Ce qui suit est une méditation sur le Psaume 25. Le style est parfois oral, car c’était le contexte premier de rédaction de ce texte.
De David.
Vers toi, Éternel, j’élève mon âme.
Mon Dieu ! en toi je me confie : que je ne sois pas couvert de honte ! Que mes ennemis n’exultent pas à mon sujet !
Tous ceux qui espèrent en toi ne seront pas dans la honte ; Ils seront dans la honte ceux qui, sans raison, sont des traîtres.
Éternel ! fais-moi connaître tes chemins, Enseigne-moi tes voies.
Fais-moi cheminer dans ta vérité, et instruis-moi ; Car tu es le Dieu de mon salut, En toi, j’espère tous les jours.
Éternel ! souviens-toi de tes compassions et de ta bienveillance, Car elles sont depuis toujours.
Ne te souviens pas des péchés de ma jeunesse ni de mes révoltes ; Souviens-toi de moi selon ta bienveillance, À cause de ta bonté, Éternel !L’Éternel est bon et droit : C’est pourquoi il montre aux pécheurs le chemin.
Il fait cheminer les humbles dans la justice, Il enseigne aux humbles son chemin.
Tous les sentiers de l’Éternel sont bienveillance et fidélité, Pour ceux qui gardent son alliance et ses préceptes.
C’est à cause de ton nom, Éternel ! Que tu pardonneras ma faute, car elle est grave.
Quel est l’homme qui craint l’Éternel ? L’Éternel lui montre le chemin qu’il doit choisir.
Son âme reposera dans le bonheur, Et sa descendance possédera le pays.
La pensée secrète de l’Éternel est pour ceux qui le craignent, Et (cela) pour leur faire connaître son alliance.
Mes yeux sont toujours (tournés) vers l’Éternel, Car c’est lui qui fait sortir mes pieds du filet.Tourne-toi vers moi et fais-moi grâce, Car je suis seul et malheureux.
Les angoisses ont rempli mon cœur ; Fais-moi sortir de mes angoisses.
Vois ma misère et ma peine, Et pardonne tous mes péchés.
Vois combien mes ennemis sont nombreux, Et de quelle haine violente ils me haïssent.
Garde mon âme et délivre-moi ! Que je ne sois pas couvert de honte, Quand je me réfugie en toi !
Que l’intégrité et la droiture me protègent, Car je mets en toi mon espérance !
Ô Dieu ! libère Israël De toutes ses détresses1 !
Il vous est peut-être arrivé dans votre vie de foi d’être à un point où vous êtes perdus. Votre foi est encore en vie mais c’est le brouillard qui domine. Les choses semblent compliquées pour vous, la direction ne semble pas claire. Et puis, comme si ce n’était pas assez éprouvant, votre péché n’a pas signé une trêve le temps que la situation s’éclaircisse, vous luttez en plus avec vos péchés. Et d’ailleurs des péchés de votre passé vous reviennent à la mémoire. Et puis, les relations au travail ou dans la famille ne sont pas là pour vous réconforter, elles sont plutôt tendues. L’incertitude, la culpabilité et l’opposition frappent parfois de manière intense. Mais même en dehors de ces moments d’intensité ce sont là des épreuves qui viennent régulièrement troubler la vie du chrétien ici bas.
À une époque particulièrement trouble de ma vie, il se trouve qu’alors qu’une playlist jouait de la musique dans la petite chambre où je me trouvais, le Psaume 25 s’est mis à être entonné. L’incertitude et les doutes semblaient tellement forts que je ne savais plus bien à ce moment si l’on pouvait encore parler de foi, mais un verset de ce Psaume est resté comme quelque chose sur quoi ma foi pouvait encore s’accrocher : Tous ceux qui espèrent en toi ne seront pas confondus (25,3). Je ne ne suis plus sûr de grand chose, pensais-je alors, mais je sais que si je m’attends à Dieu, il ne me décevra pas, et c’est déjà beaucoup.
Et avant de regarder les raisons qui doivent pousser notre foi à garder cette certitude, je vous invite à regarder la situation du psalmiste, le roi David, que l’on peut déduire de ses requêtes. Il me semble que l’essentiel des choses que David demande à Dieu dans ce Psaume peut se ramener en réalité à trois requêtes.
Et pour vous aider à suivre ce que nous allons voir dans ce Psaume, je vous annonce déjà que nous verrons 3 requêtes, une assurance et 4 raisons. Mais débutons donc par les 3 requêtes de David.
Les requêtes
Fais-moi connaître tes voies
La première requête de David est celle de connaître les voies de Dieu. Elle revient à plusieurs reprises dans le Psaume :
Éternel ! fais-moi connaître tes chemins, enseigne-moi tes voies. Fais-moi cheminer dans ta vérité, et instruis-moi2.
L’Eternel est bon et droit, c’est pourquoi il montre aux pécheurs le chemin, il fait cheminer les humbles dans la justice, il enseigne aux humbles son chemin. Tous les sentiers de l’Eternel sont bienveillance et fidélité, pour ceux qui gardent son alliances et ses préceptes3.
Quel est l’homme qui craint l’Éternel ? L’Éternel lui montre le chemin qu’il doit choisir. […] la pensée secrète de l’Éternel est pour ceux qui le craignent, et cela pour leur faire connaître son alliance. Mes yeux sont toujours tournés vers l’Éternel, Car c’est lui qui fait sortir mes pieds du filet4.
On voit que la pensée de David alors qu’il écrit ce Psaume est la pensée d’un homme perdu. Il ne sait pas où aller, il ne sait pas ce qu’il doit choisir, il aspire à ce que Dieu lui montre quoi faire. Il est dans ce brouillard que je décrivais plus tôt, il a l’impression qu’un filet est tendu sur sa route. Il a ce sentiment qu’une des options qui s’offrent à lui est un piège. Et c’est parfois le cas dans nos vies. Nous prenons chaque jour toutes sortes de décisions plus ou moins anodines, et quand on prend le temps d’y songer certaines décisions se sont avérées être des pièges.
Parfois on s’en rend compte trop tard, et parfois, comme David ici, on sent bien avant de décider que quelque chose de suspect se trame et qu’il ne faudrait pas qu’on mette le pied du mauvais côté. Paul nous dit de nous conduire avec circonspection, un terme bien compliqué que l’on pourrait illustrer par l’idée de veiller à là où l’on met les pieds. Mais parfois cette préoccupation devient étouffante. On ne sait tout simplement pas ce qu’il faut faire, et David se tourne donc vers Dieu pour connaître le chemin.
Mais ce n’est pas la seule chose que David demande à Dieu.
Pardonne mes péché
La deuxième requête de David est en effet le pardon de ses fautes. Cette requête revient également à plusieurs reprises :
Ne te souviens pas des péchés de ma jeunesse ni de mes révoltes ; souviens-toi de moi selon ta bienveillance, à cause de ta bonté, Éternel5 !
C’est à cause de ton nom que tu pardonneras ma faute, car elle est grave6.
Il s’agit là du verset central du Psaume dans sa structure en hébreu.
Tourne-toi vers moi et fais-moi grâce car je suis seul et malheureux. Les angoisses ont rempli mon coeur ; fais moi sortir de mes angoisses. Vois ma misère et ma peine, et pardonne tous mes péchés7.
On le voit donc, le pardon de ses péchés est une autre préoccupation de David qui revient dans son esprit alors qu’il prie. Certes, il est malheureux, mais il désire plus encore être pardonné qu’être libéré de son malheur. En effet nous voyons qu’il dit à Dieu : Vois ma misère et ma peine, et pardonne tous mes péchés. Pour ce qui est de sa douleur, il souhaite simplement dire à Dieu : vois, regarde. Mais pour son péché, il réclame le pardon. Nous voyons David prier ailleurs pour être libéré de ses épreuves, c’est une bonne prière. Mais ici il semble que sa requête se fait plus intense quand il pense à ses péchés et cela parce qu’il voit la grandeur de sa faute : elle est grave, dit-il. Et ce ne sont pas seulement ses fautes actuelles qui lui reviennent, mais également ses erreurs de jeunesse, ses révoltes.
David est perdu, on l’a vu, mais David est aussi coupable. Et les deux choses sont entremêlées. Au verset 8, il parle de Dieu comme montrant au pécheur la voie. Celui qui cherche la direction de Dieu est un homme pécheur.
Ses ennemis
Et puis j’ai parlé d’une troisième requête, qui est elle aussi entremêlée aux deux premières, c’est la demande de ne pas être vaincu par ses ennemis. Au verset 2 nous voyons déjà cela, et le sujet revient encore au verset 19.
Mon Dieu ! en toi je me confie : que je ne sois pas couvert de honte ! Que mes ennemis n’exultent pas à mon sujet8 !
Vois combien mes ennemis sont nombreux, Et de quelle haine violente ils me haïssent9.
Lutte au dehors, crainte au dedans, comme dit l’apôtre Paul. Incertitude, culpabilité et opposition, c’est la situation de David qui ressort des requêtes qu’il présente à Dieu. Et il y a déjà une leçon pour nous en cela. Premièrement pour identifier nos besoins, qui sont presque tous là dans cette prière : Nous avons de l’incertitude, nous avons des péchés et nous avons des ennemis. Nous avons donc besoin de direction de la part de Dieu, nous avons besoin de pardon, et nous avons besoin de protection. Nous voyons que David ne traite pas ses besoins chacun son tour dans cette prière. Il va de l’un à l’autre puis revient. Jean Calvin dit que ce Psaume est une méditation entrelacée de prières. Cela nous montre aussi combien ses besoins étaient pressants : il est confus, les pensées viennent à lui dans tous les sens.
Il ne faut pas s’imaginer pourtant que le Psaume serait rédigé à la va vite. Non, chaque mot a été pesé et médité. Ce qui permet de le dire c’est que dans l’original chaque verset débute par une des 22 lettres de l’alphabet hébreu, dans l’ordre alphabétique. Cela suggère aussi que ce Psaume était conçu pour être mémorisé parce que la situation de confusion qu’il décrit revient dans la vie des croyants.
Néanmoins au milieu de cette confusion il y a une assurance qui lui reste comme une ancre.
Une assurance : je ne serai pas déçu si je m’attends à Dieu
Dès le verset 3, cette assurance est présente.
Tous ceux qui espèrent en toi ne seront pas dans la honte10.
Et cette assurance se décline par rapport aux requêtes qu’il a exprimé. Il a prié pour la direction, et il déclare « l’Éternel est bon et droit, c’est pourquoi il montre au pécheur la voie ». Il a prié pour ses péchés et il déclare : « c’est à cause de ton nom Éternel que tu pardonneras ma faute » : tu pardonneras ma faute, c’est une assurance. Il a prié pour que ses ennemis ne prévalent pas, et il déclare : « ils seront dans la honte, ceux qui sans raison sont des traîtres, Dieu fait sortir mes pieds du filet. »
Et là encore il y a une leçon pour nous sur la prière : la prière ne consiste pas seulement à énumérer nos besoins à Dieu, même si c’est une bonne chose. Mais elle est aussi l’occasion de lui rendre gloire en lui déclarant et en nous rappelant que l’on vient à lui parce qu’on a confiance en ce qu’il est et ce qu’il a promis de faire.
J’avais dit en introduction que nous regarderions dans ce Psaume les raisons que nous avons d’être confiant en Dieu, de garder cette assurance. Et maintenant que nous avons considéré la situation dans laquelle se trouve David, nous pouvons considérer les raisons qui portent son assurance, et qui peuvent porter la nôtre.
Quatre raisons
Car tu es le Dieu de mon salut (25,5)
La première chose que David se rappelle, et qu’il est bon que nous nous rappelions, c’est qu’en priant Dieu nous ne nous adressons pas à une sorte de force cosmique lointaine. Il s’agit du Dieu de notre salut, de mon salut. Il est le Dieu qui a fait des promesses, s’est donné à connaître, a donné son nom, appelé un peuple son peuple. Et nous mesurons aujourd’hui plus clairement encore que David combien cela est vrai. Dieu est tellement le Dieu notre salut qu’il a voulu être l’un des nôtres pour notre salut. Dieu ne pouvait pas nous témoigner plus clairement qu’il est notre Dieu qu’en revêtant notre nature et en marchant sur cette terre, il a été fait homme pour nous les hommes et pour notre salut.
La première chose que nous pouvons déclarer à Dieu et qui doit nous donner de l’assurance, c’est qu’il est le Dieu de notre salut. Mais peut-être que vous vous dîtes : « Justement, dans mon incertitude c’est cela même qui m’a été ôté, je ne sais plus bien si je suis de ce peuple que Dieu déclare être son peuple. Je n’arrive même plus à dire qu’il est le Dieu de mon salut. » Tout d’abord, espérez quand même en l’Eternel, car tous ceux qui espèrent en toi ne seront pas dans la honte, dit le Psaume. Et puis, Dieu ne vous a pas laissé entièrement à vous mêmes pour savoir si vous êtes son peuple. Il vous l’a scellé de manière officielle dans votre baptême. Il vous a placé au milieu de son peuple, l’Église, et le reste de l’Église vous regarde comme son peuple. Et en venant à sa table il vous rappelle chaque dimanche : tu es mon peuple.
« Mais n’y a-t-il pas des faux chrétiens, pensez-vous peut-être ? » C’est vrai, il y en a. Et dans la Bible ils portent le nom d’hypocrites. Autrement dit, le faux chrétien n’est pas le chrétien accablé par le doute et par ses péchés. C’est l’hypocrite qui cache ses fautes. Celui qui cache sa faute ne réussit pas, mais celui qui les confesse et les délaisse trouve la compassion, disent les Proverbes. Peut-être que vous avez à peine la force de dire « tu es le Dieu de mon salut », mais Dieu n’a pas honte de dire « je suis ton Dieu et tu es mon peuple. »
Considérons maintenant la deuxième raison de garder assurance en Dieu.
Car elles sont depuis toujours (25,6)
C’est comme si David disait à Dieu : je ne te demande pas quelque chose de nouveau, je ne te demande pas d’être ce que tu n’as jamais été. En réclamant ta grâce, je ne fais que demander que tu sois ce que tu as toujours été. Cette vérité est ce que l’on appelle l’immuabilité ou l’immutabilité de Dieu.
Nous, les créatures, nous changeons sans cesse d’avis. Chaque année nous avons une fête pour nous rappeler que nous changeons d’âge. Nous changeons de lieu, d’état de santé, nous changeons d’humeur. Et puis, le changement suprême, c’est que nous sommes mortels. L’être humain est un souffle, il n’y a pas grand chose sur quoi s’appuyer chez l’homme. Pourtant, même chez les hommes nous pouvons avoir des figures repères qui apportent un peu de stabilité dans nos vies. Cet ami qui est toujours là. Parfois ce sont les parents ou telle personne sage. On sait que si l’on ne va pas très bien, cette personne sera telle qu’on l’a connue, et cela nous rassure.
Eh bien, Ce réconfort est bien plus grand en Dieu. Il n’est pas venu à l’existence et ne mourra pas. Son humeur n’est pas changeante, il n’y a pas ombre de variation en lui dit Jacques. Non seulement il n’y a pas de changement en Dieu mais il n’y a même pas l’ombre du changement. Dieu ne traverse pas le temps comme nous, un instant après l’autre, il dépasse et embrasse tous les âges d’un seul regard éternel. Il ne se déplace pas d’un lieu à l’autre, il est déjà présent en tous lieux.
La seconde raison que nous pouvons avoir d’être assuré quant à la bonté de Dieu, c’est qu’elle se renouvelle chaque matin, qu’elle ne va pas s’éteindre ou faire défaut, parce qu’elle découle de celui qui est depuis toujours.
Il en est un, en réalité, qui a fait l’expérience de l’abandon divin, pour que nous ne le connaissions pas. Trois psaumes plus tôt, au Psaume 22, il nous est dit en prophétie de Jésus Christ : « je crie le jour, et tu ne réponds pas […] en toi se confiaient nos pères et tu les délivrais, ils n’étaient pas dans la honte. » Pour Jésus-Christ, sur la croix, Dieu n’a pas fait preuve de son immuable bonté. Non pas parce que Dieu aurait changé à ce moment là, mais parce que pour que sa bonté soit immuable envers des pécheurs comme nous, il a voulu que son Messie s’écrie « pourquoi m’as-tu abandonné ? » Et, bien entendu, son Messie n’a pas été abandonné à la honte éternelle. Une fois sa souffrance accomplie, Dieu n’a pas laissé son saint voir la corruption. En fait, Dieu a fait preuve de son immuable bonté à la croix, mais de sa bonté pour nous. C’est comme cela qu’il a été le Dieu de notre salut.
Et c’est justement la troisième raison par laquelle David s’assure et par laquelle nous pouvons nous assurer dans notre confiance en Dieu.
A cause de ta bonté (25,7)
Nous avons en réalité déjà parlé de la bonté de Dieu, cette bonté qui n’est pas simplement cette bonté générale que Dieu manifeste en faisant pleuvoir sur les justes et les injustes et briller son soleil sur les justes et les injustes. Mais c’est cette bonté particulière par laquelle il est notre Dieu. Cette bonté immuable et garantie en Jésus-Christ.
Rappelons encore qu’il s’agit de la bonté de Dieu en vers un homme pécheur, pécheur depuis sa jeunesse, et coupable de fautes graves. Ce n’est pas une petite bonté qui s’arrête aux petits pécheurs, si une telle chose existe vraiment. Jésus n’a pas versé son sang pour sauver des hommes respectables. Il est venu pour les pécheurs. Mais c’est aussi la bonté de Dieu pour des ignorants, des gens comme David qui ne savent pas quoi faire. Et c’est encore la bonté de Dieu pour des hommes accablés par l’opposition. Dieu est bon, cette phrase est rapidement dite. Mais il est bon en particulier depuis toujours, pour des pécheurs, des ignorants qui font face à l’opposition et avec qui il a fait alliance pour être leur Dieu.
Et cela nous mène à la dernière raison par laquelle nous pouvons nous assurer en Dieu.
A cause de ton nom (25,11)
Cette expression, à cause de ton nom, ne surgit pas pour la première fois ici dans le Psautier. Au Psaume 23 déjà, le psalmiste déclare que Dieu le conduit vers des eaux paisibles à cause de son nom. On retrouve également cette expression chez le prophète Ésaïe, Dieu dit en effet « à cause de mon nom, je retiens mon jugement, à cause de la louange qui m’est due ». Ainsi, à cause de ton nom signifie à la fois à cause de tout ce que tu es et à cause de ta gloire. Le nom ici c’est la renommée, et ce que Dieu a révélé qu’il était.
On voit à plusieurs reprises dans le Pentateuque, les cinq premiers des 66 livres de la Bible, cette logique à l’oeuvre. Par exemple, après le don des dix commandements, lorsque le peuple se vautre dans l’idolâtrie en adorant une statue d’or en forme de veau, Dieu déclare à Moïse qu’il va détruire le peuple. Et Moïse intercède en disant « si tu fais cela, les Egyptiens diront que c’est parce que tu n’étais pas assez puissant pour nourrir ce peuple dans le désert. » Autrement dit, la préoccupation de Moïse était « que va-t-on penser de Dieu ? » Cette action le glorifiera t elle ? Et nous voyons que Dieu répond favorablement à la prière de Moïse. En fait, nous le savons parce que nous savons que Dieu est immuable, ce n’est pas que Dieu a changé d’avis grâce à la prière de Moïse, mais il a annoncé ce jugement à Moïse pour lui donner l’occasion d’intercéder. Et Moïse a employé le bon argument, les bonnes raisons dans sa prière : la gloire de Dieu. C’est comme si Moïse avait dit « à cause de ton nom, pardonne cette faute ». Eh bien le Psaume 25 nous enseigne à prier ainsi.
Mais quel est le rapport entre mon incertitude, mon péché, l’opposition que je rencontre, et la gloire de Dieu ?
- Lorsque je prie pour que Dieu me conduise dans la vérité, c’est l’occasion pour Dieu de manifester qu’il est la source de la lumière et de la vérité et cela le glorifie ;
- Lorsque je prie pour le pardon, c’est l’occasion pour Dieu de manifester sa grâce et sa bienveillance fidèle, et cela le glorifie ;
- Lorsque je prie pour la délivrance, c’est l’occasion pour Dieu de montrer sa puissance, et cela le glorifie.
Que pensera-t-on si quelqu’un est venu à Dieu, si l’un des membres de son peuple, un chrétien baptisé, avec ses péchés, son incertitude, sa faiblesse et que Dieu l’a renvoyé sans lumière, sans pardon, sans secours ? Jésus-Christ a déclaré qu’il ne mettrait pas dehors celui qui vient à lui. La gloire de Dieu est liée à nos détresses car il est notre Dieu. Elle est liée à nos détresses car il a fait des promesses qui sont depuis toujours. Elle est liée à nos détresses parce qu’il a fait alliance avec nous, un terme qui revient plusieurs fois dans ce Psaume.
Songez à un époux comblé de richesses qui laisserait son épouse dans la misère. Est-ce que cela ne nuirait pas à sa réputation, est-ce qu’on ne se dirait pas que cet époux n’est pas bon, qu’il n’est pas fidèle à ses promesses ? Bien entendu, je ne veux pas dire par cela que Dieu nous devrait quelque chose. Certains comprennent mal cette réalité et disent : « oh, Dieu me pardonnera, c’est son métier ». Non, il ne s’agit pas de dire que Dieu nous devrait le pardon, que cela fait partie de sa fiche de poste en tant que Dieu de l’univers, pas plus qu’un homme pris au hasard aurait les devoirs d’un époux envers une femme prise au hasard. Si un époux doit quelque chose à sa femme, c’est justement parce qu’elle est sa femme. Si Dieu nous doit quelque chose, pour ainsi dire, ce n’est pas par nature, ni parce que nous le mériterions mais uniquement parce que dans sa grâce il s’est engagé lui-même et a fait des promesses. Sa gloire est liée à nos détresses parce qu’il l’a voulu.
Et ainsi, nous voyons que toutes les raisons que David a donné de s’assurer en Dieu sont liées. La gloire de Dieu est liée au pardon de mes péchés car tu es le Dieu de mon salut. La gloire de Dieu est liée à ma délivrance car ta bienveillance est depuis toujours. La gloire de Dieu est liée à mes incertitudes à cause de ta bonté, qui a bien voulu me placer dans ton alliance.
Conclusion
Alors, que nous exhorte à faire ce Psaume ? Eh bien avant tout à espérer en l’Éternel, puisque ceux qui espèrent en lui ne seront pas dans la honte. Ils ne seront pas déçus ici bas. Et ils ne seront jamais dans la honte éternelle.
Mais ce Psaume nous montre aussi à quoi cela ressemble d’espérer en l’Éternel : lui exposer nos besoins, s’appuyer sur son caractère et son alliance. Espérer en l’Éternel cela ressemble à « Mes yeux sont toujours tournés vers l’Éternel » (25,15). Cela ressemble à « En toi j’espère tous les jours » (25,5). Il y a une constance dans cette espérance. Il ne s’agit pas d’espérer occasionnellement mais de vivre dans cette espérance.
Évidemment cette espérance se manifeste par la prière, dont ce Psaume est un modèle. Et l’on voit que cette prière ne fait pas disparaître immédiatement les soucis. Vers la fin du Psaume, au verset 19, David est encore entouré d’ennemis violents et nombreux. Mais dans sa prière David a su trouver l’assurance en Dieu. On le voit par un détail que je n’ai pas encore relevé dans ce Psaume, c’est sa structure. Les requêtes du Psaume se trouvent toutes dans les versets 1 à 7 et dans les versets 16 à 22, c’est-à-dire au début et la fin du Psaume, mais tout le cœur de ce Psaume, des versets 8 à 15, est en fait dépourvu de requêtes, il n’y a plus que de l’assurance là. Relisons ces versets :
L’Éternel est bon et droit : C’est pourquoi il montre aux pécheurs le chemin.
Il fait cheminer les humbles dans la justice, Il enseigne aux humbles son chemin.
Tous les sentiers de l’Éternel sont bienveillance et fidélité, Pour ceux qui gardent son alliance et ses préceptes.
C’est à cause de ton nom, Éternel ! Que tu pardonneras ma faute, car elle est grave.
Quel est l’homme qui craint l’Éternel ? L’Éternel lui montre le chemin qu’il doit choisir.
Son âme reposera dans le bonheur, Et sa descendance possédera le pays.
La pensée secrète de l’Éternel est pour ceux qui le craignent, Et (cela) pour leur faire connaître son alliance.
Mes yeux sont toujours (tournés) vers l’Éternel, Car c’est lui qui fait sortir mes pieds du filet.
Si l’on lisait ces versets sans leur contexte, aurait-on l’impression qu’ils proviennent d’un homme rempli d’incertitude, entouré d’ennemis et accablé par son péché ? Les thèmes là sont bien présents, mais ils sont comme transfigurés par l’assurance. Et il en est ainsi parce que la prière n’est pas seulement une chose que nous faisons et à laquelle Dieu répond ensuite mais la prière elle-même est une chose dans laquelle Dieu est actif. David s’est approché de Dieu dans la prière, mais Dieu aussi s’est approché de David. Et tout comme on se réchauffe en s’approchant d’une cheminée, le cœur du croyant se réchauffe, son assurance reprend vie quand il s’approche de Dieu. L’incertitude ne s’est peut-être pas évaporée, les ennemis non plus, mais l’on peut dire « j’espère en toi tous les jours » et « ceux qui espèrent en toi ne seront pas dans la honte. » Dieu n’a pas encore répondu, mais il est déjà là et cela change tout.
Alors que nous exhorte à faire ce Psaume, encore une fois ? À espérer en l’Éternel, tous les jours.





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