Le danger des richesses terrestres (3/3)
28 août 2022

Voici la dernière de trois nouvelles méditations sur l’épître de Jacques. Ces méditations suivront le plan suivant :

1/3 : Avertissements bibliques quant aux richesses terrestres

2/3 : Le pauvre et le riche face aux richesses terrestres

3/3 : Le pauvre et le riche face à l’Évangile


Après avoir considéré dans le précédent article les défis plus spécifiques que pose l’argent pour le chrétien pauvre et le chrétien riche, voyons maintenant quel est le moyen qu’ils ont à leur disposition pour lutter contre ces dangers qui guettent leur âme. Si les problèmes sont différents, la solution quant à elle est commune au riche et au pauvre : rester constamment au contact de l’Évangile. Ce qui est magnifique avec l’Évangile, c’est que la sagesse de Dieu y transparaît avec tellement d’évidence que ce message unique, et assez simple à comprendre finalement, répond à toutes les situations en un mot : Jésus-Christ.

le pauvre Face à l’Évangile

Cette vie éternelle, ce Graal que les plus riches dans leur folie pensent pouvoir acquérir, voir même créer par leur argent, appartient au chrétien, même le plus pauvre, en Jésus-Christ. L’enfant de Dieu le plus pauvre sur cette terre possède infiniment plus que le plus riche des hommes, car Christ vit en lui et qu’il possède l’héritage de la vie éternelle.

Si le frère de basse condition pense ne rien valoir, alors qu’il prêche ces vérités à son âme, qu’il se souvienne que sa valeur n’est pas alignée sur ses biens peut-être inexistants, mais sur la personne de Jésus-Christ, la plus glorieuse et la plus riche qui soit, et que ce même Jésus-Christ a décidé de faire de cet humble frère son temple, malgré le fait qu’aux yeux des hommes et selon les standards de ce monde, il ne vaut rien et n’attire pas les regards. N’est-ce pas ainsi que notre Sauveur a lui-même vécu sur terre ?

Si le Christ s’est revêtu d’humilité afin que le plus humble des hommes puisse devenir son glorieux temple, alors il est impossible que le chrétien le plus pauvre se sente encore indigne, puisqu’il est glorifié par le Fils aux yeux de Dieu.

le riche Face à l’Évangile

Quant au riche, nous avons vu qu’il risque de se confier et d’aimer d’avantage ses richesses que Jésus-Christ. L’Évangile lui rappelle alors qui il est véritablement, en le mettant à nu, en le dépouillant de tous ses atours et son illusion de gloire et de puissance.

Toi qui es riche, n’oublies pas que tu es un vers, comme tous les autres, ta vie n’est qu’un souffle, tu es comme la fleur de l’herbe qui flétrit au soleil, Dieu reprendra ta vie quand il l’entend et les richesses qu’il t’a gracieusement accordées ne changeront rien à cela. Tu n’es rien sans lui dans cette vie et pourtant tu t’es laissé aveugler par toutes les preuves de sa bonté qu’il t’a donné et tu l’as chassé de ton cœur en le remplaçant par Mammon, pour finir par lui être entièrement soumis.

Les grâces de Dieu sont devenues ta pierre d’achoppement et tu as oublié de prendre soin de ton âme, au point que tu risques de la perdre. Humilie-toi, rappelle-toi qui t’a créé, qui t’a habillé si richement et qui t’accorde la vie jour après jour pour que tu puisses en profiter : n’est-ce pas l’Éternel ? Et sans parler de cette vie terrestre, n’est-ce pas lui qui t’a accordé, en plus de tout le reste, la repentance et le salut de ton âme, en sacrifiant ce qu’il avait de plus précieux, son fils, Jésus-Christ, à cause de tes péchés ? Cesse donc de te glorifier dans tes richesses et de regarder de haut ceux qui n’ont rien : c’est par un homme semblable à eux que tu échappes à l’enfer.

Riche, cesse donc de te glorifier dans tes richesses et de regarder de haut ceux qui n’ont rien : c’est par un homme semblable à eux que tu échappes à l’enfer.

Détache ton regard de tes trésors terrestres et prends de la hauteur sur ton existence ; nu tu es sorti du sein de ta mère et nu tu retourneras à la terre.

Aucune richesse ne t’accompagnera dans la tombe et c’est nu que tu te présenteras devant ton créateur, qui n’aura que faire ce jour-là de tes manteaux de luxe, mais seulement du manteau de justice de son Fils bien aimé, dont tu as intérêt à être revêtu.

Riche, ne laisse par les richesses que Dieu t’accorde te bercer d’illusions pour finir par t’aveugler ; rappelle-toi ta condition d’humble créature, et le fait que la seule vraie valeur que tu possèdes est la même que celle de ton frère de basse condition : c’est à dire Jésus-Christ qui vit en toi, non pas parce que tu es riche, mais bien parce que Dieu est riche en miséricorde.

Voici comment l’Évangile est la seule et unique réponse aux dangers que représentent les richesses pour l’âme du pauvre et du riche : l’Évangile leur rappelle qu’ils ne sont rien par eux-mêmes ou par leurs biens, mais qu’ils ont tout par Jésus-Christ et qu’ils sont tout en Jésus-Christ.

Au terme de ces considérations, qu’en est-il pour vous ? Quelle est votre échelle de valeur, sur laquelle vous vous évaluez vous ainsi que les autres ? Est-ce le manque ou l’abondance de richesses matérielles, ou bien votre nouvelle identité en Jésus-Christ ? Qu’est-ce qui procure de la paix à votre âme ? Un compte en banque bien remplit ou l’Éternel, le Dieu des armées, votre Père céleste qui veille sur vous ? Êtes-vous suffisamment en paix, détaché des biens de ce monde pour prendre soin de votre âme, qui elle, contrairement à eux, vivra éternellement ? Y pensez-vous seulement ?

Si ce n’est pas le cas, vous connaissez la solution : ouvrez votre Bible et méditez encore et encore sur l’Évangile qui vous a été annoncé et que vous avez reçu, pour que vous soyez renouvelés dans l’appréciation de votre nouvelle identité en Jésus-Christ, et dans votre zèle à amasser des trésors, non pas ici-bas, mais dans les cieux.

Bénéfices du riche et du pauvre pour l’Église locale

Lorsque tous les frères et sœurs d’une assemblée, quel que soit leur condition, se voient eux-mêmes et les autres par cette perspective de l’Évangile, alors quelque chose de magnifique se passe. Et je voudrais terminer cette série sur ce point, en revenant à une application plus pratique de ces versets pour notre vie d’Église. Car jusqu’ici nous avons considéré le problème et la solution au niveau individuel, mais la finalité, c’est que nous nous retrouvons tous, avec nos niveaux de vie différents, dans une Église locale. Dieu aurait pu choisir de nous rendre automatiquement riche au moment de notre conversion, mais il a choisi de conserver au sein de son peuple des niveaux de richesse très différents, et je pense que cela est bon pour nos âmes qu’il en soit ainsi, et c’est ce que nous allons considérer maintenant.

Si chaque membre d’une Église locale applique les conseils que nous venons de considérer, c’est-à-dire s’il évalue sa dignité et celle des autres à la lumière de l’Évangile du Christ, alors il est très probable que cette Église sera saine, que le pauvre ne jalousera pas et ne convoitera pas le riche, et que le riche ne dénigrera pas le pauvre et ne fera pas fièrement étalage de ses biens.

Ce que je veux dire par là c’est qu’en préservant notre âme des attaques de Satan par les richesses, nous préserverons aussi celles de nos frères et sœurs.

La solution et le résultat sont les mêmes : nous rappeler continuellement notre identité et notre citoyenneté céleste commune en Christ. Si nous adoptons tous cette même échelle de valeur, et que la dignité de chacun est calquée non plus sur la gloire des richesses terrestres, mais sur la gloire de Jésus-Christ, alors il n’y aura effectivement plus ni pauvre ni riche dans cette Église, car tous seront égaux en dignité par Jésus-Christ qui vit en eux.

Il est donc important de me rappeler que chaque frère et sœur autour de moi, quelque soit sa condition matérielle, a la même dignité que moi et que tous les autres.

C’est de cette manière que le pauvre et le riche préserverons leur âme et celle de leur frère, sans que les richesses ne soient une pierre d’achoppement entre eux ; en considérant que le Sauveur qu’ils ont en commun est bien plus important et chérissable que tous les biens qu’ils peuvent posséder.

Mais maintenant que nous savons comment nous préserver, voyons quatre façons dont ces contrastes de richesse que Dieu a conservés en son Église peuvent nous enseigner et même nous bénir.

  • Les contrastes de richesses permettent à chacun, et notamment aux plus riches, de pratiquer les bonnes œuvres :

Nous voyons par-là que cette phrase bien connue est tout à fait vraie : de grands privilèges impliquent de grandes responsabilités. Si Dieu vous accorde une aisance matérielle, c’est pour vous apprendre à en faire bénéficier ceux qui ont moins. Ceux à qui Dieu a confié beaucoup seront davantage redevables de la manière dont ils auront administré leurs biens.

Le pauvre est un bon exemple pour le riche dans sa manière de prier et de dépendre concrètement de Dieu presque au jour le jour, et le riche est un bon exemple pour le pauvre dans sa manière d’aider, de donner et de partager généreusement avec les autres.

De cette manière le riche et le pauvre sont autant d’opportunités de travailler mutuellement à leur sanctification.

  • Les contrastes de richesse permettent de rappeler à chacun la réalité de l’existence :

Ils rappellent au pauvre que Dieu peut toujours lui accorder la prospérité, ce qui le garde du fatalisme et du négativisme, et au riche que Dieu peut toujours lui reprendre ce qu’il lui a donné, ce qui le garde de l’orgueil, de l’insouciance, et de l’autonomie vis à vis de Dieu. De cette manière, le riche et le pauvre s’aident mutuellement à garder une vision et une attitude équilibrées dans cette vie sur terre.

  • Les contrastes de richesse permettent de rappeler de manière concrète et visuelle les différentes facettes du Dieu de notre salut :

Le pauvre a besoin du riche pour se rappeler la générosité de Dieu et l’opulence du monde à venir. Le riche a besoin du pauvre pour se rappeler qu’il est pauvre spirituellement, et que Jésus-Christ lui-même s’est revêtu d’humilité pour le sauver, ce que ses richesses ne pourront jamais faire pour lui.

Nous avons tous besoin d’avoir une compréhension la plus juste et complète possible de la personne de notre sauveur, et en cela, dans leur condition respective, le pauvre et le riche s’aident mutuellement.

  • Les contrastes de richesse permettent de nous rappeler de manière concrète et visuelle les différentes facettes de notre salut.

Le pauvre nous rappelle davantage notre condition spirituelle sans Christ ; pauvre, misérable, sans espoir, et aussi l’humilité de l’incarnation du Christ. Le riche nous rappelle davantage notre nouvelle condition en Christ et la gloire de son règne et de notre héritage céleste.

Si le riche est amené à être humilié, cela est bon pour lui car cela l’empêche de se confier en ses richesses et d’oublier son âme. Si le pauvre est amené à être béni et élevé par ses frères plus aisés, cela est bon pour lui car cela lui rappelle la fidélité, la générosité, la prospérité de son Dieu qui l’a sauvé par grâce.

Le riche aura naturellement plus de difficulté à se réjouir de sa nouvelle condition en Christ car le contraste lui semblera moins fort, la nécessité moins grande, et le désir de quitter ce monde moins pressant que pour le pauvre. C’est pourquoi être proche de frères bien plus modestes que lui l’aidera à se rappeler de cela.

Ainsi le riche et le pauvre peuvent mutuellement s’aider à chérir davantage la beauté de leur salut commun.

Voici quelques raisons pour lesquelles nous pouvons aller jusqu’à dire qu’une Église avec différents niveaux sociaux est bénéfique pour l’âme de ses membres. Et tous ces rappels pointent ensemble vers la finalité commune du pauvre et du riche : la vie éternelle dans la présence du Christ, dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre : c’est là que les deux achèveront leur course.

Dieu est riche et il aime que son peuple le soit aussi. Nous ne devons pas oublier que dans le nouveau monde, plus personne ne connaîtra la privation et la pauvreté. La richesse et la prospérité sont bonnes et souhaitables, comme la santé, ou la beauté physique. Le problème c’est que notre péché nous pousse à avoir des désirs et des pratiques déréglés dans tous les domaines.

Mais dans une éternité où il n’y a que des hommes et des femmes rendus parfaits par l’œuvre de Dieu, toutes ces choses peuvent à nouveau avoir pleinement leur place, sans que notre péché et ses conséquences viennent les corrompre. Et c’est cela, la finalité commune des chrétiens, pauvres et riches, qui auront persévéré dans la foi jusqu’au bout : une vie de paix, de prospérité, de consolation et de joie parfaite auprès de leur Sauveur.

CORAM DEO

Pour conclure, nous pouvons maintenant répondre à notre question initiale : En tant que chrétien, riche ou pauvre, comment préserver notre âme face aux richesses de ce monde ?

N’oublions jamais que la source du problème, que les richesses ne font qu’accentuer, c’est un cœur partagé entre le ciel et le monde. Ainsi, gardons le bon objectif : nous préparer, corps et âme, à prospérer dans la vie éternelle, et non ici-bas.

Ne repartons pas tête baissée dans notre vie sans examiner notre cœur : y a-t-il en nous de l’insatisfaction, de la convoitise, de la jalousie ? Ces péchés peuvent être là peu importe notre niveau de prospérité. Si nous sommes pauvres, ne convoitons pas, soyons satisfaits, confiants, et prenons plaisir dans les richesses spirituelles que Dieu nous accorde en Christ dès ce jour, et à jamais. Si nous sommes riches, remercions alors Dieu pour sa générosité et demandons de la sagesse pour administrer ces richesses. Prenons garde de ne pas être aveuglés par les richesses au point d’en oublier notre âme.

Chers lecteurs, nous avons beaucoup à gagner à mettre en pratique ces conseils, individuellement et en tant qu’Église. Travaillons à accumuler des trésors, oui, mais dans les cieux ! Chérissons notre vrai trésor, chérissons Jésus-Christ, qui nous a rendu notre dignité par ses œuvres de justice ! Alors, lorsqu’il reviendra instaurer la nouvelle création, nous retrouverons tous ces trésors spirituels et éternels que nous aurons accumulés et qu’il aura gardés pour nous selon ses promesses, le plus grands de tous ces trésors étant le regard rempli d’amour qu’il posera sur nous.


Illustration : Ferdinand Bol, Cyrus rend le trésor qui avait été volé du temple de Jérusalem, huile sur toile, 1655-1669 (Amsterdam, Rijksmuseum).

Nathanaël Fis

Nathanaël est ancien en formation à l'Eglise Bonne Nouvelle à Paris où il vit avec sa merveilleuse épouse Nadia. Il étudie la théologie au Birmingham Theological Seminary.

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