocaustes, et immoler des taureaux en sacrifices d’actions de grâces.

La différence entre les deux épisodes :

  • Moïse est absent (il est sur la montagne, dans la nuée)
  • Aaron a façonné une image taillée censé représenter l’Eternel
  • Après avoir mangé et bu, ils « se divertirent ».

Le v. 25 en dit un peu plus sur le type de divertissement en cause :

Exode 32:25 (NEG1979) ²⁵Moïse vit que le peuple était livré au désordre, et qu’Aaron l’avait laissé dans ce désordre, exposé à l’opprobre parmi ses ennemis.

A noter que le chap. 32 est le premier récit depuis le chapitre 24. A la fin du chap. 24, Moïse monte sur la montagne pour 40 jours.

Exode 24:18 (NEG1979) ¹⁸Moïse entra au milieu de la nuée, et il monta sur la montagne. Moïse demeura sur la montagne quarante jours et quarante nuits.

Les chap. 25-31 contiennent les instructions relatives à la construction du tabernacle (qui sera construit à la fin du livre) et au dénombrement des Israélites (qui aura lieu au début et à la fin du livre des Nombres), qui sont confiées à Moïse durant le temps de ces 40 jours passés sur la montagne.

L’inspiration païenne

Le peuple se livre à l’idolâtrie au terme de ces 40 jours, et la première chose qu’ils font, c’est singer le repas de conclusion de l’alliance qu’ils ont vécu 40 jours plus tôt. Le désordre en question concerne des chants et des danses :

Exode 32:18-19 (NEG1979) ¹⁸Moïse répondit: Ce n’est ni un cri de vainqueurs, ni un cri de vaincus; ce que j’entends, c’est la voix de gens qui chantent. ¹⁹Et, comme il approchait du camp, il vit le veau et les danses. La colère de Moïse s’enflamma; il jeta de ses mains les tables, et les brisa au pied de la montagne.

Ces chants et ces danses sont très certainement inspirés du culte païens des divinités égyptiennes et cananéennes. Beaucoup plus tard, Amos revient ainsi sur l’idolâtrie d’Israël dès le désert :

Actes 7:43 (NEG1979) ⁴³Vous avez porté la tente de Moloch et l’étoile du dieu Remphan,
Ces images que vous avez faites pour les adorer! Aussi vous transporterai-je au-delà de Babylone.

Moloch, ou Milcom, est le nom ammonite du Baal cananéen (à noter que Moloch est mentionné cinq fois dans le Lévitique, ce qui indique sans détour que son culte était une tentation pour les Israélites lors de leur traversée du désert), et Réphan, peut-être une divinité égyptienne associée à la planète Saturne, et équivalent égyptien du Baal cananéen et du Moloch ammonite. Le taurillon était une représentation fréquente du Baal cananéen.

On peut donc supposer que les Israélites ont assimilé Yahvé au Baal cananéen, au Moloch ammonite et au Réphan égyptien. L’adoration de Baal et de Moloch sous la figure d’un taureau est documenté. Pour Réphan, c’est moins évident, mais il semble qu’il y a une association astrale de Réphan/Saturne avec Sérapis (qui est lui-même le taureau sacré Apis divinisé après sa mort). Il y a donc là aussi un lien entre Réphan et la figure du taureau.

Exode 32:20 (NEG1979) ²⁰Il prit le veau qu’ils avaient fait, et le brûla au feu; il le réduisit en poudre, répandit cette poudre à la surface de l’eau, et fit boire les enfants d’Israël.

Le rituel d’adultère

Détail souvent ignoré : la statue du veau est réduite en poussière et Moïse, mélangeant cette poudre à de l’eau la fait boire aux Israélites.

La prochaine fois qu’on verra ce genre de geste, ce sera en Nombres 5.18-22 :

Nombres 5:18-22 (NEG1979) ¹⁸Le sacrificateur fera tenir la femme debout devant l’Eternel; il découvrira la tête de la femme, et lui posera sur les mains l’offrande de souvenir, l’offrande de jalousie; le sacrificateur aura dans sa main les eaux amères qui apportent la malédiction. ¹⁹Le sacrificateur fera jurer la femme, et lui dira: Si aucun homme n’a couché avec toi, et si, étant sous la puissance de ton mari, tu ne t’en es point détournée pour te souiller, ces eaux amères qui apportent la malédiction ne te seront point funestes. ²⁰Mais si, étant sous la puissance de ton mari, tu t’en es détournée et que tu te sois souillée, et si un autre homme que ton mari a couché avec toi, ²¹– et le sacrificateur fera jurer la femme avec un serment d’imprécation, et lui dira: – Que l’Eternel te livre à la malédiction et à l’exécration au milieu de ton peuple, en faisant dessécher ta cuisse et enfler ton ventre, ²²et que ces eaux qui apportent la malédiction entrent dans tes entrailles pour te faire enfler le ventre et dessécher la cuisse! Et la femme dira: Amen! Amen!

Le geste de Moïse sert donc à symboliser la jalousie de l’Eternel, qui soupçonne son peuple d’adultère, et le met à l’épreuve (une ordalie).

Exode 32:26 (NEG1979) ²⁶Moïse se plaça à la porte du camp, et dit: A moi ceux qui sont pour l’Eternel! Et tous les enfants de Lévi s’assemblèrent auprès de lui.

L’appel de Lévi

Remarque singularité de la tribu de Lévi dans tout ce désordre : ils s’assemblent à l’appel de Moïse « A moi ceux qui sont pour l’Eternel ».

La conséquence historique de leur réponse à cet appel sera qu’ils seront mis à part pour le service de l’Eternel. En Exode 24, c’était le premier-né de chaque famille qui sacrifiait. Désormais, ce sera les fils de Lévi, consacrés au service du tabernacle à la place des premiers-nés de chaque famille. Chaque premier-né devra désormais être racheté.

Pierre-Sovann Chauny

Pierre-Sovann est professeur de théologie systématique à la Faculté Jean Calvin, à Aix-en-Provence. Il s'intéresse particulièrement à la doctrine des alliances, à l'interprétation des textes eschatologiques, à la scolastique réformée, aux prolégomènes théologiques et aux bons vins. Il est un époux et un père heureux.

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