Prières réformées (15) : Seigneur, enseigne-moi à prier (Michel Le Faucheur)
25 octobre 2020

Pour encourager nos lecteurs dans leur dévotion et culte privé et leur faire découvrir la piété réformée, nous publierons régulièrement des prières d’auteurs réformés. Nous poursuivons avec une prière de Michel Le Faucheur (1585-1657) tirée de son livre Prières et méditations chrétiennes. Nous remercions Philippe Lacombe de Pensées 365 pour la mise en forme des textes.


Seigneur bon Dieu qui as donné ton Fils au monde pour sauver les croyants, et qui ne refuses jamais ton bon Esprit à tes enfants quand ils te le demandent ; comme par une charité qui surpasse mon entendement, tu m’as donné le Fils de ton amour. Par cette même charité, donne-moi l’Esprit de ta grâce, lequel me fasse connaître Jésus-Christ mon Seigneur, me rende témoignage que je suis du nombre de tes enfants, me fasse crier à toi, Abba Père, et par des soupirs qui ne peuvent s’exprimer te présente les désirs et les affections de mon coeur.

De moi-même, mon Dieu, je ne sais point ce que je dois prier ainsi qu’il appartient, mais fais que cet Esprit, ce bon Esprit, cet Esprit de science, de prière et d’amour, subvienne à ma faiblesse, intervienne lui même pour moi, et te fasse requête pour mon salut qui te soit agréable. Par cet Esprit, ô Père des lumières, illumine mon entendement dans la connaissance des biens qu’il me faut principalement désirer, afin que mettant en arrière toutes les choses de ce monde, sinon en tant qu’elle sont nécessaires durant cette vie à ma subsistance, je désire seulement les biens célestes et vraiment désirables, le pardon de mes fautes, la régénération de mon âme, ta connaissance, ta crainte, ton amour, et la gloire de ton paradis.

Que mon coeur brûle en moi du désir de ces biens, que jour et nuit, sain et malade, vivant et mourant, je te les demande, que pour les obtenir, j’épande en toute humilité mon âme devant toi, que je t’adjure en toute confiance par tes saintes promesses, que je me tienne incessamment à ta porte, gémissant, pleurant, et criant; que je proteste de jamais t’abandonner, que tu ne m’aies donné ta bénédiction ; et qu’ainsi je ravisse par violence le royaume des cieux.

Et parce, ô Dieu, qu’en ce royaume il n’entre rien de souillé, ni d’immonde, sanctifie-moi premièrement par la sainte inspiration de l’Esprit que je te demande. Sanctifie mon coeur, afin que selon ta promesse, étant pur de coeur, je voie ta face. Sanctifie mes lèvres, afin que je puisse avec hardiesse prendre ton nom et ton alliance dans ma bouche. Sanctifie mes mains, afin que levant en tout lieu mes mains pures au ciel, je trouve grâce devant toi, et que j’obtienne ton assistance en toutes mes nécessités corporelles et spirituelles.

Au demeurant, Seigneur, quoi que j’obtienne, fais que ta grâce me suffise, et que je bénisse toujours ton saint nom, n’ayant aucune volonté que l’accomplissement de la tienne. Et quoi qu’il me semble quelque fois que tu sois sourd à mes gémissements, fais que je ne me rebute point pour cela; mais que m’humiliant devant toi, je me rappelle combien de fois j’ai été sourd à tes commandements, à tes promesses, à tes menaces, et encore peut-être à mes frères, quand ils m’ont demandé assistance en ton nom; et que je persévère avec tant plus de repentance et de dévotion à implorer tes compassions sur mon âme, jusqu’à ce qu’enfin ayant pitié de ma langueur, tu envoies ton feu du ciel sur mes oblations, et que tu réduises en cendre mon holocauste.

En quelque état que je me trouve, soit en joie, soit en douleur, fais-moi la grâce, ô Dieu, que ce glorieux entretien, que pour l’amour de ton unique, et par l’entremise de ton Esprit, tu me donnes d’avoir avec toi, soit le plus fréquent des mes exercices et le plus délicieux de mes contentements, jusqu’à ce qu’enfin après t’avoir prié longtemps en ce siècle, je puisse te contempler dans l’autre siècle, où les désirs et les prières ne trouveront plus lieu, mais seulement les actions de grâces, et les bénédictions éternelles, pour les biens incompréhensibles que tu m’auras faits pour l’amour de ton Fils Jésus.

A toi Père, à toi Fils, à toi Saint-Esprit, notre seul et vrai Dieu, soit honneur, force et magnificence aux siècles des siècles.

Seigneur, enseigne-nous à prier. Luc 11.1

Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange. Psaume 51.17.

Illustration en couverture : Eastman Johnson (1824-1906), Child at prayer, 1873.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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