Le culte qui plaît à Dieu – Psaume 50
9 novembre 2025

Ce qui suit est une méditation donnée lors du culte du soir de l’Église de la Trinité de Lille, en guise d’exposé des questions 116 à 118 du catéchisme de Heidelberg, questions qui concernent la prière.


Psaume d’Asaph

Dieu, Dieu, l’Éternel, parle et convoque la terre, Depuis le soleil levant jusqu’au couchant.
De Sion, beauté parfaite, Dieu resplendit.

Il vient, notre Dieu, il ne reste pas en silence ; Devant lui est un feu dévorant, Autour de lui une violente tempête.
Il crie vers les cieux en haut Et vers la terre, pour juger son peuple :

Rassemblez-moi mes fidèles, Qui concluent une alliance avec moi par le sacrifice !
Et les cieux annonceront sa justice, Car c’est Dieu qui est juge. Pause.

Écoute, mon peuple ! et je parlerai, Israël ! et je témoignerai contre toi. Je suis Dieu, ton Dieu.
Ce n’est pas pour tes sacrifices que je te fais des reproches ; Tes holocaustes sont constamment devant moi.
Je ne prendrai pas un taureau de ta maison, Ni des boucs de tes bergeries.
Car tous les animaux de la forêt sont à moi, Toutes les bêtes des montagnes par milliers ;
Je connais tous les oiseaux des montagnes, Et tout ce qui se meut dans les champs m’appartient.
Si j’avais faim, je ne te le dirais pas, Car le monde est à moi et tout ce qui le remplit.
Est-ce que je mange la chair des taureaux ? Est-ce que je bois le sang des boucs ?

En sacrifice à Dieu, offre la reconnaissance, Accomplis tes vœux envers le Très-Haut,
Invoque-moi au jour de la détresse ; Je te délivrerai, et tu me glorifieras.

Et Dieu dit au méchant : Quoi donc ! tu énumères mes prescriptions, Et tu as mon alliance à la bouche,
Toi qui détestes l’instruction, Et qui jettes mes paroles derrière toi !
Si tu vois un voleur, tu te plais avec lui, Et ta part est avec les adultères.
Tu livres ta bouche au mal, Et ta langue tisse la tromperie.
Tu t’assieds et tu parles contre ton frère, Tu diffames le fils de ta mère.

Voilà ce que tu as fait, et je me suis tu. Tu t’es imaginé que j’étais comme toi, Mais je vais te faire des reproches et tout mettre sous tes yeux.
Comprenez donc cela, vous qui oubliez Dieu, De peur que je ne déchire, sans que personne délivre.

Celui qui, en sacrifice, offre la reconnaissance me glorifie, Et à celui qui veille sur sa voie Je ferai contempler le salut de Dieu.

Introduction

Notre pasteur a dit quelques fois déjà qu’une façon de faire rougir de honte un pasteur était de lui demander comment allait sa vie de prière. Et cela vaut certainement pour les chrétiens en général. Il est difficile lorsque l’on considère notre vie, de ne pas sentir notre inadéquation dans ce domaine.

Il y a là quelque chose de « normal » depuis la chute (c’est-à-dire quelque chose de très anormal en réalité puisque la chute est une chose très anormale). Le propre du péché est en effet précisément de nous séparer de Dieu et nous sommes donc des êtres réticents à venir à Dieu, maladroits lorsque nous le faisons, remplis de doutes, de craintes, de dispositions imparfaites. Il est difficile pour un pécheur de s’approcher de Dieu. En fait, si l’on a bien compris l’Écriture, il est impossible pour un pécheur de s’approcher de Dieu. Il y a une double impossibilité : nous sommes coupables et ennemis de Dieu et nos fautes se dressent entre lui et nous mais nous sommes également rebelles et nous ne voulons pas venir à Dieu, à moins qu’il nous attire lui-même à lui. L’une des premières conséquences de la chute telle qu’elle nous est racontée c’est que les êtres humains sont bannis de la présence de Dieu, chassés à l’Est du jardin d’Éden.

Mais pour nous qui avons été réconcilié avec Dieu par la mort de son Fils et qui avons reçu par son Esprit un nouveau cœur qui aspire au contraire à être proche de Dieu, nous avons encore besoin d’instruction sur la prière et d’encouragement à celle-ci. La voie est ouverte, mais il nous est souvent encore pénible d’y marcher. L’esprit est bien disposé, mais la chair est faible. Et alors que dans les semaines à venir nous allons étudier le Notre Père dans les cultes du soir, en guise d’introduction nous allons considérer ce soir ce que dit le Psaume 50 sur la prière et en particulier ce que les versets 15 et 16 en disent.

Une convocation spectaculaire (Versets 1 à 6)

Le Psaume 50, qui est l’un des 12 Psaumes d’Asaph (que les Chroniques présentent comme l’un des principaux auteurs du Psautier avec David) débute par une convocation spectaculaire que Dieu adresse à son peuple. Un peu comme lorsqu’au début de nos cultes le pasteur nous appelle à rendre un culte de même ici Dieu appelle son peuple : rassemblez-moi mes fidèles (verset 5).

Il est à Sion dans son temple (verset 2), il vient entouré d’une tempête comme au Sinaï (verset 3), il prend pour témoin le ciel et la terre (verset 4). Une telle convocation ne peut signifier qu’une chose : le message qui suit est de la plus haute importance. L’imagerie impressionnante qui est utilisée évoque des moments précis : la façon dont Dieu a convoqué son peuple sur toute la terre depuis la ville de Jérusalem à l’avènement du Messie par exemple mais également le jugement dernier qui sera rendu par lui pour lequel il convoquera son peuple. Mais ce langage est générique et s’applique avant tout à toutes les fois que Dieu convoque son peuple pour lui rendre un culte.

Et c’est là une première chose que nous avons à avoir à l’esprit sur la prière : lorsque nous nous présentons devant Dieu, en particulier lorsque nous le faisons en tant que son peuple rassemblé, nous sommes face à un Dieu redoutable et juste. Il est le créateur qui prend le ciel et la terre comme témoin, il siège dans son temple comme un roi sur son trône. Il ne peut s’approcher de notre monde sans que les éléments ne s’embrasent. Voilà le grand Dieu duquel nous nous approchons. Le juge de la terre, le roi de son peuple.

Un réquisitoire du cœur (Versets 7 à 13)

Et le vocabulaire de ces premiers versets laisse déjà entendre qu’un réquisitoire va avoir lieu : Dieu vient comme juge et on saura qu’il est juste. Il vient pour juger son peuple. Voilà peut-être à première vue quelque chose qui n’est pas propre à nous encourager à la prière : Dieu vient vers nous solennellement, il a quelque chose à dire à son peuple, et c’est un reproche ! La suite du texte à partir du verset 7 le confirme. Dieu va être à la fois juge et témoin dans ce procès : il va témoigner contre nous.

Mais avant d’adresser directement son reproche, il signale ce qu’il ne reproche pas à son peuple : son peuple lui rend un culte qui est formellement conforme à ce qu’il a prescrit. Il y a des moments où Israël a négligé le culte, des moments où Israël s’est vautré dans l’idolâtrie également. Mais ici le peuple offre bien les sacrifices au vrai Dieu, avec régularité et ordre. Et pourtant, il y a quelque chose que le peuple a oublié et qui ôte à ce culte toute sa force.

Dès le verset 9, Dieu insiste sur ce point : Dieu n’a pas besoin des sacrifices. Il n’est pas une sorte de divinité païenne affamée. Et nous le savons bien aujourd’hui. Mais nous sommes peut-être disposés à croire que Dieu a besoin de nous d’autres façons. La Bible dit fréquemment que nous venons offrir quelque chose à Dieu dans le culte, mais nous ne devons pas nous imaginer pour cette raison que Dieu aurait besoin de nous ou que, lorsque nous le glorifions, nous viendrions satisfaire la soif de reconnaissance d’un être en manque d’estime de soi. Dieu déborde de gloire, et lorsqu’il nous appelle à le glorifier, c’est à dire à reconnaître qu’il est glorieux, c’est nous qui sommes privilégiés par cela.

Ainsi, la deuxième chose à retenir sur le culte et la prière dans ce texte, c’est qu’il ne s’agit pas d’une chose que l’on fait pour Dieu parce qu’il en aurait besoin. Dieu n’a pas besoin de nous, il se suffit pleinement et c’est bien par bonté et générosité qu’il nous a créé et racheté pour que nous puissions connaître et participer à cette gloire.

Au passage, il faut remarquer que ce Psaume, déjà dans l’Ancien Testament, anticipe la cessation des sacrifices d’animaux. La prière continue aujourd’hui, les sacrifices d’animaux ont cessé. Et l’Ancien Testament nous indique déjà que l’un vaut mieux que l’autre, les sacrifices n’étant que des ombres du vrai culte. Je referme cette parenthèse.

Ce que nous pouvons offrir à Dieu (versets 14 à 23)

J’ai dit à l’instant que Dieu était redoutable de splendeur et qu’il n’avait besoin de rien et pourtant le texte se poursuit en énonçant ce que nous pouvons offrir à Dieu. Maintenant que tu as compris que tes boucs et taureaux et tout ton culte ne sont pas là pour combler une divinité qui manque de quelque chose, affirme en quelque sorte ce Psaume, tu es dans la bonne position pour comprendre ce que tu peux offrir à Dieu.

En sacrifice… offre la reconnaissance (verset 14). Eh oui, si Dieu n’a besoin de rien et si toi tu es au bénéfice de son alliance, alors tu ne peux qu’offrir la reconnaissance. La phrase qui suit redit la même chose autrement : accomplis tes vœux. Plus d’une fois nous voyons dans la Bible un croyant demander à Dieu un bienfait et lui promettre que s’il l’accorde il fera telle ou telle chose en reconnaissance. C’est ce qui est ici désigné par un « vœu. » Le vœu est donc la même chose que la reconnaissance ici. C’est une façon de remercier Dieu.

Mais le texte poursuit : « Invoque-moi au jour de la détresse, je te délivrerai et tu me glorifieras. »

Suivez bien la logique du texte ici : Je disais plus tôt que glorifier Dieu ce n’était pas satisfaire la soif de reconnaissance d’un être en manque d’estime de soi. Si les versets qui précèdent nous ont aidé à comprendre ce que ça n’est pas, celui-ci nous aide à saisir ce que c’est. Voilà un homme qui est dans la détresse. C’est lui qui a besoin de quelque chose, lui qui manque de quelque chose. Il invoque Dieu, Dieu lui répond. Et alors cela glorifie Dieu.
Glorifier Dieu ce n’est pas lui apporter une gloire dont il manquerait, c’est au contraire manifester combien Dieu est glorieux en lui demandant d’agir dans nos situations de besoin, de manque, de détresse. Il sera glorifié en cela car on pourra alors dire : j’étais dans la détresse et il a agi, voyez comment il est glorieux !

Le Psaume est alors récapitulé dans les versets qui suivent, on retrouve dans les versets 16 à 23 les mêmes ingrédients que dans les versets 7 à 15 : on nous parle d’un homme qui peut énumérer toutes les lois de Dieu (verset 16) dans les versets 7 à 8 nous avions vu un culte extérieurement propre, bien réglé selon les prescriptions de Dieu et là nous voyons quelqu’un qui connait par cœur les prescriptions de Dieu, encore quelqu’un d’exemplaire formellement. Mais tout comme le culte des versets qui précèdent était inadéquat, de même ici le cœur de cet érudit parfaitement orthodoxe prend plaisir au péché (versets 17-20). Et la raison de cette confusion est comme nous l’avons vu une mauvaise compréhension de qui est Dieu, le début du Psaume dénonçait le fait de croire que Dieu avait besoin de nous, et le verset 21 ici désigne également une mauvaise compréhension de qui est Dieu derrière cette façon d’agir : « tu t’es imaginé que j’étais comme toi (verset 21) ». Et à nouveau la conclusion est la même : c’est celui qui offre la reconnaissance en sacrifice qui glorifie Dieu (verset 23).

Conclusion : Invoquons le Seigneur

Cet appel de Dieu à l’invoquer, cette promesse de délivrance est quelque chose de surprenant quand on y pense. Il n’y a rien d’évident à ce que des pécheurs puissent s’approcher de Dieu, et Dieu n’a pas besoin que ces pécheurs s’approchent de lui mais non seulement Dieu les y autorise, il les exhorte à le faire. Et non seulement il les exhorte à le faire, mais il les y encourage par une promesse. Combien de fois, combien de dizaines de fois Dieu par les Écritures nous invite-t-il à prier ? Chacune de ces exhortations doit nous frapper comme une chose incroyable. Nous sommes coupables, il est juste. Nous sommes dans la détresse, il n’a besoin de rien et pourtant c’est lui qui nous appelle. Et, pourrions-nous malheureusement ajouter, c’est nous qui sommes lents à venir.

Cette incroyable bienveillance insistante de la part de Dieu ne s’explique que parce que nous sommes ses fidèles liés à Dieu par une alliance et un sacrifice, comme dit le verset 5. Hébreux chapitre 4, après avoir mentionné le sacrifice que le Christ a offert comme souverain sacrificateur exhorte : « Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins. » Le secours dans nos besoins dit Hébreux, la délivrance dans nos détresses dit le Psaume, et cela grâce au sacrifice du Christ.

C’est une bonne habitude face à la Parole de se demander ce que Dieu attend de nous en réponse à celle-ci, et ici la réponse est plutôt claire n’est-ce pas ? Dieu n’est pas tant honoré par le fait d’avoir un culte extérieurement conforme à sa Parole (ce qui est une très bonne chose), il n’est pas non plus tant honoré par le fait que nous puissions réciter par cœur ses lois (ce qui est également bon) mais il est honoré lorsque sa puissance rencontre notre faiblesse. Alors invoquons-le au jour de la détresse. Et notre faiblesse est telle ici-bas que la détresse n’est pas exceptionnelle. Les jours de détresse ne manqueront pas. Nous vivons chaque jour avec de nombreux besoins. Et si vous ne vous sentez pas sous une détresse particulière aujourd’hui, offrez à Dieu la reconnaissance en sacrifice. Tenons pour certain le fait que ce Dieu est redoutable, qu’il se suffit à lui-même et que pourtant, en Jésus-Christ, il nous est proche, il désire ardemment répondre à nos besoins et considère cela comme un culte agréable.


Illustration en couverture : Les sacrifices de l’Ancienne Alliance, Rubens.

Maxime Georgel

Maxime est médecin à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la Trinité (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la méthode Billings.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *