17 décembre 2020

« Pourquoi m’appelles-tu bon ? répondit Jésus, Il n’y a de bon que Dieu seul ! » (Lc 18:19) Jésus déclare ici que la bonté est dans un sens absolu uniquement possédée par Dieu : Dieu est bon. Il est souverainement bon !

Une erreur en ce qui concerne la bonté de Dieu serait de la réduire à de la bienveillance. La bienveillance est un aspect de la bonté, mais la bonté n’est pas que bienfaisance. Une chose est « bonne » lorsqu’elle correspond à ce qu’elle devrait être. Un bon couteau coupe, tandis qu’un couteau qui ne coupe pas est un mauvais couteau. Et Dieu est bon d’abord dans ce sens-là : il est le bon Dieu, parce qu’il est tout ce qu’on peut attendre que Dieu soit. Dieu est donc bon au sens métaphysique, en tant qu’il est l’être absolu et parfait, qui jouit en lui-même d’un bonheur parfait.

Mais Dieu, bien sûr, n’est pas seulement bon en lui-même, il est aussi bon pour nous. Il est le Dieu qu’il nous faut, la fontaine de tout bien. « Car auprès de toi est la source de la vie ; par ta lumière nous voyons la lumière. » (Ps 36:10) « Toute grâce excellente et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières. » (Ja 1:17) Tout ce que nous avons de bon dans cette vie nous vient de lui. Source de tous les biens qui découlent sur nous, Dieu manifeste sa bonté envers ses créatures suivant plusieurs axes :

  • Il y a la bonté générale de Dieu envers toutes ses créatures, cette perfection de Dieu qui le conduit à traiter généreusement et aimablement toutes ses créatures. « L’Éternel est bon envers tous, et ses compassions s’étendent sur toutes ses œuvres. » (Ps 145:9)
  • Il y a ensuite la grâce de Dieu qui est l’expression de la bonté de Dieu envers des créatures non seulement en absence de mérites, mais aussi en présence de démérites – cette grâce qui nous sauve. « Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus vivants avec Christ (c’est par grâce que vous êtes sauvés). » (Éph 2:4-5)
  • Il y a encore la miséricorde divine qui est l’expression de la bonté de Dieu envers ceux qui gisent dans la misère et la détresse, et ce indépendamment de leurs mérites ou de leurs démérites propres. Cette miséricorde, pitié ou compassion divine est forcément au cœur de la louange d’un peuple qui se sait misérable et désemparé, comme le souligne le fameux refrain du Ps 136 : « car sa miséricorde dure à toujours ».
  • Il y a enfin la patience divine qui est cet aspect de la bonté de Dieu en vertu de laquelle il tolère temporairement ceux qui font preuve d’une désobéissance acharnée. Pierre nous en parle ainsi : « Croyez que la patience de notre Seigneur est votre salut. » (2 P 3:15)

Et Dieu est non seulement pour nous la source de tout bien, mais il est bien plus encore le summum bonum, le souverain bien, celui en qui nous pouvons et devons chercher notre bonheur, notre plus grand bien. La bonté de Dieu envers nous ne consiste donc pas seulement dans la communication de certains biens dont il nous fait part mais aussi en ce que Dieu se communique lui-même à nous dans une relation interpersonnelle. On parle alors de l’amour divin qui est précisément cette perfection divine par laquelle il se dispose à se communiquer lui-même. Ce caractère relationnel de l’amour divin est particulièrement mis en évidence par un verset comme 1 Jn 3:1 qui emploie le langage de la filiation et de l’amour paternel pour l’évoquer : « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ! Et nous le sommes. »

Quelle joie d’être ainsi appelés ses enfants qu’il aime ! La grâce qui nous est faite doit nous émerveiller : nous sommes non seulement les objets de sa bienveillance, de sa patience, de sa miséricorde, mais plus encore les destinataires spécifiques de sa grâce qui fait de nous ses enfants et de l’amour tout paternel qu’il exerce envers nous. Grâces soient rendues à Dieu pour son immense amour !


Illustration : la main de Dieu dans l’Ascension, enluminure du Sacramentaire de Drogon, IXe siècle (Paris, Bibliothèque nationale).

Pierre-Sovann Chauny

Pierre-Sovann est professeur de théologie systématique à la Faculté Jean Calvin, à Aix-en-Provence. Il s'intéresse particulièrement à la doctrine des alliances, à l'interprétation des textes eschatologiques, à la scolastique réformée, aux prolégomènes théologiques et aux bons vins. Il est l'heureux époux d'une femme extraordinaire et père de deux enfants formidables.

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