L’histoire racontée dans le texte qui suit est l’histoire de la famille de mon arrière-arrière-grand-mère, Esther Pilet-Zulauff (1886-1970). Elle était la plus jeune des filles de la famille et vivait en Suisse, dans le canton de Vaud. L’autrice du texte, Renée Cavé (dont nous avions déjà partagé un poème), sourde-muette, n’ayant pas de famille, avait sa chambre chez Dora Dubuis-Zulauff, soeur aînée de mon arrière-arrière-grand-mère, du côté maternel. Le récit est narré à la première personne : il s’agit du témoignage de Dora. C’était une famille composée de cinq filles et de deux garçons. Le récit que Renée Cavé a fait de la vie de notre famille m’a été transmis par ma grand-mère afin, dit-elle, de nous laisser ce témoignage de foi de nos racines familiales.
Sans aucun doute, ce témoignage n’aura pas la même saveur pour vous, mais il demeure un témoignage touchant de la bienveillance de Dieu envers une famille éprouvée mais pieuse. Je dois avouer que le premier sentiment qui m’a frappé en lisant ce texte fut celui d’une profonde honte. Non pas que ce soit l’intention du récit, mais en comparant la piété de mes pères dans leurs rudes circonstances avec la mienne, il m’a semblé évident que Dieu était digne d’une consécration bien plus ample que celle que je lui offre. Si le même sentiment vous prend, puisse-t-il être suivi d’une telle consécration.
J’ai conservé ici le récit sans le modifier, si ce n’est par l’ajout de sous-titres et de notes de bas de page explicatives.
Outre ce texte et des poèmes, René Cavée a légué un ministère auprès des sourds-muets de langue française, ministère qui persiste jusqu’à ce jour et a notamment enregistré la Bible en Langue des signes.
Sept ans.
Sept ans ! Âge de la joie ! Âge de l’insouciance. Âge doré lorsqu’on se sent entouré de bons parents qui nous choient et ne nous laissent manquer de rien !
Sept ans ! J’avais pourtant cet âge-là, quand l’épreuve nous visita, car notre bonheur, hélas ! fragile comme un château de cartes, n’avait pas été fondé sur le ROC.
Sept ans ! J’étais à ce moment-là l’aînée de six enfants et plus tard la famille allait s’agrandir encore. Ah ! comme elle avait raison la chanson des écoliers qui se termine par ce refrain :
Les souvenirs d’enfance, Ne s’effacent jamais !…
Quoiqu’aujourd’hui je sois une vénérable grand-tante, le temps de ma prime jeunesse ne peut s’éloigner de mon souvenir, de ma pensée.
La blanche maison aux volets verts
Nous avions un bon père qui chérissait ses enfants et possédait un cœur large et ouvert à tous. Nous entourions notre mère d’une sainte vénération, car elle était douce et ferme à la fois. Comme on se sentait heureux dans la blanche maison aux volets verts, en retrait au haut du village. Par les fenêtres, nous apercevions les vastes prairies constellées de fleurs et couronnées, là-haut, par un imposant cirque de montagnes. Tout près de nous, un frais ruisseau roucoulait sa claire chanson avant de se perdre plus loin dans la rivière tumultueuse.
Comme il était familier à nos yeux, ce riant paysage ! Il s’harmonisait avec nos cœurs et rien ne semblait vouloir ternir le ciel de notre bonheur. Mais le destin, jaloux, veillait au détour du chemin pour semer notre douce quiétude à tous vents.
La faillite et le départ du père
Sous sa bonté naturelle, notre père cachait une grande ambition ; ce fut ce qui le perdit. Non satisfait de posséder quelques arpents de terrain et quelques têtes de bétail suffisant largement à notre entretien, il voulut élargir sa tente. Il acheta des maisons, d’autres pâturages, se fit cautionner, cautionna à son tour et lentement, mais sûrement, la faillite inexorable vint frapper un jour à sa porte. Que faire avec tous ses petits qui réclamaient la becquée ?
Sept ans ! Je n’avais que sept ans et pourtant je ne puis oublier cette mémorable journée où mon père profondément humilié prit la résolution de quitter cette contrée pour gagner, en plaine, le pain quotidien. Quel déchirement que ce départ d’autant plus pénible pour ma mère qui restait momentanément seule avec une lourde charge sur les bras. Mais plus tard notre père nous avertissait d’aller le rejoindre.
La ville, puis la prison
Ce fut ainsi qu’un jour, nous débarquâmes en ville, petits montagnards dépaysés dans cette ambiance de la métropole si nouvelle pour nous. Mais qu’importait ce changement puisque notre chère maman était là, nous entourant de son amour et de sa tendresse vigilante. Petit à petit, notre vie s’organisa. Mon père faisait venir du village natal diverses denrées fruitières qu’il revendait sur le marché. Il se procura en outre deux vaches dont le lait augmenta notre pécule. Il semblait que notre ciel s’éclaircissait de nouveau, alors que de gros nuages menaçaient déjà notre paix familiale. Une nouvelle épreuve allait affliger mes parents. Accusé d’avoir donné une fausse signature, mon père fut emmené et conduit en prison. Absolument innocent, il dut pourtant rester plusieurs mois à l’ombre de la geôle, jusqu’au jour où l’on découvrit le vrai coupable. Pendant son temps d’incarcération, tout alla à la dérive dans notre pauvre foyer privé de son chef. Le bétail était soigné par un jeune homme insouciant ; des gens sans scrupules profitaient de notre situation difficile pour nous voler notre foin ; d’autres contrariétés s’ajoutèrent à celles-là ; une ultime décision fut prise. Notre père resterait en plaine, tandis que notre mère rentrerait au pays avec ses six enfants et dans l’attente d’un septième.
Le retour au chalet
Ce fut dans l’humble chalet de son père qu’elle se réfugia. Humble était la maisonnette, doux le refuge qu’elle y trouva, mais grande la tâche qui l’attendait ! Une tâche effacée, sans éclat aux yeux des blasés de ce monde, mais c’était le prélude d’une vie de foi, d’une vie consacrée à Dieu.
Mon père envoyait de temps à autre une légère somme d’argent (ce qu’il pouvait) mais insuffisante à notre entretien. Armée de courage, mère entretenait la propriété attenante, vendait le foin pour payer le loyer. Dans la petite étable, deux chèvres fournissaient un lait crémeux qu’elle écoulait pour quelques francs. Un peu plus tard, des poules augmentèrent notre maigre revenu. Nous nourrissions aussi un porc dans l’espoir d’avoir un peu de viande. Mais un matin, nous le trouvâmes sans vie à l’étable, cruelle déception ! Notre nourriture était des plus frugales : soupe, petit lait, maïs, composaient notre ordinaire. Mais notre mère nous avait appris à être contents de tout, à partager entre nous, à nous aimer les uns les autres. Oh ! l’exemple maternel, l’exemple de la foi, comme il laisse dans la vie de la génération future un sillage indélébile et lumineux !
Une mère de prière
Quelle joie aussi pour nous de voir notre bien-aimée maman toujours sereine, souriante malgré ses lourds soucis que Dieu seul connaissait. Les années même n’ont pu effacer la vision de ces moments bénis où, le soir, elle nous appelait pour la prière et les actions de grâce. Nous étions autour d’elle comme les poussins autour de la poule ; nous joignions nos petites mains et la voix maternelle déposait son fardeau aux pieds du Maître tout en demandant la bénédiction pour ses chers petits.
Durant la journée, nous l’entendions chanter des cantiques, une joie intérieure stimulait son travail, elle semblait déjà pressentir l’éternel concert des anges. Je l’accompagnais aux bienfaisantes réunions de la Croix-Bleue1 et nous en revenions chaque fois, encouragées et fortifiées. Nous étions pauvres, ignorés des uns et des autres ; par ceux-là même qui, aux jours de prospérité, se disaient nos amis ! Mais à l’école du renoncement et de la foi, nous apprîmes que nous avions un Père céleste qui nous aimait, nous entourait de sa protection divine et chaque jour manifestait sa bonté envers nous.
La miche de pain
En ces temps-là, naquit notre petite sœur, ce qui diminua encore nos faibles ressources. En plus des travaux champêtres, notre mère manœuvrait habilement l’aiguille, mais cet excédent ne suffit plus à notre subsistance. Notre père, malade à l’étranger, n’avait pu envoyer aucune somme d’argent depuis trois mois.
Un jour vint où le pain fit défaut pour le lendemain. Qu’allait-on devenir ? À qui avoir recours ? Nous adresser aux parents riches qui, eux, vivaient dans l’abondance ? Autant valait frapper à un rocher, car nous n’étions plus intéressants pour eux à cause de notre pauvreté. Angoissés, avides, nous nous groupions autour de notre mère :
— Maman, j’ai faim ! clamaient les aînés.
— Maman, donne-nous du pain ! pleuraient les plus petits.
Quelle accablante tristesse de montrer la huche creuse à ces oisillons faméliques !
— Mes chéris, un seul moyen nous reste : demandons du pain à Dieu, Lui seul peut nous l’envoyer.
À genoux autour de la table, nous fîmes tour à tour monter notre supplication vers CELUI qui nourrit l’oiseau des champs. Ô miracle d’amour ! pouvoir invincible de la foi, la réponse ne se fit pas attendre ! Mais comme notre mère nous avait fait tous coucher après la prière, ce ne fut que le lendemain que nous en vîmes l’exaucement. Sur la table de sapin, déjà bien polie par l’usage, s’étalait une magnifique miche de pain ! Déjà nos regards brillaient de convoitise, mais on veilla à une juste répartition des tranches. Nous avions une de ces vieilles cuisines d’autrefois, avec une grande cheminée ouverte sur le toit, où l’on suspendait l’antique marmite à crémaillère. Chacun de mes frères et sœurs inspectèrent la dite cheminée avec curiosité.
— Oh ! maman, disions-nous, notre doigt pointé en l’air, n’est-ce pas par là que le Bon Dieu nous a envoyé du pain !
N’est-elle pas souverainement touchante la croyance christique des enfants, inculquée par leur mère qui eut plus tard la clef de ce divin exaucement.
En effet, ce soir-là, une tante, aussi surchargée de famille, mais douée d’un noble cœur, venait nous faire visite. Sur le seuil de la porte, elle nous entendit prier. Furtivement, elle courut chez elle, revint avec le pain qu’elle déposa silencieusement sur la table. Dieu avait dirigé ses pas vers notre demeure, précisément à cet instant, comme une réponse à notre requête.
Le métier de blanchisseuse
Toutefois un pain ne durait pas longtemps dans notre nid. Il fallut alors prendre une héroïque décision. Avec quel courage le fit-elle, la femme énergique qui n’avait que deux bras en face d’une si lourde tâche. Elle nous confia à une cousine, jeune et dévouée, puis partit faire un stage en plaine pour se perfectionner au dur métier de blanchisseuse. Comme les débuts furent rudes à son retour au milieu de nous. L’argent manquait pour l’achat du matériel qui eût facilité le travail. Le linge se cuisait dans un petit chaudron suspendu à la crémaillère du foyer, exposé à la fumée et aux étincelles de la flamme. Quelle complication ! Mais, dans sa foi, mère priait toujours, remettant sa peine à Dieu. CELUI qui accomplit les désirs de ceux qui Le craignent allait accomplir le sien par un fait remarquable.
La couleuse
Un dimanche après-midi, s’organisait une réunion en plein air, et notre maman, toujours heureuse d’écouter la Parole sainte, nous y emmena tous. Parmi les assistants, se trouvait une dame étrangère et riche. Lorsque le culte fut terminé, elle s’approcha de nous en tendant une enveloppe à ma mère.
— Vous devez avoir bien à faire pour vos enfants, dit-elle avec douceur. Prenez ceci pour aider à vos besoins pressants. Dieu m’a justement mis au cœur le devoir de faire quelque chose pour vous.
Les mains maternelles tremblèrent en prenant le blanc message ; peu après, nous constations qu’il contenait… un billet de 50 francs !
L’achat de la couleuse n’était plus un mirage, mais une réalité, oh ! combien glorieuse pour nous qui voyions une fois de plus l’amour du Père céleste. Rien ne peut traduire nos sentiments lorsque le précieux ustensile accommoda beaucoup le labeur du blanchissage.
Le livre de textes moraves
Dans son culte matinal, mère rendait grâce et sa foi se déterminait pour d’autres nécessités, spirituelles ou matérielles.
— Quel dommage, soupirait-elle souvent, que je ne possède pas un livre de textes moraves pour diriger notre lecture biblique journalière.
— Il faut demander au Seigneur de t’en donner un, suggérai-je, convaincue.
À quelque temps de là, la vénérée mère de notre Pasteur me remit un modeste paquet. Curieuse comme le sont toutes les fillettes, je le palpai et l’ouvris. Quelle joyeuse surprise en découvrant son contenu ! Je me dirigeai en courant vers notre demeure et, dès le seuil, j’agitai mon précieux trésor.
— Oh ! maman, maman ! m’exclamai-je, la voix vibrante d’émotion, voilà le livre, le livre que tu désirais tant…
« Tout ce que vous demanderez en Mon Nom, a dit Jésus, croyez que vous le recevrez et vous le verrez s’accomplir. »
Auprès de ma monitrice
Une enfant de treize ans qui aime profondément sa mère essaie de l’aider selon ses forces ; j’étais l’aînée, donc le bras droit maternel. Bientôt, je fus mise à l’épreuve dans mon amour filial. À cette époque, je dus faire mes adieux à une chère ancienne monitrice de l’École du dimanche qui allait repartir en plaine après un séjour dans notre vallée. Atteinte de paralysie partielle, elle cherchait une jeune compagne pour lui rendre les menus services qu’exigeaient son infirmité. Lorsque je l’entendis formuler son désir, je crus discerner là un appel de Dieu.
— Ah ! pensai-je en moi-même, pourquoi ne serais-tu pas cette compagne-là ? Une bouche de moins à nourrir durant la saison hivernale serait un allègement pour le maigre budget de ton foyer.
Audacieuse et craintive à la fois, je lui offris spontanément mes services. Me prenant au mot, elle expérimenta de suite mes jeunes capacités. Je dus la coiffer, lui mettre ses chaussures, l’aider à marcher et descendre les escaliers. Elle avançait à l’aide d’une canne d’un côté et, de l’autre, me donnait le bras. Comme je tremblais sous ce grand corps qui s’appuyait sur mon épaule.
— Mon Dieu, aide-moi ! était mon appel intérieur.
La foi de ma mère soutenait aussi mon âme ; je fus exaucée en sentant immédiatement une force supérieure s’emparer de mon jeune être et mes services acceptés.
Avec quelle joie, je rentrai à la maison en annonçant l’heureuse nouvelle. Puis tous les arrangements furent conclus à la satisfaction de chacun.
Malgré son impotence, la chère demoiselle se chargeait elle-même de mon instruction scolaire en vue des examens au collège de son domicile.
Le premier départ du foyer
Combien fut mémorable pour moi le jour du départ, le premier départ du foyer maternel ! À treize ans surtout, l’âge où les fillettes jouent encore à la poupée ou au cerceau, je prenais mon essor vers une vie de travail afin de décharger ma mère. Vu l’état physique de ma monitrice, nous voyageâmes en landau. Par la portière vitrée, j’aperçus plusieurs petites mains agitant des mouchoirs, et non loin de là, mon frère qui gardait les chèvres. Puis brusquement un détour de la route déroba, à mon regard ému, tout ce qui était si cher à mon jeune cœur. Je sentais les larmes gagner mes paupières et aussitôt j’éclatai en sanglots. Dans sa délicatesse, Mademoiselle laissa passer cette explosion de douleur. N’était-elle pas bien naturelle à l’instant où l’on quitte à treize ans, le meilleur de sa vie ?
Le « Heimweh » et la visite du père
Je fus cependant très heureuse dans ma nouvelle existence. Le temps passait en occupations agréables, tout était inédit pour la novice montagnarde. Toutefois au bout d’un certain temps le mal du pays, le « Heimweh » des exilés enveloppa peu à peu mon âme. Imitant la célèbre petite « Heidi » de Johanna Spiry, je rêvais chaque nuit de ma vallée et, comme une somnambule, je me promenais dans l’appartement, veillant loin des lieux de mon enfance. Le ciel eut pitié de moi en m’envoyant une grande surprise : la visite de mon père. Après six ans d’absence, il venait saluer les siens et redescendait justement de notre village. Aussi, j’eus des nouvelles toutes fraîches de ma famille. Quelle joie de le revoir, ce cher père, mais il avait bien changé ! Les soucis avaient scellé sur son visage, l’empreinte d’une précoce vieillesse ; cependant son cœur était resté bon et affectueux. Avec tristesse, il nous quittait de nouveau pour gagner le pain quotidien.
La mort de ma monitrice
Mon séjour en plaine dura neuf mois. La maladie de ma chère maîtresse s’aggrava. Des attaques répétées lui enlevèrent successivement l’usage des mains puis des pieds, et ensuite de la parole, exigeant les soins assidus d’une garde-malade compétente. Je ne pouvais plus rien faire pour elle. Ce fut alors le retour chez les miens où, peu de temps après, j’appris le suprême délogement de celle que j’avais servie avec affection.
Durant l’été qui suivit, deux de mes sœurs et moi-même, nous trouvâmes place dans des familles pour aider au ménage. Dieu nous formait de bonne heure à la vie pratique et au renoncement.
Départ pour l’Allemagne
J’avais quinze ans, ma sœur Jeanne treize, lorsqu’une dame, riche américaine, séjournant non loin de chez nous, proposa à notre mère de nous prendre chez elle une année en Allemagne, où nous devions la rejoindre plus tard. Elle se proposait de nous apprendre la tenue d’un ménage soigné en échange de leçons d’allemand et d’un modeste salaire.
Nous partîmes donc au début de l’hiver pour F… en B… À Bâle, l’Amie de la Jeune Fille, prévenue de notre arrivée, nous attendait à la gare, pour nous piloter et faire l’échange des quelques francs que nous possédions et qui nous paraissaient une fortune. Ma sœur me poussa soudain du coude en murmurant :
— Dora ! prends garde aux voleurs !
J’allais sourire de sa craintive remarque quand, sur le mur, j’aperçus de grandes affiches : Attention aux Pickpockets !
Étant l’aînée, j’avais la responsabilité de notre argent, et je serrais bien fort ma sacoche…
Au service de Monsieur et Madame de V…
À F… en B…, notre futur maître, Monsieur de V… attendait les deux petites vaudoises, travesties en cuisinière et femme de chambre, et nous conduisit à notre appartement. Nous étions heureuses d’arriver sans un accroc à notre long voyage. Dieu nous avait gardées en réponse aux prières ferventes de notre mère chérie.
Au matin suivant, ma sœur s’extasiait avec sa juvénilité de treize ans :
— Oh ! Dora, regarde, mais regarde donc ! Ces grandes maisons, ces horizons si larges, ces beaux parcs là-bas au fond ! Que je voudrais voir cela de tout près !
Au lieu de la promenade rêvée, ce fut le service qui commença. Je travaillais avec Madame au soin des chambres et de la table, tandis que Jeanne était envoyée chez une cuisinière pour y suivre des cours. Dans la soirée, Madame de V… nous donnait des leçons, mais, souvent, nous somnolions en étudiant. Debout dès six heures et demie, nous sentions la fatigue qui courbaturait tous nos membres. Nous devions également faire des lessives, à l’exception toutefois des grandes pièces de linge. À cause de notre jeune âge, nous trouvions parfois cet enseignement un peu lourd, mais une pensée d’amour pour notre bonne mère stimulait notre vaillance. Plusieurs mois s’écoulèrent de cette façon. Mais, peu à peu, nous nous ressentions dans notre santé de la dureté du travail, trop pénible pour nos frêles épaules. Malgré notre succulente nourriture, Jeanne devint très anémique, à la grande déception de Madame de V… qui se proposait de nous emmener en Amérique. Ma sœur et moi n’étions cependant guère satisfaites à la perspective de nous éloigner encore davantage de notre famille. Dieu, dans sa bonté, allait aussitôt agir en notre faveur.
La maladie de la petite Maggi
De notre mère, nous parvint la triste nouvelle d’une grave maladie de notre chère petite sœur Maggi. Atteinte de péritonite, aux portes du tombeau, la pauvre enfant dans son délire, réclamait constamment les deux exilées.
— Dora… Jeanne… ne sont-elles pas là ?
Plusieurs fois de suite, le même appel plaintif revenait sur les lèvres de la jeune mourante. Ne sachant que faire dans son angoisse, notre mère nous écrivit tout ce qui se passait. À la lecture de sa lettre, nous comprîmes que Dieu nous dirigeait vers le retour au foyer, et c’est ce que nous fîmes dans le plus bref délai. Nous trouvâmes notre jeune sœur depuis deux jours dans le coma. La tristesse se lisait sur tous les visages, un pénible silence, précurseur de la mort, planait sur notre maison. Tout en soignant son enfant, notre mère priait sans relâche :
— Seigneur ! Je sais que tu peux tout !
Une amie, fervente dans la foi, vint se joindre à elle pour intercéder, puis, au nom de Jésus, imposa les mains à la petite malade. Ô miracle, celle-ci ouvrit de grands yeux et s’écria la voix encore lointaine et pourtant joyeuse :
— Maman, je n’ai plus mal, je suis guérie.
Dès ce jour, en effet, l’enfant que nous croyions perdre, prospéra dans la santé.
Quelle joie suprême pour nous tous, que ce merveilleux exaucement et quel délice aussi pour Jeanne et moi de retrouver notre vie de famille. Vie simple, vie laborieuse, mais si douce, par les liens d’amour qui nous unissaient ! Certes le travail ne nous manquait pas, car ma mère continuait son métier de blanchissage et les clients devenaient plus nombreux.
En Suisse allemande
Ce fut ainsi que deux années passèrent, puis en ma qualité d’aînée, je dus prendre à nouveau mon envol pour d’autres horizons. Une cousine m’appelait en Suisse allemande pour apprendre la couture en même temps que la langue du pays.
C’était pour moi l’entrée dans un monde hétérogène, entourée de gens honnêtes, mais se livrant aux vains amusements frivoles. Avec eux, je dus participer aux fêtes de village, aux bals, aux galas de jeunesse. Quel programme différent du passé lorsqu’auprès des miens je n’avais aucun désir de ces choses ! Mais là aussi Dieu m’a gardée de toute convoitise malsaine.
Le nid se vide, le père revient
Mon apprentissage terminé, je repris le chemin de ma vallée où je continuai mon métier avec l’aide d’une sœur. Cependant, le nid familial devint trop étroit. Les ailes poussaient aux oisillons qui un à un prirent leur essor loin du lieu natal. L’une était à Paris, l’autre en Hollande, une troisième en Allemagne. Mais en compensation de ces vides douloureux, notre mère eut le bonheur immense de voir revenir son cher époux s’installer définitivement auprès d’elle, après onze ans d’absence. Il n’est pas possible de décrire ce retour, car le bonheur comme la douleur se concentrent au jardin clos des cœurs. Outre les petites sommes qu’il nous avait envoyées, notre père avait fait quelques économies. Il acheta deux vaches, loua des terres, pour les travailler, et occupa nos deux frères qui marquaient un goût prononcé pour la vie campagnarde. Les jours s’écoulaient plus paisibles, plus heureux depuis que Dieu nous avait exaucés par le revoir béni du chef de famille.
Vingt ans : un amour brisé
J’arrivais ainsi à mes vingt ans ! Vingt ans, pleine jeunesse où l’on mord au fruit savoureux des illusions ! Le cœur épanoui comme une fleur printanière vibre facilement sous les cordes de l’Amour ! Il écoute avec une aisée complaisance les propos flatteurs du sexe fort, sans songer aux déceptions possibles. C’est ce qui arriva pour moi. Malheur aux jeunes filles qui placent leur volonté propre avant celle du Maître souverain ! J’en fis l’amère expérience. Un jeune homme riche s’éprit de moi. Il était de toute honorabilité, et je l’aimais sincèrement. Déjà, nous avions fixé la date de nos fiançailles ; l’avenir s’ouvrait devant nous comme un chemin bordé de roses parfumées. Mais le rêve entrevu ne devint jamais réalité. Les parents de mon « ami », des gens très avares, tourmentèrent leur fils avec une telle persévérance que notre douce chaîne fut rompue. J’étais une pauvre fille, n’apportant au ménage que mon cœur et mes doigts diligents. Mais me sachant si mal accueillie dans cette famille présomptueuse, je préférais immoler mon amour plutôt que de devoir vivre en mésintelligence avec elle.
À vingt ans, mon cœur était brisé ! Ma première, ma fraîche inclination fauchée, comme l’épi qui tombe sous la faux du moissonneur ; mais ma conscience était allégée du sacrifice accompli.
Hombourg ou Hambourg ?
Cherchant un baume à ma souffrance intime, je voulus fuir loin de ces lieux, témoins de mon déchirement. J’allai rejoindre une dame anglaise que je connaissais, à la station thermale de Hombourg, près de Francfort en Allemagne. Mais la brave dame ne me donna pas, dans sa lettre, les détails exacts sur son lieu de résidence et écrivit simplement « Hombourg ». Nous fîmes confusion avec « Hambourg » sur l’Elbe et c’est là que je partis. L’argent de poche que je possédais en plus de mon voyage servit tout juste pour payer la grande différence de taxe de Bâle à Hambourg. En gare bâloise, je trouvai une représentante des Amies de la Jeune Fille2 à laquelle j’exposai mes craintes motivées. Mais ni l’une, ni l’autre ne pensa à l’équivoque des noms. En hâte, j’écrivis quelques mots chez les miens, mentionnant que je continuais ce voyage, le porte-monnaie vierge de tout contenu. Arrivée à destination, aucun visage connu ne frappa ma vue à ma descente de train.
— Que faire ? mon Dieu, conduis-moi.
Malgré ma foi, je sentais l’angoisse s’emparer de moi. Pourtant, je hélai un fiacre et me fis conduire à la pension où devait être ma future maîtresse. Imaginez ma pénible surprise en apprenant que pension et dame anglaise étaient inconnues. Toutefois, je ne me perdis pas en conjectures vaines. Je venais de me rappeler que je possédais sur moi le livre d’adresses des Amies de la Jeune Fille. Je priai le cocher de me conduire au Home suisse et demandai à la directrice de bien vouloir régler le louage du fiacre. Plusieurs heures s’écoulèrent dans cette situation compliquée. Ce ne fut que le soir de cette journée mouvementée et mémorable, que j’eus enfin la clef de l’énigme. Une dame de passage au Home, à qui je confiais ma peine, m’éclaira de suite sur la similitude des noms des villes. Je me trouvais à Hambourg au lieu d’être à Hombourg von Hau. Connaissant cette dernière cité, ladite personne me donna tous les renseignements nécessaires à mon voyage.
Au Consulat suisse
Je commençais à respirer librement. Mais… mais comment continuer mon exode sans un sou vaillant ? Encore une fois, je priai avec ardeur dans le silence de mon âme ; encore une fois, Dieu répondit à ma confiance. Je me souvins alors d’un conseil de mon père, au cours d’une conversation.
— Le Consul suisse doit rapatrier les exilés sans argent !
À peine ce souvenir surgit-il dans ma pensée que je ne pus tenir en place. J’allai directement au Consulat pour exposer mon cas. Il semblait que la Puissance divine avait dirigé mes pas à cette heure-là, vers la Légation helvétique. On venait précisément de recevoir un télégramme de mon village : « Prière de faire des recherches pour jeune fille perdue à Hambourg. » Comme l’on fut heureux en apprenant que j’étais cette jeune fille égarée. L’accueil de mes compatriotes à l’étranger fut touchant et l’on me réconforta par d’amicales paroles. On m’avança également la somme nécessaire pour le retour.
Ah ! Dieu avait été bon, immensément bon, d’avoir protégé sa faible enfant durant les péripéties de ce voyage. L’angoisse se lisant sur mon visage, un trafiquant de la Traite des Blanches aurait pu profiter de mon désarroi pour m’induire en erreur et m’emmener dans quelque infâme et mystérieuse maison. Je tremblai longtemps en pensant à ce qui aurait pu advenir si l’ange de l’Éternel n’avait pas campé autour de moi, pour m’arracher au danger : Psaume 34,8. J’avertis les miens de ma délivrance et j’évoquai ma bien-aimée mère à genoux remerciant CELUI qui gardait précieusement son aînée. Inutile de dire la joie de ma dame anglaise lorsqu’elle me vit arriver chez elle le surlendemain. Elle regretta son omission de détails, cause de mes perturbations.
Auprès de la dame anglaise
Je passai chez cette aimable personne un temps des plus agréables. Quoique souffrant de la goutte, elle était la bonté qui fait le charme de toute créature en se mettant à la portée de chacun. Je l’accompagnais dans ses déplacements, voyageant d’une ville à l’autre, appréciant la confortable vie d’hôtel. Ce furent des mois captivants pour moi, en raison de tout ce que je voyais journellement : autres pays, autres mœurs ! Tout différait avec la vie fruste de mon village. Je m’enrichissais d’expériences salutaires dont, plus tard, je sus estimer l’utilité. Ma dame anglaise espérait me garder longtemps à son service, lorsqu’à cette époque ma chère maman tomba malade.
La maladie de maman
Sa vie de privations, de dur labeur, de fatigues avait épuisé ses forces. Malgré toute sa vaillance, elle dut s’aliter complètement, éprouvée par la sciatique. Le docteur consulté lui déclara gravement :
— Vous ne pouvez plus travailler, faites revenir l’une de vos filles !
Mes deux sœurs étaient, l’une en Hollande, l’autre à Dresde. Ce fut donc moi, l’aînée, qui n’hésitai pas à rentrer pour soigner ma mère chérie. Pendant quatre ans, la cruelle maladie l’affligea beaucoup. Son état exigea un séjour aux bains de Lavey. Restée ferme et pieuse malgré son épreuve, elle assistait régulièrement au culte dominical de l’humble chapelle de l’endroit. En cette heure de mystique recueillement, elle renouvelait son courage et sa confiance.
« Crois-tu que tu puisses être guéri ? »
À l’un des sermons, le pasteur prit pour texte « LA FOI » et ce passage :
« Crois-tu que tu puisses être guéri ? »
Alors, dans un élan de toute son âme, elle prit Dieu au mot :
« Oui, je crois, Seigneur ! »
L’exaucement fut immédiat, car elle put rentrer à l’hôpital sans ses béquilles et fut complètement délivrée. La jambe guérie, plus courte que l’autre, resta le seul vestige des dures années de maladie, mais son cœur débordait de reconnaissance. Quelle inaltérable joie pour les siens, lorsqu’ils la virent revenir, rétablie et guérie en merveilleuse réponse à sa prière.
Mon mariage et le départ pour Genève
C’est alors que je rencontrai celui qui devint mon mari et, peu après, je dus quitter ma chère vallée pour le suivre à Genève. Certes, ce fut un grand changement pour moi d’être arrachée aux douceurs des bras maternels, de ne plus voir devant mes yeux nos montagnes altières, de ne plus respirer le bon air de nos hauteurs ! Mais si cela me manqua dans les premiers mois de mon mariage, je savais que mon Sauveur ne me faisait pas défaut et m’accompagnait partout. Il me restait aussi la suprême image d’un souvenir béni : les années de prime jeunesse et d’adolescence où, malgré nos difficultés, nous nous aimions si tendrement les uns et les autres. En dépit de la distance qui nous séparait, l’affection et la prière nous gardaient unis par un lien indéfectible.
La mort de mon père et de mon frère Robert
L’année qui suivit mon mariage fut assombrie par la mort de mon père, emporté par une toux opiniâtre. Le surmenage et les restrictions de ses années d’exil avaient raccourci sa destinée terrestre. Il partit âgé de cinquante-quatre ans, mais précocement vieilli, car il en paraissait dix de plus. Il n’avait pas l’ardente foi de sa compagne, mais était néanmoins un homme de cœur et d’honnêteté, arraché à l’affection des siens un matin de Noël ! Cinq mois plus tard, l’épreuve frappait encore à notre porte. Notre cher frère aîné suivit son père dans la tombe, enlevé par une bronchite chronique. Livré à la volonté de Dieu, ses derniers moments ici-bas furent en édification pour nous.
— Ô mes bien-aimés, nous disait-il, la voix déjà étrange et distante, ne pleurez pas sur moi. Je me réjouis de monter au Ciel où je ne souffrirai plus.
Puis, en tremblant, il chantonnait avec nous, l’immortel cantique :
Jésus est notre ami suprême3
Notre cher Robert n’avait que vingt-six ans pourtant. Il peut paraître étrange qu’en pleine période de jeunesse, il semblait heureux de tout quitter, même une fiancée qu’il chérissait. Mais il expérimentait par sa santé chancelante, la fragilité du bonheur périssable. À l’exemple de St-Paul, il pouvait répéter :
Être avec Christ est de beaucoup meilleur
Maman vient vivre auprès de nous
L’une après l’autre, mes sœurs se marièrent à leur tour. Chacune prit place à son foyer naissant. Notre mère se trouva seule avec mon frère cadet. À ce moment, j’étais à la tête d’un atelier de couture en ville et je sentais le besoin d’avoir quelqu’un de confiance pour diriger mon ménage. Mon frère étant fiancé, je lui suggérai d’avancer son mariage. C’est ce qu’il fit, voyant que cela me rendrait un service appréciable. Lorsqu’il fut installé dans son petit home conjugal, j’eus alors la grande joie d’avoir, près de moi, ma chère maman qui resta quatre ans avec nous.
Quelle aide précieuse je trouvais en elle, autant par ses conseils, sa foi invincible, que par sa charité céleste qui ne soupçonne point le mal et qui répand la paix ! Qu’il est incomparable le privilège de posséder une maison chrétienne qui, dès notre premier babil nous avait appris à aimer Dieu, à le prier dans toutes les circonstances ! Certes, elle fut récompensée de sa fidélité, car tous ses enfants continuèrent dans leurs nouvelles demeures les saintes traditions acquises aux jours de notre enfance !
La séparation
Les circonstances nous obligèrent à cesser notre tendre intimité. La profession de mon mari nous contraignit à quitter la ville pour un poste à la campagne. J’abandonnai mon atelier et mère rentra au pays en ne laissant que des regrets derrière elle. Pourtant l’année suivante, j’eus le bonheur de jouir encore de sa présence, car elle revint quelques semaines auprès de nous.
Morte à genoux
Combien peu nous nous doutions que l’ultime séparation était si proche ! Plusieurs mois après, Dieu la rappela à Lui d’une manière bien soudaine.
Elle souffrait depuis longtemps d’une maladie de cœur, mais rien ne laissait prévoir un dénouement subit. Entourée d’amour par mon frère et sa famille, elle mourut cependant dans la solitude, à soixante-quatre ans.
Comme d’habitude, sa petite-fille allait la chercher dans sa chambre pour le déjeuner. Un matin, l’enfant revint apeurée auprès de sa mère :
— Maman, maman, dit-elle larmoyante, je ne sais pas où est grand-mère ! Je ne la trouve pas !…
Inquiet, mon frère partit en exploration. Il découvrit sa mère au pied de sa couche, cachée par le lit. Elle était à genoux, immobile, sans apparence de vie ; un jet de sang sorti de la bouche avait souillé ses vêtements. Mon frère la toucha à l’épaule, mais elle ne bougea pas. Alors, ô douleur cruelle, on dut constater qu’elle était partie pour toujours, à la suite d’une rupture d’anévrisme.
À genoux elle avait lutté et prié ; à genoux, elle était morte dans l’isolement avec son Dieu qui l’invitait à monter plus haut. Elle était morte à genoux, intercédant sans doute pour les siens ! Elle était morte dans la même position que le grand Livingstone intercédant pour ses chers noirs4 !
Pour l’une, carrière humble, effacée, connue seulement de son milieu familial ; pour l’autre, carrière au grand jour, de renommée mondiale ! Mais toutes deux cependant, carrières de souffrances, de fidélité et d’amour au service du même Maître universel.
Épilogue : un monument de foi
Combien fut douloureuse pour nous, ses enfants, l’inexorable séparation. Aucune parole ne saurait dépeindre le vide immense, irréparable, que nous ressentîmes ! Vide comblé seulement par le Divin Auteur des Béatitudes :
« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ! »
Maintenant mon cher journal, je vais clore tes pages en y gravant le souvenir de ma vénérable Maman ; en remerciant Dieu de nous l’avoir donnée, car quoique morte depuis plus de vingt ans, son exemple demeure comme un monument de foi, de courage et d’espérance.
Un poème de Renée Cavé
Mon oeuvre est pour le Roi ! En cette heure bénie
Ô Dieu je viens à Toi au pied de Ton autel
T’apporter ce matin le meilleur de ma vie,
Te servir sur la terre est un reflet du ciel.
Mon oeuvre est pour le Roi ! Mon intime souffrance
Accepte-la, Jésus, comme le nard versé
D’un vase qui se brise à Tes pieds, en silence,
Offrande de mon coeur, triomphant mais blessé.
Mon oeuvre est pour le Roi ! Au pieux ministère
Forme-moi chaque jour et dirige mes pas.
Que mes faibles efforts, visites et prières,
Remplissent, pour Ta gloire, un doux apostolat.
Mon oeuvre est pour le Roi ! Mon âme, fait silence
Pour mieux prêter l’oreille aux ordres du Seigneur.
Choisis la bonne part : l’immortelle science,
Comme Marie assise aux pieds du Rédempteur.
Mon oeuvre est pour le Roi ! La moisson est si grande.
Les ouvriers, hélas ! encor’ trop peu nombreux.
Que sur moi chaque jour ton Esprit se répande
Pour apporter l’espoir à quelque malheureux.
Mon oeuvre est pour le Roi ! Là, dans cette vallée
Aux austères sommets que Tu créas si beaux,
Il y a des souffrants, des âmes isolées
Qu’il faut illuminer de ton divin flambeau.
Mon oeuvre est pour le Roi ! Petite est ma patrie
Mais vaste est le travail, aimer, c’est Te servir.
Ma bouche doit parler des grâces infinies
Du Christ consolateur toujours prêt à bénir.
Mon oeuvre est pour le Roi ! Ma tâche terminée
Tu me prendras là-haut, à jamais devant Toi.
Ah ! Te servir encor’ sera mon apogée
Au ciel, comme ici-bas : mon oeuvre est pour le Roi !
Illustration en couverture : À travers champ, Eugène Burnand, peintre réformé du canton de Vaud.
- Le mouvement de la Croix-Bleue a été fondé le 21 septembre 1877 à Genève, en Suisse, par le pasteur protestant suisse Louis-Lucien Rochat et un groupe de sympathisants. Le mouvement s’est développé en réponse aux problèmes sociaux et sanitaires liés à la consommation d’alcool dans la Suisse du XIXe siècle.[↩]
- Organisation consacrée à la prévention de la prostitution.[↩]
- Il s’agit d’un cantique écrit par Marianne Nunn (1778-1847) dont les paroles sont les suivantes :
Jésus est notre ami suprême.
Oh ! quel amour !
Mieux qu’un tendre frère il nous aime.
Oh ! quel amour !
Ici, famille, amis, tout passe ;
Le bonheur paraît et s’efface ;
Son coeur seul jamais ne se lasse.
Oh ! quel amour !Il est notre vie éternelle.
Oh ! quel amour !
Célébrons son oeuvre immortelle.
Oh ! quel amour !
Par son sang notre âme est lavée :
Au désert il l’avait trouvée,
Et dans sa grâce il l’a sauvée.
Oh ! quel amour !Il s’est offert en sacrifice.
Oh ! quel amour !
Nous bénir est tout son délice.
Oh ! quel amour !
Qu’à sa voix notre âme attentive,
Toujours en paix, jamais craintive,
Près de son coeur doucement vive
Dans son amour ![↩] - David Livingstone est un célèbre martyr et missionnaire protestant en Afrique. Il milita ardemment contre le commerce d’esclaves.[↩]




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