Peter J. Leithart du Theopolis Institute a publié il y a 5 ans une série de 36 vidéos très brèves (entre 1:50 et 4:39 minutes) consacrées au livre de l’Apocalypse. Peter J. Leithart est l’auteur d’un très beau commentaire sur l’Apocalypse en deux volumes dans lequel il développe une interprétation prétériste jusqu’au chapitre 19 avec d’excellents arguments à mes yeux. Je retranscris ici en français les vidéos 8 à 12 de cette série.
8. Les messages aux Églises
Jean nous dit, au début de l’Apocalypse, que les visions qu’il voit concernent des événements qui sont sur le point de se produire : ils arriveront bientôt. Jésus vient bientôt. Ce sont des choses qui doivent advenir dans un avenir proche et nous devons comprendre les messages adressés aux sept Églises d’Asie Mineure dans ce contexte. Jésus s’adresse à ces sept Églises, situées dans une région intermédiaire entre Jérusalem et le centre de l’Empire romain, à la marge des grands centres. Ces sept Églises ne sont pas prêtes pour la venue de Jésus, ni pour l’effondrement du monde qui pointe à l’horizon.
Les messages adressés aux Églises présupposent que cet événement va arriver bientôt, et que les Églises doivent s’y préparer. Mais que dit Jésus pour les préparer à cet événement cataclysmique ?
Il y a beaucoup d’informations dans ces sept messages, mais certains éléments ressortent particulièrement :
L’un d’entre eux est que Jésus met en garde à plusieurs reprises contre la porneia, un mot souvent traduit par immoralité sexuelle. Et c’est effectivement ce qu’il signifie en premier lieu : l’immoralité sexuelle. Jésus avertit les Églises de ne pas se livrer à l’immoralité sexuelle. Mais dans le contexte de l’Apocalypse, la porneia est aussi associée à une infidélité spirituelle, aux alliances ou aux compromissions avec la prostituée, Babylone, qui est, je le crois, une figure de Jérusalem. La porneia ne se limite donc pas à l’immoralité sexuelle, mais a à voir avec l’infidélité et la pression que les chrétiens de cette période ont ressentie. Tout semblait s’effondrer autour d’eux : les Romains allaient commencer à les persécuter, les Juifs les persécutaient déjà. Il pouvait sembler judicieux, pour se protéger, de chercher refuge dans une alliance avec le judaïsme ou de trouver une sécurité sous l’aile de la prostituée. Jésus les avertit : ne faites pas cela ! Ne vous compromettez pas avec l’ancien monde qui passe. Cela semble plus sûr, mais ce ne l’est pas.
Jésus avertit également à plusieurs reprises contre la consommation de viandes sacrifiées aux idoles, et cela représente, me semble-t-il, une compromission dans l’autre sens : non seulement ils ne devaient pas retourner au judaïsme et à l’ancienne alliance, mais ils ne devaient pas non plus se compromettre avec l’ordre romain. Dans l’Empire romain, les sacrifices aux idoles faisaient partie de l’ordre civique. Participer à ces sacrifices ou fêtes signifiait trouver son identité dans la citoyenneté romaine. Les chrétiens pouvaient donc être tentés de participer, car cela leur offrait une protection : en tant que citoyens romains, ils bénéficiaient des droits et de la sécurité de l’empire. Mais Jésus leur dit de rompre leur dépendance vis-à-vis de l’Empire romain, tout comme ils devaient se détacher de l’ancien judaïsme. Ils devaient tenir ferme, sans compromis d’aucune sorte.
Un autre aspect important des messages est qu’ils sont adressés à toute l’Église, mais passent par l’ange de l’Église. Certains interprètes pensent que ces anges sont des anges gardiens, des esprits célestes qui veillent sur chaque Église. Mais cela n’a pas beaucoup de sens, car Jésus n’aurait pas besoin de demander à Jean d’écrire des lettres pour s’adresser à des anges spirituels. Cela semble assez étrange d’écrire pour s’adresser à des êtres spirituels. Je pense donc que ces anges sont probablement des messagers humains : les responsables des Églises. Les anges des sept Églises sont les pasteurs ou les évêques de ces sept Églises. Jésus s’adresse particulièrement à eux, les tenant responsables de garder l’Église de toute hérésie, de garder l’Église de toute personne attachée aux idoles ou attachée à la porneia, à la prostituée. Jésus veut que les pasteurs des Églises soient intransigeants envers l’hérésie, car c’est ainsi que l’Église peut se préparer à l’effondrement du monde.
Bien que Jésus s’adresse à une situation spécifique du premier siècle, ses messages aux Églises restent pertinents pour nous. Alors que nous voyons le monde autour de nous dans le tumulte et en déclin apparent, nous devons prendre ces messages à cœur. Ne cherchez pas la sécurité dans un empire. Ne cherchez pas la sécurité dans une fausse Église. Tenez fermement à Jésus seul. C’est seulement en Jésus que l’Église peut survivre et prospérer, quelles que soient les turbulences qui nous attendent.
9. La salle du trône céleste
Jean se trouve sur l’île de Patmos, souffrant à cause de son témoignage pour Jésus. Quand il lève les yeux, il voit une porte ouverte dans le ciel, et une voix l’appelle. Il passe par cette porte et, immédiatement, il se trouve dans la salle du trône céleste.
Il y a un intronisé, décrit simplement comme celui qui est sur le trône. Il a l’aspect de pierres précieuses, et ces pierres précieuses sont celles des tribus royales d’Israël : Benjamin et Juda. Ce personnage est l’archétype, l’original dont les rois davidiques sont les copies.
Jean voit une mer qui s’étend devant le trône, semblable à la mer du parvis du temple ou à la mer du firmament, qui ressemble à une mer cristalline. Autour du trône, Jean voit des anges, et au centre se trouve le trône, mais ce trône central est entouré de 24 autres trônes. Celui qui est sur le trône central est l’intronisé, mais il partage son pouvoir avec ceux qui l’entourent. Ces 24 vieillards représentent les 24 prêtres du temple céleste, l’original des 24 classes de prêtres que David avait établies pour le temple avant que Salomon ne le construise. Ces prêtres célestes symbolisent les rotations des prêtres dans le temple de Salomon.
Jean voit aussi quatre êtres vivants ayant des visages différents : un bœuf, un lion, un aigle et un homme. Ce sont les quatre visages des chérubins qu’Ézéchiel avait vus lorsque le Seigneur lui était apparu au bord du fleuve Kebar.
Jean entre dans le sanctuaire céleste. Il se trouve dans la salle du trône, un sanctuaire céleste sans séparation interne, debout devant l’original de l’arche. Jean a été élevé dans les cieux ; il est dans la salle du trône, le centre de commandement de l’univers, qui est également un lieu d’adoration. Chaque semaine, nous entrons nous aussi dans ce sanctuaire céleste en Christ, par l’Esprit. Nous sommes élevés dans les lieux célestes, nous pénétrons dans cette salle du trône, et nous partageons avec Jean cette vision de l’intronisé, entouré de ceux qui sont sur des trônes.
10. Les cieux ont une histoire
Jean est entré par la porte dans la salle du trône céleste, qui est aussi le sanctuaire céleste. Il se tient devant le trône de l’intronisé et voit les vingt-quatre anciens et les quatre êtres vivants se prosterner pour adorer celui qui est sur le trône. Cela pourrait sembler être un moment de répit face aux conflits et aux problèmes de la terre, mais en réalité, lorsqu’il entre dans la salle du trône céleste, Jean découvre qu’il y a un problème. Il y a un livre à la droite de l’intronisé. À cet endroit, il devrait y avoir un roi assis sur un trône, mais à la place, il y a un livre. Ce livre est fermé et scellé, et cela suscite un grand désarroi chez Jean.
Jean voit cela et se met à pleurer, car on recherche quelqu’un pour ouvrir le livre, mais personne n’est trouvé pour ouvrir ce livre : ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre. Personne ne peut ouvrir le livre. Jean pleure parce que ce livre est le livre du royaume. Sans quelqu’un pour l’ouvrir, le royaume ne viendra pas. C’est le livre scellé de Daniel, celui que Daniel devait sceller à la fin de ses prophéties, car ces prophéties n’étaient pas encore accomplies. Et si personne n’ouvre ce livre, ces prophéties ne seront jamais accomplies. Ce livre est aussi le livre de la conquête, le livre que Josué possédait alors qu’il entreprenait la conquête. Sans un roi pour tenir ce livre, un conquérant pour le porter, le royaume ne viendra pas, et la conquête n’aura pas lieu.
Alors que Jean se lamente, on lui dit que le lion de la tribu de Juda est là. Il se tourne, mais voit un agneau. Dans cette double signification, cette double image du lion et de l’agneau, nous voyons le fait qu’il est d’abord l’agneau sacrificiel qui s’offre pour nos péchés, et deuxièmement qu’il est le lion vengeur qui prend revanche sur nos ennemis. Cette vision nous montre que le ciel n’est pas un lieu fixe et statique, figé dans un état immuable. Des choses se produisent au ciel. Le ciel a une histoire, et cette histoire inclut l’apparition de l’agneau, du lion-agneau, Jésus-Christ.
11. Lion et agneau
Lorsque Jean entre pour la première fois dans la salle du trône céleste, il n’y a personne pour ouvrir le livre. L’agneau apparaît, qui est aussi le lion de la tribu de Juda : il s’agit de Jésus.
Et lorsque Jésus apparaît dans la salle du trône céleste, les choses commencent à changer. Les vingt-quatre vieillards adoraient déjà devant le trône, tout comme les quatre êtres vivants. Mais dès que Jésus apparaît, ils commencent à chanter. Soudain, ils ont des harpes, et ils jouent de la musique. Ils ne se contentent plus de louer en paroles, mais ils louent en chantant. Soudain, ils ont aussi des coupes d’encens, et les prières des saints montent vers le trône. Grâce à la présence de Jésus au ciel, les prières des saints peuvent parvenir au Père, qui les entend et y répond. Tout change autour du trône à cause de l’apparition de Jésus.
Jésus s’approche du milieu du trône, parmi les quatre êtres vivants. Jean semble dire que l’Agneau-Lion apparaît juste au centre des quatre êtres vivants, prenant leur place. Autrefois, les chérubins formaient le trône de Dieu : des créatures angéliques à quatre visages entouraient celui qui est sur le trône. Mais maintenant, c’est un être à deux visages, le Lion-Agneau, qui forme le trône de Dieu.
Dans sa vision initiale, Jean voyait sept esprits brûler devant le trône comme sept torches. Mais dès que Jésus apparaît, ces sept esprits deviennent les sept yeux de l’Agneau — les yeux ardents de l’Agneau qui éclairent tout ce qu’il regarde. Jésus prend possession de l’Esprit, et l’Esprit devient son Esprit.
En rassemblant tous ces éléments, nous réalisons que ce que Jean contemple est l’ascension de Jésus. Initialement, Jésus n’est pas encore au ciel. Puis il y monte. Comme Pierre l’a dit le jour de la Pentecôte, Jésus reçoit l’Esprit, qu’il répand ensuite sur l’Église. Jean a vu de son vivant Jésus partir de la terre pour monter au ciel. Et maintenant, en vision, par l’Esprit, Jean a le privilège de voir l’ascension depuis l’autre côté du firmament. Il voit Jésus apparaître au ciel, prendre le livre et commencer à en ouvrir les sceaux.
12. Là où l’histoire se produit en premier
Lorsque Jean voit l’Agneau apparaître dans le ciel, qui est aussi le Lion de la tribu de Juda, il assiste à l’ascension de Jésus, mais du point de vue du ciel. Cela nous donne une clé importante pour comprendre la structure de l’Apocalypse.
Au début de l’Apocalypse, Jean est informé qu’il va voir des choses qui doivent arriver bientôt. La majeure partie du livre va révéler des événements qui sont encore à venir pour Jean, mais dans un futur proche pour lui et ses premiers lecteurs. Cependant, l’histoire ne commence pas de cette façon. Les visions commencent en ramenant Jean en arrière dans le temps, à des événements qui se sont déjà produits, des événements auxquels il avait en fait lui-même assisté plus tôt dans sa vie. L’un de ces événements est l’ascension.
Nous verrons par la suite que Jean contemple, en vision, les effets du déversement de l’Esprit après que l’Agneau est monté au ciel et a reçu l’Esprit. Reconnaître qu’Apocalypse 5 est une vision de l’ascension de Jésus nous aide à comprendre le point de départ de l’histoire de l’Apocalypse. Jean voit d’abord des événements qui ont déjà eu lieu dans sa vie, puis l’histoire progresse vers des événements encore à venir. C’est une narration séquentielle, révélée dans l’ordre, mais il est crucial de comprendre le point de départ pour saisir ce qui se passe.
Cette vision est essentielle non seulement pour comprendre le livre de l’Apocalypse, mais aussi pour comprendre ce que la Bible nous enseigne sur le ciel. Le ciel n’est pas, comme nous l’avons vu, un lieu statique, mais un lieu qui a une histoire. Plus particulièrement, nous pouvons dire grâce à Apocalypse 5 que le ciel est l’endroit où les choses arrivent en premier. C’est le lieu où l’avenir a déjà eu lieu. Jésus n’est pas encore reconnu comme roi ici sur terre, mais il est reconnu comme roi au ciel. Jésus n’est pas encore intronisé ici sur terre, mais il est intronisé au ciel. Le monde n’est pas encore rempli de louanges, mais le ciel est plein de louanges, parce que Jésus, le Lion de la tribu de Juda, est monté au ciel.
Chaque semaine, au jour du Seigneur, nous entrons dans le ciel. Nous montons dans ce lieu où l’avenir a déjà commencé. Puis, nous sommes envoyés dans le monde comme des personnes qui ont goûté à l’avenir, qui ont vu l’avenir, qui ont touché l’avenir, afin d’apporter cet avenir que Dieu a préparé dans le monde qui nous entoure. L’Apocalypse est une liturgie, et elle nous enseigne sur notre propre adoration et sur ce que cela signifie de célébrer dans les lieux célestes. Cela signifie que nous avons le privilège d’accéder à l’endroit où l’histoire se produit en premier.
Illustration de couverture : J. Martin, Le dernier homme, huile sur toile, 1849, Liverpool, Walker Art Gallery.





0 commentaires