Comment peut-on croire que le Christ est assis “à la droite” du Père ?
3 décembre 2020

Le Symbole des apôtres nous dit que le Fils est désormais ad dextram Patris, reprenant le langage néotestamentaire sur l’ascension du Christ à la droite du Père1. Cette formule est souvent moquée par les athées, comme si elle reflétait une foi simpliste en un Dieu localisé en un point de l’espace et à la droite duquel on pourrait se trouver. Lors du synode des Églises réformées de France de 1872, le libéral Timothée Colani railla ainsi au cours de la onzième séance le Symbole des apôtres, notamment sur cet article. Mais les chrétiens n’ont jamais compris ce terme comme une description locale, mais comme une description qualitative de l’intronisation du Christ. La droite du Père, c’est la position la plus élevée, la béatitude la plus complète2. Pour s’en convaincre, il suffit de lire ce que les Pères disent sur cet article du Credo et je donne pour exemple ce qu’en dit saint Augustin :

Nous rejetterons aussi ceux qui ne veulent pas que le Christ soit assis à la droite de son Père. Voici ce qu’ils disent : Dieu le Père a-t-il un côté droit et un côté gauche, comme les hommes ? Mais nous n’avons pas une telle idée de Dieu le Père. Dieu ne peut se limiter et se renfermer dans aucune forme physique. On entend par la droite du Père le bonheur éternel promis aux saints ; et la gauche désigne très justement l’éternité de souffrances qui attend les impies. Ainsi la droite et la gauche ne doivent pas s’entendre par rapport à Dieu, mais par rapport aux hommes. Aussi le corps du Christ, qui est l’Église, est-il aussi à la droite de Dieu pour goûter cette béatitude : « Il nous a ressuscités, dit l’Apôtre3, et nous a fait asseoir avec lui dans le ciel ». Bien que notre corps n’y soit pas encore, notre espérance s’y trouve déjà.

AUGUSTIN, Du Combat chrétien (De Agone Christiano), XXVI, 28.
Timothée Colani (1824-1888)

En réalité, une telle objection n’est rendue possible que parce que nous regardons les Anciens comme des ignares et nous pensons bien supérieurs à eux du haut de notre science. C’est ainsi qu’on pense que les premiers chrétiens ont pu croire à la naissance virginale uniquement parce qu’ils étaient naïfs. C. S. Lewis montre toute l’absurdité d’un tel raisonnement dans son livre Miracles :

L’idée que les progrès de la science ont en quelque sorte modifié cette question est étroitement liée à l’idée que les gens « dans les temps anciens, croyaient aux [miracles] parce qu’ils ne connaissaient pas les lois de la nature ». Ainsi, vous entendrez des gens dire : « les premiers chrétiens croyaient que le Christ était le fils d’une vierge, mais nous savons désormais que c’est une impossibilité scientifique ».

De telles personnes semblent imaginer que la croyance aux miracles est apparue à une époque où les hommes ignoraient tellement le cours de la nature qu’ils ne percevaient pas un miracle comme lui étant contraire. Mais un court instant de réflexion montre qu’une telle proposition est absurde, et l’histoire de la naissance virginale en est un exemple particulièrement frappant. Quand Joseph découvrit que sa fiancée allait avoir un enfant, il décida, non sans bon sens naturel, de la répudier. Pourquoi ? Parce qu’il savait tout aussi bien que n’importe quel gynécologue moderne que dans le cours normal de la nature, les femmes n’ont pas d’enfants sans avoir été avec des hommes. Il ne fait aucun doute que le gynécologue moderne possède plusieurs connaissances sur la naissance et la procréation que Joseph n’était pas en mesure de savoir. Mais ces choses ne concernent pas le point principal — le fait qu’une naissance virginale soit contraire au cours de la nature.

Or, cela, Joseph le savait indubitablement.

Dans tous les sens où il est vrai de dire aujourd’hui : « la chose est scientifiquement impossible », Joseph aurait pu dire la même chose : la chose a toujours été impossible et réputée comme telle, à moins que les processus normaux de la nature ne soient, dans ce cas particulier, renversés ou supplantés par quelque chose situé au-delà de la nature. Quand Joseph a finalement accepté l’idée que la grossesse de sa fiancée n’était pas due à un manque de chasteté mais à un miracle, il a accepté les faits comme étant contraires à l’ordre connu de la nature […], preuve d’un pouvoir surnaturel […].

Rien ne peut paraître extraordinaire tant que vous n’avez pas découvert ce qui est ordinaire. La croyance aux miracles, loin de dépendre de l’ignorance des lois de la nature, n’est possible que dans la mesure où ces lois sont connues […]. Les motifs de croyance et d’incrédulité sont les mêmes aujourd’hui qu’il y a deux mille (ou même dix mille) ans. Si Joseph avait manqué de foi pour faire confiance à Dieu ou d’humilité pour percevoir la sainteté de son épouse, il aurait pu ne pas croire à l’origine miraculeuse de son fils aussi facilement que n’importe quel homme moderne ; et n’importe quel homme moderne qui croit en Dieu peut accepter le miracle aussi facilement que Joseph.

Ainsi, loin d’être le reflet d’une naïveté primitive du christianisme, le Symbole des apôtres, y compris dans cet article un peu rude à première lecture, ne confesse rien qui répugne à la raison au sujet de Dieu. De même, les miracles rapportés dans l’Écriture n’ont rien de plus étonnant à la lumière de nos connaissances scientifiques actuelles qu’aux yeux des premiers chrétiens. Autrement dit, si quelqu’un veut aujourd’hui rejeter ces miracles, il ne peut pas prétendre être dans la continuité de la foi chrétienne historique et invoquer la science pour justifier cette différence. Celui qui rejette les articles du Credo, comme la naissance virginale, la résurrection corporelle ou le fait que Christ soit à la droite du Père n’est pas un chrétien éclairé par la science, ce n’est pas un chrétien du tout.

Illustration en couverture : John Singleton Copley, L’Ascension , huile sur toile, 1775 (Boston, Musée des beaux-arts).


  1. Cf. 1 Pierre 3:22, par exemple.[]
  2. Et si cet article suit dans le Credo celui sur la Résurrection et l’Ascension, c’est parce que c’est bien en tant qu’homme ressuscité que le Christ obtint cette position.[]
  3. Éphésiens 2:6.[]

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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  1. Augustin sur les images de Dieu le Père dans les églises – Par la foi - […] docteur fait référence explicitement à un article du Symbole, comme nous l’avons vu dans un autre article au sujet…

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