Augustin sur les images de Dieu le Père dans les églises
29 avril 2021

J’ai un projet assez ambitieux : regrouper en un document tous les commentaires que je peux lire sur les divers articles du Symbole des apôtres. Je cherche principalement à regrouper les commentaires dispersés dans les œuvres des Pères, des médiévaux et des réformés sur le Symbole, mais aussi à référencer les commentaires exhaustifs du Symbole. De la foi et du Symbole de Saint Augustin est un de ces commentaires systématiques, même s’il ne s’agit évidemment pas du seul lieu où le docteur fait référence explicitement à un article du Symbole, comme nous l’avons vu dans un autre article au sujet de l’ascension du Christ à la droite du Père.

Je relève ici une remarque que le théologien offre en rapport à ce même article au sujet des images du Père dans les églises… et dans les cœurs.

Nous croyons aussi, qu’il est assis à la droite du Père. Il ne faut cependant pas s’imaginer pour cela que Dieu le Père soit circonscrit dans une forme humaine, nous figurer en lui un côté droit et un côté gauche ; ou encore, sur ce qu’on dit que le Père est assis, voir en lui des genoux pliés. Ce serait tomber dans le sacrilège, qui inspirait une si vive horreur à l’Apôtre, de ceux qui ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une image représentant un homme corruptible. C’est un crime pour un chrétien de placer dans un temple de tels simulacres de la divinité ; à bien plus forte raison dans un coeur qui est le vrai sanctuaire de Dieu, quand il est pur de passion terrestre et d’erreur. Il faut donc entendre par droite la souveraine félicité, où règnent la justice, la paix et le contentement, dans le sens où il est dit que les boucs seront placés à gauche, c’est-à-dire dans la misère, à raison de leurs iniquités, des souffrances et des tortures qu’ils endureront. Par conséquent, en Dieu, être assis ne signifie pas une certaine position de membres, mais le pouvoir du juge, inséparable de la divine majesté, qui rend toujours à chacun selon ses mérites ; bien que ce soit surtout au dernier jugement qu’éclatera, aux yeux des hommes, d’une manière irrésistible, la gloire du Fils de Dieu, Juge des vivants et des morts.

Augustin, De la foi et du Symbole, VII, 141.

Illustration : Pierre Mignard, La Sainte Trinité, 1663, détail du dôme de l’église du Val-de-Grâce, Paris.


  1. Texte original disponible ici : Credimus etiam quod sedet ad dexteram Patris. Nec ideo tamen quasi humana forma circumscriptum esse Deum Patrem arbitrandum est, ut de illo cogitantibus dextrum aut sinistrum latus animo occurrat; aut idipsum quod sedere Pater dicitur, flexis poplitibus fieri putandum est, ne in illud incidamus sacrilegium, in quo exsecratur Apostolus eos qui commutaverunt gloriam incorruptibilis Dei in similitudinem corruptibilis hominis. Tale enim simulacrum Deo nefas est christiano in templo collocare; multo magis in corde nefarium est, ubi vere est templum Dei, si a terrena cupiditate atque errore mundetur. Ad dexteram ergo intellegendum est sic dictum esse, in summa beatitudine, ubi iustitia et pax et gaudium est: sicut ad sinistram haedi constituuntur, id est in miseria, propter iniquitates, labores atque cruciatus. Sedere ergo quod dicitur Deus, non membrorum positionem, sed iudiciariam significat potestatem, qua illa maiestas numquam caret, semper digna dignis tribuendo; quamvis in extremo iudicio multo manifestius inter homines unigeniti Filii Dei iudicis vivorum atque mortuorum claritas indubitata fulsura sit.[]

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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