Cet article est le compte-rendu d’une lecture faite dans l’ouvrage de Michael J. Vlach, How Does Jesus Fulfill the Old Testament ?, Theological Studies Press, 2025, p. 59-66.
La citation d’Osée 11.1 en Matthieu 2.14-15 constitue l’un des exemples classiques évoqués dans les débats autour de la réception de l’Ancien Testament par le Nouveau Testament. Lorsque Matthieu écrit que le séjour de Jésus en Égypte puis son retour « accomplissent » la parole : « J’ai appelé mon fils hors d’Égypte », beaucoup d’interprètes ont estimé qu’il relisait le texte d’Osée d’une manière difficilement conciliable avec son contexte d’origine. Car Osée 11.1, lu dans son contexte, n’annonce pas un événement futur : le prophète évoque rétrospectivement l’Exode passé afin de souligner ensuite l’infidélité d’Israël envers l’amour de Dieu.
Face à cette difficulté, Michael Vlach propose une lecture particulièrement ingénieuse. Refusant l’idée selon laquelle Matthieu citerait Osée « hors contexte », il cherche au contraire à montrer que le texte d’Osée, bien compris, constitue, malgré les apparences, une authentique prédiction que Matthieu réceptionne correctement comme annonçant cet événement de l’enfance de Jésus. Selon lui, le prophète Osée ne se contente pas de rappeler l’Exode ancien comme un fait historique : il développe une véritable théologie du nouvel exode, centrée sur la restauration future d’Israël sous un roi davidique. Dans cette perspective, Osée 11.1 posséderait déjà une dimension prospective qui trouverait alors son accomplissement en Jésus.
La démonstration mérite notre attention. Le professeur Vlach met en évidence avec finesse plusieurs thèmes réels du livre d’Osée : (i) le lien entre exode, exil et restauration, (ii) l’amour persistant de Dieu pour Israël, ainsi que (iii) l’attente d’un retour à venir à « David leur roi ». Son effort pour articuler la lecture de Matthieu avec le contexte propre d’Osée contraste favorablement avec certaines approches plus abruptes qui se contentent d’opposer le Nouveau Testament au sens historique de l’Ancien.
Toutefois, malgré la force de cette lecture et la sagacité extraordinaire déployée par son auteur, une difficulté demeure. Le fait qu’Osée développe une espérance future de restauration suffit-il réellement à transformer Osée 11.1 lui-même en texte prospectif orienté vers le Messie ? Et surtout : Michael Vlach lirait-il spontanément ce verset de cette manière si Matthieu 2.15 n’avait jamais dit que Jésus accomplissait en fait lui-même ce verset ?
1. La défense par le professeur Vlach du caractère prospectif d’Osée 11.1
Michael Vlach cherche à démontrer que Matthieu 2.14-15 cite Osée 11.1 de manière pleinement « contextuelle ». Selon lui, la difficulté généralement soulevée contre Matthieu provient d’une mauvaise compréhension du livre d’Osée lui-même. Beaucoup considèrent en effet qu’Osée 11.1 ne peut pas être une prophétie concernant Jésus puisqu’il s’agit manifestement d’un regard rétrospectif sur l’Exode historique d’Israël : « Quand Israël était jeune, je l’aimais, et j’appelai mon fils hors d’Égypte. » Dès lors, lorsque Matthieu applique ce texte au retour de Jésus hors d’Égypte, il semblerait soit détourner le texte de son contexte originel, soit redéfinir le sens du mot « accomplir ». Le professeur Vlach rejette ces deux options. Selon lui, le problème vient du fait que les lecteurs isolent Osée 11.1 de l’argument général du livre d’Osée. Or, affirme-t-il, le prophète développe une véritable théologie du nouvel exode qui confère finalement à Osée 11.1 une dimension prospective.
Le premier élément mis en avant par Michael Vlach est l’existence, chez Osée, d’une attente de restauration future d’Israël après l’exil. Il s’appuie particulièrement sur Osée 3.4-5 : Israël demeurera « longtemps sans roi ni chef », mais viendra ensuite un temps où le peuple « reviendra », cherchera l’Éternel et « David leur roi ». Pour le professeur Vlach, ce texte annonce explicitement un roi davidique futur, c’est-à-dire le Messie, qui conduira la restauration finale du peuple.
À cela s’ajoute le thème du nouvel exode dans Osée 11. Après avoir rappelé l’Exode ancien en Osée 11.1, le chapitre annonce également une restauration future : Dieu ne détruira pas définitivement Éphraïm ; les fils d’Israël reviendront d’Égypte et d’Assyrie ; Dieu les fera habiter de nouveau dans leurs maisons (Os 11.9-11). Michael Vlach estime donc que le chapitre articule délibérément le premier exode auquel il est fait allusion au v. 1 et un second exode à venir dont il est question aux v. 9-11. Le rappel du passé au v. 1 fonctionnerait comme fondement théologique de l’œuvre à venir de Dieu au v. 9-11.
Le professeur Vlach élabore sa thèse en soulignant fortement le thème de l’amour de Dieu pour Israël comme principe unificateur du chapitre. Lorsque Dieu rappelle avoir appelé « son fils » hors d’Égypte, il manifesterait par là-même son amour immuable pour Israël. Cet amour est la raison profondément théologique pour laquelle Dieu accomplira finalement un nouvel acte de délivrance. Ainsi, de même que Dieu a autrefois fait sortir Israël d’Égypte parce qu’il aimait son fils, de même accomplira-t-il un second exode parce qu’il continue d’aimer son peuple.
Dans la perspective développée par Michael Vlach, Jésus apparaît dès lors comme l’accomplissement de cette espérance. Matthieu ne ferait pas un usage arbitraire d’Osée 11.1 : il identifierait Jésus comme le roi davidique attendu et comme le Fils ultime de Dieu conduisant le nouvel exode annoncé par les prophètes. De même qu’Israël, fils de Dieu, est sorti d’Égypte sous Moïse, de même Jésus, Fils de Dieu, sort d’Égypte pour conduire la restauration définitive du peuple.
Le professeur Vlach résume lui-même sa démonstration dans une question qui constitue le sommet de son raisonnement : « Si Osée annonçait un roi davidique pour restaurer Israël, et si l’amour de Dieu pour Israël constituait la raison d’un second exode, alors pourquoi Osée 11.1 n’aurait-il pas lui aussi une dimension prospective ? » Selon lui, le contexte global du livre conduit précisément à répondre positivement à cette question.
Enfin, Michael Vlach ajoute un dernier argument tiré des oracles de Balaam en Nombres 23–24. Il souligne que Nombres 23.22 applique la sortie d’Égypte à Israël tandis que Nombres 24.8 applique également cette sortie au roi futur issu d’Israël. Il existerait donc déjà beaucoup plus tôt dans l’Ancien Testament une prédiction qui lierait Israël, son roi et le thème de la sortie d’Égypte. Matthieu ne ferait alors que parachever une logique théologique déjà présente chez Moïse, puis reprise par Osée.
2. Les mérites de la lecture d’Osée 11.1 proposée par le professeur Vlach
Il faut d’abord reconnaître que Michael Vlach prend réellement le contexte d’Osée au sérieux. Il cherche à reconstruire la logique d’ensemble du livre afin de comprendre pourquoi Matthieu peut penser à Osée 11.1 lorsqu’il rapporte cet épisode de l’enfance de Jésus. Cette attention au mouvement global du livre contraste favorablement avec certaines approches qui traitent les citations néotestamentaires comme de simples associations libres de mots ou d’images détachées de leur contexte originel.
Le professeur Vlach met plus précisément en évidence un thème véritablement structurant dans le livre d’Osée : celui d’un nouvel exode. Le prophète ne se contente pas de rappeler l’Exode ancien comme un événement fondateur du passé d’Israël. Le livre articule de manière récurrente plusieurs motifs étroitement liés : l’exode initial hors d’Égypte, l’infidélité persistante du peuple, le jugement de l’exil, puis l’espérance d’un retour et d’une restauration future. Osée 11 lui-même suit ce mouvement. Le rappel de l’amour manifesté lors de la sortie d’Égypte débouche sur l’annonce du jugement d’Israël sous la férule assyrienne, mais également finalement sur la promesse d’un futur rassemblement des fils d’Israël depuis l’Égypte et l’Assyrie. Michael Vlach souligne dans le livre d’Osée une véritable dynamique exodique structurée autour du jugement et de la restauration.
Cette observation permet d’ailleurs de mieux comprendre pourquoi Matthieu peut penser à Osée 11.1 lorsqu’il raconte le séjour de Jésus en Égypte puis son retour. Même si l’on conteste certains aspects de la démonstration du professeur Vlach, il devient difficile de soutenir à la lumière de ses arguments que Matthieu aurait choisi ce texte de manière arbitraire ou purement accidentelle. Le lien entre Israël comme fils de Dieu, l’Exode et l’espérance d’une restauration future constitue bel et bien la raison pour laquelle Matthieu se permet de citer Osée 11.1 à propos de quelque chose qui arrive à l’enfant Jésus. En ce sens, Michael Vlach met justement en lumière une véritable cohérence canonique et typologique entre Osée et Matthieu. Son analyse aide ainsi à dépasser une opposition trop brutale entre sens historique de l’Ancien Testament et lecture christologique du Nouveau Testament.
3. Les défauts de la lecture d’Osée 11.1 proposée par le professeur Vlach
Malgré les qualités réelles de la lecture proposée par Michael Vlach, plusieurs difficultés demeurent. Celles-ci ne concernent pas l’existence d’un thème du nouvel exode dans le livre d’Osée qu’il documente suffisamment, mais plutôt la manière dont il passe de cette théologie générale du livre à l’affirmation qu’Osée 11.1 lui-même posséderait déjà une orientation messianique prospective identifiable dans son propre contexte. Il existe une différence importante entre reconnaître qu’un livre développe une espérance future de restauration et affirmer que chacun des éléments composant cette théologie devient lui-même une prophétie directement orientée vers le Messie. Or c’est précisément ce glissement qu’on observe dans la proposition de lecture du professeur Vlach. Parce qu’Osée annonce un futur retour d’exil assimilable à un nouvel exode, le rappel du premier exode en Osée 11.1 deviendrait lui aussi prospectif. Cette conclusion ne s’impose pas nécessairement.
Un texte peut en effet parfaitement participer à une structure théologique plus large sans que sa propre orientation temporelle et discursive soit modifiée. Or, lorsqu’on lit Osée 11.1 dans son mouvement immédiat, le verset apparaît avant tout comme une rétrospection historique. Dieu rappelle l’amour qu’il a manifesté envers Israël lors de l’Exode : « Quand Israël était jeune, je l’aimais, et j’appelai mon fils hors d’Égypte. » Et immédiatement après, le texte poursuit : « Plus on les appelait, plus ils s’éloignaient. » Le regard vers le passé sert ici à fonder une accusation contre Israël. Le prophète rappelle la fidélité ancienne de Dieu afin de souligner l’infidélité persistante du peuple. Autrement dit, le mouvement du texte est essentiellement rétrospectif et polémique. Osée n’annonce pas ici un futur Messie sortant d’Égypte : il rappelle plutôt les faits qui conduisent au jugement qui va s’abattre sur Israël, et il le fait en revenant au temps de l’exode. Même si le chapitre débouche ensuite sur une espérance de restauration future, cela ne suffit pas à transformer Osée 11.1 en prophétie messianique prospective.
Une deuxième difficulté réside dans le fait que la lecture du professeur Vlach suppose de considérer Osée 3.4-5 comme l’arrière-plan immédiat d’Osée 11.1. Les deux oracles sont toutefois séparés de plusieurs chapitres : on ne peut pas dire qu’Osée 3 est le contexte littéraire immédiat d’Osée 11. Le lecteur ordinaire a généralement oublié ce qu’il a entendu en Osée 3 bien avant d’être arrivé à Osée 11.
Une troisième difficulté concerne le caractère explicitement messianique que Vlach attribue à la figure davidique d’Osée 3.4-5. Le texte annonce certes qu’après un long temps de jugement, les fils d’Israël reviendront et chercheront « David leur roi ». Mais faut-il nécessairement comprendre cette formule comme une annonce explicite du Messie au sens christologique fort ? Une telle lecture est certes possible, mais elle ne s’impose toutefois pas comme la seule envisageable dans le contexte historique du livre. Le royaume du Nord vit depuis des siècles dans la rupture avec la dynastie davidique. Dans ce cadre, l’expression « David leur roi » peut tout simplement désigner le retour d’Israël sous l’autorité légitime de la maison de David, c’est-à-dire la fin du schisme entre Israël et Juda. La mention de « David leur roi » servirait alors à annoncer la réunification du royaume du Nord et du royaume de Juda, ce qui n’exige pas nécessairement qu’il s’agisse du Messie. Le règne de Josias, après la chute du royaume du Nord, offre en effet un exemple remarquable de réunification cultuelle et nationale autour de Jérusalem et de la dynastie davidique. Les récits de Chroniques présentent Josias étendant sa réforme dans les anciens territoires du nord et rassemblant Israël autour du temple de Jérusalem (2 Chroniques 34.6-7, 9, 33 ; 35.17-18). Il y a peut-être là un accomplissement de la prophétie d’Osée 3.4-5 selon laquelle les Israélites (du Nord) reviennent à « David leur roi » alors que cela fait déjà plusieurs décennies qu’il n’y a plus de roi et plus de culte de l’Éternel dans ces territoires. Cette observation tend à fragiliser un élément important du raisonnement du professeur Vlach. Celui-ci considère que la mention de « David leur roi » en Osée 3.4-5 désigne de manière évidente Jésus, et que l’attente messianique d’Osée au troisième chapitre est un élément suffisant pour considérer qu’Osée 11.1 possède une dimension prospective. Mais chacun de ces éléments du raisonnement mériterait d’être prouvé, et non seulement affirmé.
Quoi qu’il en soit, le nouvel exode, une restauration à venir et l’amour de Dieu pour Israël sont bel et bien présents dans le livre d’Osée, mais cela ne suffit pas à prouver que chaque verset du livre, en particulier ceux qui convoquent le passé lointain du premier exode, comme c’est le cas d’Osée 11.1, possède une dimension prospective.
4. Osée 11.1 dans son contexte : réflexion critique sur la lecture de Michael Vlach
La question méthodologique qui demeure au terme de cette discussion peut être formulée simplement : lirions-nous spontanément Osée 11.1 comme un texte orienté vers Jésus si Matthieu 2.14-15 ne l’avait jamais cité ? Autrement dit, la dimension prospective qu’identifie Michael Vlach dans le verset provient-elle réellement du texte d’Osée lui-même, ou bien de sa réutilisation néotestamentaire ?
Cette question est importante, car l’argumentation de Vlach semble parfois fonctionner selon une logique circulaire implicite. Matthieu cite Osée 11.1 comme s’accomplissant en Jésus ; dès lors, Osée 11.1 doit déjà posséder une orientation messianique prospective ; Matthieu peut donc être compris comme citant le texte « contextuellement ». Or, si on lit simplement Osée 11.1 dans son contexte historique et littéraire immédiat, rien ne conduit de manière naturellement à y voir une prophétie concernant le Messie sortant d’Égypte. Le texte regarde vers le passé afin de rappeler l’amour ancien de Dieu pour Israël et l’infidélité subséquente du peuple.
Le professeur Vlach semble ici être tombé dans le piège des fausses disjonctions. Il semble considérer qu’il n’y a que deux options possibles : soit Matthieu cite Osée contextuellement et le texte d’Osée était d’emblée une prédiction du Christ, soit il cite le texte hors contexte de manière arbitraire. Mais puisqu’on ne peut pas accepter l’idée que Matthieu a cité ce texte n’importe comment, il s’ensuit que Matthieu a cité Osée 11.1 de manière contextuelle. Cette opposition binaire, toutefois, est trop réductrice. Il y a en effet d’autres manières de concevoir la citation d’Osée 11.1 en Matthieu 2.
C’est ici que la théorie des sens me paraît offrir un cadre d’interprétation plus satisfaisant. Dans la tradition chrétienne classique, il est possible de distinguer le sens littéral d’un texte d’accomplissements typologiques, christologiques ou spirituels qui apparaissent ultérieurement dans l’histoire de la révélation. Une telle approche permet précisément de maintenir ensemble plusieurs éléments que le débat moderne tend souvent à opposer.
D’une part, elle permet de conserver pleinement le caractère réellement rétrospectif d’Osée 11.1. Le verset parle bien, dans son sens littéral, de l’Exode historique d’Israël. Le prophète rappelle l’amour de Dieu manifesté lors de la sortie d’Égypte afin de souligner ensuite l’infidélité du peuple. Il n’est pas nécessaire de transformer le verset en prophétie explicitement messianique pour reconnaître la validité de ce sens historique.
D’autre part, cette approche permet également de reconnaître la cohérence canonique profonde entre Osée et Matthieu. Matthieu ne cite pas arbitrairement Osée 11.1. Le lien entre Israël comme fils de Dieu, l’Exode, le jugement, la restauration et le nouvel exode est bel et bien établi par le livre d’Osée. Et il se trouve que Jésus récapitule véritablement l’histoire d’Israël avec ces thèmes bibliques liés les uns aux autres. Le Fils accomplit en sa personne ce que le fils Israël préfigurait déjà.
La théorie des sens permet d’expliquer cette cohérence sans devoir démontrer qu’Osée 11.1 possédait déjà, dans son propre contexte, une orientation messianique prospective identifiable indépendamment de Matthieu. La citation de ce texte par le Nouveau Testament permet de mettre en lumière les multiples correspondances suivantes :
- Israël comme fils de Dieu et Jésus comme fils de Dieu
- Israël comme sortant d’Égypte et Jésus comme sortant d’Égypte
- Israël comme portant le jugement divin au cours de son histoire et Jésus comme portant le jugement divin au cours de son histoire
- Israël comme restauré au retour de l’exil et Jésus ressuscité après sa mort sur la croix
Matthieu ne nie pas le sens historique du texte d’Osée ; il ne prétend pas non plus qu’Osée annonçait explicitement que le Messie sortirait un jour d’Égypte. Il voit plutôt en Jésus la récapitulation véritable d’Israël, le Fils ultime rejouant et accomplissant l’histoire du premier fils appelé hors d’Égypte, et il cite alors un texte dont la lettre parle du premier exode comme le fait que Dieu a fait sortir son fils d’Égypte, un événement qui signifiait lui-même quelque chose de ce que le Christ allait un jour accomplir dans sa propre vie et réaliser pour son peuple.
Il y a des solutions intermédiaires entre une « lecture parfaitement contextuelle » et une « lecture arbitraire hors contexte ». La théorie des sens est l’une de ces solutions. Elle permet de préserver à la fois le sens littéral d’Osée 11.1, la cohérence théologique entre Osée et Matthieu, et la légitimité de la lecture matthéenne, sans devoir faire d’Osée 11.1 une prophétie messianique explicite dans son contexte originel.
Conclusion
En définitive, la lecture proposée par Michael Vlach possède de réelles qualités. Elle met en évidence l’existence d’une théologie du nouvel exode dans le livre d’Osée et souligne avec pertinence la cohérence canonique reliant Osée à Matthieu. Son analyse montre également qu’il est insuffisant de réduire Matthieu 2.15 à une citation entièrement arbitraire ou décontextualisée.
Toutefois, il me semble que sa démonstration ne parvient pas réellement à établir qu’Osée 11.1 possédait déjà, dans son propre contexte, une orientation messianique prospective que Matthieu se contenterait de mettre en évidence. Le verset demeure avant tout une rétrospection historique sur l’Exode d’Israël.
La théorie des sens permet alors de préserver ensemble plusieurs éléments essentiels : le sens littéral historique d’Osée 11.1, la légitimité de la lecture matthéenne, ainsi que la cohérence théologique profonde unissant Israël et Jésus-Christ dans l’économie de la révélation biblique.
Illustration de couverture : D. Roberts, Le départ des Israélites, huile sur toile, 130 ×183,3 cm, 1829, Birmingham, Birmingham Museum and Art Gallery.




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