L’évangéliaire de Lindisfarne
17 avril 2020

Le 8 juin 793, les Vikings débarquent sur l’île paisible de Lindisfarne, au large des côtes de la Northumbrie, dans le nord de l’Angleterre. Ce ne fut pas un événement unique mais il marquait le début d’une période de conquête et d’expansion pour les guerriers scandinaves. Cette attaque fut aussi un coup violent pour le monde chrétien puisque le monastère de Lindisfarne, fondé vers 634 par le moine Aidan constituait le centre du christianisme pour le royaume.

Ce monastère avait été fondé sur ordre d’Owsal, roi de Northumbrie ; il souhaitait relancer la mission chrétienne dans le royaume face à l’expansion importante et inquiétante du paganisme anglo-saxon. Pour cette mission, il fit appel à la communauté monastique de Iona dont il était proche. C’est à Aidan, moine irlandais, que cette mission fut confiée. Ce dernier décida d’établir une cathédrale monastique sur l’île de Lindisfarne dont il fut le premier évêque. À partir de cette île, Aidan et ses amis répandirent alors la bonne nouvelle dans les campagnes du royaume. Depuis Lindisfarne, ils se rendaient sur le continent pour implanter de nouveaux avants-postes missionnaires. Des églises, des monastères et des écoles furent fondés par la mission d’Aidan. Le monastère de Lindisfarne lui-même servit de centre d’apprentissage et de conservatoire de connaissances scientifiques, formant de nombreux jeunes candidats à la prêtrise. Lindisfarne devint alors le centre du christianisme pour le royaume de Northumbrie.

Cette île abrita aussi l’un des plus grand chefs d’oeuvre d’enluminures : l’Évangéliaire de Lindisfarne. Il fut probablement réalisé vers l’an 700, par le moine Eadfrith et pour l’ancien prieur de Lindisfarne, Cuthbert. Cette œuvre contient les quatre évangiles en latin, traduits de la Vulgate, ainsi que la plus ancienne traduction des évangiles en langue anglaise. En effet, vers 950-960, Aldred, membre de la communauté de St Cuthbert, a ajouté sa traduction en vieil anglais entre les lignes du latin.

Les enluminures qui accompagnent ces évangiles sont remarquables et ont fait la célébrité de cette oeuvre. Elles témoignent de nombreuses influences : anglo-saxonne, celtique, germanique, romaine et méditerranéenne. L’un des styles les plus caractéristiques du manuscrit est le style animal (issu de l’art germanique) caractérisé par des représentations d’animaux et d’oiseaux. En effet, de nombreux motifs entrelacés d’animaux et d’oiseaux sont présents tout au long de l’ouvrage. Les motifs géométriques sont également d’influence germanique.

Tout d’abord, l’ouvrage s’ouvre sur une « page tapis » (appelée ainsi car l’enluminure couvre la totalité ou une grande partie de la page sous la forme de décorations abstraites composées à la manière d’un tapis) décorative, suivie des Préfaces de Jérôme.

Première page tapis
Première page des Préfaces de Jérôme
Sixième page des Préfaces de Jérôme

Sont ensuite représentées les tables des canons, système de concordance inventé pour indiquer quels passages sont communs aux différents Évangiles.

Table des canons

Les évangiles viennent ensuite. Tout d’abord, chaque livre est introduit par un texte préliminaire décrivant l’auteur, le contenu et contenant des instructions pour les lectures lors des fêtes et solennités liturgiques.

Introduction à l’évangile de Matthieu

L’évangile s’ouvre ensuite sur un portrait de l’évangéliste. Ils sont représentés traditionnellement : Matthieu est accompagné d’un homme, Marc d’un lion, Luc d’un veau, et Jean d’un aigle.

Portrait de Luc l’évangéliste

Suivent une page tapis et une page d’incipit, dont les premiers mots sont minutieusement ornés.

Page tapis de l’Évangile de Matthieu
Page incipit de l’Évangile de Jean

On y trouve également une page de Chi-Rhô illuminée, où les premières lettres du nom du Christ sont abrégées et écrites en grec sous la forme XPI.

Page de Chi-Rhô

L’écriture et la peinture de textes sacrés étaient considérées par les moines comme des actes de méditation. Mais le travail n’en était pas moins long et pénible, puisque les moines respectaient huit services religieux chaque jour et chaque nuit. On estime ainsi qu’au moins cinq ans de travail ont été nécessaires à l’élaboration de chef d’oeuvre. Vous pouvez le consulter dans son entièreté ici ou vous pouvez vous focaliser sur les choix faits par la British Library.

Jean-Mikhaël Bargy

Étudiant en M. Litt au Davenant Institute, ingénieur de formation, pèlerin de la vérité et mari d’une graphiste exceptionnelle. Court après une connaissance toujours plus grande de son Sauveur et de la réalité dans laquelle il l’a placé.

1 Commentaire

  1. Caleb Abraham

    Excellent! J’y suis allé quand j’étudiais l’anglais médiéval. Lindisfarne est un endroit très Aride, constamment assailli par les vents et la mer. C’est étonnant qu’un tel endroit ait été un lieu d’une foisonnante érudition

    Réponse

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