La gloire de la maternité — Joseph Spurgeon
29 mai 2022

Ce qui suit est un extrait d’un sermon du pasteur réformé Joseph Spurgeon, donné à l’occasion de la fête des mères qui eut lieu il y a quelques semaines aux États-Unis. Il exerce son office à l’Église Sovereign King Church dans l’Indiana où il vit avec son épouse et leurs sept enfants. Joseph Spurgeon se trouve être un descendant du célèbre prédicateur baptiste Charles Spurgeon. Nous le remercions pour l’autorisation de traduction et publication de cet extrait.


Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de Jésus avec ses fils et se prosterna pour lui faire une demande.

Matthieu 20,20.

Ce que nous trouvons ici est le récit d’un mélange de bon et de mauvais. Il y a de bonnes choses que nous pouvons imiter mais il y a aussi un mélange d’orgueil et d’ambition impie. Il y a dans cette douce mère une faute que Jésus corrige avec tendresse et que nous devons apprendre à fuir en nous-mêmes.

Mère : un titre glorieux

Mais regardons d’abord le bon côté des choses. Commencez par considérer qu’elle n’est appelée ici que mère des fils de Zébédée. Regardez le nom qu’il lui donne ici. Je viens de dire il y a une minute que son nom est Salomé. Mais nous ne le découvrons que dans une brève mention dans un autre passage. Le reste du temps, elle est mentionnée dans les Écritures comme la mère des fils de Zébédée.

De nos jours, nous nous en offusquons. « Eh ! j’ai un nom. Je suis une personne à part entière. J’ai ma propre identité. Je suis peut-être une mère, mais il y a tellement de choses plus importantes que je suis, entendra-t-on. » Vous trouverez en ligne des articles sur des mères se plaignant d’avoir l’impression de perdre leur identité. Certaines femmes traversent une sorte de crise de la quarantaine où elles doivent retrouver qui elles sont vraiment.

Mais quoi de plus important pour une mère que le nom de mère ? Le nom de la première femme, Ève, signifie littéralement « mère ». Ce n’est pas une insulte ou un affront à cette femme que de n’être connue que comme la mère des fils de Zébédée. La maternité est précieuse aux yeux de Dieu. Oui, je sais que les femmes sont plus que des incubateurs pour les bébés, mais si c’est tout ce que vous pensez que la maternité est, alors vous ratez le coche. La maternité est glorieuse. Elle donne la vie. Elle nourrit. Elle enseigne et instruit. C’est l’un des appels les plus élevés et l’un de ceux auxquels les Écritures accordent tant de gloire et de poids. Et nous devrions la tenir en très haute estime. Donner la vie au monde, élever des enfants, les former, les soigner et les amener au Christ est un travail sacré. Il n’y a vraiment pas de vocation plus élevée pour une femme. Et toutes les femmes qui appartiennent à Dieu diront « amen » et chercheront à accomplir le travail de la maternité. Certes, il se peut que ce travail passe par l’adoption ou la prise en charge d’enfants autres que les vôtres en raison de la providence de Dieu dans votre vie et vos circonstances, mais travaillons dur pour restaurer la grandeur de cette vocation.

Pères et maris, restaurez la dignité, la valeur et la gloire de cet appel élevé. Parfois, nos femmes sont abattues parce qu’elles connaissent leurs propres échecs en tant que mères. Elles les ressentent très intensément. Elles entendent aussi l’appel du monde selon lequel elles n’ont pas la même valeur si elles ne font pas quelque chose dans le monde. Et elles se sentent abattues. Elles accomplissent leur travail de mère et malheureusement, en vieillissant, certaines finissent par le mépriser. Messieurs, si vous voulez que vos femmes aiment leur vocation de mère, alors honorez-la. Félicitez-la. Proverbes 31 dit de la femme vertueuse que son mari et ses enfants se lèveront et la couvriront de louanges. Eh bien, ne le faites pas seulement pour la fête des mères. Bien sûr, faites-le le jour de la fête des mères, mais faites-le tout le temps. Louez la beauté de la maternité de votre femme. Dites-lui à quel point les marques qu’elle a laissées sur son corps en s’occupant des enfants sont belles. Et vous, maris, si vous ne trouvez pas cela beau, demandez à Dieu de vous aider à voir votre péché et à voir avec ses yeux. Mais pères, nous devons restaurer l’honneur et la dignité que tant d’hommes ont bafoués. Et au nom de tous les pères ici présents, j’aimerai vous dire, mères, que nous voyons vos luttes avec les petits, nous voyons vos nuits fatiguées, et la souffrance pour l’amour de vos enfants et nous voyons combien il est beau de vous voir apporter la vie partout où vous allez.

Conduire les enfants à Christ

En parlant d’apporter la vie, la deuxième chose qui est bonne dans cette histoire est que la mère amène ses fils au Christ. Mères, ne sous-estimez pas l’importance de votre travail dans la vie de vos enfants pour l’Évangile. Nous parlons souvent de l’importance du travail des pères pour la foi de la famille. C’est absolument vrai. Lorsque les pères conduisent leur famille dans la foi, la probabilité que toute la famille continue dans la foi est nettement plus élevée qu’autrement. Rien de ce que je dis aujourd’hui ne diminue cette réalité, mais parallèlement, les Écritures sont pleines du travail des mères qui amènent non seulement leurs filles mais aussi leurs fils à la foi.

Paul mentionne comment la mère et la grand-mère de Timothée ont contribué à sa foi. Salomon parle favorablement, dans les Proverbes, de l’instruction de sa mère. En fait, c’est sa mère qui lui enseigne de faire attention à ne pas livrer sa force aux femmes et ce qu’il faut rechercher chez une femme pieuse. Proverbes 31 est la leçon d’une mère à son fils sur ce qu’il faut rechercher chez une femme pieuse. Il ne s’agit pas d’une instruction destinée principalement aux femmes, mais aux fils, sachant que les femmes qui entendent cette leçon en bénéficient grandement aussi, si elles la suivent. Ce qui signifie que vous, les mères, vous œuvrez avec vos fils pour les aider à trouver une femme pieuse. C’est à vous de leur enseigner et de leur montrer ce à quoi ressemble une épouse pieuse. Vous avez donc une grande responsabilité.

Écoutez ce que Charles Spurgeon dit des mères :

La plupart des hommes sont ce que leur mère a fait d’eux. Le père est absent de la maison toute la journée et n’a pas la moitié de l’influence qu’a la mère sur les enfants. La vache a le plus à faire avec le veau. Si un poulain en haillons devient un bon cheval, nous savons qui lui a donné un coup de peigne. Une mère est donc une femme particulièrement responsable, même si elle est la plus pauvre du pays, car le bien ou le mal de ses garçons et de ses filles dépend en grande partie d’elle. Tel est le jardinier, tel est le jardin, telle est la femme, telle est la famille. La mère de Samuel lui faisait un petit manteau chaque année, mais elle avait déjà fait beaucoup pour lui avant cela : Samuel n’aurait pas été Samuel si Anne n’avait pas été Anne. Nous ne verrons jamais de meilleurs hommes tant que les mères ne seront pas meilleures. Nous devons avoir des Sarah et des Rébécca avant de voir des Isaac et des Jacob.

Honorer le Christ

Remarquez maintenant que la mère de ces deux hommes vient s’incliner devant le Christ et fait sa demande. Elle honore le Christ. C’est une autre chose digne d’éloges. Les mères, tout comme les pères, montrent à leurs enfants ce que signifie adorer. Et je ne parle pas seulement de ce qui se passe ici le dimanche. Bien que cela en fasse partie.

Si, en tant que mère, vous êtes toujours en train de râler pour venir à l’église, si vous méprisez le fait d’avoir des petits avec vous et qu’ils s’agitent, et si vous êtes simplement amère à ce sujet, alors quel modèle vos enfants suivront-ils ? Oui, je sais qu’il est difficile de s’asseoir avec des petits enfants pendant le culte et que c’est un travail difficile d’être une mère, mais si vous êtes amère et que vous ne demandez pas à Dieu de vous aider à être joyeuse en venant au culte, quel modèle vos enfants suivront-ils ? En viendront-ils à mépriser ce moment aussi ? Et qu’en est-il à la maison ? Travaillez-vous avec des chants de louange sur les lèvres ? Ou bien êtes-vous toujours en train de vous tracasser et de vous inquiéter ? Comment adorez-vous Dieu ? Vos enfants savent-ils que vous adorez Dieu par votre discours et votre attention à leur égard ? Inclinez-vous votre cœur devant le Christ ? Suivez l’exemple de cette mère et inclinez-vous devant le Christ.

Une demande insensée

Mais ne suivez son exemple que jusqu’à ce point, car il y a une certaine imprudence dans sa demande. Elle demande à Jésus si ses fils peuvent s’asseoir à sa droite et à sa gauche. C’est-à-dire qu’elle demande s’ils peuvent régner avec Jésus dans toute sa gloire. Elle veut la gloire, la pompe et les circonstances pour ses enfants.

D’après la réponse du Christ, il semble que c’est aussi ce que veulent ses fils. Ils veulent la gloire du royaume sans la croix. Ils ont entendu le Christ parler de sa résurrection et ils demandent maintenant à être les premiers. Ils ont la foi qu’il y aura un royaume. Ce qui est louable car il ne s’était pas encore réalisé. Mais ils passent à côté de la croix ou, comme le Christ l’appelle, de la coupe.

Les mères sont souvent tentées de dorloter leurs enfants et, en même temps, d’avoir des attentes très élevées. Elles sont tentées de les préserver de la souffrance tout en exigeant d’eux qu’ils aient les emplois les mieux rémunérés, la plus haute position dans l’entreprise ou dans l’Église, et la première place en tout. C’est parce qu’elles aiment leurs enfants et veulent ce qu’il y a de mieux pour eux, ou plutôt ce qu’elles pensent être le mieux.

Charles Spurgeon, après avoir parlé si bien de la maternité, donne cet avertissement :

Les petits enfants donnent des maux de tête à leur mère, mais si elle les laisse faire ce qu’ils veulent, quand ils deviendront de grands enfants, ils lui donneront des maux de cœur. L’affection stupide gâte beaucoup de choses, mais le fait de laisser les défauts sans rien faire en gâte encore plus. Un jardin qui n’est jamais désherbé ne produit pas grand-chose qui vaille la peine d’être cueilli ; tout arrosage sans binage donne une mauvaise récolte. Un enfant peut avoir trop de l’amour de sa mère, et à la longue, il peut s’avérer qu’il en ait eu trop peu. Les mères au cœur tendre élèvent des enfants à la tête tendre ; elles les blessent pour la vie parce qu’elles ont peur de les blesser quand ils sont jeunes. Dorlotez vos enfants, et ils deviendront des nouilles. Vous pouvez chouchouter un enfant jusqu’à ce que tout le monde en ait marre. Les enfants sans châtiment sont des champs sans labourage. Les meilleurs poulains ont besoin d’être débourrés. Ce n’est pas que nous aimions la sévérité ; les mères cruelles ne sont pas des mères, et celles qui sont toujours en train de fouetter et de trouver des défauts devraient être fouettées elles-mêmes. Il y a une raison en toute chose, comme le disait le fou quand il s’est coupé le nez. Les bonnes mères sont très chères à leurs enfants.

Il y a la double tentation de dorloter vos enfants et de les empêcher de devenir des disciples tout en attendant d’eux qu’ils aient toute la gloire qui vient à ceux qui sont disciplinés. Et laissez-moi vous dire que c’est un chemin de frustration pour la mère et l’enfant. C’est un chemin qui mène à la démolition de votre maison par vos propres mains.

Vous souvenez-vous tous d’American Idol1? Vous avez peut-être déjà regardé les premiers épisodes où figurent un mélange de personnes qui savent chanter et d’autres qui ne le savent pas. Et quelques-uns de ceux qui ne savent pas chanter sont pourtant tout fiers d’eux. Dans un épisode, la mère d’un jeune homme était présente et se pâmait de ses prouesses en chant, mais il était évident, avant même qu’il ne commence, que ce garçon maladroit et efféminé était voué à l’échec par sa propre mère. Il a davantage chanté en croassant et les juges ont ri et ont dit non. Sa mère est partie en guerre contre les juges parce qu’ils l’ont fait pleurer. Les mères ne devraient pas faire ça.

Ne protégez pas vos enfants de la discipline du père ou de celle de l’église. Quand votre fils descend les marches en courant et que Monsieur je ne sais quel membre de l’Église lui dit « hé, fiston, arrête de courir », ce n’est pas le moment de serrer les dents. Ce n’est pas le moment de dire « Comment cet homme ose dire quelque chose à mon enfant ? ». C’est généralement à ce moment-là que les insultes contre l’homme commencent. Qui est-il pour dire quelque chose ? Il doit contrôler sa propre maison !

Il y a un temps pour protéger vos fils des abus mais ne confondez pas cela avec le fait de les protéger de la bonne discipline et de l’instruction dans l’Église. Ne pensez pas que vous pouvez donner à votre fils la gloire sans la croix. Une mère pieuse soumettra ce qu’elle pense être le mieux à la décision du Christ.

Il y a beaucoup de choses que vous pouvez penser être les meilleures et être nécessaires, mais placez vos priorités sous celles de Dieu.
Une mère pieuse aimera la mère des saints – l’Église. Une mère pieuse sera comme Anne, donnant ses fils et ses filles à l’Église. Elle désire qu’ils grandissent pour faire partie de l’épouse du Christ et l’aimer.

L’équipe de Par la foi souhaite une bonne fête à toutes les mères : que Dieu vous fortifie dans votre tâche et vous donne d’en sentir et d’en réaliser toute l’importance et la noblesse.


Illustration : Gerbrand van den Eeckhout, Anne conduisant Samuel au sacrificateur Éli, huile sur toile, 1625.

  1. Il s’agit d’une émission télévisée américaine lors de laquelle s’affrontent des candidats, notamment sur leur performance au chant.[]

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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