Cette brève méditation fut partagée en ouverture de culte à l’Église Bonne Nouvelle. Elle visait à appeler l’assemblée à l’adoration, tout en préparant les cœurs à la prédication du jour. Je publierai régulièrement ces exhortations dominicales, afin qu’elles contribuent, Dieu voulant, à votre édification en ce jour du Seigneur.
Lors de la retraite de notre Eglise la semaine dernière, j’eus l’occasion de rappeler à certains enfants que je surveillais pendant qu’ils jouaient dehors, que Dieu avait créé tout ce qui les entourait. Et ils eurent une intuition intéressante, en disant que « Dieu n’avait créé que ce qui est beau », et donc que tout ce qu’ils trouvaient moche, ce ne pouvait être Dieu qui l’avait créé. Et si cela n’est certes pas correct doctrinalement parlant, je pense que leur intuition témoignait quelque part de l’idée du Dieu beau, bon, et parfait, qu’ils avaient en tête. Et pour eux, un tel Dieu ne pouvait avoir créé des choses qui les dégoûtaient. Comme je n’allais pas entrer dans des explications compliquées à ce moment-là, je me suis contenté de confirmer qu’en effet, tout ce que Dieu a créé est beau, car Dieu lui-même est infiniment beau et bon, et la source de toute beauté.
Il y a un jeu d’interaction sociale appelé « opinion controversée » (unpopular opinion) qui consiste à évoquer, lorsque l’on est avec un groupe d’amis, un avis, généralement tranché, et qui va à l’encontre de l’opinion majoritaire sur le sujet. Si je devais jouer à ce jeu avec vous ce matin je dirais « la beauté n’est pas subjective, mais objective ». Combien de fois avons-nous entendu, lors d’un désaccord sur la beauté d’une peinture, d’une maison, ou d’un animal : « ah mais c’est normal, la beauté, c’est subjectif ». Pour commencer, la phrase est incorrecte, car ce qu’elle cherche à dire en réalité, ce n’est pas tant que la beauté en soi est subjective, mais plutôt que notre appréciation de la beauté est subjective. Et cela est déjà plus correct.
Car j’ai l’intime conviction que tout comme Dieu a décrété, en accord avec sa personne, ce qui est bien et ce qui est mal, il a aussi décrété ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Et tout comme le péché corrompt le cœur de l’homme naturel en le faisant aimer ce qui est mal et rejeter ce qui est bien, il corrompt aussi notre appréciation de ce qui est beau et de ce qui ne l’est pas.
Il y aura bien sûr entre les chrétiens authentiques sur terre, et même dans l’éternité, je le crois, des degrés d’appréciation sur des choses objectivement belles : nous ne serons pas tous sensibles aux mêmes choses et à la même intensité. Mais je pense que deux chrétiens glorifiés ne pourront pas dire d’un même sujet « je trouve cela beau et je trouve cela moche » ; car tout comme notre moralité sera rendue parfaite, notre appréciation de ce qui est beau le sera aussi.
Et il y a évidemment un sujet qui ne devrait aucunement faire débat entre nous, que ce soit dans cette vie ou dans celle à venir. Nous devons reconnaître avec ces enfants que je mentionnais, que Dieu, notre créateur, notre sauveur et notre Père, est infiniment beau.
Et n’est-ce pas là le meilleur exemple qui confirme la réflexion que je viens de vous partager ? Qui d’entre nous, avant que l’Esprit-Saint ne régénère son cœur, trouvait Dieu beau ? Et je ne parle pas de l’idée que vous aviez de Dieu, mais du seul vrai Dieu tel qu’il se révèle dans sa création et plus précisément encore dans sa Parole. Aucun de nous ne peut dire qu’il ne détestait pas ou n’était pas indifférent à ce Dieu objectivement beau avant sa conversion, et aucun de nous ne peut dire ce matin qu’il ne trouve pas que ce Dieu majestueux est la source de toute beauté et l’être le plus beau qui ait jamais existé. Lorsque Dieu transforma notre cœur, notre appréciation de ce qui est beau et laid changea. Et je ne parle évidemment pas uniquement de beauté sensorielle ici, mais de beauté de caractère, de beauté relationnelle : tout en Dieu est beau ; il est l’essence même de la beauté.
Et l’effet le plus évident qui résulte de notre contemplation d’un beau paysage, de la dégustation d’un bon plat, d’une bonne soirée entre amis, de la lecture d’un bon poème, ou de l’écoute d’une belle mélodie ; c’est que nous ressentons du plaisir, et de la joie. La beauté nous fait du bien, car Dieu a créé un lien indissociable entre la beauté et la joie.
La beauté nous fait du bien, car Dieu a créé un lien indissociable entre la beauté et la joie.
Nous sommes donc venus à ce culte, frères et sœurs, goûter à la joie suprême, celle que seule la contemplation de notre Dieu, qui est l’essence de la beauté, peut nous procurer. Cette joie-là surpasse de loin toutes les autres, et personne ne pourra jamais vous la retirer, car personne ne pourra jamais vous séparer de sa source, qui est le Christ, auquel vous êtes éternellement unis.
Par la grâce de Dieu, nos yeux se sont ouverts sur la mocheté de notre péché, et sur la glorieuse beauté du Christ crucifié et ressuscité ; et ainsi, nous avons redécouvert le chemin qui mène à la vraie joie, une joie profonde, indépendante des circonstances de nos vies, et qui nous accompagnera jusque dans l’éternité.
Et afin de réchauffer nos cœurs dans ce sens, je vous invite à vous lever pour lire ensemble le Psaume 16, où le roi David exprime tout le réconfort et la joie qu’il trouve auprès de Dieu.
Hymne de David. Garde-moi, ô Dieu ! car je cherche en toi mon refuge.
Je dis à l’Éternel : Tu es mon Seigneur, Tu es mon souverain bien !
Les saints qui sont dans le pays, Les hommes pieux sont l’objet de toute mon affection.
On multiplie les idoles, on court après les dieux étrangers : Je ne répands pas leurs libations de sang, Je ne mets pas leurs noms sur mes lèvres.
L’Éternel est mon partage et mon calice ; C’est toi qui m’assures mon lot ;
Un héritage délicieux m’est échu, Une belle possession m’est accordée.
Je bénis l’Éternel, mon conseiller ; La nuit même mon cœur m’exhorte.
J’ai constamment l’Éternel sous mes yeux ; Quand il est à ma droite, je ne chancelle pas.
Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l’allégresse, Et mon corps repose en sécurité.
Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption.
Tu me feras connaître le sentier de la vie ; Il y a d’abondantes joies devant ta face, Des délices éternelles à ta droite.
Psaume 16
Prière
Ô Dieu tout-puissant, Toi qui es l’objet suprême de notre contemplation, Nous élevons nos yeux vers toi, émerveillés par ta beauté infinie.
Pardonne-nous, Père, Car nos cœurs, encore trop souvent, se détournent. Ils fabriquent des idoles de poussière, Des illusions auxquelles nous confions notre joie, Alors que toi seul peux rassasier nos âmes.
Nous confessons que rien, non rien, Ne peut nous rendre plus heureux Que de contempler le visage de notre Seigneur Jésus-Christ, Et d’anticiper avec espoir le jour Où nous marcherons à ses côtés Dans les nouveaux cieux et sur la nouvelle terre.
Saint-Esprit de Dieu, Souffle sur nos cœurs en cet instant. À travers les chants, les prières et la prédication, Renouvelle en nous le feu de l’adoration. Ouvre nos yeux pour voir la beauté de notre Dieu, Ouvre nos lèvres pour la célébrer, Ouvre nos cœurs pour en être transformés.
Ainsi, notre joie sera pleine, Et ton nom sera exalté.
Au nom glorieux de Jésus-Christ, nous prions. Amen.
Illustration : A Lady in a Lilac Dress With Flowers, Władysław Czachórski, 1885.
Nathanaël est assistant pastoral à l'Eglise Bonne Nouvelle à Paris. Il est l'heureux époux de Nadia et père de Louis et Hugues. Il étudie la théologie à Thirdmill Institute.
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