Prières réformées (30) : prière sur la Pâque ancienne — Bénédict Pictet
21 février 2021

Pour encourager nos lecteurs dans leur dévotion et culte privé et leur faire découvrir la piété réformée, nous publierons cette année encore des prières d’auteurs réformés. En ce temps de préparation à Pâques, nous proposerons des prières sur ce thème. Nous poursuivons avec une prière de Bénédict Pictet, tirée de son livre Prières pour tous les jours de la semaine. Nous remercions Philippe Lacombe de Pensées 365 pour la mise en forme des textes.


Je ne lis jamais, mon Seigneur et mon Dieu, la manière dans laquelle tu délivras ton ancien peuple de la servitude d’Égypte, sans admirer ta puissance infinie, ta sagesse incompréhensible, et surtout ta bonté ineffable envers ton Israël. Que ne fis-tu pas, ô Éternel ! pour tirer ta nation sainte, et ton peuple élu des mains du cruel tyran qui le tenait esclave. On n’avait jamais rien entendu de semblable, et les yeux n’ont point vu de Dieu que toi, qui fit de telles choses pour ceux qui s’attendent à lui.

Mais mon étonnement s’augmente quand je fais réflexion sur ce que tu ordonnas à cet ancien peuple, avant que de le faire sortir de son triste esclavage, et sur ce qui arriva, après qu’ils eurent exécuté tes ordres. Tu leur commandas de prendre un agneau, et de l’immoler, d’arroser de son sang les poteaux de leurs portes, de le rôtir au feu, d’en manger avec des herbes amères et des pains sans levain ; et ton ange épargna tous ceux dont les portes furent teintes du sang de cet agneau, pendant qu’il tua tous les premiers-nés des Égyptiens : ce qui fut suivi de la délivrance de ton Israël, qui d’une très amère servitude passa dans une douce liberté.
Ô mon Dieu, comment se peut-il que le sang d’un agneau ait fait ce que les foudres et les tonnerres, ce que les eaux du Nil changées en sang, des ténèbres épaisses, des sauterelles et des moucherons, et d’autres miracles n’avaient point pu exécuter ! Quelle vertu avait ce sang en lui-même pour détourner la mort des maisons, où il avait été répandu, et pour l’attirer dans celles où il n’en paraissait aucune trace ? Pourquoi fallait-il que ton ange eût une marque, à laquelle il put distinguer les enfants de Jacob d’avec les Égyptiens, comme s’il ne les connaissait pas ?

Je ne saurais trouver, ô mon Dieu ! aucune raison de ces choses, qui satisfasse mon esprit, qu’en reconnaissant ici un admirable type de ce que tu as fait pour nous dans l’accomplissement des temps, et de la miraculeuse délivrance et de la rédemption éternelle que ton cher Fils nous a acquise par son précieux sang. Je trouve dans ton Bien-aimé le corps de toutes ces ombres, et la vérité de toutes ces figures. C’est par lui que tu nous as tirés des mains du Pharaon infernal et de la puissance des ténèbres, et que tu nous as transportés au royaume de ta merveilleuse lumière.

C’est ce divin Agneau, sans tache, qui ayant été tiré d’entre les hommes, et consacré pour être la victime du monde, a été immolé sur la croix, et même, par un effet de ta providence, dans le jour que l’ancien agneau devait être égorgé. Tu l’avais destiné pour ôter les péchés du monde, et il les a ôtés par son sang. Ce sang a éteint les ardeurs de ta juste colère ; et étant ainsi apaisé envers nous, tu nous as épargnés sans nous frapper de ce glaive mortel, dont nous avions mérités de recevoir le coup. Ton Agneau nous a délivrés de la servitude spirituelle, où nous étions sous le joug du péché, et nous a faits d’esclaves du démon, ton peuple libre, ta royale sacrificature.

Béni sois-tu à jamais, ô notre grand Dieu ! pour tes inestimables faveurs. Il n’en coûta aux Israélites que quelques agneaux ; mais tu nous as donné ton Fils pour être notre Agneau, parce qu’il était impossible que le sang des agneaux et des boucs expiât nos péchés, et que ta Justice demandait une victime d’un prix infini. Tu as même exposé cet Agneau à toutes les ardeurs de ton indignation, et tu nous appelles à en manger la chair dans le sacrement de la Sainte Cène.

Ô mon Dieu ! que je désire de manger cette chair vivifiante : mais fais que je m’y prépare avec soin, afin que mon âme en soit nourrie. Fais aspersion de son sang, par ton Esprit, sur ma conscience, afin que je n’aie rien à craindre de ta justice, et qu’après avoir achevé mes pèlerinages, je puisse passer dans ta Canaan céleste, où ma Pâques s’accomplira dans ton royaume, où je vivrai et règnerai éternellement avec toi.

Amen.

Illustration en couverture : Pâque, Palma Le Jeune (1544-1628).

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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