La Souffrance (3/3)
2 octobre 2020

Cette série est composée de trois parties :

1/3 Que sont les « afflictions » ?

2/3 La justification, la souffrance et l’espoir de la gloire

3/3 Nous nous glorifions même des afflictions


3/3 Nous nous glorifions même des afflictions (v. 3)

« Bien plus, … », écrit Paul en Romains 5:3. Non seulement pouvons-nous nous glorifier de la glorification à venir, mais étant gracieusement en paix avec Dieu, parce que nous sommes justifiés par la foi seule en Christ seul, nous pouvons réellement « nous glorifier », « nous vanter », ou « exulter » (c’est le même mot que dans le verset 2, καυχόμεθα) dans nos souffrances (θλίψεις). Notons que Paul dit bien « dans nos souffrances », et non « malgré nos souffrances ».

Dans la suite du passage (vv. 3-5), Paul explique ce que les souffrances produisent dans la vie du chrétien, telles une réaction en chaîne (le mot « produire » ici est le même mot qu’emploi Paul en 2 Cor 4:17 : « Car nos légères afflictions du moment présent produisent – κατεργάζεται – pour nous, au-delà de toute mesure »).

A) Patience (hypomonè)

Premièrement, les tribulations produisent de la patience / endurance / persévérance (ὑπομονή). Le mot fait référence au fait de garder le cap, sans dévier son chemin, malgré des obstacles. Dans le Nouveau Testament, ce terme est souvent utilisé pour parler du fait de suivre Dieu avec constance, même lorsqu’il y a de l’opposition et de la persécution. Cette patience n’est ni fanatique, ni stoïque ; plutôt, elle est pleine d’espérance, car fermement fondée sur les promesses de Dieu.

Le mot est employé par exemple dans ces autres passages :

  • La patience est requise afin de recevoir la récompense de Dieu après avoir accompli sa volonté (Hé 10:36).
  • Jésus dit que la patience est le moyen par lequel ceux qui croient à l’Évangile produisent des fruits (Lc 8:15).
  • La patience dans la souffrance mène à la prière (Rm 12:12).
  • La patience est produite lorsque notre foi est mise à l’épreuve, nous rendant parfaits et complets (Jc 1:3-4).

B) La victoire dans l’épreuve (dokimè)

L’attente patiente sur le Seigneur produit aussi la δοκιμή (dokimè), un terme qui fait référence au fait d’être mis à l’épreuve, puis d’être approuvé ; ou de voir ses qualités reconnues par quelqu’un – dans ce cas par Dieu.

Cette mise à l’épreuve est très importante dans les Écritures. C’est le sceau d’approbation que Dieu impose sur le chrétien. Étudions son sens :

  • La mise à l’épreuve est quelque chose que Dieu fait (Ps 17:3 ; Ps 26:2 ; Ps 66:10 ; 2 Co 10:18).
  • Dieu met à l’épreuve à la fois les croyants et les incroyants (Ps 11:4-5).
  • Les croyants sont également appelés à se tester eux-mêmes à partir de la Parole de Dieu (2 Co 13:5 ; Ga 6:4).
  • La mise à l’épreuve est aussi une qualification pour le ministère (Ph 2:22 ; 2 Tm 2:15).
  • La victoire dans la mise à l’épreuve – et donc l’obtention de dokimè – ne prouve pas le courage et la force du chrétien, mais bien plutôt le puissant soutient de Dieu à travers l’épreuve (2 Co 12:9-10 ; 1 P 1:6-7).

La souffrance met en lumière la gloire de Dieu, par l’image du Christ qui est sculptée à partir de l’argile informe qu’est le croyant. La souffrance transforme la foi en de l’expérience, la théorie en de la pratique, le savoir en de la vie. La souffrance sanctifie nos émotions et nos affections d’une manière qui ne peut pas être accomplie par des livres et des sermons. La souffrance enclenche par la force un renouvellement de l’esprit, chose qui transforme l’être entier du chrétien.

Lorsque la souffrance produit ces effets susmentionnés, Dieu « scelle » le croyant avec sa sainte approbation – pas parce que le croyant a réussi et a passé le test, mais parce que le croyant est désormais vraiment l’ouvrage de Dieu (Éph 2 : 10). C’est ce que δοκιμή signifie : une foi donnée par Dieu, qui s’approprie les promesses de Dieu, et qui magnifie notre espérance en la gloire future.

C) L’espérance

Finalement, la δοκιμή mène à l’espérance. C’est la même « espérance » que dans le deuxième verset, c’est l’espérance de la gloire de Dieu. La souffrance a pour but de nous faire vivre toujours plus en espérance des Cieux, de la gloire et de l’éternité.

La souffrance opère ceci en cultivant la patience, afin que nous endurions par la foi, en l’attente du secours de Dieu, maintenant ou à la fin. Cette patience constante nous raffine et nous attire toujours plus près de Dieu, pour que par la foi, nous soyons mis à l’épreuve, approuvés, réputés dignes de confiance pour la vie et le ministère du Royaume.

Ayant notre paille brûlée, nos bords polis, et notre faiblesse transformée en la puissance du Seigneur, nous nous retrouvons en train de vivre et respirer l’espérance de la gloire de Dieu. C’est par cette espérance que nous sommes prêts à tout donner, à tout sacrifier, et à tout souffrir pour Christ.

Mais il y a une dernière chose :

Or, l’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné.

Rm 5:5a.

L’espérance dans la Bible n’est pas comme « j’espère qu’il ne pleuvra pas demain », ou « j’espère que je réussirai cet examen ». Lorsque Dieu parle d’espérance, il s’agit d’une « certitude future ». Dieu ne promet pas des probabilités ; il décrète souverainement que le futur sera (És 46:9-10). En conséquence, lorsque Paul dit que « l’espérance ne trompe point », il veut dire que notre gloire future est absolument certaine – bien plus certaine que le prochain clignement des yeux que nous pensons sera effectué par notre visage.

La souffrance produit en nous une espérance inébranlable en la gloire de Dieu. Paul assure que nous savons que cette espérance de faillira pas, puisque Dieu a versé son amour dans nos cœurs, en nous donnant le Saint-Esprit. Cette notion fait écho à d’autres passages :

  • 2 Co 1:22 : le Saint-Esprit nous a été donné telle une garantie du fait qu’il a mis son sceau sur nous.
  • 2 Co 5:5 : le Saint-Esprit nous a été donné telle une garantie du fait qu’il nous vêtira de la gloire céleste.
  • Éph 1:13 : le Saint-Esprit nous a été donné telle une garantie du fait qu’il nous donnera notre héritage en Christ, à la louange de sa gloire.

Paul nous dit donc que la souffrance produit l’espérance que nous pourrons voir (1 Jn 3:2) et participer (Rm 8:17) à la gloire de Dieu ; cette espérance est attestée et garantie par le Saint-Esprit qui nous a été donné. En d’autres mots, la souffrance produit l’assurance du salut ; la souffrance pointe vers le fait que Dieu nous aime avec un amour puissant, infaillible et allianciel (Éz 36:27).

Quel plus grand confort l’enfant de Dieu peut-il avoir, que de sentir une assurance manifeste, surnaturelle, et inébranlable de l’amour que son Père lui porte ?

Remarques finales

Il est important de comprendre le but de la souffrance endurée dans la vie chrétienne. Certains pensent que la souffrance participe à tuer « le mal » de notre chair, et s’adonnent à de l’auto-flagellation, ainsi qu’à des pratiques ascétiques, afin d’atteindre une spiritualité plus élevée. D’autres, tels que les promoteurs de l’Évangile de prospérité, disent que la souffrance est due à une foi déficiente.

Pour ceux qui sont justifiés par la foi en Christ (soit les chrétiens), la souffrance a un but spécial. Elle produit la patience, ce qui les met à l’épreuve et les approuve devant Dieu ; cette mise à l’épreuve mène à une plus forte espérance en la gloire de Dieu ; cette espérance augmente notre expérience de l’amour du Père, à travers le Saint-Esprit ; finalement, cette expérience de l’amour de Dieu se manifeste par des vies qui déclarent la grandeur d’un Dieu tout-puissant agissant à travers des vaisseaux bien faibles (2 Co 4:6-7).

Le but ultime de la souffrance est de magnifier la puissance de Dieu en notre faiblesse, ainsi que nous mettons notre confiance toujours grandissante en ses promesse. À travers la souffrance, Dieu nous transforme, souverainement et amoureusement, à l’image du Christ (Rm 8:28-29) ; il nous enseigne à marcher dans ses sentiers (Ps 25:8 ; 32:8 ; 73:24 ; 119:71) ; il brise en nous chaque résidu d’idolâtrie, nos désirs, nos passions, nos habitudes, nos addictions et nos réflexes, jusqu’à ce que nous crions :

Qui d’autre ai-je au ciel ? Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi.

(Ps 73:25)


Caleb Abraham

Sauvé, mari, père, historien et passionné de théologie.

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