Les prophéties de malheur peuvent ne pas s’accomplir – Notule d’exégèse
1 janvier 2026

Cet article est issu d’une discussion sur notre groupe Telegram « PLF Lectures Bibliques » associé à notre plan de lecture., d’où le style plus léger. Cette ressource est aussi accessible par notre index biblique des sermons, rassemblant toutes nos ressources d’exégèse et nos prédications sur des passages bibliques particuliers.


Passage important pour comprendre le fonctionnement des prophéties bibliques :

Jérémie 28:8-9 (NEG1979) ⁸Les prophètes qui ont paru avant moi et avant toi, dès les temps anciens, ont prophétisé contre des pays puissants et de grands royaumes, la guerre, le malheur et la peste; ⁹mais si un prophète prophétise la paix, c’est par l’accomplissement de ce qu’il prophétise qu’il sera reconnu comme véritablement envoyé par l’Eternel.

Jérémie fait ici une différence entre les prophéties de malheur et les prophéties de paix en ce qui concerne leur accomplissement. Pour les prophéties de malheur, il semble qu’un prophète qui prophétise un malheur qui n’arrive pas… n’est pas nécessairement un faux prophète. En effet, la prophétie de malheur peut avoir suscité la repentance du peuple, et la repentance du peuple peut avoir pour conséquence la suspension du malheur annoncé.

C’est exactement ce que le chap. 26 de Jérémie décrit à propos de la prophétie de Michée 4 :

Jérémie 26:18-19 (NEG1979) ¹⁸Michée, de Moréscheth, prophétisait du temps d’Ezéchias, roi de Juda, et il disait à tout le peuple de Juda: Ainsi parle l’Eternel des armées: Sion sera labourée comme un champ, Jérusalem deviendra un monceau de pierres, et la montagne de la maison une haute forêt. ¹⁹Ezéchias, roi de Juda, et tout Juda l’ont-ils fait mourir? Ezéchias ne craignit-il pas l’Eternel? N’implora-t-il pas l’Eternel? Alors l’Eternel se repentit du mal qu’il avait prononcé contre eux. Et nous, nous chargerions notre âme d’un si grand crime!

Dieu peut se repentir du malheur qu’il a annoncé qu’il envoyait dans le cas d’une repentance suffisante. Y compris lorsque Dieu ne dit pas clairement que le malheur n’arrivera pas si jamais il y a repentance. C’est le cas pour la prophétie de Michée 4, qui ne contenait pas d’indications expresses que le jugement serait suspendu par la repentance d’Ezéchias et de son peuple, ce qui fut pourtant bien le cas.

De même pour Ninive : Jonas a simplement été mandaté pour proclamer la destruction de Ninive sous quarante jours, sans promesse de salut en cas de repentance. Pourtant, Dieu a reporté le jugement sur Ninive au regard de la repentance du roi de Ninive et de son peuple, qu’il a jugé suffisante pour ne pas les punir immédiatement.

Conclusion : une prophétie de malheur ne doit pas être jugé seulement suivant son accomplissement ou non-accomplissement, car le non-accomplissement peut être la conséquence de la repentance.

EN REVANCHE, lorsqu’un prophète prophétise le bonheur de manière inconditionnelle (comme ici Hanania), sans explicitement lier le rétablissement du peuple à son retour à Dieu (ou autre condition montrant un renouvellement intérieur du peuple), alors le prophète sera jugé comme un VRAI ou un FAUX prophète UNIQUEMENT sur la réalisation, ou non, de sa promesse.

Hanania est un faux prophète, car il prophétise le retour d’exil sous deux ans, ce qui n’a pas eu lieu. Jérémie est un véritable prophète : le retour d’exil, qu’il avait prophétisé sous 70 ans, a bien eu lieu 70 ans plus tard. C’était donc un vrai prophète.

En revanche, les prophéties de malheur, que ce soit celles de Jérémie, de Michée, ou d’un autre, ne peuvent être retenues comme indication qu’ils seraient des faux prophètes, dans le cas où elles ne s’accomplissent pas, si la raison pour laquelle les prophéties en question n’ont pas été accomplies a précisément été que le peuple a pris peur face à la menace et s’est suffisamment repenti de ses fautes. Dans ce cas, la prophétie a atteint son but éthique : elle a suscité un retournement de la disposition intérieure du peuple. Le malheur n’a alors plus lieu de s’abattre.

La lecture du livre des Rois montre toutefois que la repentance nationale n’écarte pas définitivement la menace divine, mais qu’elle peut reporter son accomplissement de deux ou trois générations, comme ce fut le cas du règne réformateur exceptionnel de Josias…

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Pierre-Sovann Chauny

Pierre-Sovann est professeur de théologie systématique à la Faculté Jean Calvin, à Aix-en-Provence. Il s'intéresse particulièrement à la doctrine des alliances, à l'interprétation des textes eschatologiques, à la scolastique réformée, aux prolégomènes théologiques et aux bons vins. Il est un époux et un père heureux.

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