Psaume 3 — Agrippa d’Aubigné
17 janvier 2023

Alors que notre groupe d’étude des psaumes se penche cette semaine sur le Psaume 3, nous vous proposons de découvrir la version en vers mesurés qu’en a donnée Agrippa d’Aubigné, et que Claude Le Jeune a mise en musique.

Agrippa d’Aubigné a publié cette version dans ses Petites Œuvres mêlées parues à la fin de sa vie, en 1630. Certains psaumes sont accompagnés d’une méditation en prose, mais ce n’est pas le cas de celui-ci. L’occasion de cette œuvre fut un défi lancé par des amis du poète (cf. Lettres sur divers sciences, XI, éd. Henri Weber, pp. 857-858) à Paris en 1600 : d’Aubigné avait critiqué les vers de Baïf (un des premiers à avoir composé des vers mesurés) et doutait de la pertinence d’une telle entreprise, pensant « que nul vers mesuré ne peut avoir grace estant prononcé sans accent, et que le Langage François n’en pouvoit soufrir aucun ». Un de ses amis lui lança alors « que cette raison estoit bonne pour ceux qui n’en pouvoient faire », sur quoi d’Aubigné décida finalement de s’y essayer.

Le mètre choisi est le distique élégiaque (un hexamètre et un pentamètre), deux distiques forment une strophe). Voici le schéma métrique d’une strophe :

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Les vers ne riment pas deux à deux (contrairement à d’autres psaumes), mais comportent une rime interne (dans la première strophe : hérissé / ramassé, rumeurs / fureurs, est / prêt, lieu / Dieu).


Dieu quel amas hérissé de mutins, quel peuple ramassé !
Ô que de folles rumeurs, et que de vaines fureurs !
Ils ont dit : Cet homme est misérable, le pauvre ne sent prêt
Rien de secours de ce lieu, rien de la force de Dieu.

Mais c’est mentir à eux : Dieu des miens contre mes haineux
Est le pavois sûr et fort, contre le coup de la mort.
Par lui je hausse le front, lui qui m’entend, lui qui du Saint mont
Tant élevé, chaque fois prête l’oreille à ma voix.

Dont dormir m’en irai ; de tressauts, ni de crainte je n’aurai.
Puis réveillé ne m’assaut crainte, frayeur, ni tressaut :
J’ai de sa main sûreté, de sa main m’ont sans peine prêté
L’ombre du son le sommeil, l’aube du jour le réveil.

Vienne la tourbe approcher, courir, enceindre, ou se retrancher,
Quand ils m’assiègeront, mille de file et de front,
Dieu qui a vu le dedans du Malin, lui brisera les dents,
D’ire le cœur écumant, langue, palais blasphémant.

Dieu saura le salut de Sion bien conduire à son but,
Même le cœur des siens remplir et croître de biens.
Gloire soit au Père, et Fils et à l’Esprit, source des esprits ;
Tel qu’il soit, et sera-t-il, aux siècles, ainsi soit-il.

Partitions

Nous devons l’harmonisation de ce psaume à Claude Le Jeune, qui a repris (ou légèrement adapté) les vers d’Agrippa d’Aubigné. Le poème datant de 1600, cette œuvre date de la dernière année de vie du célèbre musicien protestant.

Voici une partition ancienne du Psaume 3 pour voix de dessus.

Et une partition moderne (extraite d’Henry Expert, Les Maîtres musiciens de la Renaissance française), à six voix.

Nous n’avons malheureusement pas trouvé d’interprétation de ce psaume dans cette version. Les vers métriques étant assez artificiels en français, et l’harmonisation de Le Jeune étant jugée plus difficile à apprendre que celle de Goudimel, cette version de ce psaume ne s’est pas imposée à la longue, mais est restée longtemps assez populaire.

Agrippa d’Aubigné (1552-1630)
Claude Le Jeune (1528-1600)

Illustration de couverture : Une procession de la Ligue pendant le siège de Paris, huile sur toile, vers 1590 (Paris, musée Carnavalet).

Arthur Laisis

Linguiste, professeur de lettres, étudiant en théologie à la faculté Jean Calvin et lecteur dans les Églises réformées évangéliques de Lituanie. Principaux centres d'intérêts : ecclésiologie, christologie, histoire de la Réforme en Europe continentale. Responsable de la relecture des articles du site.

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