Catéchisme de Heildelberg

« Il est mort, il a été enseveli, il est descendu aux enfers » [Q40-44 Heidelberg]

QUESTION 40.

40. Pourquoi était-il nécessaire que le Christ souffre la mort ?

R. Parce que, en raison de la justice et de la vérité de Dieu, la satisfaction de nos péchés ne pouvait se faire autrement que par la mort du Fils de Dieu.

EXPOSITION

Sous cette question, nous devons considérer :

  1. En quel sens nous disons que Christ est mort
  2. S’il était nécessaire que le Christ meure
  3. Pour qui il est mort

1. EN QUEL SENS CHRIST EST-IL MORT ?

L’exposition de cette question est nécessaire à cause des hérétiques qui ont corrompu le sens de cet article. Marcion niait que le Christ soit vraiment mort, et affirmait aussi que toute la dispensation de la parole dans la chair, et toutes les choses que le Christ a endurées pour nous étaient imaginaires, et qu’il n’avait que l’apparence d’un homme, mais n’était pas tel en réalité. Nestorius a séparé les natures en Christ, et n’a pas voulu admettre que le Fils de Dieu a été crucifié, et qu’il est mort ; mais a dit que ceci était vrai seulement de l’homme Christ. « N’exulte pas et ne te glorifie pas, Juif, tu n’as pas crucifié Dieu, mais l’homme. » Les Ubiquitariens croient que la nature humaine du Christ, dès le moment de l’incarnation, était si douée de toutes les propriétés de la Déité, que la seule différence entre celle-ci et la divinité du Christ, est que la première a par accident ce que la seconde a par elle-même. C’est pourquoi ils s’imaginent que le Christ, dans sa mort, et même lorsqu’il était dissimulé dans le sein de la vierge, n’était pas seulement sa Déité, mais aussi son corps, dans le ciel et partout. Et c’est ce qu’ils appellent la forme de Dieu, dont Paul parle dans Phil. 2:6

  1. Mais en opposition à tout cela, nous croyons ce qui est affirmé dans le Credo, que le Christ était vraiment mort, et qu’il y avait une réelle séparation entre son âme et son corps, et qu’elle avait vrai caractère local, de sorte que son âme et son corps n’étaient pas seulement séparés en tous lieux, mais qu’ils n’étaient pas en même temps en un seul lieu ; l’âme n’était pas où le corps était, et le corps n’était pas où l’âme était. […] (Matt. 27:50 ; Marc 15:37 ; Luc 23:46 ; Jean 19:30) […]
  2. Cela s’ajoute aussi à ce qui a été dit, à savoir que, bien que son âme ait été vraiment séparée de son corps, la Parole n’a pas déserté l’âme et le corps, mais qu’elle est restée, malgré son unité personnelle avec chacun, afin que, dans cette séparation de l’âme et du corps, les deux natures du Christ ne soient ni disjointes, ni séparées.

Objection : Mais s’il n’y avait pas une telle séparation entre les natures du Christ, pourquoi s’est-il exclamé : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Réponse : Ce cri a été extorqué au Fils de Dieu souffrant, non à cause d’une séparation des deux natures, mais à cause du retard de l’aide et de l’assistance : car les deux natures en Christ ne doivent pas être disjointes, car il est écrit : « Dieu a acheté l’Église avec son propre sang ». (Actes 20:28). Et il était nécessaire que celui qui mourrait pour nos péchés soit le Fils de Dieu, afin qu’il y ait ainsi une rançon suffisante. Il est donc aussi évident que l’union des natures dans le Christ n’est pas une ubiquité : car son âme, séparée de son corps, n’était pas dans le sépulcre avec son corps, et donc pas partout ; car ce qui est partout ne peut jamais être séparé. Et pourtant, l’union des natures est restée complète même dans la mort et dans la tombe.

2. DE S’IL ÉTAIT NÉCESSAIRE QUE LE CHRIST MEURE POUR NOUS.

Il était nécessaire que le Christ, pour qu’il puisse faire satisfaction, non seulement souffre, mais aussi meure :

  1. A cause de la justice de Dieu. Le péché est un mal d’une telle ampleur que, selon l’ordre de la justice, il mérite et exige la destruction du pécheur. La raison en est que ce qui est une offense contre le bien suprême ne peut être expié que par le châtiment le plus sévère et la destruction extrême du pécheur, qui est sa mort, selon qu’il est écrit: « le salaire du péché est mort ». (Rom. 6:23) Seulement, Christ a pris notre place, et a pris sur lui la personne de ceux qui avaient péché, et mérité la mort non seulement éternelle, mais aussi temporelle. Nous avons mérité cette destruction qui consiste en une dissolution entre l’âme et le corps, où une fois effectuée, le corps lui-même est également dissous, comme une maison est dite à détruire quand les pièces sont séparées les unes des autres. Il fallait donc que le Fils de Dieu meure pour qu’une rançon suffisante, qui ne pouvait pas être effectuée par une simple créature, puisse ainsi être faite.[…]
  2. A cause de la vérité de Dieu. Car Dieu avait déclaré qu’il punirait le péché par la destruction et la mort du transgresseur : « Le jour où tu en mangeras, tu mourras. » (Gen. 2:17) Il était nécessaire que cette menace de Dieu s’accomplisse après que le péché eut été commis. […]
  3. A cause des promesses faites aux pères, par les prophètes, comme celle contenue dans Es. 53:7 «Semblable à l’agneau qu’on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent ; Il n’a pas ouvert la bouche. »  ainsi qu’à cause des types et des sacrifices par lesquels Dieu a signifié que le Christ mourrait en une mort qui serait une rançon suffisante pour les péchés du monde. Or ceci n’était l’oeuvre d’aucune créature ; mais du Fils de Dieu seul. C’est pourquoi il convenait de souffrir d’une mort si douloureuse en notre nom.
  4. Enfin, le Christ lui-même a prédit que sa mort était nécessaire. «si je ne pars pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous » «Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi. » « quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » (Jean 16:7 ; 13:8 ; 12:32.)

Trois choses concordent donc avec cette question :

  • Il était nécessaire de satisfaire à la justice et à la vérité de Dieu
  • Cette satisfaction ne pouvait se faire que par la mort
  • Que par la mort du Fils de Dieu.

Les conclusions suivantes peuvent être tirées de ce qui vient d’être dit :

  1. Nous devons particulièrement éviter le péché, dans la mesure où il ne peut être expié que par l’intervention de la mort du Fils de Dieu.
  2. Que nous devons être reconnaissants au Fils de Dieu pour ce grand bénéfice qu’il nous a conféré par sa grande bonté.
  3. Que tous nos péchés, aussi grands, aussi nombreux et douloureux soient-ils, soient expiés par la mort du Christ seul.

3. LE CHRIST EST-IL MORT POUR TOUS ?

Pour répondre à cette question, nous devons faire une distinction, afin d’harmoniser les passages des Écritures qui semblent enseigner des doctrines contradictoires. Dans certains endroits, on dit que le Christ est mort pour tous et pour le monde entier. « par la grâce de Dieu, il a goûté la mort pour tous » « un seul est mort pour tous » « [Jésus Christ] qui s’est donné lui–même en rançon pour tous »etc. (Hébreux 2:9 ; 2 Cor. 5:15 ; 1 Tim. 2:6)

Les Écritures, au contraire, affirment en de nombreux endroits que le Christ est mort, a prié, s’est offert lui-même ; etc., seulement pour beaucoup, pour les élus, pour son propre peuple, pour l’Église, pour ses brebis, etc. «Je ne demande pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés «  « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. » « Je n’ai été envoyé qu’aux moutons perdus de la maison d’Israël. » « C’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » « Le Christ, qui s’est offert une seule fois pour porter les péchés d’une multitude » « mon serviteur, le juste, apportera la justice à la multitude » «  le Christ a aimé l’Église : il s’est livré lui–même pour elle » ( Jean 17:9 ; Mt 20:28 ; 15:24 ; 1:21 ; Héb. 9:28 ; Is 53:11 ; Éph 5:25)

Que dirons-nous à la lumière de ces passages apparemment opposés de l’Écriture ? La parole de Dieu se contredit-elle ? En aucun cas. Mais ce sera le cas, à moins que nous ne réussissions à réconcilier ces versets –qui parfois affirment que Christ est mort pour tous, d’autres fois pour une part seulement- par une distinction satisfaisante et appropriée, qui est double.

Il y en a qui interprètent ces déclarations générales comme se référant au nombre entier des fidèles, ou de tous ceux qui croient, parce que les promesses de l’évangile appartiennent en propre à tous ceux qui croient, et parce que les Écritures les limitent souvent à ceux qui croient : « Celui qui croit en lui ne périra pas. » « La Justice de Dieu, qui est par la foi de Jésus-Christ à tous, et à tous ceux qui croient. » « Que par son nom quiconque croit en lui reçoive la rémission des péchés. » C’est ainsi qu’Ambroise interprète ces passages qui parlent de la mort du Christ comme s’étendant à tous : « Le peuple de Dieu, dit-il, a sa plénitude, et bien qu’une grande partie des hommes néglige ou rejette la grâce du Sauveur, il existe cependant une certaine UNIVERSALITÉ SPÉCIALE des élus, connue, séparée et discernée de la généralitè de tous, qui pourrait donner l’illusion de sauver un monde entier du monde entier, et tous les hommes pourraient être rachetés par tous« . De cette façon, il n’y a ni répugnance, ni contradiction car tous ceux qui croient sont nombreux, le peuple élu, l’Église, les brebis, les élus, etc. pour qui le Christ est mort et s’est donné.

D’autres réconcilient ces passages apparemment contradictoires des Écritures en faisant une distinction entre la suffisance et l’efficacité de la mort du Christ. Car il y a certaines personnes controversées qui nient que ces déclarations, qui parlent d’une manière générale, doivent être limitées aux seuls fidèles. Autrement dit : elles nient que la lettre elle-même, ou le langage simple des Écritures, les limite ainsi, et en preuve, elles présentent les passages dans lesquels le salut semble être attribué, non seulement à ceux qui croient, mais aussi aux hypocrites et apostats, comme il est dit : « Allant jusqu’à renier le Maître qui les a achetés. » « Celui chez qui elles ne sont pas présentes est un aveugle ; il a les yeux fermés, il oublie la purification de ses péchés d’autrefois. »  (2 P 2,1 ; 1,9) Mais il est manifeste que de telles déclarations doivent être comprises soit en ce qui concerne la simple apparence extérieure et la vaine gloire de la rédemption ou de la sanctification, soit en ce qui concerne le caractère suffisant et la grandeur du mérite du Christ. Certains préfèrent (et non sans raison selon mon jugement) interpréter ces déclarations, qui en apparence semblent être en contradiction, en disant que elles traitent en partie de la suffisance et en partie de l’efficacité de la mort du Christ. Elles le font pour qu’il ne nous soit pas nécessaire de nous confronter beaucoup à ces personnes piégeuses et fatiguantes concernant la restriction de ces passages qui parlent si généralement et pour que les lieux qui parlent de la rédemption des hypocrites puissent être plus facilement réconciliés.

Ils affirment donc que le Christ est mort pour tous, et qu’il n’est pas mort pour tous, mais à différents égards. Il est mort pour tous, en ce qui concerne la suffisance de la rançon qu’il a payée ; et non pour tous, mais seulement pour les élus, ou ceux qui croient, en ce qui concerne l’application et l’efficacité de celle-ci.

La raison du premier réside dans le fait que l’expiation du Christ est suffisante pour expier tous les péchés de tous les hommes, ou du monde entier, si seulement tous les hommes s’y appliquent par la foi. Car on ne peut pas dire qu’elle soit insuffisante, à moins que nous n’acceptions ce blasphème horrible (que Dieu nous en préserve !) que certains reproches quant à la destruction des impies résultent d’un défaut dans le mérite du médiateur.

La raison du deuxième en est que tous les élus, ou ceux qui croient, et eux seuls, s’appliquent à eux-mêmes par la foi le mérite de la mort du Christ, ainsi que son efficacité, par laquelle ils obtiennent la justice et la vie selon qu’il est dit : « Celui qui croit au Fils de Dieu, a la vie éternelle ». (Jean 3:16). Les autres sont exclus de cette efficacité de la mort de Christ par leur incrédulité, comme il est dit encore : « Celui qui ne croit pas ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui ». (Jean 3:16). On ne peut donc pas dire que ceux que les Écritures excluent de l’efficacité de la mort du Christ soient inclus dans le nombre de ceux pour qui il est mort. On dit cela non quant à l’efficacité mais seulement quant à sa suffisance ; car la mort du Christ est aussi suffisante pour leur salut, si seulement ils veulent croire, et la seule raison de leur exclusion provient de leur incroyance.

C’est de la même manière, c’est-à-dire en faisant la même distinction que nous répondons à ceux qui s’interrogent sur le but du Christ, A-t-il voulu mourir pour tous ? De même qu’il est mort, de même il a voulu mourir. C’est pourquoi, il est mort pour tous, en ce qui concerne la suffisance de sa rançon ; et pour les fidèles seulement en ce qui concerne l’efficacité de celle-ci.

De même il a voulu mourir pour tous en général, en ce qui concerne la suffisance de son mérite, c’est-à-dire, il a voulu mériter par sa mort,la grâce, droiture et vie de la manière la plus abondante pour tous.En effet, il ne voudrait pas qu’il manque une seule chose à son mérite qui motive ensuite des excuses de la part des méchants.

Mais il a voulu mourir pour les élus seulement en ce qui concerne l’efficacité de sa mort, c’est-à-dire que Jésus ne mériterait pas seulement la grâce et la vie pour eux seuls en suffisance, mais il les leur confie aussi efficacement, leur accorde la foi et l’Esprit Saint, et les amène à s’appliquer, par la foi, les bienfaits de sa mort, et à obtenir ainsi pour eux-mêmes l’efficacité de ses mérites.

En ce sens, on dit à juste titre que Christ est mort d’une manière différente pour les croyants et les non-croyants. Cette déclaration n’est pas non plus accompagnée de difficultés ou d’inconvénients, dans la mesure où elle s’harmonise non seulement avec les Écritures, mais aussi avec l’expérience ; car tous deux témoignent que le remède du péché et de la mort est offert en quantité suffisante et abondante dans l’Évangile à tous ; mais il est effectivement appliqué, et profitable seulement à ceux qui croient. Les Écritures, elles aussi, partout, limitent l’efficacité de la rédemption à certaines personnes seulement, comme aux brebis du Christ, aux élus et à ceux qui croient, tandis qu’elles excluent clairement de la grâce du Christ le réprouvé et l’incroyant tant qu’ils demeurent dans leur incrédulité. « Quelle concorde y a-t-il entre le Christ et Bélial ? Ou quelle est la part de celui qui croit avec un infidèle ? » (2 Cor. 6:15 ; voir aussi Matt. 20:28 ; 26:28 ; Es. 53:11 ; Jean 10:15 ; Mt 15:24)

De plus, le Christ n’a prié que pour les élus, y compris ceux qui étaient déjà ses disciples, et aussi ceux qui croiraient en son nom par la suite. C’est pourquoi Il dit : « Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés. » (Jean 17:9). Si donc Christ ne priait pas pour le monde, par lequel nous devons comprendre ceux qui ne croient pas, il mourrait encore moins pour eux, en ce qui concerne l’efficacité de sa mort, car c’est moins de prier que de mourir pour quiconque. Il y a aussi deux parties inséparables du sacrifice de Christ : son intercession et sa mort. Et s’il refuse lui-même d’étendre une partie à l’impie, qui est celui qui osera leur donner l’autre ?

Enfin, les Pères et les Écoles orthodoxes distinguent et restreignent également les passages des Écritures comme nous l’avons fait, en particulier Augustin, Cyrille et Prosper. Lombard écrit ce qui suit : « Le Christ s’est offert à Dieu, la Trinité pour tous les hommes, en ce qui concerne la suffisance du prix ; mais seulement pour les élus en ce qui concerne l’efficacité, parce qu’il a fait, et acheté le salut seulement pour ceux qui étaient prédestinés. » Thomas écrit : « Le mérite du Christ, quant à sa suffisance, s’étend également à tous, mais non quant à son efficacité, ce qui arrive en partie à cause du libre arbitre, et en partie à cause de l’élection de Dieu, par laquelle les effets des mérites du Christ sont miséricordieux pour certains, et refusés aux autres selon le juste jugement de Dieu. D’autres scolastiques, aussi, parlent de la même manière, d’où il ressort que le Christ est mort pour tous de telle manière, que les bienfaits de sa mort, néanmoins, concernent correctement ceux qui croient, à qui seuls ils sont aussi profitables et disponibles.

Objection 1 : Les promesses de l’évangile sont universelles, comme en témoignent les déclarations qui invitent tous les hommes à venir à Christ, afin qu’ils aient la vie. Par conséquent, elle ne s’étend pas seulement à ceux qui croient. Réponse : La promesse est en effet universelle en ce qui concerne ceux qui se repentent et croient ; mais l’étendre au réprouvé serait un blasphème. « Il y a, dit Ambroise, comme il vient d’être cité, une certaine universalité spéciale des élus, et connue, discernée et distinguée de toute la généralité. Cette restriction des promesses à ceux qui croient, est prouvée par la forme claire et explicite sous laquelle elles sont exprimées. « Que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. » « La Justice de Dieu, qui est par la foi de Jésus-Christ à tous, et à tous ceux qui croient. » « Venez à moi, vous tous qui travaillez et êtes chargés. » « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. » « Il est devenu l’auteur du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent. » Et d’après les paroles du Christ : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens, et ne jetez pas de perles devant les porcs », etc. (Jean 3:16 ; Rom. 3:22 ; Matt. 11:28 ; Actes 2:21 ; Héb. 5:9 ; Matt. 7:6)

Objection 2 : Christ est mort pour tous. Par conséquent, sa mort ne s’étend pas seulement à ceux qui croient. Réponse : Le Christ est mort pour tous en ce qui concerne le mérite et l’efficacité de la rançon qu’il a payée ; mais seulement pour ceux qui croient en respectant l’application et l’efficacité de sa mort ; voyant que la mort du Christ est appliquée à ceux-là seuls, et leur est profitable, il est correctement dit qu’elle leur appartient en propre, comme il a déjà été démontré.

QUESTION 41

41. Pourquoi a-t-il été « enseveli » ?

R. Pour montrer ainsi qu’Il était vraiment mort.

EXPOSITION

Il y a de nombreuses causes pour lesquelles Christ a été enseveli :

  1. Il serait enseveli pour confirmer sa mort, afin qu’il soit manifeste qu’il était vraiment mort. Car ce ne sont pas les vivants, mais seulement les morts, qui sont ensevelis. C’est pourquoi, tout comme il s’est présenté après sa résurrection pour être vu, manipulé, etc., afin qu’il y ait des preuves évidentes que son corps a été ressuscité d’entre les morts, de même, après sa mort, il s’est donné pour être touché et enseveli, afin que l’on sache qu’il était un vrai cadavre. Il y a quelques parties de l’histoire de la mort du Christ qui se rapportent à cela, car quand il est mort, il a été transpercé d’une lance, enlevé de la croix, oint, enveloppé dans du lin, etc. Nous sommes donc assurés, par son enterrement, qu’il était vraiment mort, et par cela de notre rédemption certaine ; car notre salut consiste en sa mort, dont la preuve est son enterrement.
  2. Afin que la dernière partie de son humiliation fût accomplie ; car ceci (l’enterrement) faisait partie du châtiment, de la malédiction et de l’ignominie que nous avions mérités, comme il est dit : « Tu retourneras à la poussière ». (Gen. 3:19) Un cadavre est, en effet, dépourvu de sentiments et de compréhension, mais il était ignominieux que son corps soit déposé dans la terre comme un autre cadavre. C’est pourquoi, de même que la résurrection du Christ du tombeau fait partie de sa gloire, de même son enterrement et son inhumation parmi les morts, par lesquels il a été placé dans la même condition qu’eux, fait partie de l’humiliation et de l’ignominie qu’il a subi à notre place, car il a accepté de devenir un cadavre à notre place.
  3. Il a été enseveli afin que nous ne soyons pas terrifiés à la vue de la tombe, mais que nous sachions qu’il a sanctifié nos tombes par sa propre sépulture, afin qu’elles ne soient plus des tombes pour nous, mais des chambres et des lieux de repos dans lesquels nous pouvons nous reposer tranquillement et paisiblement jusqu’à notre résurrection.
  4. Il a été enseveli afin qu’il soit évident, en vue de sa résurrection, qu’il avait vraiment vaincu la mort dans son propre corps, et que par son propre pouvoir il l’avait rejetée de lui-même ; de sorte que sa résurrection n’était ni apparition ni chose imaginaire, mais était une véritable réanimation d’un corps ranimé.
  5. Afin que nous soyons confirmés dans l’espérance de la résurrection, comme nous aussi, après son exemple, nous serons ensevelis et ressuscités par sa puissance, sachant que le Christ, notre tête, nous a ouvert le chemin de sa tombe à la gloire.
  6. Afin que nous soyons spirituellement morts et que nous puissions nous reposer du péché. « Nous sommes ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions dans la nouveauté de la vie. (Rom. 6:4)
  7. Afin que la vérité corresponde au type de Jonas, et que les prophéties s’accomplissent par rapport à l’enterrement du Messie. « Tu ne laisseras pas mon âme en enfer. » « Il a fait sa tombe avec les méchants. » (Ps. 16:10 ; Es. 53:9)

QUESTION 42

42. Puisque le Christ est mort pour nous, pourquoi devons-nous aussi mourir ?

A. Notre mort n’est pas une satisfaction pour notre péché, mais seulement une mort aux péchés et l’entrée dans la vie éternelle.

EXPOSITION

Objection : Cette réponse est une explication à l’objection que nous entendons fréquemment sous la forme suivante : Celui pour qui un autre est mort ne devrait pas mourir lui-même, sinon Dieu semblerait exiger une double satisfaction pour une infraction. Maintenant, Christ est mort pour nous. Par conséquent, nous ne devrions pas mourir. Réponse : Il est admis que nous ne devons pas mourir pour obtenir satisfaction, mais il y a d’autres raisons pour lesquelles il nous faut mourir. Nous ne mourons pas dans le but de satisfaire la justice de Dieu, mais afin que nous puissions vraiment recevoir les bienfaits acquis par la mort d’un autre, que le péché soit aboli et qu’un passage ou une transition soit fait à la vie éternelle.

Notre mort temporelle n’est donc pas une satisfaction pour le péché ; mais elle est,

  1. Une admonition des restes du péché en nous.
  2. Une admonition de la grandeur du mal du péché.
  3. L’abolition des restes du péché et, enfin, le passage à la vie éternelle, car le passage des fidèles à la vie éternelle se fait par la mort temporelle.[…]

QUESTION 43

43. Quel autre avantage recevons-nous du sacrifice et de la mort du Christ sur la croix?

R. Que par Sa puissance notre vieil homme soit avec Lui crucifié, tué et enterré, afin que les mauvaises convoitises de la chair ne règnent plus en nous, mais que nous puissions nous offrir à Lui un sacrifice d’action de grâces.

EXPOSITION

Cette question concerne les fruits ou les bienfaits de la mort du Christ. Et là aussi, comme dans la passion du Christ, la fin et les fruits doivent être considérés comme identiques, mais d’une manière différente : car les choses que le Christ s’est proposées à lui-même comme fins, sont pour nous les fruits, quand nous les recevons ou les appliquons à nous-mêmes. Il est donc manifeste que les bienfaits de la mort du Christ s’étendent à toute l’œuvre de notre rédemption, dont nous pouvons préciser les fruits suivants:

  1. La justification, ou la rémission des péchés. La justice de Dieu exige que le pécheur ne soit pas puni deux fois. Et comme il a puni nos péchés en Christ, il ne punira donc pas la même chose en nous. « Le sang de Jésus-Christ, son Fils, nous purifie de tout péché », originel et actuel, et des péchés de commission et d’omission. Nous sommes donc justifiés, c’est-à-dire libérés du mal de la punition et de la culpabilité à cause de la mort du Christ, qui est la cause de cet effet.
  2. La régénération, ou le renouvellement de notre nature par le Saint-Esprit. Le Christ, par sa mort, a mérité pour nous non seulement le pardon du péché, mais aussi son enlèvement et le don de l’Esprit Saint. Autrement dit, nous pouvons dire qu’il a, par sa propre mort, obtenu pour nous non seulement la rémission du péché, mais le séjour de Dieu en nous. « Si je ne m’en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai. » « Et tu es complet en lui. » « Qui nous est fait justice et sanctification. » (Jean 16:7 ; Col. 2:10 ; 1 Cor. 1:30)

Mais la mort du Christ est, à deux égards, la cause efficace, aussi bien de notre justification que de notre régénération.

  1. Du côté de Dieu : parce qu’il nous remet nos péchés à cause du mérite et de la mort du Christ, nous accorde l’Esprit Saint et renouvelle en nous sa propre image.  » justifiés par son sang. » « réconciliés avec Dieu au moyen de la mort de son Fils. » « Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans vos cœurs, criant : Abba, Père. » (Rom. 5:9, 10 ; Gal. 4:6)
  2. De notre côté, la mort du Christ est aussi une cause efficace, parce que nous qui croyons que le Christ a obtenu pour nous la justice et l’Esprit Saint, nous ne pouvons qu’être reconnaissants envers lui, et nous désirons ardemment vivre pour l’honorer, ce qui se fait en commençant à marcher dans la nouveauté de la vie. L’application de la mort du Christ, et une considération appropriée de celle-ci, ne nous feront pas rester ingrats, mais nous contraindront à aimer le Christ en retour, et à rendre grâce pour un bénéfice si grand et inestimable. Nous ne devons donc pas imaginer que nous pouvons obtenir la rémission des péchés sans régénération ; car nul qui n’est pas régénéré ne peut obtenir la rémission des péchés. Celui qui se vante donc d’avoir appliqué à lui-même par la foi la mort du Christ, et qui n’a pourtant aucun désir de vivre une vie sainte et pieuse, afin d’honorer ainsi le Sauveur, ment et donne une preuve concluante que la vérité n’est pas en lui ; car tous ceux qui sont justifiés sont disposés et prêts à faire ce qui plaît à Dieu. Le désir d’obéir à Dieu ne peut jamais être séparé d’une application de la mort du Christ, ni le bénéfice de la régénération ne peut être expérimenté sans celui de la justification. Tous ceux qui sont justifiés sont également régénérés, et tous ceux qui sont régénérés sont justifiés.
  3. La vie éternelle est un autre fruit de la mort du Christ. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné à mort son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. » « Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils. » (Jean 3:16 ; l Jean 5:11)

Qu’est-ce que c’est que de croire en Christ, mort ? C’est croire qu’il n’a pas seulement souffert des douleurs et des tourments les plus atroces, mais aussi la mort elle-même ; et que par sa mort il a obtenu pour moi la rémission des péchés, la réconciliation avec Dieu, et par conséquent l’Esprit Saint, qui commence en moi une vie nouvelle, afin que je puisse redevenir le temple de Dieu, et atteindre enfin la vie éternelle, où Dieu sera toujours glorifié par moi.

QUESTION 44

44. Pourquoi ajoute-t-on : « Il est descendu aux enfers » ?

R. Afin que, dans mes plus grandes tentations, je sois assuré que le Christ, mon Seigneur, par son indicible angoisse, ses douleurs et ses terreurs, qu’il a souffertes dans son âme sur la croix et avant, m’a délivré des angoisses et des tourments de l’enfer.

EXPOSITION

Il y a deux choses qu’il convient que nous examinions en relation avec cet article du Credo. La première est : Quelle est sa signification ou son sens ? Et la seconde, à quoi sert-il ?

1. QUEL EST LE VRAI SENS DE CET ARTICLE DU CREDO ; OU, QUE SIGNIFIE LA DESCENTE DU CHRIST EN ENFER ?

Le terme enfer est utilisé dans les Écritures dans trois sens différents.

  1. Il est utilisé pour la tombe. « Alors tu feras descendre mes cheveux gris avec tristesse dans la tombe. » « Tu ne laisseras pas mon âme en enfer. » (Gen. 42:38 ; Ps. 16:10)
  2. Elle est employée pour représenter la place des damnés, comme dans la parabole du riche et de Lazare. « En enfer, il leva les yeux, étant dans les tourments, et vit Abraham de loin. » (Luc 16:23)
  3. Elle est employée pour signifier la détresse et l’angoisse les plus extrêmes.  » Les liens de la mort m’avaient enserré, et les angoisses du séjour des morts m’avaient atteint. »  » il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter. », c’est-à-dire qu’il nous amène dans les souffrances les plus extrêmes, d’où il nous délivre à nouveau par la suite. (Ps. 116:3 ; 1 Sam. 2:6)

Dans cet article, le terme enfer doit être compris selon la troisième signification. Il est évident qu’elle ne peut pas être prise dans le sens de la tombe ;

  1. Parce qu’il est déjà déclaré dans le Credo, il a été enterré. Si quelqu’un affirme que ce dernier article est explicatif de celui qui précède, il n’affirmera rien ; car, chaque fois que deux déclarations, exprimant la même chose, sont réunies, afin que l’une puisse expliquer l’autre, il convient que la dernière soit plus claire et plus facile à comprendre que la première. Mais ici, c’est exactement l’inverse, car descendre en enfer est beaucoup plus obscur que d’être enterré.
  2. Il est peu probable, dans une confession aussi brève et concise que le Credo, que le même article soit exprimé deux fois, ou que la même chose soit réitérée en d’autres termes. Encore une fois, quand on dit que le Christ est descendu aux enfers, cela ne peut pas signifier le lieu des damnés, qui est la deuxième signification du terme tel que nous l’avons considéré plus haut ; comme le prouve cette division : la Divinité n’est pas descendue, car ceci est et était partout ; ni son corps, car il repose dans la tombe depuis trois jours, selon le type de Jonas, et il n’a pas ressuscité depuis ailleurs que la tombe.

L’âme du Christ n’est pas non plus descendue :

  1. Parce que les Écritures ne l’affirment en aucun lieu.
  2. Parce que le Christ a dit à ce sujet, en mourant sur la croix : « Père, je remets mon esprit entre tes mains », et au malfaiteur : « Aujourd’hui, tu seras avec moi au Paradis ». (Luc 23:46, 43). L’âme du Christ, après sa mort, était donc entre les mains de son Père au Paradis, et non en enfer. Le sophisme n’a pas non plus de force, qui affirme qu’il était aussi entre les mains de son Père en enfer, selon la déclaration du Psalmiste :  » si je me couche au séjour des morts, tu es encore là. » (Ps 139,8), c’est-à-dire qu’il était là aussi l’objet de la considération divine, et qu’il était défendu de ne pas mourir ; car il a été dit : « Entre tes mains » etc. pour que, après cela soit déclaré : « Vous serez avec moi au paradis ». Mais la félicité et la délivrance dont il est question ici ne se trouvent pas en enfer. Le sens est que, nous deux, nous qui souffrons maintenant, nous serons aujourd’hui au Paradis, à la place du salut éternel et de la béatitude, libérés de toutes ces tortures. Mais le Paradis n’est ni l’enfer, ni en enfer, qui est le lieu des tourments. Il est donc évident que le Christ a parlé ainsi au malfaiteur, non de sa Divinité, mais de son âme, qui a souffert avec son corps ; car sa Divinité était alors avec le voleur ; il n’a ni souffert, ni été délivré selon sa Divinité, mais selon son âme.
  3. Si Christ est descendu aux enfers, il est descendu soit pour y souffrir quelque chose, soit pour délivrer les pères de ce lieu, comme le disent les papistes. Mais il n’est pas descendu dans le but de souffrir quoi que ce soit, parce qu’en s’accrochant à la croix, il a dit : « Tout est accompli ». (Jean 19:30). Il n’est pas non plus descendu pour libérer les pères :
    1. Parce qu’il l’a fait en souffrant pour eux sur terre.
    2. Il a accompli la même chose par la puissance et l’efficacité de sa divinité depuis le tout début du monde, et non par une descente locale de son corps ou de son âme en enfer.
    3. Les pères n’étaient pas en enfer ; ils ne pouvaient donc pas être libérés de cet endroit. Les âmes des justes sont entre les mains de Dieu, elles ne souffrent pas non plus. « Entre nous et vous, il y a un grand gouffre, afin que ceux qui passeraient d’ici à vous ne le puissent pas, et qu’ils ne puissent pas non plus passer à nous qui viendraient de là. » (Luc 16:26.) Et Lazare étant mort, des anges l’ont porté dans le sein d’Abraham, et non dans les Limbus Patrum.

Il y en a qui croient que l’âme du Christ est descendue aux enfers après sa mort, non pour souffrir, ni pour libérer les pères, mais pour y montrer ouvertement sa victoire et effrayer les esprits des démons. Mais les Écritures n’affirment nulle part que le Christ est descendu en enfer pour un tel but.

Ceux qui ont ce point de vue sur le sujet, et qui s’opposent à ce que nous avons dit ici au sujet de la descente du Christ aux enfers, avancent le passage en 1 Pierre 3:19, comme s’il était en opposition avec le point de vue que nous avons présenté : « Par lequel aussi il est allé, et a prêché aux esprits en prison, qui ont autrefois désobéi, » etc. Mais le sens de ce passage est différent de ce que ces personnes supposent : car l’Apôtre dit : le Christ est allé, c’est-à-dire qu’il a été envoyé par le Père à l’Église dès le commencement ; par son Esprit, c’est-à-dire par sa Divinité ; aux esprits qui sont maintenant en prison, c’est-à-dire en enfer ; il a prêché au temps passé, quand ce temps existait, et ils étaient désobéissants, à savoir, avant le déluge ; car alors, quand ils étaient désobéissants, il prêché à leur être dans cet état. Mais c’est au temps de Noé qu’ils furent désobéissants. C’est pourquoi, c’est alors que le Christ a prêché par les pères, invitant les désobéissants à la repentance. Et encore plus loin, bien que Pierre parle de la descente du Christ aux enfers, ce n’est pas le sens de ceux contre qui nous nous opposons ici, mais des papistes qui insistent pour que le Christ prêche aux pères en enfer, et les délivre.

Ils s’y opposent aussi en avançant un autre passage du même Apôtre, qui, dans un autre lieu, dit que « l’évangile a été prêché aussi à ceux qui sont morts » (1 Pierre 4.6). Mais comprendre ce passage comme ils le font, c’est perdre de vue la figure de style employée, car l’Évangile a été prêché aux morts, c’est-à-dire à ceux qui sont maintenant morts, ou qui étaient morts quand Pierre a écrit ce passage, mais qui vivaient au moment où il leur a été prêché.

Un autre passage trouvé dans l’épître de Paul à Éph. 4:9, est également arraché de sa juste signification par ceux qui ont la vue ci-contre, où il est dit, « que le Christ est descendu dans les parties inférieures de la terre », ce qu’ils comprennent pour signifier enfer. Mais c’est aussi ignorer la figure de style qui est utilisée ici ; car le sens de la phrase est qu’il est descendu dans les parties inférieures de la terre, c’est-à-dire sur la terre, qui est la partie la plus basse du monde ; car il n’y a pas ici opposition d’une partie de la terre à une autre, mais de la terre au ciel, ce qui signifie l’humiliation du Christ. C’est ce qui ressort de l’objet et de la portée de l’Apôtre, parce qu’il fait ici un contraste entre la plus haute gloire et l’humiliation la plus profonde du Christ. Ainsi Christ est monté dans les parties les plus élevées du ciel, c’est-à-dire dans le ciel, qui est la partie la plus élevée du monde.

Ces passages n’établissent donc rien par rapport à la descente de l’âme du Christ aux enfers, et même s’ils prouvaient efficacement cette position, comme nous l’avons déjà dit, le témoignage qu’ils fournissent ne serait pas en faveur de ceux auxquels nous nous référons ici, mais en faveur des papistes qui enseignent que le Christ a prêché en enfer, et libéré les pères. Et si les preuves recueillies à partir de ces passages ne peuvent éliminer les difficultés qui encombrent les vues des papistes à ce sujet, elles ne sont néanmoins d’aucune utilité pour ces personnes ; car il est certain qu’il ne peut en être prouvé, que le Christ est descendu en enfer dans le but d’effrayer la mort et le démon. Pourtant, cette vision, ou opinion, de la descente du Christ aux enfers, n’a rien d’impie en elle, et a été approuvée et tenue par plusieurs des pères. Il n’est donc pas approprié que nous nous battions avec acharnement contre qui que ce soit à cet égard. Pourtant, il est certain, néanmoins, qu’elle ne peut être tirée des Écritures, ni établie de façon concluante par des arguments solides, alors que des raisons contraires sont à portée de main. Car après sa mort, lorsqu’il l’eut dite achevée, l’âme du Christ reposa entre les mains de son Père, à qui il l’avait confiée. Et s’il est descendu en enfer pour triompher de ses ennemis, cet article devrait être le début de sa glorification.

Mais il est peu probable que la glorification du Christ commence en enfer ; car tous les articles précédents du Credo parlent des degrés d’humiliation du Christ, dont le plus bas et le plus extrême est sa descente aux enfers, qui se manifeste aussi dans l’antithèse. C’est pourquoi nous nous opposons à cette vision du sujet. Pourtant, en attendant, nous confessons que le Christ a frappé dune grande terreur et de l’effroi les démons. Mais il l’a fait par sa mort, par laquelle il a vaincu le diable, le péché et la mort, et sans doute le diable a vu qu’il était entièrement désarmé, et conquis par la mort du Christ.

Que signifie donc cette descente du Christ aux enfers ?

  1. Elle signifie ces tourments, douleurs et angoisses extrêmes que le Christ a souffert dans son âme, comme expérience de la damnation, en partie en cela, et en partie dans la vie à venir
  2. Elle englobe aussi la plus grande et la plus extrême ignominie : le Christ a souffert pendant toute la période de sa passion. Que ces choses sont signifiées et comprises dans la descente du Christ aux enfers, les témoignages des Écritures que nous avons déjà cités dans cette discussion l’enseignent et l’affirment suffisamment.  » les angoisses du séjour des morts m’avaient atteint » « Le Seigneur fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter. » (Ps. 116:3 ; 1 Sam. 2:6)

Que le Christ devait souffrir, et qu’il a enduré ces choses est aussi prouvé par ce même témoignage de David : « Les douleurs de l’enfer s’accrochent amèrement à moi », qui est parlé du Christ en la personne de David. Il y a aussi d’autres passages de l’Écriture qui portent un témoignage semblable, comme « Il a plu à l’Éternel de l’écraser, il l’a mis dans la douleur ». « Mon âme est triste jusqu’à la mort. » (Es 53,10 ; Mt 26,28). Les douleurs et les douleurs qu’il a endurées dans le jardin, lorsqu’il transpirait des gouttes de sang, démontrent aussi la même chose : parce que « le Seigneur a mis sur lui l’iniquité de nous tous ». (Es 53,6) Et il criait encore plus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Matt. 27:46).

La même chose est prouvée par ces arguments :

  1. Le Christ devait racheter non seulement nos corps, mais aussi nos âmes. Il lui fallait donc souffrir non seulement dans son corps, mais aussi dans son âme.
  2. Il était nécessaire que le Christ nous délivre des angoisses et des douleurs de l’enfer. C’est pourquoi c’est lui qui a fait l’expérience de ces choses. Et c’est ce qu’il a fait avant ou après sa mort. Que ce n’était pas après sa mort, les papistes l’avouent eux-mêmes. C’était donc avant sa mort. Ce n’était pas non plus dans son corps qu’il endurait ces choses, car les souffrances de son corps étaient seulement extérieures. C’est pourquoi il les a souffert dans son âme.
  3. Il est bon que les tourments et les angoisses sévères de l’âme, (qui furent la partie la plus lourde de ses souffrances) ne passent pas inaperçus dans le Credo. Mais ils ne seraient pas mentionnés si cet article de la descente du Christ aux enfers ne s’y référait pas ; car les articles précédents ne parlent que des souffrances extérieures du corps, dont le Christ souffrait de l’extérieur. Il n’y a donc aucun doute que les souffrances de son âme sont plus particulièrement signifiées par cet article.

C’est la vraie descente du Christ aux enfers. C’est pourquoi nous devons soutenir et défendre, en opposition aux papistes, ce qui est certain, à savoir que le Christ est descendu aux enfers de la manière et dans le sens que nous avons exposés ici. Si quelqu’un, cependant, est capable de se défendre et d’établir le fait qu’il est descendu dans un sens différent, c’est bien. Quant à moi, je ne peux pas.[…]

2. QUELS SONT LES FRUITS DE LA DESCENTE DU CHRIST AUX ENFERS ?

Le Christ est descendu aux enfers :

  1. Afin que nous n’y descendions pas, et qu’il nous délivre de l’angoisse éternelle et des tourments de l’enfer.
  2. Pour qu’il nous emmène avec lui au paradis.

Croire au Christ qui est descendu aux enfers, c’est croire qu’il a soutenu pour nous, dans sa propre âme, des agonies et des douleurs infernales, et cette ignominie extrême qui attend les impies en enfer, afin que nous ne puissions jamais y descendre, ni être contraints de souffrir les souffrances et les tourments, que tous les démons et les réprobates ne cessent de subir en enfer ; au contraire, nous pourrions plutôt monter avec lui au ciel, et y jouir avec lui du plus grand bonheur et de la gloire à toute éternité. C’est le fruit et le bénéfice de cet article de la descente du Christ aux enfers.

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