Les neurosciences et l'apprentissage
3 août 2018

J’ai écouté récemment une conférence d’Eric Gaspard sur l’apport des neuroscience dans l’éducation et, tout comme celle de Faysal Hafini, j’en ai fait un résumé commenté pour vous permettre d’en profiter. Les connaissances neuroscientifiques partagées par ce professeur sont très basiques, connues de quiconque s’intéresse quelque peu au sujet, mais il est utile de les rappeler et d’en tirer quelques principes simples pour améliorer la méthode éducative. Comme souvent, les neurosciences ne font que confirmer ce que le bon sens savait déjà.

En tant que professeur dans un lycée, le conférencier a eu à cœur avec plusieurs autres professeurs d’aider les élèves qui étaient passés tout juste en section Scientifique pour qu’ils puissent avoir leur bac plus « largement ».

Il a donc réuni les professeurs les plus motivés et les plus appréciés des élèves et ils ont travaillé pendant 6 mois auprès de ces élèves. Au bout des 6 mois, ils ont évalué les élèves et ont constaté avec déception que 50% d’entre eux n’avaient pas significativement progressé. Depuis, après avoir étudié les neurosciences, il a mis au point une méthode d’apprentissage qui ne sera pas détaillée ici mais dont il explique quelques principes basiques.

Le cerveau efface, il ne fait pas qu’enregistrer

On a longtemps pensé que le cerveau était une machine à emmagasiner de l’information. Mais si l’on considère la masse impressionnante d’information qu’il reçoit, il est nécessaire pour sa survie qu’il fasse le tri entre ce qu’il ne va pas mémoriser, ce qu’il va mémoriser pour un temps et ce qu’il veut conserver sur le long terme.

Par exemple, votre cerveau n’a pas nécessairement jugé utile de retenir le nom du conférencier. Tout simplement parce que ce nom n’est pas indispensable à la compréhension du reste de l’article. Le cerveau établit donc un jugement d’utilité sur l’information.

Puis, un autre tri s’effectue en fonction de la nature de l’information. Certaines informations sont drôles, vivantes, choquantes, etc. Bref, chargées d’émotion. Ces informations ainsi que celles qui font intervenir beaucoup de nos sens ou notre mémoire autobiographique sont difficiles à oublier.

Ainsi, lorsque nous enseignons, nous devons envoyer un message d’utilité au cerveau. Par exemple, j’aurai pu vous dire en début d’article « retenez bien le nom du conférencier, vous en aurez besoin par la suite ». Avant même de délivrer l’information, ce genre de message active le cerveau dans un mode propice à la mémorisation. Il faut donc réfléchir à la manière de faire sentir à l’étudiant pourquoi il étudie et quelle est l’utilité de son étude afin de favoriser la mémorisation.

Le deuxième principe de mémorisation que l’on peut en retenir c’est l’importance d’utiliser le comique, le choquant, le vivant et la mémoire autobiographique pour mémoriser. Je ne détaille pas cela ici car je compte vous présenter bientôt une méthode pour transformer des informations froides comme des noms, des chiffres en informations plus vivantes, choquantes ou drôles.

Le cerveau n’est pas multitâche

On connait tous quelqu’un qui prétend pouvoir faire plusieurs choses en même temps. En réalité, une personne est plus ou moins capable d’alterner rapidement entre deux tâches, mais personne ne peut faire deux choses en même temps d’un point de vue cérébral. Personne ne peut faire deux tâches concurrentes et non-automatiques en même temps. Si vous conduisez et envoyez un SMS, en fait votre cerveau conduit quelques dixième de seconde puis écrit quelques dixièmes de seconde mais ne fait jamais les deux en même temps. Par contre, vous pouvez faire plusieurs tâches non concurrentes en même temps comme respirer et lire cet article.

De cela, on apprend que l’apprentissage et la mémorisation doivent être sans distraction. Il ne s’agit pas de faire le silence complet dans une pièce toute blanche mais d’aborder les tâches une à une, en refusant les distractions telles que les notifications.

Le cerveau se reconfigure sans cesse

« Le cerveau ne change plus après 25 ans » disait-on. Nous savons en réalité qu’environ 5000 neurones sont produits dans l’hippocampe chaque année par les personnes après 25 ans. Mais ce n’est pas tellement le nombre qui compte. Ce qui compte, ce sont les connexions et la maturité des neurones.

L’expression « plasticité cérébrale » est devenue courante. Elle désigne la capacité du cerveau à se modifier et cette capacité perdure toute la vie. Voilà pourquoi des champions de mémoire peuvent avoir 60 ans et voilà pourquoi on peut apprendre un instrument de musique ou une nouvelle langue bien après 25 ans.

Un « chemin neuronal » tel que celui emprunté par un pianiste lorsqu’il joue est comme une empreinte d’une luge laissée dans la neige. Plus l’on repassera au même endroit, plus l’empreinte se creusera pour devenir un fossé. De même, un chemin neuronal se renforce s’il est emprunté souvent. C’est en partie ce qui crée nos habitudes et nos addictions. Une habitude ou une addiction est cassée quand on laisse à l’abandon cet ancien chemin pour en emprunter puis renforcer un nouveau.

Être au courant de cette capacité du cerveau permet de garder un état d’esprit optimiste (et nous avons vu que l’état d’esprit joue dans l’apprentissage). En fait, l’état d’esprit est si important que notre professeur a demandé à son groupe d’élèves s’ils pensaient que l’intelligence était innée et limitée à la naissance ou plutôt acquise avec les années. Il a constaté avec étonnement qu’il y avait une parfaite corrélation entre les élèves qui n’avaient pas progressé pendant les 6 mois et ceux qui pensaient que l’intelligence était fixée à la naissance. Ce qui est plutôt logique : si l’intelligence est innée, à quoi bon faire des efforts, on ne pourra pas s’améliorer. Ainsi, il peut être crucial pour un étudiant de comprendre qu’il peut devenir intelligent, qu’il peut acquérir des connaissances, des capacités et maîtriser un sujet qui le dépassait par le passé.

Conclusion

Je suis conscient que ces articles sur l’éducation et l’instruction s’éloignent quelque peu des thèmes habituellement abordés sur le blog. Mais, comme je l’ai dit ailleurs, je pense que c’est l’Eglise qui a le potentiel de réformer l’éducation, comme elle le fit dans l’Antiquité, au Moyen-Âge et à la Réforme.

Finalement, ce blog aborde les sujets qui m’intéressent sur le moment, d’où la diversité et parfois peut-être le manque de cohérence. J’espère toutefois être aussi utile par ces articles à ceux qui veulent améliorer leur mémorisation et à ceux qui réfléchissent à s’investir activement dans l’instruction de leur(s) enfant(s).

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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